CHAPITRE V
Lorsque rhomme a poussé jusqu’à cette perfection la culture de ses sentiments, de ses pensées et de ses états d’âme, en pratiquant les méthodes décrites dans les chapitres précédents et en passant par les étapes siütrcessives de la Préparation, de l’Illumination et de l’Initiation, il se produit dans son âme et dans son esprit une organisation semblable à celle que les forces de la nature ont produites dans son corps physique. Avant cette formation, l’âme et l’esprit ne sont que des masses de substance inorganisée qui apparaissent aux clairvoyants sous l’aspect de nuages en spirales se pénétrant les uns les autres et présentant une coloration terne, allant du rouge au rouge brun ou parfois au rouge jaune. Une fois organisées, ces masses se nuancent brillamment de tons
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jaune vert ou vert bleu en même temps qu’elles présentent une structure régulière. L’homme parvient à cette régularité de structure en ordonnant ses sentiments, pensées et états d’âme, comme la nature ordonne ses éléments corporels pour lui permettre de voir, d’entendre, de digérer, de respirer, de parler, etc. Peu à peu le disciple apprend à respirer et à voir par l’âme, (astralement), à entendre et à parler par l’esprit (mentalement).
Nous allons ici examiner de plus près un certain nombre de qualités nécessaires à développer dans ces stades de l’évolution.
Il faut toutparticulièrement cultiver la patience. Chaque mouvement d’impatience paralyse et va même jusqu’à détruire les possibilités latentes dans l’homme. Il est compréhensible que l’étudiant attende des résultats avec impatience, il ne saurait pourtant prétendre à aucun succès aussi longtemps qu’il n’a pas maîtrisé cette impatience. 11 ne suffît pas de la combattre dans le sens ordinaire du mot, ce qui ne ferait que l’accroître, car on n’arrive ainsi qu’à s’illusionner au point de la croire disparue alors qu’elle demeure aussi forte au fond de l’âme. Il faut, pour réussir, se plonger dans une pensée bien déterminée et se l’assimiler parfaitement. Cette pensée est la suivante : « Je
dois tout faire pour développer mon âme et mon esprit, mais j’attendrai dans le calme jusqu à ce que les puissances supérieures me jugent digne d’une illumination. » Si cette pensee s empare de l’homme assez profondément pour devenir un trait de sa nature, il peut avoir la certitude d’être dans le droit chemin. Ce trait de caractère se reflète même dans l’extérieur du disciple ; le regard devient calme, les mouvements assurés, les décisions précises et tout ce que l’on appelle nervosité disparaît de l’être humain : les petites règles de conduite qui ont l’air insignifiantes exercent une action considérable. Par exemple, quelqu’un veut nous offenser ; avant notre travail occulte, nous nous élevions contre l’offenseur et la colère remplissait notre âme. Chez le disciple, au contraire, une seule pensée domine en pareil cas, c’est que cette offense ne lui enlève rien de sa valeur personnelle. Et il décide ensuite ce qu’il fera pour répondre a cette offense avec calme et sang-froid et sans se laisser dominer par la colère. Il ne s’agit pas naturellement de subir sans protester toute offense, mais simplement de nous comporter avec autant de calme et de sang-froid s’il s’agit de punir une offense qui nous atteint nous-mêmes que s’il s’agissait d’une offense faite à une autre personne
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dans des circonstances où nous aurions le droit de la châtier. Cest le cas de remarquer ici une fois de plus que le progrès occulte ne se manifeste pas par un changement éclatant dans notre attitude, mais qu’il consiste au contraire en une transformation délicate et silencieuse des sentiments et des pensées.
La patience exerce une sorte d’attraction sur les trésors du savoir occulte. Par l’agitation et la hâte on ne saurait rien acquérir dans les domaines supérieurs de l’être. Il faut avant tout imposer silence au désir et à la passion. Ce sont des états de l’âme devant lesquels la science supérieure recule avec une sorte de pudeur. Si précieuse que soit la connaissance occulte, il ne faut pas la convoiter, elle doit venir à nous. Celui qui la désire pour sa jouissance personnelle ne l’obtient jamais.
Ces dispositions demandent une absolue et profonde sincérité de l’âme vis-à-vis d’elle-même. Il ne faut se faire sur soi-même aucune illusion. On doit savoir regarder en face avec clairvoyance ses fautes et ses faiblesses. Dès l’instant que vous cherchez une excuse à vos imperfections, vous dressez un obstacle sur le chemin de votre progrès spirituel. On ne peut éviter ces obstacles que par la connaissance de soi-même.
II n’y a qu’un moyen de se corriger de ses fautes et de ses faiblesses, c’est de les connaître. Toutes les possibilités dorment en l’homme et l’on peut les éveiller. L’entendement et la raison eux-mêmes sont susceptibles d’être améliorés si l’homme s’étudie avec sang-froid et calme pour se rendre un compte exact de ses faiblesses. Cette connaissance de soi-même est naturellement malaisée, car l’illusion dans ce domaine est une tentation étrangement puissante. Celui qui s’accoutume à être véridique envers soi-même s’ouvre par là les portes de la perception supérieure. Toute curiosité doit également disparaître chez l’étudiant. Il doit s’abstenir de poser des questions pour sa propre satisfaction. Il ne doit s’informer que des conditions qui lui permettent de se perfectionner lui-même pour le service de l’évolution universelle. Dans cet esprit, il peut se livrer entièrement à sa joie de connaître. Tout ce qui tend à ce but doit être pour lui une exhortation qu’il écoute pieusement et qu’il cherche à renouveler.
La discipline occulte réclame particulièrement une éducation du désir. Il ne s’agit pas de devenir sans désir, car il est naturel que nous désirions tout ce qu’il nous faut atteindre, et un désir se réalise toujours lorsque la force appropriée y réside.
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Cette force est issue de la vraie connaissance.
« En tout domaine que la connaissance de la vérité précédé le désir » c’est une des règles d^or de la sagesse occulte. Le sage apprend d’abord à connaître les lois de l’univers, alors ses désirs se changent en forces qui portent en elles-mêmes leur réalisation. Citons un exemple probant.
/ Certes beaucoup d’hommes désirent connaître par leur expérience personnelle les phasesdeleur existence qui ont précédé leur naissance terrestre. Un I tel désir est sans objet et sans issue aussi longtemps que l’homme en question ne s’est pas assimile la connaissance des lois et de l’essence des choses éternelles et cela dans toute leur subtilité. Mais lorsqu il a réellement acquis cette connaist sance et qu il veut aller plus loin, alors son désir \ ennobli et purifié le seconde utilement. Il ne sert N^a rien de dire : je veux connaître ma vie antérieure etc est justement dans cette intention que je travaille à m’instruire. Il vaut au contraire bien mieux laisser ce désir entièrement de côté, l’éliminer de soi et travailler d’abord dans cette intention. On doit prendre plaisir à se donner entièrement a son travail occulte sans avoir besoin de ce levier, car c’est seulement ainsi que l’on apprend à développer en soi le désir, capable de devenir une force entraînant après soi la réalisation.
Lorsque je me mets en colère ou que je m’irrite, je dresse une barrière dans le monde animique et les forces qui doivent édifier mes organes spirituels ne peuvent plus parvenir jusqu’à moi. Lorsqu’un homme s’irrite contre moi, il m’envoie un courant astral. Aussi longtemps que je suis capable de m’irriter moi-même,il m’est impossible de percevoir ce courant, ma colère le voile, mais je ne dois pas supposer qu’il me suffira deneplusm’irriter pourpercevoir aussitôt un phénomène astral, car il faut pour cela que mon œil occulte se développe d’abord. Mais les rudiments de cet œil existent chez tout être humain, ils demeurent inertes aussi longtemps que l’homme est capable de s’irriter et il ne suffit pas d’avoir quelque peu combattu le sentiment de la colère pour les rendre actifs. Il faut continuer sans se lasser et avec patience à combattre ces dispositions, alors il arrivera un jour où Ton remarquera que l’œil spirituel s’est développé. A vrai dire, pour arriver à ce but, il ne suffit pas de combattre uniquement la colère. Beaucoup s’impatientent et doutent parce que pendant des années ils ont combattu certaines dispositions de caractère sans parvenir à la clairvoyance. Ils ont ainsi orienté comme il convient certaines dispositions et laissé les autres se développer sans contrôle
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€n toute liberté- Le don de la clairvoyance ne saurait être conféré avant que toutes les dispositions de nature à paralyser les pouvoirs endormis ne soient maîtrisées. Assurément la clairvoyance et la clairaudience se font jour avant ce momentlà, mais ce sont des bourgeons infiniment délicats sujets à toutes les erreurs et qui se flétrissent bien vite si on les prive des soins nécessaires.
Parmi les dispositions contre lesquelles il faut lutter, non moins que contre la colère, citons la pusillanimité, la superstition et les partis pris, la vanité et l’orgueil, la curiosité et le bavardage inconsidéré, les distinctions établies entre les hommes suivant le rang, la race et l’origine. On comprendra mal à notre époque que la lutte contre ces défauts ait quelque chose à faire avec le pouvoir de connaître, mais tous les occultistes savent fort bien que ces choses ont beaucoup plus d’influence que l’ouverture de l’intelligence et la pratique d’exercices artificiels. Ne croyez pas non plus comme beaucoup que pour combattre la crainte il faille devenir follement audacieux et que pour combattre les préjugés de race ou de caste il faille se refuser à faire aucune distinction entre les hommes. Il s’agit bien plutôt d’apprendre à juger sainement, ce qui n’est pas possible quand on obéit à des préventions. Déjà au
point de vue du simple bon sens, il est exact que, par exemple la crainte d’un objet nous empêche de le juger avec discernement et que le préjugé de race nous interdit de pénétrer dans l’âme d’un homme. C’est à ce point de vue du simple bon sens que le disciple doit travailler à développer la finesse et la pénétration de ses jugements. De même, c’est un obstacle sur le sentier de l’occultisme que de parler sans avoir suffisamment éclairci par la réflexion ce que Ton veut dire, et ici il faut considérer un point que seul un exemple fera bien comprendre. Si quelqu’un me dit une chose à laquelle je dois répliquer, il faut que je m’efforce plutôt de considérer et de comprendre son opinion, son sentiment, voire même ses préjugés au lieu de ne songer qu’au sentiment immédiatement éveillé en moi par le sujet traité. Il y a ici toute une culture raffinée du tact à laquelle le disciple doit consacrer ses soins les plus attentifs. Il faut qu’il sache juger de la signification qu’aura pour son interlocuteur la réplique où il lui exposera sa propre opinion. Ce n’est pas une raison pour ne pas exprimer cette opinion, il n’en n’est nullement question : mais il faut écouter aussi attentivement que possible ce que disent les autres pour déterminer d’après ces données la forme de sa réplique. Une pensée s'im-
pose au disciple en pareille occasion et quand cette pensée devient un trait de caractère, il sait qu’il est sur la bonne voie. Cette pensée est la suivante : « L’important n’est pas que j’oppose à cet homme mon opinion différente de la sienne mais bien qu’il trouve de lui-même la vérité grâce à l’aide que je lui donnerai. » C’est à l’aide de ces pensées que le caractère et la manière d’agir du disciple portent de plus en plus l’empreinte de la douceur, ce ressort essentiel de toute discipline occulte. La dureté intimide les formations astrales qui nous environnent et qui doivent éveiller la perception spirituelle. La douceur bienveillante écarte les obstacles, et ouvre les sens spirituels.
Et avec la douceur se développera un autre trait du caractère, l’attention sympathique et calme appliquée à toutes les nuances de la vie sentimentale chez ceux qui nous entourent, grâce au silence parfait de nos propres mouvements intérieurs. Quand l’homme est parvenu à cet état, alors les états d’âme de son entourage agissent sur lui et déterminent la croissance et l’organisation progressive de son âme, de même que la lumière du soleil fait s’épanouir la plante. Douceur et silence, accompagnés de patience, sont des forces qui ouvrent à l’âme le monde des âmes, à l’esprit le monde des esprits.
« Attends dans le recueillement et dans le calme, ferme tes sens aux impressions qu’ils ont reçues avant ton entrée sur le sentier, fait taire parmi tes pensées celles qui autrefois s’agitaient dans ton âme, esclaves de tes habitudes. Que le silence et l’immobilité régnent au dedans de toi, attends patiemment et l’action des mondes supérieurs édifiera tes yeux astrals et tes oreilles spirituelles. N’espère pas voir et entendre aussitôt dans les mondes de Tâme et de l’esprit, car si tout ce que tu fais sert à développer tes sens supérieurs, tu ne saurais voir astralement et entendre spirituellement que lorsque tu posséderas les organes nécessaires. Lorsque tu es ainsi resté quelques instants dans le calme et le recueillement, va à tes affaires après t’être encore une fois profondément pénétré de la pensée suivante : « Il m’arrivera un jour ce qui doit m’arriver, quand je serai mûr pour le recevoir » et évite soigneusement toute tentative pour attirer à toi les puissances occultes par ta volonté personnelle. »
Telles sont les directions que tout étudiant reçoit de son instructeur à l’entrée du sentier occulte.S’il les observe, il se perfectionne; s’il ne les observe pas, tout son travail est vain,mais elle ne sont difficiles à mettre en pratique que pour celui qui manque de patience et de fermeté. 11
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n’existe point d’autres obstacles que ceux que chacun se crée à soi-même et que chacun peut aussi éviter s’il le veut vraiment. Il faut sans cesse rappeler ces vérités, car bien des gens se représentent faussement la nature des difficultés qui attendent l’occultiste. Il est dans un certain sens plus facile de franchir les premières étapes de ce sentier que de venir à bout des difficultés constantes de la vie journalière si l’on est tout à fait ignorant de l’occultisme.
En outre, nous ne pouvons faire connaître ici que des procédés incapables de faire courir le moindre danger à la santé physique ou morale. Certes, il y a d’autres chemins qui conduisent plus vite au but, mais on ne doit pas en parler publiquement parce qu’ils ont sur l’homme certains effets qui réclament l’intervention immédiate ou du moins la surveillance constante d'un guide qualifié. Comme certains points de ces méthodes ont transpiré au dehors, nous avons le devoir d’avertir expressément des dangers que présentent leur application en l’absence d’une direction personnelle. Pour des motifs qui ne sont compréhensibles qu’aux initiés, les chemins de cette espèce ne peuvent jamais être communiqués sous leur véritable forme, et quant aux fragments qui sont révélés par-ci, par-là, non seulement ils
ne sauraient conduire à un succès, mais ils signifient la ruine de la santé, du bonheur et de la paix de râme. Celui qui ne veut pas se livrer à des puissances ténébreuses dont il ne peut connaître ni l’origine, ni la véritable essence doit soigneusement éviter d’entrer dans cette voie.
Nous pouvons encore donner quelques détails sur ^entourage favorable aux exercices occultes.
Cela n’est pas sans importance, mais les conditions varient pour chaque individu. Celui qui s’exerce dans un milieu rempli d’intérêts égoïstes et tout agité par la lutte pour la vie doit savoir que cette atmosphère n’est pas sans influence sur le développement de ses organes spirituels. A vrai dire les lois intérieures qui gouvernent ces organes sont assez fortes pour résister aux dommages qui peuvent résulter de ces influences. L’ambiance la plus défavorable ne saurait faire qu’une graine de lis donne naissance à un chardon : de même les vibrations égoïstes de nos cités modernes ne sauraient faire qu’un organespirituel devienne autre chose que ce qu’il doit être. Mais en tous cas, il est excellent pour le disciple de s’environner de temps à autre du calme et du silence des champs et de jouir de la nature dans sa grâce et dans sa majesté.
Il est particulièrement favorable pour l’étudiant
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de poursuivre son travail occulte au sein d’une végétation verdoyante ou sur des montagnes ensoleillées et comme bercé par le rythme calme de la vie végétale.
Un tel milieu assure aux organes des sens spirituels une croissance harmonieuse telle qu’on ne saurait la réaliser dans une cité moderne. De même, c’est un avantage incontestable sur l’homme des villes que d’avoir, du moins dans son enfance, respiré l’air des sapins, contemplé les sommets neigeux et observé l’activité silencieuse des insectes et des animaux dans la forêt.
Quant à ceux qui se voient obligés de vivre dans une ville, ils ne doivent pas négliger de nourrir leur organes astrals et mentais en voie de croissance par la lecture des pages inspirées dues aux grands maîtres de la sagesse. Si vos yeux ne peuvent suivre jour par jour l’éclosion du printemps sous le feuillage verdoyant des forêts, vous trouverez une compensation à nourrir votre cœur des pensées sublimes de la Bhagavad Gita, de l’Évangile selon saint Jean ou de Thomas de Kempis. Il y a bien des chemins pour gravir les sommets de la clairvoyance, mais il faut les choisir avec discernement.
L’occultiste sait sur ces chemins bien des choses qui paraissent singulières aux profanes.
Il arrive, par exemple, que quelqu’un soit déjà très avancé sur le sentier, qu’il touche pour ainsi dire immédiatement aux portes de la perception spirituelle. S’il a alors le bonheur défaire un voyage sur une mer calme ou parfois au contraire sur des flots agités par la tempête, subitement le bandeau tombe de ses yeux spirituels et il devient voyant. Un autre est également arrivé si loin que ce bandeau n’a plus qu’à s’écarter, ce bonheur lui advient par un coup inattendu de la destinée. Sur un autre homme, ce coup imprévu aurait eu pour effet de paralyser ses forces, d’endormir ses énergies. Pour le disciple, il marque le point de départ de l’illumination. Un troisième a attendu de longues années sans murmurer, il est ainsi demeuré sans percevoir les fruits de son travail : un jour il est assis paisiblement dans sa chambre silencieuse et soudain autour de lui tout s’éclaire ; les murs disparaissent, deviennent diaphanes, un nouvel univers se déploie devant son œil désormais clairvoyant ou résonne à ses oreilles spirituelles désormais ouvertes.