LES MYSTÈRES
L'Et&t-MaJor $t Esterhazy
Alors se produit un phénomène ineiplioable.
De eeB deux hommes, Dreyfus et Bsterhasy, le premier est innooept, le second est coupable,
Or, nous voyons le ministre de la guerre, les généram de Beisdeffre, de Pellieui, Ganse, les eolonels du Paty de Clam, Henry, s'efforcer de prouver que l'honneur de
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l'armée consiste à maintenir l'innocent à l'île du Diable et le traître dans les rangs de l'armée et sur les tableaux de la Légion d'honneur.
Les lettres du général Gonse pro ivent qu'en 1896 son premier mouvement avait été de s'as ocier à l'enquête de Picquart. (Procès Zola, tome 1, page 109). C'était le bon. Qu'elles influences intervinrent au moment ou on annonça l'interpellation Castelin, pour le 18 no-embre? Le 16, on expédie tout à coup Picquart faire uae mlssi m aussi vague que mystérieuse. On le promène à l'Est, au Sud-Est, on renvoie à Marseille, en Algérie, en Tunisie, à Sousse ; et là, en mars 1897, pour l'immobilisor, on le nomma lieutenant-colonel de tirailleurs, le plus jeune lieutenant-colonel de l'armée française 1 On envoie au général commandant la Tunisie Tordre, toutefois ré lige avec une réticence prudente, de l'envoyer relever le poiutoù Mores a été tué. C'était l'envoyer à une mort certaine. Le général Leclerc, eommandmt la Tunisie, refusa de donner suite à cet ordre. Le colonel Picquart reçut une lettre de menaces de son ancien subordonné, le lieut.-colonel Henrir, l'accusant de c falsification de clicbés, » d'avoir voulu faire mettre à la
Ïyoate des timbres sur des lettres qui n'en avaient pas « et 'accusant de mensonges. (V. procès Zola, tome I, p. 155). Ce fut alors (juin 189/) que le colonel Picquart demanda conseil et confia la vérité à son ami Leblois. En même temps, on essayait de perdre Picquart moralement, par des procédés qui rappellent tout à fait ceux que le commandant du Paty de Clam avait employés pour obt nir la condamnation de Dreyfus,
Le lieutenant-colonel Picquart fréquentait à Paris le salon de Mlle de Commioges, où il avait reçu le surnom de « Bon Dieu », et le commandant de Lallemand celui de « demi Dieu. » Un de ses amis dans une lettre du 20 novembre 1896, lui disait ; « Le demi Dieu demande tous les jours à Mme la Comtesse (c'est MlledeGomminges) guand il pourra voir le « bon Dieu ». Cette lettre ne parvint au colonel Picquart qu'après avoir été ouverte et copiée au
ministère de la guerre. Le mois suivant arrivait au bureau des renseignements une lettre qui, cette fois, fut interceptée complètement et dont on ne donna aucune connaissance au colonel Picquart. Cette dernière lettre est, sûrement l'œuvre d'un faussaire et est signée Speranza. Le colonel Picquart en a eu connaissance pour la première fois au cours de l'enquête du général de Pellieux. Elle était le point de départ des machinations dirigées contre le colonel Picquart.
M. Scheurer-Kestner avait vu le ministre de la guerre le 30 octobre. 11 avait été convenu que la conversation resterait secrète. Le len.lemaiu, dans les journaux de l'état-major, sa visite fut racontée avec des commentaires mensongers. Où disait que Scheurer K^stner avait refusé que le ministre de la guerre lui donnât la preuve de la culpabilité de Dreyfus. Or, c'était le contraire. Le général Billot se bornait à dire : « Il est coupable. » — Démontrezle moi et je le déclarerai. — Je ne puis vous le démontrer» répondait le général Billot. M. Scheurer-Kestner donna quinze jours au miuistère de la guerre. Pendant ces quinze jours, les journaux de l'état-major le traînèrent dans la boue, le traitèrent de misérable, de vendu, l'appelèrent prussien.
Il fallait aviser d'un autre cô é. Or, le 11 et le 12 novembre, le lieutenant- colonel Picguart recevait deux télégrammes. Le premier était ainsi conçu : « Arrêtez demi Dieu, tout est découvert, affaire très grave. Speranza » Le second portait ces mots : « Oo a des preuves que le bleu a été fabriqué par Georges. Blanche. » Le premier télégramme avait pour but de r présenter Picquart comme l'instrument de écheurer-Kestner qu'il ne connaissait paus et qu'on appelait le « demi Dieu », et de lui faire attribuer par une confidente, la fabrication du bleu I
L'instruction contre Esterhazy est ouverte ; mais ce ne fut que sur les réclamations de la presse et un virulent article de Clemenceau, que le général de Pellieux se décida
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à faire revenir Picquart de Tunisie. Les journaux de l'étatmajor le présentèrent comme un accusé. Avant son arrivée, le général de Pellieux envahit sa maison sous prétexte de chercher des allumettes de contrebande et fit une perquisition chez lui, espérant y trouver les lettres du général Gonse et quelques papiers dont on pût tirer parti contre lui.
Le rapport du commandant Ravary est un acte d'accusation contre Picquart. Il est traité en criminel. Le lendemain de l'acquittement d'Esterhazy, on le met aux arrêts au Mont-Va'érien. D'effroyables menaces pèsent sur lui. Quand on a fait tout le possible pour le discréditer et l'intimider, on n'ose le traduire que devant un Conseil d'enquête qui le met en réforme par retrait d'emploi.
Le lieutenant-colonel Picquart a brisé la plus belle carrière, un métier qu'il aima«t, parce qu'il a mis la passion de la justice, l'amour de la vérité au-dessus de toutes les autres considérations.
Si son nom doit être en exécration aux criminels qu'il a contribué à confondre, aux aveugles qui refusent de raisonner, il restera dans la mémoire de tous les hommes qui ont un idéal moral, comme celui d'un héros du devoir : et les générations à venir seront élevéps dans son admiration.
Le nom de Speranza avait été connu du public pour la première fois par le rapport Ravary qui racontait que « le commandant Esterhazy avait reçu au mois d'octobre (1897) une lettre signée Speranza lui donnant de minutieux détails sur un complot le visant et dont l'instigateur était un colonel nommé Pi quart (le nom était écrit Piquart sans c).
«Le commandant Esterhazy en rendit compte immédia* tement au ministre de la guerre, en lui adressant la lettre reçue ». Le commandant Ravary ne dit-pas ce qu'est devenue cette lettre.
Le commandant Ravary, raconta sérieusement que son client eut avec une dame « voilée trois entrevues, toutes
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entourée! du même caractère de discrétion l, tantôt der« rière Péglise du Sacré-Cœur, tantôt à Monlsouris.
* Au cours de la seconde visite, l'inconnue remit un pli à son interlocuteur en lui disant : * Prenez la pièce contenue dans cotte enveloppe, elle prouve votre innocence, et si le torchon brûle, n hésites pas à voua en servir. »
« Le 14 novembre, l'inculpé, conseillé en ce sens, n'héritait pas à se démunir du document libérateur en l'envoyant au ministre de la guerre, s'en remettant loyalement à ses chefs du soin de défeodre son honneur menacé, »
Pourquoi supposer qu'Esterba/y devait être dénoncé? Il donnait donc matière à soupçon?
Quel e^t « le document libéra leur?» Comment pouvaitil et prouver son ionocence ? »
Etait-ce un document secret? Main alors comment pouvait-il Kortir des mystérieuses armoires de fer du Ministère de la Guerre pour tomber entre les mains « d'une dame voilée » et de la entre les mains d'Esterha?,Y ?
Comment le ministre delà guerre a-t-il pu le recevoir sans s'enquérir de îa manière dont Esierlmy avait pu se le procurer ?
Pas la moindre enquête? Pas la moindre recherche? On trouve tout naturel ce vagabond >ge de document mystérieux et on exige que nous n'y trouvions rien d'anormal.
Que signifient toutes les histoires où se voit la marque de fabrique de M, du Paty do Clam qui, dans sa vie, a une autre histoire de dame voilée?
Elles montrent une fabrique de faux, de racontars loucher et d'un romanesque invraisemblable. On essayait de persuader que Speranta était une femme a qui Picquart avait livré des pièces secrét>sil les mystères u'un complot fomenté pour perdre Esterhazv et sauvé Dreyfus !
Cette femme s'était brouillée avec Picquan. Révoltée de telles mamèuYiea, ede s'était attachée & sauver EsterbnKy. Les fabricants de ce récit ne se sont même pas donné la peine de mettre leurs actes d'accord, 11 expliquerait la
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lettre .de Speran** au commandant Esterhasy t mais ei elle connaissait si bien Picquart» comment supprimait-elle le c de son nom ? It expliquerait encore les entrevues de la dame voilée qu'Esterhazy a eu l'extraordinaire discrétion de ne pas essayer de connaître, et la remise du document libérateur î mais il n'expliquerait pas le télégramme du 10 novembre à Picquart ou Speranza le prévenait amicalement que tout était découvert.
Dans toutes les histoires d*Esterhazy et de ses amis de l'Etat -major, on constate ce que les aliénistes appellent la complication des hypothèses. Rien n'est simple. Les menteurs ont pour habitude d'essayer de justifier un mensonge par un antre. Ainsi, il prétendait être allé mettre «le document libérateur* en sûreté à Londres; puis Ravary dit qu'il Ta remis au ministre de la guerre; et il n'est allé qu'à l'alibi-office du passage de l'Opéra d'où avaient été expédiées des lettres de chantage, mises à la poste à Lyon, à l'adresse de MM. Hadamarj et Mathieu Dreyfus
On peut cependant dégager la vérité de toutes ces histoires, fisterhasy avait é é informa par ses amis de l fitatmajof ou par les journaux que âcneurer-Kestner s'occupait de l'affaire. Il fut pris de terreur. Le 16 octobre 1897, il fit auprès du colonel de Schwarakoppen l'odieuse démarche que nous avons raontée plus haut Le colonel Schwarzkoppen l'ayant repousses» tout su Rengageant à garder le silence. Esterhazy le quitta inquiet; deux heures après, il revint rayonnant disant qu'il avait vu à un rendez-vous deux officiers qui lui avaient remis un document grâce auquel maintenant il pouvait défier ses ennemis.
II est certain qua ces deux officiers sont devenus la dame voilée qui, d'après Esterhaay, lui remit le document libérateur le 20 octobre. Cette dams voilée avait des moustaches et portait des boites.
Le général de Luxer est lui-même obligé de constater qu'elle est bien mystérieuse et bien étonnante. Cependant
on la présente au public, on affirme son existence, ses démarches: et il y a des gens qui y croient, comme il y a des gens qui croient aux miracles de Lourdes.
L'ex-policier Soufrain est signalé par la Sûreté générale comme l'auteur au moins d'un des deux télégrammes. On ne le recherche pas. Le colonel Picquart dépose une plainte en faux contre lui. On ne peut le découvrir. L'instruction est toujours pendante devant M. Bertulus.
Un individu, dit Lemercier-Picquart, essaye de vendre à M. Joseph Reinach une fausse pièce signée Otto. Il n'y . parvient pas. Il la porte à Rochefort, qui triomphe jusqu'au moment ou il est condamné en police correctionnelle. Pour le procès, on ne retrouve pas ce Lemercier- Picquart; quelques jours après, on apprend que la police de sûreté la trouvé juste au moment où il venait de se pendre à l'espagnolette de sa fenêtre, dans un hôtel de la rue de Sèvres. Jamais Ponson du Terrail n'a rêvé événements plus compliqués et plus invraisemblables.
Il s'agit de savoir si Esterhazy est coupable : or, le commandant Ravary fait un réquisitoire contre le lieutenant-colonel Picquart. A la Cour d'Assises, le général de Pellieux, le général Gonse ne paraissent avoir qu'une préoccupation : accuser le lieutenant-colonel Picquart d'avoir fabriqué un faux à la charge d'Esterhazy, comme si, pour accabler ce misérable, il y avait besoin de telles pratiques.
C'est le lieutenant-colonel Picquart qui est l'accusé et l'insulté. Voici la scène dont on a été témoin à la Cour d'assises :
M. le colonel Henry. — Ceci ne se discute pas, surtout lorsqu'on a l'habitude de voir une pièce, et j'ai vu celle-là plus d'une fois. Je le maintiens formellement et je le dis encore : le colonel Picquart en a menti t
M. le colonel Picquart, arrêtant brusquement un mouvement de son bras qu'il levait. — Vous n'avez pas le droit de dire cela l
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M. le Président. — Vous êtes en désaccord tous les deux (1).
Ge mot de vaudeville n'a pas paru déplacé dans ce drame, et il afallu qu'après le procès, le lieutenant-colonel Picquart, en donnant un coup d'épée au lieutenant-colonel Henry, oui, tout d'abord avait refusé de se battre et revint sur sa décision, dans la môme journée, sans doute sur des conseils autorisés, apprît au président Delegorgue que ces paroles constituaient une injure.
On poursuit Zola une première fois; mais on n'a qu'une préoccupation : circonscrire le débat, et le président, M. Delegorgue, dans sa préoccupation qu'on ne parle pas de Taftaire Dreyfus, finit par dire .: t II n'y a pas d'affaire Zola l »
On poursuit Zola une seconde fois : dans la première poursuite, on visait quinze lignes. C'était encore trop. Dans la seconde, on n en vise plus que trois.
A la Cour d'assises, tous les généraux, tous les officiers, les experts même en écriture, ee renferment derrière le secret professionnel, invoquent le huis- clos, et, chaque fois qu ils se sentent pressés, refusent de répondre. Où est donc la franchise, la sincérité et le désir de la vérité?
On crie à ceux qui réclament la revision du procès Dreyfus :
— Faites la preuve I en oubliant que le fardeau de la preuve incombe à l'accusation.
Puis, quand on les envoie devant les tribunaux, on les ligotte, on les bâillonne, on les assomme et on dit aux badauds :
— Ils n'ont rien dit !
C'est faux, ils ont dit quelque chose et surtout ils ont fait dire des choses qui resteront des stigmates indélébiles pour leurs adversaires.
Mais s'ils ont dit quelque chose, c'est malgré les efforts de leurs adversaires qui emploient toutes les subtilités
(1) Sténographia du procès, T*. p. 364.
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légales et toute la force de ministres complices à empêcher la vérité d'éclater.
Dans l'affaire Esterhazy,on a voulu recondamner Dreyfus, à huis-clos encore.
Cependant les hommes de l'état-major sont si troublés
Sue c'est grâce à eux, à tours indiscrétions qu'on a pu é montrer l'innocence de Dreyfus..
Ce sont eut qui, dans V Eclair, en publiant le récit de la pièce secrète ont prouvé q i« Dreyfus avait été condamné illégalement.
Ce sont eux qui, en livrant le fac similé du bordereau au Matin, ont permis de constater qu'il était identique non pas à l'écriture de Dreyfus, mais à l'écriture d'Ësterhazy.
Enfin les membres du second Conseil en ne décidant le huis-clos qu'après avoir laissé se produire toutes les attaques contre le lieutenant -colonel Picquart, nous ont rendu un grand service : car ils nous ont permis de connaître le rapport du commandant Ravary et de le comparer au rapport du commandant d'Ormescheville.
Nous avons vu ainsi, que le général de Pellieux et le Commandant Ravary, chargés d instruire contre Esterhazy un crime de trahison, s'en étaient constitués les défenseurs.
M. Verwoort, ami d'Ësterhazy, beau-frère de M. Rochefort, disait dans son inconscience :
« L'acte d'accusation est un acte de réparation pour le commandant Esterhazy. »
Et M. le général de Pellieux, à la Cour d'assises, a déclaré qu'il avait été fier d'avoir fait acquitter son cher commandant.
Pourquoi tous ces agissements ?
Le colonel Picquart a donné le mot de l'énigme lorsqu'il a dit à la Cour d'assises : c Les artisans de l'affaire précédente, qui se lie intimement à l'affaire Esterhazy, ceux qui ont travaillé en conscience, je le crois, pensant qu'ils étaient dans la vérité, le colonel Henry et l'archivUte Gri-
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beîin, aidés du colonel du Paty de Clam, «ou» la direction du général Genee, ont reçu du regretté colonel Bandherr — qui déjà, au moment ue celte anaire, était atteint de la grave maladie (la paralysie générale) dont il est mort depuis, — comme par une sorte de testament, an moment où ij quittait le service, le soin de défendre contre toutes les attaques* cette affaire qui était V honneur du bureau. »>
On vent faire prendre au public l'honneur du bureau pour l'honneur du drapeau !
Voilà donc pour quel misérable objet, on agite le paye, on le menace, on réveille toutes lt?a vieilles haines religieuses, on fait oublier à la France républicaine les principes de 1789 : L'égalité de tous les citoyens devant la loi ; le respect des formes légales pour tous ; la responsabilité effective de tous magistrats, fonctionnaires, agents, militaires ou civils, qui violent la toi; la subordination de la force publique aux pouvoirs civils.
Après les révélations sur les rapports d'Esterhazy avec le colonel Schwar&koppen, (le Siècle A et 7 avril) confirmés par les journaux étrangers et la note officieuse, les jour-naux de l'êtat-major n'ont trouvé nen de mieux que de dire : o le colonel de Schwarzkoppen fut la dupe docile des officiers de notre service de contre espionnage, n II en résulterait que les documenis visés dans le bordereau, auraient été remis par Esterhazy pour le compte de Têtatmajor. Mais alors, la poursuite contre Dreyfus deviendrait un crime.
Noua avons posé à l'Etat-major la question suivante :
— Oui ou non, le commandant Esterhazy était-il d'accord avec le chef de l'état-major de l'armée française, le général île Boisdeffre. lorsqu'il allait porter au colonel de bchwarakoppen, attaché militaire à l'ambassade d'Allemagne, b j s 162 documents qu'il lui a livrés de 1892 au 10 novembre 18%?
Après quelques jours d'hésitation, le Jour, la Patrie, l'Intransigeant ont répondu, avec leur bonne foi habituelle, que c'était nous qui avions inventé qu'Es terhazy avait été
un agent français et que c'était complètement faux. M. de Boisdeffre se* rappelait sans doute la note de V Agence Havas du 7 décembre ainsi conçue :
« Le général Boisdeffre n'a jamais télégraphié ni « écrit quoi que ce soit au commandant Esterhazy, gu'il « n'a jamais vu ni connu, et auquel il n'a jamais fait ni « fait faire la moindre communication.
« Signé : Boisdeffre. »
Esterhazy n'a donc pas été un agent de l'Etat-major français.
Il a été un agent travaillant pour le compte de l'Allemagne.
Il y a an traître, c'est lai : et les amis da traître, ce sont ses protecteurs.
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coisrcLXJsioisrs
Le devoir du Ministre de la Justice
Gomment la revision du procès Dreyfus p ut-elle avoir lieu? Quels sont lei moyens légaux à employer?
L'article 82, du Code militaire est ainsi conçu :
« Les dispositions des articles 441, 442. 443, 444, 445, 446, 447 et 542, paragraphe 1, du < ode d'instruction criminel e, SONT APPLICABLES AUX JUGEMENTS DES TRIBU- NAUX MILITAIRES. Il n'est pas dérogé aux dispositions a> I'a-ticle 525 du même code. »
L'article 443, modifié par la loi du 8 juin 1895, prévoit quatre cas où la révision pourra èt*e de man ée.
Le quatrième est déterminé de la manière suivante :
« 4° Lorsque, après une condamnation, un fait nouveau viendra à se produire ou à se révéler, ou lorsque des pièces inconnnes lors des débats seront représentées de nature à établir l'innocence. »
Il y a évidemment des faits nouveaux depuis la condamnaiioa de Dreyfus; eutre autres la cou>iatation que le bordereau était non de l'écriture de Dreyfus, mais de l'écriture d'Esterhazy; la preuve des rappoi ts d'fisterhazy avec M. de Schwarzkoppen.
L'article 444 dit :
r Le droit de demander la revision appartiendra, dans le quatrième cas,* au ministre de la justice seul, qui statuera après avoir pris l'avis d'une commission composé! des directeurs de son ministère et de trois magistrats di la Cour de cassation annuellement désignés par elle e pris en dehors de la chambre criminelle. »
Voilà pour la revision directe. Mais il y a un cas de revision indirecte, c'est celle qui dérive d'un cas de nullité.
U est prouvé par les dépositions de M* Démange, de M c Salles, du général Mercier qu'il a été produit au Conseil de guerre une ou plusieurs pièces secrètes que la défense n'a pas connues.
■ Si cela était vrai, a dit M. Manau, procureur généra! près la Cour de cassation, il n'est pas douteux que la décision serait frappée d'une nullité radicale.
« Mais comment cette nullité peut-elle être confirmée? Elle ne peut l'être encore que par la Cour de cassation, saisie par son procureur général, en vertu de l'ordre reçu p.u ce dernier de M. le Ministre de la Justice. »
C'est la disposition de l'article 441 du coie ilms k ructîon criminel'e, qui est applicable, en vertu de l'article 8 aux j jgements des tribuoaux militaires et qui porte :
<* Lorsque, sur l'exhibition d'un ordre formel à lui donné « par le ministre de la Justice, le procureur général près « la Cour de cassation dénoncera à la section criminelle « des actes judiciaires, arrêts ou jugements contraires à la A loi, les actes, arrêts ou jugements pourront être annulé* a et les juges poursuivis s'il y a lieu, de la manière exprtn mée au chapitre II du titre IV du présent litre. »
i Or, dans l'affaire actuelle, ajoutait H. Manau, aucun ordre semblable n'a été donné au procureur général. »
Le procureur général ne pouvait pas dire plus clairement : « — J'attends l'ordre du garde des Sceaux, et je s-uis étonné qu'il ne me soit parvenu, car c'e^t le garde
dea Sceaux qui possède seul les moyens légau* pour pro* céder à la revision.
Il est dans l'obligation d'en user : ear le miniaire de la Justice n'est pas seulement le ministre de la justice eivile, il est le ministre de toutes les formas de la justice, de la justice militaire comme de la justice commerciale; il est le gardien des lois; il doit en imposer, le respect à loua, quelle que soit leur qualité.
Si le garde des Sceaux admettait qu'un Conseil de guerre eût droit à l'illégalité, il serait forcé de l'admettre pour un tribunal. S'il l'admettait pour les hommes chargés d'appliquer la loi, il devrait l'admettre à fortiori pour les justiciables : et alors c'est la proclamation de l'anarchie.
Un Gonaeil de guerre qui juge illégalement détruit la loi et établit l'anarchie : croyez* vous que l'armée puisse être fortifiée par l'anarchie ?
Le respect de la Un est supérieur au rwpwt de la okots jugée, et la ohm jugée n'existe pas quand elle l'a été illégalement.
Est-ce donc une innovation si grande que nous demandons? «
Napoléon, qui ne péchait point par excès de scrupules juridiques, saisit* le ?Q décembre 1ÎJ13. la Cour de cassa» tion de l'affaire Sébastien Ellembergh, condamné ^ seisa années de fer.
Fabry avait été condamné, le 2 juin 1815, par un Conseil de guerre. Il était la victime de concussionnaires qu'il avait dénoncés. Le 15 juillet 1819, intervint une ordonnance du roi pour faire reviser le procès.
Dans ces dernières années, depuis la loi de 1894, le garde des Sceaux a saisi la Cour de cassation dans diverses causes.
Dans l'affaire Naudin, il est intervenu le 25 juin 1896; dans l'affaire de la veuve Druaux, le 26 juin 1896; dans l'affaire Bodelle, le H décembre 1897. Il a provoqué aussi la cassation d'un jugement du ûoaseil de guerre d'Alger
dans l'affaire'Taïeb-ben-Amar, et la cassation a eu lieu le 22 janvier 1898.
Ce n'est pas au lendemain de la réhabilitatioa de Pierre Vaux qu'on peut affirmer que l'administration de la justice n'est jamais troublée par d'autres sentiments que le respect de la vérité. Quand Pierre Vaux a été réhabilité, il était mort depuis 24 ans.
Le garde des Sceaux veut-il attendre la mort de Dreyfus pour agir ? Cet événement aggraverait sa responsabilité, mais ne le dégagerait pas de son devoir.
Au nom de l'ordre public, du respect de la loi, le garde des Sceaux a le devoir d'agir.
Si Dreyfus a été condamné sur des pièces secrètes, non versées aux débats, sa condamnation est illégale.
Si Dreyfus a été condamné sur le bordereau, il a été condamné sans preuve : car le bordereau n'est pas de son écriture, mais de l'écriture d'Esterhazy.
L'honneur de l'armée ne consiste pas à maintenir une condamnation illégale et inique et à couvrir le coupable.
D'après tous les témoignages des professeurs de l'Ecole des Gnartes, d'après toutes les preuves littérales et testimoniales, Esterhazy est le traître : et nous avons le droit de dire que ceux-là qui le protègent sont les amis du traître.
13 Avril 1898.