INTRODUCTION
De tous les toniques du cœur, les préparations de digitale ont toujours joui, et assurément à juste titre, du plus grand crédit et de la plus entière confiance.
Cet enthousiasme, d’ailleurs, n'a rien d’exagéré, rien d'irréfléchi, car, depuis les célèbres tentatives de Witbering et malgré l'introduction dans la thérapeutique cardiaque de la caféine, du strophantus ou de la spartéine, la digitale reste toujours l’anti-asystolique par excellence, le vrai quinquina du cœur sans un seul succédané. Nous pouvons proclamer hautement sans risque de trouver de contradicteurs que, sans elle, la cardiothérapie n’existerait pas : le célèbre euphémisme de Schônlein est donc toujours exact : Comment sans digitale, saurais-je pratiquer la médecine!
Et, en effet, dans nos observations journalières, ne nous offre-t-elle pas des preuves indiscutables de son efficacité, précisément à cause de ses propriétés particuhères? Ne lui sommes-nous pas redevables de nos plus beaux et de nos plus nombreux succès? N'est-ce pas sous son influence bienfaisante* que la dyspnée s’amende, que les ædèmes se résolvent, que le cœur se
ER es régularise pour retrouver sa force et son rythme normaux ? |
Si donc l'accord est parfait sur l’action générale de ce médicament vraiment héroïque, si l’on s’est toujours complu à la considérer comme l’adjuvant précieux autant qu'indispensable du praticien, pourquoi l'entente a-t-elle été si longue à se faire relativement aux préparations à utiliser surtout depuis la découverte de la digitaline cristallisée”?
Sans entrer dans les interminables discussions que suscita l'introduction de ce principe dans la thérapeutique, nous résumerons la question ainsi : malgré le discrédit des premiers temps, parce qu'on l'accusait de ne pas reproduire l’image exacte de la phénoménalité digitalique et de varier dans sa composition, la digitaline cristalhisée de Nativelle est d'une fixité assez grande pour que nous puissions nous y fier en toute occurrence. Avec ce produit simple, pur, défini, connu, invariable, le praticien ne s'expose plus à de fâcheuses désillusions résultant de l'emploi de préparations dont il lui est impossible d'apprécier « la teneur en la matière même qui constitue le fond de leur activité, dans lesquelles peuvent se rencontrer dans une éton- : nante promiscuité, un plus où moins grand nombre de substances actives, où bien qui, selon la variété, la provenance, l'habitat de la plante-mère, selon le mode de préparation, selon l’officine et d’autres contingences encore seront capables de varier de la toxicité extrême au zéro d'action !. »
! Bulletin de l’Acad. de Méd., janvier 1889, G. Sée,
La prédiction du professeur Sée est en train de se réaliser : « La seule formule qui survivra est celle de la digitaline. »
Recherchons, maintenant, quelles sont les voies qui; jusqu’à présent ont élé suivies pour l'introduction de ce glucoside dans l'économie.
D'une part, nous trouvons la voie gastro-intestinale, évidemment la plus simple et aussi la plus naturelle, mais pas toujours la plus fidèle, — nous nous expliquerons sur ce point plus loin — d'autre part, la voie hypodermique utilisée dans des cas exceptionnels, disons désespérés.
Or, étant données les faveurs dont bénéficie actuellement la méthode sous-cutanée, nous nous étonnons de voir la digitaline avoir été, à ce point de vue, presque complètement mise à l'écart. Nous avons de la peine à comprendre pourquoi ce tonique cardiaque qui occupe la première place dans l'arsenal thérapeutique n'a pas encore trouvé la sienne au milieu des solutions injectables. Et, pourquoi cette lacune? — Pourquoi cet oubli? — Pardon, nous objectera-t-on, les injecions de digitaline ont été tentées à l'aube de la méthode hypodermique, mais les résultats furent si peu encourageants, des accidents graves furent si fréquemment observés à la suite de la piqûre du derme que, ce moyen de médication, malgré toutes les espérances qu'il fit naître, dut être abandonné.
A notre tour, nous répondrons : nous n'avons pas plus la prétention d'innover ce genre de traitement que celle de vouloir l’imposer dans la généralité des cas. Mais, dans ce modeste travail, nous montrerons qu'en
BAT) certaines occasions, justiciables de la digitaline, on ne peut ou bien on n'ose l’'employer à cause de l'intolérance manifeste de l'estomac ou de l'intestin vis-à-vis d'elle. Nous prouverons que s1 les premières tentatives d'injections hypodermiques ont été quelquefois malheureuses, 1l faut plutôt incriminer le mode opératoire et les expérimentateurs que le médicament lui-même. Nous essaierons enfin de réagir contre cette fàcheuse tendance qui a consisté, jusqu'à nos Jours, à refuser à la méthode sous-cutanée, d’agréer les services que la digitahine Jui offrait.
Et, nous entreprendrons cette tâche avec un intérêt d'autant plus vif, avec une conviction d'autant plus profonde que, de toutes les misères de l'hôpital, le tableau de l'asystohie nous a toujours péniblement frappé et douloureusement impressionné.
Combien de fois, en effet, avons-nous rencontré de ces malheureux arrivés au terme extrême de leur cachexie cardiaque! Coupés en deux sur leur lit, soutenus par des piles d'oreillers, accablés par leurs œdèmes, anéanüs par l'insomnie, ils n'osentse confier au sommeil dans lequel 1ls craignent de se plonger pour toujours !
Ils n'attendent plus rien du médecin, encore bien moins des remèdes, el pourtant!
Mais, avant de commencer, nous manquerions à tous nos devoirs si nos remerciements n'allaient directement à tous les Maîtres dévoués qui ont bien voulu nous accepler pour élève.
Notre première pensée sera pour tous ceux de l'École
de Besançon et, en particulier, pour MM. Chapoy et