‹ L'Injection Hypodermique de DigitalineChapitre 12 sur 21 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Due à l’obligeance du D' Georges Rosenthal.)

N.. , cinquante-sept ans, palefrenier, entré le 29 avril 1902 Salle Bazin, dit n° ro Dis, à l'hôpital Saint-Antoine.

A. H.— Père mort à soixante-seize ans. Asthmatique.

* Rosenthal, Rendu compte du Congrès de Madrid, (loc. cit.).

Lie

Mère morte à quatre-vingt deux ans, de cause inconnue. : Un frère mort à trente-cinq ans, de rhumatisme cardiaque. Un frère mort à cinquante-deux ans asthmatique.

Une sœur morte à soixante ans, cécité de cause inconnue.

A. P. — Né à terme. Elevé par sa mère à Villejuif.

Pas de maladies d'enfance. Pas de rhumatisme, pas de fièvre typhoïde, pas d'arthritisme. |

A dix-sept ans, fracture de jambe qui le dispense du service militaire. Blennorragie à vingt-six ans, guérie sans complication. Pas de stigmates de syphilis, ni accident initial, ni chute de cheveux, ni maux de gorge à répétition, ni éruptions cutanées, ni céphalée caractéristique.

Stigmates nets d'alcoolisme, bien que le malade n'avoue qu'une consommal'on de 1 litre de vin par Jour avec cependant, un rhum Journalier et « de temps en temps » une absinthe.

Cauchemars, rêves professionnels, chutes dans des précipices, visions d'animaux, crampes dans les mollets, tremblement de la langue et des mains.

Cette intempérance contractée dès le jeune âge a cessé par suite de maux de tête violents, que le malade croit devoir rapporter à cet abus.

Depuis l'âge de quinze ans, le malade tousse: chaque hiver, petite crise de bronchite se présentant avec régularité. Il n'y a jamais eu, d’ailleurs, de perte d’appétit, ni d'amaigrissement, ni de sueurs nocturnes, ni d'hémoptysie, les expectorations étant, d'ailleurs, peu abondantes.

En 1897, le malade a été opéré d'une hernie inguinale gauche.

Depuis ce temps, il est pris de crises d'étourdissement (dont on ne peut parvenir à spécifier la nature exacte), survenant brusquement au milieu de la journée et lui permettant juste de s'asseoir. La crise dure de trois à cinq heures et ce n’est qu'au bout de ce temps qu'il peut reprendre connaissance.

Les crises reparaissent tous les mois à époques régulières et s’'accompagnent de perte de mémoire sans troubles de la vision

ni atteinte des sphincters.

L'an dernier (1901), au mois de mai, le malade entre dans le

Re Cr

service de M. Gaucher, salle Louis, pour un anasarque identique à celui qui l'amène actuellement à l'hôpital.

Soumis à l’action de la digitale pendant huit jours, une amélioration sensible se fit sentir, mais l'œdème dure jusqu’au mois de juillet.

Après sa sortie de l'hôpital, il subsistait encore un œdème assez accentué au niveau des malléoles: il augmentait dans la station debout prolongée.

Le malade accusait à celte époque des crises d'étouffement, des palpitations de cœur, de l’essoufflement. Épistaxis assez fréquents avec étourdissements et perte de connaissance sus-indiqués. Il ne semble pas qu'il y eût de l’albumine dans les urines.

Depuis ce temps, se renouvelèrent plus fréquents les phénomènes sus-énoncés au milieu d'une santé de plus en plus chancelante,.

Histoire de la maladie. — I] y a quinze jours, le malade entre dans une crise aiguë. Brusquement, il se sent pris d'un violent point de côté à droite, d'une toux quinteuse, pénible, qui exaspère une céphalée frontale intense, surtout le jour.

Une oppression considérable accompagne ces premiers symptômes jointe à une angine précordiale accusée et à des tendances à la lypothymie.

Le malade sent son cœur battre violemment, tandis que parallèlement, le point de côté devient plus douloureux.

La toux est fréquente, les expectorations rares, aqueuses ou muqueuses.

La dyspnée va croissant, bien que le malade soit alité, Bientôt il constate que ses bourses € grossissent », Le scrotum devient le siège d'une {uméfaction tendue, luisante, presque indolore qui va croissant, s’'irradiant et s'étendant aux parties déelives de l'abdomen et aux membres inférieurs pour gagner insensiblement le tronc tout entier, en s'atténuant vers les clavicules, la face et les membres supérieurs,

En huit jours, un anasarque général s'établit,

Les urines deviennent rares (1 litre par jour environ) et foncées.

De

Les fonctions digestives conservent leur intégrité et c'est en cet état que le malade entre salle Bazin.

Examen du malade, le 29 avril 1902. — Sujet vigoureux.

Bien musclé. Pas de décoloration des téguments. Peau plutôt pigmentée. Hernie inguinale droite.

Cicatrice de cure herniaire à gauche,

Dans l'hypocondre correspondant, taches ecchymotiques dues au port de la ceinture.

Pas de circulation collatérale sur l'abdomen.

Cyanose et lèvres violacées. Extrémités bleuies, violacées et froides. Conjonctives légèrement injectées.

Le malade présente le tableau clinique complet de l’anasarque généralisé avec forte cyanose.

L'œdème est également généralisé mais on note, à cause du décubitus, une prédominance très marquée du côté gauche.

Les jambes sont le siège d'un œdème dur, rosé, gardant le godet. [1 semble qu'il y ait une sorte de sclérose du tissu conjonctif sous-cutané. Sur le tibia droit, surtout dans le tiers inférieur, plaques eczématiformes recouvertes de croûtes ichtyotiques, consécutives à un traumatisme remontant à l'âge de quinze ans.

Troubles similaires à gauche semblant se rapporter à des ulcères variqueux.

Le scrotum est tendu, luisant, gélaliniforme.

Toute la région abdominale est œdématiée. L'ædème s’atténue au niveau de l’appendice xiphoïde, mais subsiste même à la face, où les joues sont molles et comme soufflées. Dans la région dorsale, l'ædème s'étend jusqu'aux épines scapulaires.

Il occupe également l'épaule gauche, dont le membre corres pondant a pris des proportions éléphantiasiques. Du même côté, œædème volumineux de la région parotidienne. Les poignets sont de même infiltrés. Les extrémilés cyanosées sont énormes, bleunoirâtres.

Appareil cireulaloire. — Radiale difficilement accessible,

mais paraissant légèrement sclérosée,

= Mr —

Pouls un peu dur, rapide, arythmique, incomptable.

Pas de souffle dans les jugulaires. Léger frémissement cataire dans la région cardiaque.

La matité du cœur répond à droite à la ligne sternale et ne dépasse pas en haut le deuxième espace intercostal. La pointe bat dans la cinquième espace, un peu en dedans de la ligne mamelonnaire,

A l’auscultation, pas de souffle aux orifices. Le cœur bat rapide et déchaîné avec une arythmie très marquée. Il est impossible de caractériser nettement les bruits des orifices, couverts, en partie, par des respirations bruyantes.

Appareil pulmonaire. — Toux sèche, quinteuse, Expectorations muqueuses, très peu abondantes. Oppression. Dyspnée considérable, 32 respirations par minute.

La percussion normale dénote une submalité très nette en arrière, au niveau des bases et principalement à droite. A ce niveau, les vibrations thoraciques sont légèrement augmentées.

Dans toute la hauteur des deux poumons, la respiration est dure et l'expiration soufflante et prolongée. Mais, aux bases, surtout à droite, on trouve quelques sous-crépitances et sibilances qui, jointes à la bronchophonie, décèle à ce niveau, un certain degré d’engouement pulmonaire.

Appareil digestif. — Peu ou pas de troubles.

Langue bonne et humide. Appétit conservé. Ni nausées, ni vomissements. Le seul trouble fonctionnel à noter est une légère constipation, d’une durée maximum de trois jours.

Abdomen. — Ventre dur, tendu, lisse, infiltré surtout dans les parties déclives. Pas de fluctuation, Météorisme de tout l'abdomen. Ventre insensible à la palpation dans son ensemble, mais douloureux dans l'hypocondre droit (région inguinale) et à gauche dans la région splénique,

Viscères abdominaux, inaccessibles par la percussion et la palpation, vu l'état de tension de la paroi.

Système nerveux. — Céphalée frontale, assez intense, surtout diurne, exaspérée par la toux,

SRE

Les sensibilités tactile et thermique sont conservées. Réflexes normaux,

Rien du côté des organes des sens, sauf l'ouïe qui est très dure.

Appareil urinaire. — Urines rares (1 litre par vingt-quatre heures), foncées, jaune rouge.

Ni sucre, n1 albumine.

Mictions peu fréquentes. Indolores.

Aucun signe fonctionnel de brightisme (ni douleurs, ni albumine, nifourmillements), mais le malade accuse des crampes et la sensation de doigt mort, sensations qui peuvent être mises sur le compte de l'alcoolisme ou des lésions cardiaques.

Pas de fièvre,

Marche de la maladie, — Le 30 avril, le malade soumis au repos et au régime lacté absolu, reçoit une saignée de 450 grammes. Son état, le 1°" mai, reste sensiblement le même.

L'oppression est identique, la dyspnée (oujours intense. La tension artérielle ne semble pas diminuée : le pouls est rapide, le cœur déchaîné, l'anasarque aussi considérable.

Le 1% mai, injection de 1/4 de milligramme de digitaline,

rs He =: LA LS

Ep ch ÆE Æ. =

Sous l'influence de cette médication et progressivement, les phénomènes s'amendent.

Les troubles généraux décroissent parallèlement à l’œdème, tandis que la diurèse va sans cesse augmentant.

Dès le second jour, l'on a 3 lit. 500 d'urines, les jours suivants, 5 lit. 500, 5 lit. 500, 5, 4 et 6 litres comme le montre la courbe ci-après.

7 mai. — L'œdème a considérablement diminué.

Les extrémités, quoique encore légèrement cyanosées (surtout les mains), ont quitté leur aspect éléphantiasique et repris en partie leur forme normale.

Cependant, quelques régions sont encore le siège d'un œdème marqué, entre autres, le scrotum, les joues toujours molles et fluctuantes, les malléoles et la région lombaire droite.

L'œdème, d'une façon générale, a presque disparu et est sensiblement diminué. À noter un léger degré de parotidite que cachait l'infiltration.

Parallélement et progressivement, les troubles fonctionnels ont disparu.

Le cœur est plus calme, il bat avec ampleur, mais a conservé une arythmie légère. Il n'y a pas de souffle aux orifices. Le premier bruit est assourdi, le second clangoreux, surtout vers

l’orifice aortique.

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