L'initiation ou La connaissance des mondes supérieurs
L’ouvrage que nous présentons au public français est d’un caractère particulier et pour le comprendre il faut le lire dans un état d esprit différent de celui que l’on apporte à la lecture des ouvrages philosophiques ordinaires.
Les ouvrages philosophiques relèvent uniquement de la raison. On les a compris lorsqu’on est arrivé à saisir comment en partant d un ou de plusieurs postulats le penseur construit un vaste édifice de conséquences et de conclusions, soit par déduction, soit par induction. Leur logique intérieure les justifie.
11 ne suffirait pas d’apprécier de la sorte l’ouvrage de M, Steiner.
Les pensées qui y sont exprimées ont une
valeur qui dépasse de beaucoup leur cohésion logique. Elles ont pour but d’éveiller chez le lecteur la conscience de forces nouvelles qui portent en soi les germes d’une vérification expérimentale. Par suite elles ne s’adressent point à la raison seule.
On prétendra qu’il est contraire au bon sens de se rendre docile et pour ainsi dire réceptif à un enseignement avant que la raison par ses procédés habituels n’en ait éprouvé la solidité. Cette objection serait fondée s’il n’y avait réellement point autre chose dans l’occultisme que des éléments empruntés à la raison et soumis à son contrôle, c’est-à-dire en dernière analyse, des éléments empruntés à l’observation des sens et modelés dans les formes d’une intelligence uniquement édifiée sur les données traditionnelles de cette observation.
Or, M. Steiner ne le prétend point. 11 a, au contraire, soin de nous dire que la vérification de l’enseignement occulte relève d’un contrôle plus haut et plus vaste que le champ d’action départi à l’entendement.
Cela ne veut point dire que rien de ces notions accessibles à un esprit intérieurement discipliné, contredise ou heurte les lois universelles de la logique. Mais ce n’est pas dans notre siècle de
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magnifiques conquêtes scientifiques que Ton peut jamais prétendre qu’il y ait contradiction réelle entre une loi de l’univers et un phénomène, parce que cette loi ne suffit pas à expliquer ce phénomène. Nous assistons tous les jours à des transmissions de forces que nos ancêtres auraient à bon droit pu prétendre impossibles parce qu’elles paraissent contredire formellement certaines lois de la nature.
Il est certain que les ondes atmosphériques ne peuvent porter le son perceptible au delà d’une certaine distance, et il serait contraire à la raison d’affirmer que sans aucune modification des conditions données ces mêmes ondes pourront porter le son perceptible à une distance mille fois plus grande. Mais l’expérience nous a prouvé que d’autres forces pouvaient véhiculer le son de manière à le transmettre à notre oreille pour ainsi dire dans sa fraîcheur primitive.
De même il serait insensé d’affirmer que l’œil physique, telle qu’il est actuellement constitué chez un homme normal pourra percevoir des objets situés au delà d’une matière solide et opaque. Mais en quoi est-il contraire aux lois de la nature qu’une autre forme de la lumière puisse être véhiculée par d’autres courants vibratoires, lesquels impressionnent des organes spé-
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ciaux quand ils sont suffisamment évolués dans l’homme.
Le livre de M. Steiner nous parle, en effet, d’un certain nombre d’états de matières dans 1 homme ou hors de l’homme et nous affirme expressément que ni les sens physiques, ni l’entendement réduit à leurs données ne sauraient les percevoir ou les concevoir.
Quel est l’état d’-esprit dans lequel il convient d’examiner de telles assertions et d’accueillir un pareil système?
Il nous semble qu’il faut, ou bien refuser à priori de lire cet ouvrage, ou bien de le lire dans une disposition d’âme profondément réceptive.
L’orgueil humain, nous le savons, a peine à consentir à ce qu’il croit être une humiliation pour l’intelligence. Mais entre la réceptivité que nous demandons et la foi que reclament les églises il y a un abîme. La foi dogmatique est une vive représentation des choses que 1 on ne voit pas, qui implique la croyance à leur existence avant même d’en avoir examiné la possibilité. Au contraire, la réceptivité est d’abord au point de vue de l’intelligence un état de doute philosophique, également éloigné de la négation a priori et de 1 affirmation prematuree.
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Telle est sa forme logique. D’autre part, l’occultisme s’adresse non seulement à l’intelligence, mais à l’être humain tout entier, esprit, âme et corps : il convient donc que cette réceptivité intellectuelle se double d’une faculté d’assimilation sentimentale que les religions ont fort bien définie par ce précepte souvent mal compris : « Ouvrez vos cœurs. »
Un exemple nous fera mieux comprendre. Ces dispositions ne sont-elles pas exactement les mêmes que les dispositions nécessaires à la compréhension profonde d’une œuvre d’art et surtout d’une œuvre d’art qui par son originalité sort de la tradition dont notre sens critique a pris l’habitude ? Apprécier parfaitement la neuvième Symphonie de Beethoven, h’est-ce point à la fois la comprendre et la sentir? Pour la comprendre, ne faut-il pas avoir déblayé notre esprit de toute une série d’idées préconçues sur le style musical ou sur la forme symphonique qui, si elles demeuraient en nous, formeraient autant d'obstacles qui nous empêcheraient de saisir le plan de cette œuvre ? Et, pour la sentir, ne faut-il pas aussi ouvrir notre cœur, nous livrer avec une entière bonne foi, avec une sincérité absolue, ne faut-il pas en un mot, suivant le mot allemand si expressif, laisser cette musique ré-
sonner » au dedans de nous [nachklingen) ?
Pour que notre sensibilité rapporte à notre conscience un écho fidèle de Toeuvre d’art extérieure, il faut que nous le fassions en quelque sorte concave, afin que l’écho soit sincère. Mais parce que nous aurons perçu de la sorte une œuvre musicale ou autre, s’ensuit-il nécessairement que nous devions la considérer comme un chef-d’œuvre? Non, certes, nous n’aurons fait que la saisir intégralement, et je dirais même que notre jugement final aura été pendant cette audition d’autant plus parfaitement suspendu, et notre sentiment en équilibre, que notre réceptivité aura été plus complète, dans le sens que nous indiquons.
Il faut accueillir les enseignements de l’occultiste comme nous écoutons l’œuvre d’un grand artiste. En prenant cet exemple nous ne prétendons pas pousser jusque dans ses dernières conséquences la similitude qui peut exister entre l’œuvre d’art et l’ouvrage occulte. Ce serait inexact. Nous voulons seulement montrer dans quelle mesure il est possible et utile de se placer en face d’une création de l’esprit en faisant abandon momentanément de l’esprit critique, sans rien aliéner de la liberté de juger.
Cet état de réceptivité se définit donc par deux
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caractères principaux : P L'absence d’idées préconçues; 2 ® la sympathie.
En ce qui concerne le premier de ces caractères, nous n'ignorons pas que des préjugés très graves existent contre tout ce qui porte le nom de théosophie. Les uns considèrent volontiers Je mouvement théosophique comme issu d'un vague bouddhisme, importé enOccident ily a une vingtaine d’années par des artistes plus soucieux de renouveler des formes d’art un peu usées que de s’assimiler vraiment l'essence profonde de la mentalité orientale. Nous savons également que l’action personnelle de xMme Blavatsky a donné lieu à bien des critiques. Une enquête, insuffisamment étudiée et menée avec parti pris par la « Société anglaise des recherches psychiques », a accrédité l'idée que Mme Blavatsky s’était laissé aller parfois à des simulations qui suffisaient à infirmer l’ensemble des phénomènes attribués à ses pouvoirs supérieurs. Un examen plus approfondi et plus impartial a prouvé que les accusations formulées contre elle étaient sans fondement et nous renvoyons les lecteurs qui veulent s’en convaincre à Touvrage de Mme Annie Besari^ intitulé Mine Blavatsky et les Maîtres. Au reste nous n’avons cité ici ce préjugé fort répandu que pour affirmer bien haut qu'un
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homme de science ou un philosophe ne doit en aucune façon se laisser influencer dans l’appréciation des doctrines occultes par Topinion qu’il se serait formée, soit sur les bouddhistes occidentaux, soit sur le caractère de Mme Blavatsk)^
Car M. Steiner, tout en professant le plus grand respect et la plus vive admiration pour l’œuvre de la « Société théosophique » a estimé que les traditions occidentales suffisaient aujourd’hui à alimenter l’enseignement de l’occultisme.
L’esprit critique européen a le droit d’exiger que la théosophie lui soit exposée dans les cadres de pensées qui lui sont habituelles. Quelle que soit la source première des enseignements occultes il est une chose certaine, c est qu’il n’est pas besoin dé sortir .de l’Europe et de la région méditerranéenne pour trouver les documents nécessaires et des instructeurs compétents, et si nous regardons vers le passé nous y voyons une longue suite d’occultistes grâce auxquels cette sagesse n’a cessé d’être vivante dans nos contrées depuis la civilisation égyptienne jusqu’à nos jours, en passant par Rosenkreuz et Paracelse. Il ne faut donc pas aborder la lecture des ouvrages de M. Steiner en conservant le préjugé qu’il s’agit là d’une doctrine exotique importée
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chez nous par la libre décision de quelques-uns et par suite difficilement assimilable pour nos cerveaux européens.
Mais il importe qu’il n^y ait nulle confusion à cet égard, M. Steiner fait partie de la Société théosophique. Il s’y rattache ouvertement et son enseignement ne diffère sur aucun point essentiel de celui des théosophes hindous. En quoi donc cette tradition occidentale s'écarte-t-elle de l’orientale ? C'est uniquement dans sa méthode et dans sa présentation.
On appréciera assez exactement cette différence si Ton a comparé la psychologie officielle telle qu'elle est enseignée dans nos écoles avec la même science, telle que les hindous ont coutume de l’exposer. Les conclusions des rationalistes et des matérialistes sont de part et d’autre, à peu de chose près, les mêmes, mais il s'en faut de beaucoup qu'elles se ressemblent dans leurs formes. A ce sujet il est une remarque intéressante qu’il faut faire en passant. Nous croyons trop volontiers que la religion et la philosophie officielle aux Indes se rapprochent beaucoup plus de la théosophie que chez nous. Il faut oublier ce préjugé, car la vérité c’est que l'occultiste est presque aussi étranger à la mentalité moyenne des Orientaux qu’à notre propre ma-
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nière de penser. Là-bas comme ici pour que l’occultisme conquît son droit de cité, il faudrait que la science devînt plus large et la religion plus vivante et les points de contact possibles entre Tocccultisme d’une part et les enseignement religieux et scientifique d’autre part, sont aussi réels en Occident qu’en Orient, car les doctrines théosophiques, bien loin d’être le patrimoine de certaines races sont également accessibles aux chercheurs sincères de tous les pays.
Il n’y a pas deux ésotérismes, un occidental et un oriental. Toutes les vérités occultes ont une même source, mais, de même que toute science et que toute philosophie, l’exposition de la doctrine théosophique porte l’empreinte des races et des civilisations. Les adeptes eux-mêmes, qui viennent de temps en temps ranimer par leur action les courants spirituels s’attachent à présenter la vérité sous la forme qui lui permettra de pénétrer le plus aisément dans les esprits environnants.
Avant d’aborder la lecture de cet ouvrage que nous apportons au public français, il importe donc d’abandonner le préjugé que l’on se trouve là en face d’une conception de l’Univers et d’une méthode exotiques, arbitrairement importées en
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Occident et définitivement incompatibles avec toute notre manière de sentir et de penser.
Le deuxième argum.ent que Ton invoque pour refuser d’examiner sérieusement les doctrines théosophiques nous apparaît comme un pur préjugé au même titre que le précédent. C’est que l’enseignement théosophique invite l’homme à la recherche des vérités et des pouvoirs supra-sensibles et lui fait ainsi perdre son équilibre, de sorte qu’il se détourne avec mépris de ses devoirs sociaux. La première partie de cette assertion est exacte et se trouve particulièrement fondée pour le livre qui suit cette préface. En effet, si certains ouvrages théosophiques laissent de côté le développement psychique pour se contenter d’exposer des vérités générales d’ordre éthique il n’en est certes pas ainsi des œuvres de M. Steiner. Il considère et ne craint pas de proclamer que la théosophie perd son originalité et son caractère propre si elle ne s’appuie pas sur la base scientifique de l’expérimentation par le travail intérieur et méthodique.
C’est le caractère personnel de l’enseignement de M. Steiner que de mettre au premier rang des doctrines théosophiques la pratique des exercices qui éveillent les Pouvoirs supérieurs. Le titre allemand de l’ouvrage que nous avons tra-
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duit le prouve. Ce titre est la question qui tout naturellement se présente à Tesprit des hommes de science quand ils entendent parler des mondes invisibles : « Comment acquiert-on la connaissance de ces mondes? » C’est une réponse précise à cette question que formule Touvrage de M. Steiner.
Pendant longtemps ces sujets ont été considérés comme d’ordre purement ésotérique. Les anciens Maîtres ne les révélaient que dans les mystères et, avant d’être admis à entendre leurs enseignements, le candidat devait subir de longues épreuves pour prouver à ses futurs instructeurs qu’ils pouvaient sans danger lui communiquer leur science et diriger ses pas sur le sentier de l’Initiation. De nos jours, encore nombreux sont les théosophes qui évitent volontiers de donner des indications précises sur ces sujets. Ils sont d’avis que l’enseignement exotérique est le seul qui puisse être publié et qu’il convient de rassembler en des cercles fermés et de lier par des engagements solennels ceux qui veulent devenir des disciples.
M. Steio^, s’inspirant de très hautes autorités, a pensé que le moment était venu de faire connaître au grand public, tout au moins les bases essentielles de la discipline mystique, de façon à
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intéresser à l’occultisme tous les philosophes qui ne sauraient admettre que la vérité ne soit pas exposée logiquement. Ainsi l’occultisme se présente dans cet ouvrage sous la forme d’une science expérimentale. Les conseils de M. Steiner sont pratiques ; il n’apporte point de dogmes.
Son ouvrage se divise en deux parties. Dans la première, il expose la marche à suivre pour parvenir à la connaissance des mondes supérieurs. Dans la seconde, il fait, pour ainsi dire, la physiologie et l’anatomie des systèmes organiques qui entrent en activité chez l’homme qui vise à la perception supérieure. Il prend un à un les organes des sens nécessaires à cette perception et détermine minutieusement l’influence que chacun des exercices prescrits dans la première partie exerce sur le développement de chacun des éléments constitutifs de ces organes. Il détermine exactement le rapport des causes et des effets. Par là il échappe aux reproches que l’on peut faire à d’autres occultistes.
On s’étonnait, en effet, auparavant, que ceux d’entre eux, peu nombreux du reste, qui ont cru devoir donner, sous une forme symbolique ou autre, des conseils pratiques, n’aient pas défini scientifiquement les effets que l’observation de leurs préceptes devaient avoir sur l’organisme du
disciple. Il est en effet arrivé parfois que des étudiants passionnés pour leurs recherches aient dépassé la mesure exacte qui convenait à la mise en pratique des enseignements reçus. On a eu à déplorer des accidents, souvent sérieux. Le déséquilibre s’est emparé de certains personnes qui n^avaient pas assez clairement compris que l’occultisme est une science aussi précise, aussi expérimentale que les autres sciences naturelles. Elles s’étaient abandonnées à une disposition qui est le fait de certains mystiques, et qui, si on Tanalyse soigneusement, se ramène à la croyance que la loi de causalité n’exerce plus dans les mondes supérieurs Taction que nous constatons dans les densités soumises à l’observation des sens physiques. Ces rpystiques s’imaginent que la raison perd ses droits dans le royaume de la perception supérieure. D'un effort limité ils tentent de faire naître des possibilités illimitées ; de la sorte ils perdent la conscience nette du point où il convient d’enrayer une certaine activité mentale, parce qu elle a produit tout l’effet voulu et qu’en insistant l'étudiant ne pourrait que nuire à l'harmonie générale de son évolution intérieure.
Rien de pareil ne saurait advenir à ceux qui s’astreignent aux méthodes préconisées par
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M. Steiner. A chacun des exercices qu’il entreprend, le disciple connaît d’une manière précise les résultats qu il poursuit. Il sait les forces qu il s’agit d’éveiller et les signes auxquels il reconnaîtra qu’elles sont eveillees dans la mesure nécessaire. Les enseignements pratiques lui sont présentés dosés avec soin, comme des médicaments ordonnés par un médecin prudent.
En outre, M. Steiner, lui répète à chaque instant que cette discipline, bien loin qu’elle l’écarte de ses devoirs journaliers et de ses obligations sociales, le met en mesure de s’en acquitter avec une perfection toujours grandissante. Il lui démontre que l’activité intérieure de l’occultisme n’est pas étrangère et en quelque sorte superposée à l’activité normale de ses facultés intellectuelles ou autres, et qu’elle est bien au contraire solidaire de tout l’ensemblede la vie intérieure. « Elle est, dit-il, comme une plante qui ne saurait croître qu’en puisant ses forces par de profondes racines dans le sol qui peut la nourrir. » Ce sol nourricier n’est autre que le tout complexe formé par nos sentiments, nos pensées et nos voûtions. Ce n’est point dans la passivité, ni par l’intervention d’une mystérieuse puissance venue d’en haut que l’homme peut développer sa clairvoyance et ses pouvoirs supérieurs :au contraire,
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c’est par Tactivité et par l’élaboration raisonnée des éléments de sa vie normale qu’il fait germer en lui la vie supérieure, prolongement et extension naturelle de la vie normale.
Ainsi se trouve, croyons-nous, écarté le deuxième argument dont se servent les penseurs contemporains pour se refuser à un examen consciencieux de l’occultisme. Non seulement la pratique de l’occultisme véritable ne saurait amener aucun déséquilibre, mais encore c’est par cette pratique seule que l’homme peut conquérir cet équilibre supérieur qui le met au-dessus des contingences et des secousses de l’existence. En prenant conscience des forces les plus puissantes et les plus permanentes qu’il recèle en lui il se crée comme une citadelle où il peut, le moment venu, se mettre à l’abri des tourmentes de la vie. Mais c’est la vie même qui lui fournit les matériaux de cet édifice et il s’y dessécherait sans aucun profit pour lui-même, s’il s’en servait pour se soustraire à ses obligations terrestres.
Les grands alchimistes qui étaient de purs occultistes avaient exprimé cette vérité par le symbole de la transmutation des métaux. Dans le langage imagé que ces anciens mystiques étaient forcés d’employer pour dissimuler leur pensée à l’inquisition de l’Église, ces mots signi-
fiaient la transformation progressive des énergies physiques et passionnelles en énergies spirituelles. Le chaos des forces inférieures était symbolisé par la matière brute, tandis que laspi- 'ritualité, sa forme la plus haute, était représentée par Tor, le métal précieux. La méthode de développement préconisée par ces Maîtres, a été dans la suite celle des Rose-Croix. C’est une évolution générale accélérée et scientifiquement contrôlée de toutes les forces humaines; c’est une orientation nouvelle de toutes les activités, grâce à Tinfluence souveraine de la pensée disciplinée. Dans cette transposition rien ne doit être perdu, mais toute chose doit revêtir aux yeux du disciple sa vraie signification en s’éclairant d’un jour nouveau.
Tel est encore aujourd’hui l’occultisme.
Il n’y a qu’à considérer l’éducation et l’œuvre de M. Steiner pour se rendre compte que, loin de mépriser les données de la science ou le travail de l’intelligence, c’est au contraire sur ces bases et avec ces matériaux que cet occultisme entend construire l’être humain intégral, armé de tous les pouvoirs que la race humaine par la voie ordinaire et normale ne saurait développer que lentement et laborieusement. Nous nous référons ici à la belle préface que
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M. Édouard Schuré a écrite pour un autre livre de M. Steiner : le Mystère chrétien et les Mys-tères antiques. Il nous raconte comment Steiner, avant de commencer son apostolat, crut devoir passer vingt années à étudier à fond les sciences et la philosophie. Voilà certes, une attitude bien éloignée de ce mépris de la connaissance positive que Ton a cru pouvoir parfois reprocher à certains mystiques. Vingt années de labeur sont le plus grand hommage que Ton puisse rendre à la science contemporaine et le développement intérieur qui ne cessa de s’accentuer chez Steiner pendant cette longue période, prouve qu'il n’y a nulle contradiction entre la culture scientifique et la discipline occulte, pour celui qui sait les juger de haut Tune et l’autre.
Et quant à l’activité sociale, qui pourrait prétendre qu’elle soit diminuée par la recrudescence de la vie intérieure en contemplant les existences prodigieusement remplies de M. Steiner et de Mme Annie Besant ?Des voyages incessants, des conférences multiples, plusieurs ouvrages par an et un grand nombre de questions pratiques à régler, tel est l'exemple que nous donnent ces deux occultistes. Il est évident, pour quiconque les connaît, que l’intensité de la vie intérieure
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alimente leur activité incessante dans le monde extérieur. Loin de diminuer les sources de leurs énergies pratiques, leur communion incessante avec le monde spirituel leur sert en quelque sorte d’un réservoir où ils peuvent à tout moment puiser.
Nous ne voulons point, dans le simple cadre d’une préface, passer en revue tous les arguments que nous pourrions présenter pour prouver que l’occultisme pratique n’éloigne en rien de la vie et de ses devoirs, pas plus qu'il ne crée une barrière entre l'esprit du disciple et le courant de la pensée contemporaine. Beaucoup de nos contemporains, non sans raison, s'attachent au principe qu’il faut « être de son temps ». L'occultiste est de son temps, mais il l'estplus profondément et plus consciemment qu’un autre homme, car il se refuse à laisser imposer à son propre esprit les limites qui restreignent la mentalité contemporaine et il n’estime avoir compris les êtres avec qui il vit que quand il a pu situer exactement leur degré d’évolution sur l’immense route de révolution du monde.
Mais nous avons affirmé plus haut qu’il ne suffit point pour tirer un profit réel de la lecture
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de cet ouvrage de l’aborder Pesprit libéré de tout préjugé. Nous avons prétendu qu’il fallait en outre posséder le deuxième élément de ce que M. Steiner nomme la réceptivité, c’est-à-dire cette espèce de sympathie spontanée qui consiste à laisser librement vibrer notre sensibilité à Punisson d’une vibration extérieure.
Il ne s’agit point, et tout ce qui précède le prouve, de nous livrer sans raisonnement à cette influence extérieure; ce serait là un mysticisme rudimentaire et peu éclairé. Il faut seulement que les barrières tombent non seulement devant le cerveau, mais aussi devant le cœur, il faut que l’on soit aussi prêt à aimer qu’à comprendre, car la véritable intelligence des choses occultes s’acquiert non seulement par la critique rationnelle, mais encore par la sympathie. Et celle-ci s’éveille si l’on voit dans l’occultisme une puissance qui vient vers nous pleine de bonté, uniquement guidée par le désir de nous aider.
Mais c’est ici que l’orgueil humain intervient et prétend n’avoir point besoin d’être aidé. Si Pon est dans cet état d’esprit, si Pon marche dans la vie sans avoir jamais rien soupçonné des problèmes qui nous entourent et des abîmes au bord desquels se déroule la destinée humaine, il vaut
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mieux ne pas ouvrir ce livre : car un des éléments les plus plus indispensables à la pénétration des vérités occultes fait défaut. C’est celui que l’on peut appeler «le désir de la délivrance». Quiconque est satisfait de sa condition au point de ne pas souffrir des limites qui enserrent sa connaissance et son activité et pousse l’inconscience jusqu’à nier ces limites ne saurait en aucun cas tirer profit de ces enseignements : car pour ouvrir son cœur et y recevoir une parole, il faut avant tout admettre que l’on a besoin de recevoir quelque chose.
Mais, à vrai dire, c’est surtout vis-à-vis des autres, c’est dans la société que les hommes adoptent cette attitude orgueilleuse et funeste à leur progrès. En réalité il en est peu qui, se trouvant face à face avec eux-mêmes persistent à penser que les sens et la raison leur donnent tout ce qu’ils peuvent désirer et leur ouvrent, dans l’avenir, toutes les possibilités auxquelles ils se sentent le droit de prétendre. Il en est peu qui se refusent à constater leur faiblesse. Mais ici nous sommes obligés d’insister un peu sur ce sentiment, de peur qu’on ne le confonde avec ce que les églises ont trop souvent discrédité sous le nom d'humilité.
Il ne s’agit point d’une humilité qui place
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l’homme en face du divin et qui le force à convenir que son être tout entier, raison, volonté et sentiment, n’est que néant en face de l’instructeur qui lui révèle la vérité intégrale. Il ne s’agit point non plus de cette conscience d’une indignité foncière, que l’Église, interprète peu éclairée du mysticisme chrétien, a réclamée de ses adeptes. De même que l’occultisme n’exige jamais une foi aveugle, mais uniquemement une raison non prévenue, de même il demande une sensibilité qui vibre librement à Tunisson des vérités nouvelles et non pas cet abaissement de la nature humaine tout entière devant une prétendue révélation.
Et tout d’abord il n’est point question de placer l’âme humaine d’emblée en présence d’une vérité divine qui descendrait sur elle de je ne sais quel paradis chimérique. Ce qu’il faut au contraire, c’est que l’homme regarde, observe, écoute et synthétise, comme peut le faire un savant dans son laboratoire. De l’êtreleplusbasàl’entitélaplus évoluée il peut s’élever comme par cette échelle que le disciple hébreu contemplait en songe, mais, arrivé en haut de l’échelle, c’est avant tout en présence de lui-même qu’il se trouvera.
Ce qui fait son indignité momentanée n’est composé que des éléments transitoires sans cesse
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évoluant de son être, et dans cette indignité même sont cachés les germes de l’être divin qu'il sera un jour. Cette croissance ne comporte point de miracles ni de solution de continuité. Toutes les lois scientifiques y exercent leur action. La causalité y règne d’un bout à l’autre,en souveraine implacable : c’est pourquoi dans une discipline occulte le sentiment normal est celui d’une confiance respectueuse vis-à-vis de ceux qui marchent en avant et non d’unehumilité foncière et stérile.
Ce sentiment est issu de deux convictions : la première, c’est que nous avons besoin d’être libérés, c’est que nous connaissons peu de chose de l’univers et que nous vivons emprisonnés dans l’action comme dans la pensée. La seconde, c’est qu’il nous est possible de nous élever. C’est la croyance, que l’échelle des êtres en évolution est, pour ainsi dire, infinie en hauteur, comme l’espace l’est en tous sens. Nous ne pouvons concevoir un être, si rudimentaire soit-il, au delà duquel il n’y ait pas quelque atome encore plus simple. Nous ne pouvons d’autre part, concevoir un être, si sublime soit-il, au-dessus duquel il n’y en ait pas un plus puissant et plus partait encore. Nous savons qu’au-dessus de nous il y a des êtres qui savent et qui peuvent plus
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que nous-mêmes. Sans abandonner la logique ni rien céder de notre dignité, nous pouvons donc donner en quelque sorte à notre âme une attitude déférente, quitte à ne pas y persister si nous constations que les enseignements qui nous sont proposés proviennent de source moins haute.
Si nous examinons nos contemporains, nous constaterons que cette attitude serait légitime chez la plupart d’entre eux parce qu’elle correspondrait aux aspirations légitimes de leur nature. Il en est bien peu, en effet, qui, se plaçant sincèrement en face d’eux-mêmes, ne soient obligés de faireappel à une force inconnue qu’ils devinent sans pouvoir la percevoir, il en est bien peu dont le cœur et la raison se tiennent pour satisfaits des méthodes et des résultats de la science officielle ou de la religion formaliste.
Quel est l’homme d’action qui n’éprouve pas le besoin de se faire une idée sur la nature de la force à laquelle il doit sa décision et son audace? Dans un livre allemand où nous trouvons le récit singulièrement précis d’une initiation, le disciple, qui est un jeune chevalier, demande à son maître : « Apprenez-moi où siège la force qui conduit le cheval, qui tient le bouclier et qui manie lepée. » Et après que, par des exercices méthodiques, le disciple est arrivé à connaître
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les différentes sources de cette force, le Maître, pour éprouver la vertu de son enseignement, Tobserve pendant le combat. Le soir venu, il l’appelle à lui et lui dit : « Nous avons oublié dans la culture de vos forces psychiques celle qui réside dans le poignet, v
Sans nous attarder sur le symbolisme de cette réponse nous "devons noter l’enseignement qui en sort : c’est qu’il n’est point dans l’activité humaine de régions interdites aux effet de la discipline occulte. Suivant les niveaux et suivant les civilisations, elle s’exerce .en prenant pour point de départ les forces existantes. Et c’est pourquoi elle est universelle.
A l’époque où se passe le récit du mystique allemand, le progrès occulte pouvait précisément consister à réaliser les qualités de courage, d’audace et de vaillance physique mises au service d’une cause désintéressée et dont l’ensemble formait l’idéal du parfait chevalier. Ces mêmes vertus de l’homme d’action sont encore de nos jours un but digne d’être poursuivi pour beaucoup d’âmes. Les évolutions individuelles ne marchent pas toutes à la même allure. Des peuples entiers en sont à l’étape du moyen âge, et même dans les nations civilisées il arrive que, sous des formes différentes des formes chevaleresques,
le courage et la vaillance sont et doivent être, pour beaucoup d’hommes, à la fois le but et le ressort du développement spirituel.
Nous lisons dans l’ouvrage qui suit que les instructeurs soumettent de propos délibéré le candidat à l'initiation, à des épreuves qui doivent l’habituer à bannir toute crainte et toute indécision. Cet état d’âme dont il recherche la réalisation, n’est-il point celui qui forme l'idéal de l'homme d’action? Cela ne veut point dire que dans ce domaine le but est d’agir en suivant aveuglément des aspirations dont l’origine est inconnue. 11 s'agit, au contraire, de l’utilisation rapide des forces puisées dans la méditation. Cette rapidité n’implique nullement l’inconscience : au contraire, ces forces et leur source doivent être parfaitement connues de l'occultiste. Mais elles sont en quelque sorte accumulées par son travail intérieur de façon à pouvoir être soudainement précipitées sur un point, de même que l’ingénieur accumule l’énergie de manière à pouvoir lui faire produire les effets précis qu’il' en attend.
A cette éducation s’adjoint la culture d'une faculté qui n'est pas moins précieuse à l'homme d’action. C'est celle de pouvoir au moment voulu fermer volontairement les yeux sur un grand
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nombre de perceptions ou d’impulsions qui seraient de nature à le paralyser ou tout au moins à la gêner dans Faction énergique et prompte qu’il a résolue. Que de fois des hommes adonnés, soit à la carrière militaire, soit à des carrières civiles, qui réclament ces qualités de précision et de vaillance, se sont malgré eux interrogés pour se demander s’il n’était point possible d arriver à maîtriser et à diriger à leur gré des énergies souvent capricieuses ! Des gens qui n’ont pas suffisamment compris la vaste portée de l’occultisme s’imaginent volontiers que ces hommes d’action ont pour premier devoir, s’ils veulent entrer dans la voie du progrès spirituel, d’abandonner leur idéal humain de vaillance et de force pour se consacrer uniquement au travail de la pensée ou à la culture des sentiments.
Cette erreur provient d’un malentendu. La méditation et la concentration sont des moyens de rassembler ou d’accumuler les forces utiles et de pourvoir l’être humain de tout un système de pouvoirs nouveaux. Mais ces forces sont destinées à l’action aussi bien qu’à la perception. La méditation est aussi nécessaireausoldatqu’àl’homme d’affaires ou au philosophe. Car toute activité, quelle qu’elle soit, a sa source dans le monde supérieur et, si l’homme pénètre dans ce monde par la
voie normale, il découvrira que, bien loin de devoir renoncer à quoi que ce soit de sa force d’action, il la verra décuplée en même temps que canalisée par sa communication consciente avec la source première dont elle est issue.
Dans cette courte revue des differents types de mentalité humaine, il est certaines âmes qui doivent nous intéresser tout particulièrement parce que le mode normal de leur activité les conduit plus fréquemment que beaucoup d’autres à s’interroger sur les grands problèmes de l’être humain. Ce sont les artistes, créateurs ou interprètes.
La plupart ont assurément besoin d’une impulsion extérieure pour que leur puissance de création soit efficacement stimulée, mais même dans cette impulsion extérieure, ce sont les éléments des choses accessibles à la seule clairvoyance qui, à leur insu, viennent féconder leur cerveaux. Tantôt c'est au spectacle de l’univers qu'ils sont redevables du phénomène que l’on nomme inspiration. Tantôt c’est aux échos des sensations tels qu’ils demeurent enregistres et en quelque sorte virtuels dans leur mémoire profonde. Dans d’autres cas, ce sont les expériences de leur vie intérieure qui déclanchent, pour ainsi dire, le mécanisme créateur.
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Ces phénomènes sont si mystérieux pour rhornme même qui en est le théâtre, qu’ils l’amènent presque forcément à en rechercher l’explication. Le matérialisme officiel n’en fournit aucune quand il s’agit d’une activité qui mérite vraiment le nom de créatrice. Car il ne faut pas se dissimuler que chez beaucoupde prétendus artistes, et même parmi les plus réputés, la suite logique des phénomènes qui constituent l’inspiration est renversée ou souvent mutilée. L’artiste médiocre ou moyen commence à concevoir la forme extérieure de l’œuvre et, dans cette conception tronquée, il est bien évident que Téducation technique,la mémoire et les traditions,jointes à une facilité spéciale d’assimilation, suffisent amplement à expliquer la prétendue création.
Mais pour l’œil clairvoyant ces créations ne sont qu’une enveloppe vide d’âme, une imitation sans vie propre de l’œuvre d’art.
Les véritables artistes quand ils essayent de se comprendre , eux-mêmes ne peuvent se satisfaire d'une explication qui ne va pas au fond même de leur activité. Ils savent, et ils sentent, à n’en point douter, que l’inspiration est une force d’origine spirituelle dont ils prennent subitement conscience par une cause occasionnelle du genre de celle que nous avons énumérée plus
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haut. Pour la plupart d’entre eux, même parmi les plus grands, la conscience s’arrête là, et un dur labeur y commence, un travail rude et en quelque sorte souterrain, qui consiste à imaginer tout un monde de réalisations possible, à les examiner une à une et à choisir la meilleure, en quelque sorte sur l’ordre de cette force obscure qui demeure présente au plus profond d’euxmêmes.
Mais chez quelques-uns l’intervention des forces issues des mondes supérieurs, c’est-à-dire des régions les plus intérieures de l’être humain, se précise et s’illustre avec une clarté souveraine. Ceux-là peuvent vraiment dire qu’ils conçoivent l’œuvre avant de l’exécuter, non point par des fragments qu’il faut ensuite relier entre eux, mais dans son intégralité. Toutefois certains des attributs physiques qui la caractériseront une fois achevée, lui manquent encore, et par contre, elle en possède d’autres, incomparablement supérieurs en force et en beauté qu’il sera impossible de lui conserver en la faisant descendre dans les cadres de la perception sensible. Pour citer un cas particulier qui fera m»eux comprendre notre pensée, c’est à ce moment que ce qui, de sa nature, dans le monde des sens est successif peut apparaître comme simultané. Une
INTRODUCTiON
œuvre musicale, par exemple, qui ne saurait être perçue que dans le temps est conçue dans l’espace, ou plutôt en dehors de ce qui s’appelle temps et espace pour le cerv'eau physique.
A ce niveau supérieur de la création artistique, l’artiste est forcément un occultiste. II peut arriver qu’il ne connaisse pas le système mondial qui lui permettrait de situer son mode personnel d’activité dans l’ensemble de 1 activité universelle, que par suite il veuille y voir une inteivenîion divine et qu’il cherche a la caractériser par ce mot de génie qui n’est que 1 ignorance des lois de la nature dans leur application à un cas donné. Mais il arrive aussi qu’il crée avec la pleine conscience de la vraie valeur et de la vraie cause de sa création. Tel fut sans doute le cas de Platon, de Shakspeare et de Gœthe pour ne citer que ces trois noms. Ainsi de même que l’homme d’action, s’il veut devenir maître de sa force, se trouve forcément amené à l’occultisme, de même l’artiste par le seul besoin de donner à sa création toute la hauteur et toute la sûrete qu’elle est susceptible de posséder, se trouve amené à rechercher les moyens de communiquer consciemment avec les régions spirituelles de l’univers.
Les méthodes de M. Steiner font appel, en les intensifiant et en leur donnant une direction précise, aux qualités mêmed’imagination et d’observation de la nature qui caractérisent l’artiste. Celui-ci n’a pas besoin de heurter l’orientation générale de ses pensées, il n’a pas besoin défaire violence à sa propre nature pour entrer dans la voie de la discipline occulte telle que la décrit l’ouvrage qui suit. Il lui suffit de mettre un peu d’ordre et de méthode dans sa méditation, plus de chaleur et de sympathie large dans sa communion avec Jes choses.
Que de fois, s’il est sincère, n’a-t-il pas eu en présence des êtres, le sentiment délicieux et angoissant à la fois d’un mystère, la conviction qu’une entité invisible et plus vivante se dissimulait derrière la forme physique qu’il contemplait ? Est-ce qu’entre ces éléments devinés des choses et la portion la plus vibrante de son âme et de sa sensibilité, il ne s’est pas établi un courant infiniment troublant ? Est-ce qu’il n’a pas senti la force de fécondation issue de cecourant, cette force qui est proprement ce que l’on nomme inspiration poétique? Et, voulant fixer cet insaisissable, le sentant échapper à sa perception comme à sa compréhension, ne s’est-il pas répété avec amertume qu’il souhaiterait comme le Faust
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de Goethe pouvoir dire à Tinstant qui passe : « Arrête-toi! tues si beau! » Commentpercevoir, comment étreindre, comment retenir cet instant qui passe ?Cest ce que l’occultisme seul peut enseigner au poète. Et en le faisant il répond à un besoin profond de toute sa nature d’artiste, besoin qui surgit dès qu’il interroge son âme ou celle de l’univers.
Voici maintenant un savant, un chercheur méthodique et consciencieux, fermement décidé à ne rien admettre que ses sens ne Taient perçu et sa raison contrôlé. Il avance pas à pas, observant minutieusement les phénomènes, les classant d’après leurs caractères communs ou dissemblables pour vérifier avec une sécurité absolue dans quelles conditions ces phénomènes se reproduisent. Il essaye de les provoquer en s’entourant de toutes les garanties. De l’analyse, il passe à la synthèse. Enfin il peut établir avec certitude que deux phénomènes se suivent forcément et dans tous les cas lorsque des conditions miliutieusementdécrites sont données ànouveau. Il s’est juré à lui-même de ne pas dépasser ces résultats de l’expérimentation et il demeure penché dans son laboratoire, refusant à sa raison le droit de s’avancer au delà de ce qu’il a pu constater et prouver.
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Mais inconsciemment son esprit a travaillé et voici soudain qu’une grande lumière Tenvahit et qu’une loi générale de Tunivers dépassant infiniment les conclusions qu’il était en droit de ^former, vient sfinscfire devant lui avec une autorité souveraine. Il demeure stupéfait. Comment la conclusion peut-elle ainsi déborder de toutes parts sur les prémisses ! N’est-ce point là un procédé anti-scientifique au dernier degré que de remonter d’une série de cas particuliers à Taffirmation d’une loi universelle. Et pourtant cette affirmation s’impose. Alors le savant effrayé de l’audace de cette inconsciente induction, se replie sur lui-même, revient pas a pas sur le chemin qu’il a parcouru et en arrive ainsi progressivement soit à restreindre la loi, soit à se donner l’illusion qu’elle n’est qu’un résumé synthétique de la collection des cas particuliers. Mais il a beau faire et beau dire il ne peut s empêcher de songer à cette soudaine illumination de sa conscience, sans être obligé de s’avouer à lui-même qu’il n’y a que deux explications a ce phénomène : ou bien c’est que le général a une existence en soi, au dehors des cas particuliers, ou bien c’est qu’il y a dans les cas particuliers des éléments imperceptibles à nos sens et qui néanmoins ont été perçus par lui, puisqu’ils ont
donné naissance à cette loi universelle que ne suffisent pas à expliquer les éléments des phénomènes consciemment enregistrés au cours de son investigation. Mais ce n'est que quand elle s’élève à ces hauteurs que la science devient véritablement les portes de ^occultisme, et tel est le sens profond du mot de Newton : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. » Cette parole signifie que les découvertes dans le domaine de la science ne sauraient s’expliquer par le simple jeu de ^entendement logique, qu’il y faut absolument l’intervention, à un moment quelconque de la recherche, des pouvoirs de connaissances supérieures, et que sans leur intervention il faut forcément restreindre et limiter étroitement le champ de cette recherche.
C’est pourquoi les philosophes, qui, comme Herbert Spencer, n’admettent pas la plus légère infraction à ces procédés scientifiques, sont forcés de réserver à l’écart de toute investigation un domaine de l’inconnaissable dont ils proclament qu’il ne saurait être atteint. Mais la science considère de plus en plus qu’il ne saurait y avoir de fruits défendus pour l’esprit humain. Ses représentants les plus autorisés ne veulent plus renoncer à la recherche des causes profondes, à l’ana-
lyse et à la connaissance des forces mêmes qui constituent le substratum vivant des phénomènes sensibles. Sans doute ils continuent à rejeter les méthodes hasardeuses de la métaphysique. Ils ne sauraient admettre qu’il suffise à la pensée de se replier sur elle-même pour y découvrir avec certitude l’univers. Mais ils recherchent entre ces deux extrêmes, le procédé scientifique et le procédé métaphysique, un mode de connaissance et d’investigation qui unisse à la fois l’étendue et la hardiesse de l’un à la précision et la sûreté de l’autre.
Ils se trouvent ainsi amenés à l’étude des pouvoirs latents qu’il est possible d’éveiller dans l’homme même. Mais ces pouvoirs ils entendent en enregistrer et en mesurer les effets par l’observation extérieure doublée d’expérimentation, telle qu'ils sont habitués à la pratiquer dans les autres domaines.
Des faits nombreux sont venus leur démontrer au cours des dernières années que, dans certaines conditions données, les possibilités d’investigation s’agrandissent, que dans ces conditions le champ de la conscience non seulement s’élargit, mais encore est impressionné par des perceptions dont on peut affirmer avec certitude qu’elles n’ont pas été apportées par les
voies ordinaires de la sensibilité. Ces phénomènes sont encore rares, malaisés à contrôler, et généralement liés à un déséquilibre mental ou physique qui en diminue de beaucoup la valeur aux yeux des savants. Mais certains sont incontestables et Ton ne peut s empêcher de les rapprocher des forces nouvellement decouvertes dans la nature inanimée.
Nous ne croyons pas nous avancer en disant que quelques-uns parmi ces hommes de science sont, à leur insu, déjà proches parents de l'occultiste. Ce rapprochement deviendra plus étroit le jour, sans doute peu éloigné, où ils s’aviseront de rechercher une explication commune et générale à des phénomènes qui leur paraissent aujourd’hui encore fort dissemblables. La perception agrandie et modifiée dans les états d’hypnose, la découverte de forces qui exigent comme véhicules des états de la matière autres que ceux scientifiquement connus, enfin l’intervention dans la recherche scientifique d’un pouvoir de connaissance étranger aux méthodes habituelles, voilà quelques-uns des faits qu’il faut rassembler, comparer et entre lesquels il s’agirait de rechercher s'il n’existe pas des éléments communs, une interprétation générale.
Ainsi, comme l’homme d’action, comme l ar-
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tiste et le poète, l’homme de science à son tour, qu’il regarde en lui ou autour de lui, ne saurait méconnaître que pour fonder solidement sa connaissance, pour affermir le pouvoir sur la nature qu’elle lui confère, il faut qu’il se décide à pénétrer hardiment dans le domaine dont il a été tenu éloigné de nos jours, beaucoup plus par les excès déconcertants de la métaphysique que par une incompatibilité véritable et profonde.
Nous n’avons certes pas la prétention que ces quelques observations très simples, suffisent à intéresser au véritable occultisme les hommes appartenant à cette élite, dont nous avons essayé d’esquisser quelques types. Mais s’ils pouvaient seulement s’avouer à eux-même leur désir d’une vérité plus large, d’une base plus certaine pour la connaissance et pour la vie, ce premier pas serait le plus important. La connaissance des limites qui nous enserrent, et la conviction d’une réalité au delà de ces limites, sont des conditions suffisantes pour tout esprit sincère. Et si l’on peut etre rebuté par une doctrine complète, du monde et de 1 univers, il n’en sera pas de même, à la lecture de l’ouvrage qui suit. Ce qui inquiète les esprits inconsciemment avides de vérité quand on leur apporte une hypothèse, si grandiose soit-elle, sur le monde, c’est qu’ils ignorent l’accumulation
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de travail fondé sur l’effort personnel et appuyé sur la tradition, qui seule a permis de dresser ce plan grandiose de la nature. Ce qui doit au contraire, les rassurer et les émouvoir, c’est un enseignement qui répond aux besoins les plus profonds de chacun d’eux, qui au moment où ils perdent pied dans leur tentative pour se comprendre eux-mêmes, les prend pour ainsi dire par la main et leur dit : «Vous vous sentez environnés d’abîmes, voici un peu de terre ferme. Franchissez le court espace qui vous sépare de ce point, situé un peu au-dessus de la région dans laquelle vous errez actuellement. Je n’ai point à vous prophétiser ce que vous verrez si vous parvenez sur des plus hauts sommets, je n’ai même point à vous décrire, théoriquement, la manière dont vous devrez marcher, je me contente de vous indiquer un lieu voisin de celui où vous avez habité jusqu’ici. Avec un peu de sincérité et un peu d’effort vous y parviendrez, sans cesser d’être vous-même et sans vous y trouver dépaysé, car cette région n’est que le prolongement de celle que vous connaissez, et quand vous aurez accompli ce court trajet, vous n’aurez qu’à vous interroger vous-mêmes pour vous demander si l’air que vous respirez est un peu plus pur, votre vue un peu plus étendue, votre soif de connaître
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un peu moins douloureuse. Si, loyalement, vous sentez que vous devez répondre « oui » à ces questions que vous vous poserez à vous-mêmes, je n’aurai pas besoin de vous encourager beaucoup pour vous décider à vous élever encore un peu plus haut. »
Tel est le langage très simple quotient l’occultiste aux hommes sincères de notre époque à ceux, du moins dont l’activité mentale revêt des modalités assez complexes pour les amener, pour ainsi dire par la force des choses, jusqu’au seuil des problèmes de la vie intérieure. Mais il faut d’autre part qu’ils y parviennent l’esprit libéré des formes traditionnelles et parfois dégénérées sous lesquelles se manifeste aujourd’hui l'antique sagesse. Nous voulons parler des formules religieuses.
Jusqu’ici nous n’avons point tenu compte de cet élément qui fait effectivement défaut chez beaucoup de nos contemporains et notamment parmi ceux qui appartiennent à l’élite à laquelle les réflexions qui précèdent sont dédiées. Les hommes dont nous avons parlé n’ont besoin pour se rapprocher de l’occultisme que de rechercher la logique intérieure de leur pensée et de leur activité parce qu’il ne sont point encombrés de dogmes dans lesquels ils ont pris
l’habitude de chercher tout ce qu’ils croient possible ou permis de connaître sur le vaste domaine qui échappe à la science actuelle. Pour ceux-ci le problème se ramène à la question suivante :
Dansquellemesurel’adhésion sincère auxdogmes d'une religion établie favorise-t-elle ou entravet-elle les progrès de la connaissance?
A notre avis ceux qui, s’aidant à la fois du travail intérieur et de la recherche historique, se donnent la peine d’examiner sincèrement le fondement de la croyance religieuse arriveront forcément à y découvrir la vérité d’expérience qui y a été déposée à l’origine par les Fondateurs qui tous étaient de grands occultistes. Mais il faut, pour que ce travail porte des fruits, le faire dans un esprit d’entière liberté, à la foifi'espectueux et indépendant, sans se laisser intimider par l’assurance avec laquelle certains prédicateurs de ces dogmes proclament l’absolue vérité des formules qu’ils imposent. Il faut que le croyant se place en face de sa foi comme en face d’un phénomène qu’il s’agit de comprendre, il faut qu’il la justifie par des solides raisons. Nous ne voulons pas dire par là qu’il s’agisse de la faire comparaître devant d’autres dogmes, ceux d’un matérialisme étroit et d’une investigation scientifique limitée. Beaucoup d’esprits sincères qui
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ont eiTiployé cette méthode ne sont arrivés qu’au doute et à la négation de toute vie spirituelle. Non ! le phénomène de la croyance religieuse doit être abordé avec la confiance qu’il n’est nullement solidaire de l’adhésion intellectuelle à des propositions précises, que tous les dogmes peuvent s’écrouler sans que l'esprit religieux soit ébranlé. Mais pour consolider cet esprit religieux pour qu’il soit attaché aux autres activités de la vie intérieure, pour qu’il pousse de profondes racines dans la vie et dans la pensée, il faut l’établir dans son véritable terrain et lui donner de l’air en renversant les barrières qui l’empêchent de s’épanouir librement. Il ne sera justifié et réellement vivant que s’il se développe harmonieusement en accord avec toutes les autres manifestations normalement sorties de l’esprit humain.
Il y a deux manières de ne jamais parvenir à reculer les lignes de la connaissance et de la puissance humaines. La première est de proclamer, comme les positivistes, qu’il est superflu de vouloir pénétrer dans le domaine de l’inconnaissable, parce que la raison y perd ses droits et la science ses méthodes. La deuxième e.st d’affirmer que ce domaine est interdit à l’homme parce que tout ce qui lui est utile d’en savoir
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constitue le monopole de quelques hommes dans le passé et dans le présent et que ce serait un orgueil funeste que de vouloir substituer a leur autorité une expérience personnelle, illicite et dangereuse. Les premiers disent au chercheur i « Tu ne peux pas », les seconds lui disent : « Tu ne dois pas ».
Les temps sont venus où l’humanité commence à rejeter l’un et l’autre de ces dogmes également nuisibles à la marche de l’évolution. Ceux qui parmi les croyants portent leur attention avant tout sur le côté personnel de leurs sentiments religieux tendent à s’affranchir de ces limitations. L’étude comparée des religions, l’une des préparations les plus utiles à la science occulte leur montre sous la relativité et l’infinie variété des dogmes la permanence et l’unité des enseignements ésotériques, et quand ils sont entrés dans cette voie, leur dévotion, loin d être un obstacle devient un stimulant et un appui. Car cette dévotion manifeste précisément cette disposition de l’âme que nous avons indiquée au début de cette préface comme le deuxième élément de la réceptivité réclamée par l’enseignement occulte. Elle n’est autre que la conscience confuse des possibilités de pouvoir et de connaissance ouverte à l’homme et l’instinctive aspiration vers l’accrois-
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sementde bonheur qu’elles réservent à l’individu comme à Tespèce.
Le besoin de vérité qui se confond avec le besoin de libération ne saurait être satisfait que par un effort personnel. Il n’existe point pour l’homme de certitude par procuration. Les fondateurs de religions, aussi bien que les instructeurs de tous les temps, peuvent bien montrer la voie et soutenir le chercheur sincère dans ses premiers pas. Mais Tuniverselle loi de causalité, c’est-à-dire de justice, s’oppose à ce qu’ijs transfusent en d’autres les fruits de leurs efforts séculaires.
Tout ce qu’il faudrait encore dire sur ce sujet se trouve renfermé dans le livre qui suit et il serait superflu, aussi bien que téméraire, de vouloir en ajoutant quelque chose à cette préface empiéter sur le domaine réservé à ceux qui savent par eux-mêmes. Nous n’avons songé en écrivant ces quelques pages qu’à tenter une œuvre très modeste : celle de dissiper, s’il est possible, quelques préjugés et d’amener les esprits sincères à prendre conscience de leur aspiration profonde vers un peu de lumière. Nous avons essayé d’esquisser les problèmes qui se posent pour chacun au cours de son activité normale, et de trouver, pour ainsi dire, le défaut de la
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cuirasse qui recouvre certains esprits. Nous avons surtout voulu les amener à s’avouer à eux-mêmes combien leur pèse cette cuirasse de préjugés, de parti pris ou d’indifférence. En s’environnant de limitations qu’ils ont l’habitude de croire nécessaires, ils s’imaginent parfois se fortifier, tandis qu’ils entravent le libre développement de leur être, qui seul leur apportera la vraie force et la vraie sérénité.
La vieille maxime des sages de la Grèce : « Connais-toi toi-même » reste à travers les âges éternellement jeune comme la sagesse où elle est puisée. Dans le domaine de la vie intérieure, connaître, c’est prendre conscience. Comment l’homme prendrait-il intégralement conscience de lui-même si d’avance il s’est fait de son être une conception bornée au delà de laquelle il ne veut point se connaître ? Et comment connaîtrait il l univers, s’il n’a fait de lui-même un instrument de connaissance, capable de vibrer à l’unisson de toutes les vibrations?
Jules Sauerwein.
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PRÉLIMINAIRES
l’occultisme devant la critique