PREMIERE PARTIE
L'Affaire DrejM ftmt le Puic
Le Chantage contre Mercier
La Libre Parole fut fondée en 1892 : elle eut pour premier président de son Conseil d'administration M. Odelic, qui était l'administrateur des établissements des jésuites de 1882 à 1890, et pour rédacteur en chef M. Ed. Drumont, déjà conçu par sa campagne contre les juifs. Tous les deux avaient été mêlés au boulangisme.
Le 29 octobre 1894, la Libre Parole demandait « s'il n'avait pas été prooédé à une importante arrestation jour crime de haute trahison. »
L'Éclair répondait le lendemain que le fait était vraL
Le I e * novembre, la Libre Parole publiait un article sous ce titre sensationnel : « Arrestation d'un officier juif ».
Le Petit Journal, V Intransigeant accusent le ministre de
la guerre de vouloir étouffer l'affaire parce que « l'officier est juif ».
Le 5 novembre 1894, M. Ed. Drumoat publie un article dont nous détachons le passage suivant :
« Regardez ce ministère de la guerre qui devrait être le sanctuaire du Patriotisme et qui est une caverne, un lieu de perpétuels scandales, un cloaque qu'on ne saurait comparer aux écuiies d'Augias, car aucun hercule n'a encore essayé de le nettoyer. Une telle maison devrait embaumer 1 honneur et la vertu ; il y a toujours au contraire quelque chose qui pue là dedans. »
L'article finissait en adressant des menaces à des députés : « Demain sans doute, ils applaudiront le ministre de la guerre lorsqu'il viendra se vanter des mesures qu'il a prises pour sauver Dreyfus. »
Le même jour, dans l'Intransigeant, Rochefort publiait un article commençant par ces mots :
c Le nommé Mercier, général de son état et mioistre de la guerre par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, aurait été, depuis plusieurs jours, pris au collet et jeté, avec la dernière brutalité, dans les escaliers de soi ministère :
« 1° Parce que, après avoir refusé de faire arrêter le traître Dreyfus, il ne s'y est décidé que sous la menace d'un scandale que les honnêtes collègues dudit Dreyfus étaient résolus à provoquer;
« 2° Parce qu'il a essayé de cacher et fait démentir officiellement l'incarcération du traître, bien que ce dernier fût depuis près de quinze jours à la prison dû Cherche- Midi;
« 3° Parce que, malgré les aveux complets du coupable, Mercier a fait annoncer qu'il n'y avait contre le traître que des présomptions...
« En voilà beaucoup plus que la Convention n'en aurait demandé pour fusiller le Ramollot de la guerre. »
Le 6 novembre, nouvelle attaque de la Libre Parole
contre le général Mercier* Le 7 novembre, Rachefort raconte qu' « un attaché au miaistère de la guerre de pas* sage à Bruxelles», lui « a dépeint la stupéfaction dans laquelle l'attitude louche du général Mercier avait plongé tout le personnel de son ministère. »
Qui doanait ces renseignements à la Libre Parole, à l'Eclair, à l'Intransigeant ? Evidemment des hommes bien renseigaés, donc des hommes de l'état-major.
Pourquoi? — Le général Mercier minière de la guerre hésitait, avait des doutes. Il fallait, par la menace, le forcer à marcher. Gela s'appelle, en ternes civils, du chanUge.
Le général Mercier vit qu'il avait tout à perdre, sauf t l'honneur, en résistant et qu'il avait tout à gagner, sauf l'honneur, en cédant.
Il capitula.
La capitulation de Mercier
Nous avons la date exacte de sa reddition : c T ost It 7 novembre.
Elle nous est indiquée par un article de Rochefjrt, paru dans l'Intransigeant du 8 novembre. Le général Mercier devient, avec le général de Boisdeffre le patriote, le grand homme, décidé « à aller jusqu'au bouL à faira fusiller Dreyfus » ; ceux qui l'arrêtent, ce sont « ses collègues du Ministère et le Président de la République, Casimir Périer. • Lui, c'est un nouveau Boulanger,
Le général Mercier donne de3 gages dans une interview publiée le 28 novembre dans le Figaro. Il y dit qu ft il a eu des preuves criantes de la trahison de Dreyfus; qu'il les a soumises à ses collègues du Ministère.
« Il ne m'est pas permis d'en dire davantage, pnUijuii l'instruction n'est pas close. Tout ce qu'on peut répéter, c'est que la culpabilité de cet officier est absolument certaine et qu'il a eu des complices civils. »
L'opinion était ainsi préparé* par les Journaux, organe* des officiers de l'État* Major qui avaient mené l'affaire Dreyfus; le Ministre de la guerre, après avoir résisté, s'était mis" à leur tète, et lui, le chef de l'armée, déc'arait l'accusé coupable trois semaines avant qu'il ne comparût devant te Conseil de guerre.
Le procès Dreyfks
Le procès commença le 19 décembre.
Le Conseil de guerre était composé, de la manière suivante : colonel Maurel, du 129 e régiment d'infanterie, président ; le lieutenant-colonel Echeman, du 154 e régiment d'infanterie ; les commandants Florentin et Patron, des 113* et 154 e ; le commandant Gallet. du 4 e chasseurs à cheval ; les capitaines Roche, du 39 e de ligne, et FreystœUer, de l'infanterie de marine.
te commandant Brisset était chargé de soutenir l'accusation.
L'iti territoire de l'accusé se fit en publie. 11 déclara se nommtf Alfred Dreyfus, âgé de trente*cinq ans, né à Mulhouse, capitaine d'artillerie breveté, détaché comme stagiaire au 1«* bureau de TEtat-Major général.
Aussitôt après l'appel des témoins, le Gommissaire du gouvernement réclama le huit-clos. M e Démange demanda I poser des conclusions : »
■ Ai tiMi-lu que Yunique pièce,.. »
Le Président l'interrompit brutalement.
« 11 y a d'autres intérêts en jeu que ceux de l'accusation et de la défense l » dit le Gommissaire du gouvernement.
Hélas i on s'en est bien aperçu.
M* Démange insista. Le Président se leva brusquement
en ordonnant au Conseil do se retirer. Après un quart d'heure de délibération, le Conseil prononça le huisclos.
Il restait acquis que Dreyfus avait été Condamné sur une pièce unique.
La manière sommaire dont avait procédé le Président du Conseil, les campagnes antérieures faites par la Libre Paroi*, V Intransigeant, la protection que ces journaux accordaient au général Mercier, ses déclarations du 28 novembre, laissaient queloue doute dans Pesprit dea cens impartiaux, qui se demandaient s'il n'y avait point en jeu, dans cette affaire, « d'autres intérêts que ceux de la vérité et de ta justice ».
M" Démange disak : « On nous a mis un cadenas sur les lèvres ; aux yeux de tous, Dreyfus est coupable ; mais à part moi, dans mon for intérieur, je demeure persuadé de la façon la plus absolue de son innocence. *
Le 5 janvier eut lieu l'effroyable cérémonie de la dégradation de Dreyftai» Il protesta de son innocence avec une énergie que tous les journaux enregistrèrent, si prévenus qu'ils fussent. A la fouie qui lui criait : a À mortl A mort le traître I » il répétait : c Je jure que je buis innocent i ■>
Le lendemain matin parut dans le Figaro la conversation que le capitaine Lebrun -Renault, qui accompagnait Dreyfus, avait eue avec lui. Elle avait été recueillie par M. Olivier Glisson qui, revenant d'un voyage de quinze mois en Amérique, l'avait rencontré par hasard au Moulin Rouge. Cette conversation dut être exactement rapportée par le capitaine Lebrun»Renault et fidèlement reproduite par M. Glisson, puisqu'on y trouve i'énumération dos articles du bordereau que personne ne connaissait, en dehors des personnes qui avaient assisté aux débats* Il n'y est question d'aucun aveu ni demi-aveu.
Beaucoup de personnes restèrent troublées et perplexes M .Paul de Cassagnac regretta que le jugement eut été prononcé à huis-cloB.
En dépit de tous les principes de droit, le gouvernement
proposa et le Parlement adopta la loi du 9 février 1895, loi spéciale pour un seul individu, à propos d'un crime commis antérieurement, en vertu de laquelle Dreyfus fut déporté à l'ile du Diable, sous le climat meurtrier de la Guyane, au lieu d'être envoyé à la Nouvelle-Calédonie.
Le silence se fit, seulement troublé de temps en temps par les journaux antisémites qui, arguant du cas de Dreyfus, dénonçaient les officiers juifs et demandaient leur expulsion de l'armée.
Les déclarations de l'État-MaJor et la pièce secrète
Le 3 septembre 1896, une dépêche publiée par un journal anglais, annonçait l'évasion de Dreyfus. Cette fausse nouvelle inquiéta immédiatement les hommes acharnés à la perte de Dreyfus. Ils sentaient que malgré tous leurs ciTorts, il y avait des doutes sur la culpabilité du condamné. Alors, le 14 septembre, parut dans l'Eclair, un article intitulé le Traître.
Cet article disait : « Les raisons qui militaient en faveur du 6ilence n'existent plus, les difficultés qui pouvaient surgir de la divulgation de certains faits sont api acnés, nous sommes persuadés que, sans crainte d'embarras et de complications délicates, on peut étaler au pand jour ce qui n'a pu être produit au jour même de l'audience : ïa preuve, la preuve irréfutable, la preuve en toutes lettres de la trahison; cette preuve qui, à l'unanimité, a décidé du verdict des officiers composant le conseil de guerre. »
L'Eclair donnait la description suivante de cette preuve.
« C'était une lettre chiffrée au chiffre de l'ambassade allemande. Ce chiffre on le possédait et l'on peut penser
qu'il était d'une utilité trop grande pour que la divulgation d'un tel secret pût être rendue puilique. Ce fut la raison pour laquelle la lettre en question ne fut pas versée au dossier.
« Vers le 20 septembre (1894), le colonel Sandherr, chef de la section de statistique, communiquait au général Mercier cette lettre qui avait été déchiffrée : « Décidément cet animal de DREYFUS devient trop exigeant. »
L'Éclair terminait son article par un paragraphe intitulé : La preuve sous les yeux des juges.
Après avoir constaté que Dreyfus avait toujours persisté à protester de 6on innocence, il ajoutait :
c II est vrai que Dreyfus ignorait, et ignore peut-être encore, que le Ministre de la guerre possédait la photographie de la lettre échangée entre les attachés militaires allemand et italien, seule pièce où son nom figurait. La lettre qu'il avait écrite et qu'il s'était bien gardé de signer ne pouvait être qu'un élément moral dans la cause En effet, si deux des experts en écriture, Gharavay et Bertillon, affirmaient qu'elle était bien de Dreyfus, les trois autres étaient hésitants.
« Une preuve ne permettait pas l'hésitation : c'était la production de la nièce don* laquelle Dreyfus était nommé. Elle pouvait décider de la conviction du tribunal, et il importait que le traître ne pût échapper à son châtiment. Mais cette pièce si grave était exceptionnellement confidentielle, le Ministre ne pouvait s'en dessaisir sans une réquisition de la justice.
€ Il fallait donc qu'une perquisition fût opérée au ministère même. Elle eut lieu ; mais pour éviter au commissaire du gouvernement d'avoir à compulser tant de dossiers secrets, elle se trouva la première à portée de sa main.
« Il était stipulé toutefois que même régulièrement saisie, elle ne serait pas versée aux débats.
« Elle fut donc communiquée aux juges seuls, dans & salle des délibérations, a Preuve irréfutable, elle acheva de fixer le sentiment
- iOdes membres du conseil. Ils furent unanimes lorsqu'il s'agit de prononcer sur la culpabilité du tràitre et sur la peine qui devait lai être infligée. »
Le même article contenait un autre paragraphe intitulé* : Le bordereau anonyme :
* Cette lettre annonçait la livraison à l' Allemagne :
a t* De la description détaillée du frein de la pièce de 120 court qui n'était pas encore en service ;
« 2* Du projet du manuel de tir de l'artillerie ;
« 3° Du projet du manuel de tir de l'infanterie *
« ¥ Des mesures arrêtées pour la mobilisation de l'artillerie h la suite de la loi du 29 juin 1894, supprimant les pou (miniers et créant vingt-huit nouvelles batteries ;
« 5* Du plan d'opération pour l'expédition de Madagascar éubli par le général Renouard, premier sous-ohef d'étatmajor de l'armée. •
Dans un autre paragraphe intitulé : La confrontation, le même article racontait l'histoire suivante oui se trouve répétée dans le rapport de M. d'Ormeschevilie.
Le commandant du Paty du Clam fut chargé d'établir l'enquête préliminaire qui doit précéder l'ordre d'informer donné à la justice militaire. Il écrivit lé 14 Octobre au capitaine Dreyfus pour le prier de vouloir bien venir le trouver au ministère le lendemain matin, à neuf heures, pour une communication qui l'intéressait.
a Le commandant se mit alors à dicter au capitaine une lettre dont les termes étaient exactement les mêmes que ceux de la lettre dans laquelle le traître annonçait Renvoi do s cinq documents que nous avons énoncés plus haut et qui commençait par ces mots : « Je pars... »
* A ces premiers mots, le capitaine pâlit; sa main tremlla, la plume décrivait des sinuosités.
— Mais écrivez donc droit, mon cher, dit le commaùt^aat,
v ' Dreyfus chercha à se ressaisir, mais, presque aussitôt, sa m\V n fut agitée par un tremblement nerveux.
- il ~
•» Qu'avez» vous donc? reprit 'e commandant.
— J'ai froid au doigts, répondit, api es quelque hésitation, Dreyfus en balbutiant.
« La température était ce jour-là très modérée et il y avait du feu dans le bureau.
« Le commandant continua sa dictée, mais bientôt Dreyfus lui dit :
— Je ne sais ce que j'ai; il m'est impossible d'écrire.
« Alors le commandant se leva brusquement, pe dirigea vers la porte d'une pièce voisine et l'ouvrit.
« M. Gochefert, chef de la Sûreté, et le commandant Henry, attaché à la section de statistique, entrèrent dans le bureau.
• M. Gochefert marcha vers Dreyfu?, lui mit la main sur l'épaule :
— Au nom de la loi, je vous arré'e
— Mais pourquoi? de quoi m'accuse-t-on? dit le capitaine.
— Vous le savez bien, répondit le commandant Mercier du Paty de Clam; votre émotion en écrivant la lettre que je vous dictais tout à l'heure en est une preuve suffisante.
— Je vous affirme que je ne comprends pas," reprit Dreyfus boul versé.
— .Allons doncl II est inutile de vous débattre devant l'évidence. Votre trahison est découverte,
«Le capitaine continua à protester de son innocence, disant qu'il était victime d'une erreur ou dune vengeance; mais le chef de la Sûreté fit cesser la scène, en le remettant aux mains du commandant Henry, qui l'emmena aussitôt et le fit monter dans une voiture qui stationnait devant la norte du ministère. Les deux officiers é' aient vêtus en civil et rien dans leur atttude ne pouvait laisser soupçonner que l'un d'eux était un prisonnier.
« Dix minutes p'us tard, la voiture s'arrêtait devant la prison du Cherche-Midi et les deux officiers se dirigeaient, sans que personne fît attention à eux, vers le logement
de l'ageut pnncipal, où attendait le chef de bataillon Korzinetti, commandant les prisons militaires du gouvernement de Pari*.
a Le commandant Henry remit au commandant Forziuetli un ordre du Ministre de la guerre, lui prescrivant d'écrouer le capitaine Dreyfus accusé de hante trahison, sa lis inscrire son nom sur tes registres de la prison; de le mettre au secret sans qu'il put communiquer avec le personnel de surveillance, à l'exception de l'agent principal, qui serait seul charge d'assurer sa nourriture* L'ordre porta t également qu'il était formellement interdit, tant au commandant qu'à l'agent principal, de faire connaître à qui que ce fut I arrestation du capitaine,
«Le capitaine Dreyfus Fut alors* conduit dans une chambre voisine du logement de l'agent principal et y Tut enfermé. »
Quelques heures plus tard, le commandant Mercier du Paty de Clam se présentait, accompagné du chef de la Sûreté, au domicile du traître, et demandait à parler à M"»* Dreyfus, qui le reçut aussitôt.
Après un dialogue dramatique, M, du Paty de Clam ajouie :
« Nous avons été requis de perquisitionner ici dans lés papiers de votre maru y
Le commandant et le Ghef de la Sûreté fouillèrent minutieusement. Leurs recherches furent vaines. Ils ne trouvèrent rien.
Cet article si détaillé ne pouvait venir que de l'Etat - Majur. G' fiait un acte d'accusation fait deux ans après la condamnation.
il provoqua plusieurs graves réflexions chez les gens qui réfléchissent:
1° P. urquoi un buis-clos si brutalement prononcé par le président au Conseil de guerre, empêchant M Demande ite donner lecture de ses conclusions, en 181)4, et pourquoi celte publicité donnée par TEtat-Major à l'accusation quand U conJamnation avait eu lieu et que le condamné lie pouvait se défendre?
2° On avait invoqué les plus graves considérations en faveur du huis-clos, et cet article, inspiré évidemment par l'Etat-Major, racontait qu'une lettre écrite par l'attaché militaire allemand à Rattaché militaire italien avait été volée et il révélait le contenu du bordereau.
Pourquoi tant de prudence en 1894? Pourquoi cette témériié en 1896?
3° L'Eat-Major donnait un singulier exemple de discip'ine et de réserve en violant aiusi le hui*-clos tt en racontant les détails dune instruction mystérieuse.
4° La scène de confrontation d<i du Paty de Clam et de Dreyfus parut empruntée à i.n rou)an-fe»il!« ton.
5° La perqu sition de du Paty deCla n, fai e ;iu domicile du prévenu arrêté, avait été une violation des articles 31 et 8§ du Gode d'instructioa criminelle.
6° L'article reconnaissait que les experts en écriture n'avaient pas été d'accord sur l'iden iié de l\criturede Dreyfus et de celle du bordereau; cependant M e Démange avait parlé de Yunique pièce.
L'article admettait qu'elle n'eût pas constitué une preuve suffisante pour faire condamner Dreyfus.
7 e II ajoutait qu'une pièce secrète avait été communiquée en chambre du Conseil aux juges du Conseil de guerre, sans avoir été versée aux débats.
Tous les homme* qui lurent cet article de YEclair avec quelque attention, furent étonnés du cérémonial qu'il racontait pour la saisie de la pièce et du sans-gêue avec lequel il ajoutait : II était stipulé toutefois que même rêgu lièremenl saisie, elle ne serait pas versée aux dédats. Elle fut donc communiquée aux juges seuls dans la salle des délibérations.
— Mais alors, l'article de YEclair inspiré par l'Etat - Major, en voulant prouver la culpabilité de Dreyfus, démontre que Dreyfus a été jugé illégalement.
L'article 101 du Code militaire est ain>i conçu :
• Le rapporteur procède à l'interrogatoire du pré\eau. Il l'interroge sur ses nom, prénoms, âge, lieu de nais-
sanee, professioa, domicile et sur les circonstances du délit; IL LUI FAIT REPRESENTER TOUTES LES PIEGES POUVANT SERVIR A CONVICTION, ET IL L'INTERPELLE POUR QU'IL AIT A DECLARER S'IL LES RECONNAIT. »
Le texte, comme on voit, est formel.
L'interpellation Gastelin et le fac-similé du bordereau
M. Gastelin, député produit par le boulangisme, entend avoir le monopjle du patriotisme. Il était bien clair, au mois de novembre, tjue la dépêche publiée le 3 septembre eL annonçant l'évasion de Dreyfus était fausse. M. Oasteiiu saisit cependant ce prétexte pour adresser au jHLiverncment une interpellation sur l'affaire Dreyfus. Sa iscussion fut fixée au 18 novembre.
Bï. Bernard Lazare, dans une brochure intitulée : La vérité sur l'affaire Dreyfus, avait déclaré que le texte du bordereau publié par l'Eclair n'avait pas été fidèlement
L& Matin du 10 novembre, publie le fac-similé du bordereau sous le titre : la Preuve fac-similé du bordereau écrit par Dreyfus.
a À l'aide de manœuvres savantes et ténébreuses, en àû naot des allures de réquisitoire à d'habiles plaidoyers, eu lapant appel aux sentiments de justice et de généros^- 1 qui hantent tous les cœurs dans notre pays, on s'attelle à cette œuvre sui humaine : la révision du procès du traître Dreyfus.
« Sous le prétexte fallacieux que contre lui on aurait rvsLaujé no is ne savons quelles pratiques inquisitoriales, on voudrait le faire revenir en France pour y comparaître devant de nouveaux juges.
« Comédie tout cela. Dreyfus est bien coupable dq plus grand de tous les crimes. Et afin de ne pas laisser à la pitié le temps ni la possibilité de naître, il faut produire la preuve matérielle et irrécusab l e du forfait.
« 8 ur quoi est basée raeouaation? Gomment est justifié 1§ châtiaient infligé à l'a* capitaine Dreyfus? C'est ce qua le Matin c»t en mesure de dire.
* Pour mener à bien eet œuvre de saluhrité patriotique, nous publioas le fac-similé du fameux « bordereau • écrit 'h- la main mèaie de Dreyfus.
« Pour quiconque a pu, comparer récriture avouée de Dreyfus et le document que nous reproduisons, c'est bien la même main qui a tracé ces lignes. »
Voici le texte du bordereau ;