‹ L'innocent et le traitre: Dreyfus et Esterhazy: le devoir du garde desChapitre 5 sur 6 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les Preuves contre Drejtus et Esterhazj

Priûcipes \ A l'aftcUiatton iucômbe le fardeau de là preuve,

Le Gode civil (article 1316) reconnaît cinq modes de p7?uves : 1* là preuve littérale ) $• la preuve teêtinwniale ; 3* les présomption* ; 4* l'aveu dé la partie ; 5* te serment.

Nous àifcuft appliquer ces cinq ordres de preuves A Drëjfîlia;

Dreyfus

1 ù Preuves littérales. — L'acte d'accusation de M. d'Ormesche ville n'invoque qu'une preuve littérale: la lettre missive qu'on a appelée le bordereau.

L'origine de cette pièce ? Elle était inconnue de l'accusation, *

Un n'a invoqué contre Dreyfus oue l'identité de récriture de cette pièce avec la sienne. Or, M. Gobert, expert dn la Banque de France, déclara qu'il n'en était rien. M, Pelletier fut du même avis.

Avis contraire : M. Teyssonnières, M. Adolphe Bertil- Ioti, chef du service de l'identification à la préfecture de police ; M. Charavay qui a apporté à sa déclaration certaines réticences.

Ces experts n'avaient pas été mis à même de comparer le bordereau avec l'écriture d'Esterhazy.

Depuis, dans le procès Esterhazy, les trois experts, MM, Belnomme, Varinard et Couard, déclarèrent que le bordereau avait été calqué sur l'écriture d'Esterhazy. Or, s'il a été caloué sur l'écriture d'Esterhazy, il n'est pas de IMcriture de Dreyfus.

Sur huit experts, cinq ont donc conclu qu'il n'était pas de ï'hiiinre de Dreyfus.

Lp capitaine Dreyfus était un capitaine d'artillerie. Or, il parle : 1° « du frein hydraulique», c'est un terme impropre, le frein s'appelle nydropneumatique ; 2° «delà manière dont s'est conduite cette pièce », terme impropre. Un artilleur dit : « se comporte ». Le général Gonse luimême parlant du frein, dans sa déposition, dit, à deux reprises, en vertu de l'habitude : « Se comporte».

Alors on abandonne le bordereau et on déclare que Dreyfus a été condamné sur une pièce ou plusieurs pièces secrètes, communiquées au Conseil de guerre en dehors

des débats. M e Démange a affirmé dans sa lettre du 25 novembre que, quant à lui, il ne connaissait que le bordereau.

On a vu plus haut que c'était Y Eclair qui avait révélé la pièce secrète et en avait donné le texte. M. le commandant Ravary, dans son rapport sur Esterhazy, parlait du dossier secret et de la pièce portant ces mots : « Cette canaille de D... » et ajoutait «que c'est une pièce iden* tique qui a été renvoyée par l'inculpé »•

C'est l'aveu officiel de la pièce secrète.

Enfin, à la Cour d'assises, le 10 février, le président, M. Delegorgue, empêche M e Clemenceau de poser la question à M. Salles. Mais M e Démange peut dire, malgré les efforts du Président :

— Je ne considérais pas le jugement comme légalement rendu.

M e Labort. — Pourquoi ?

Le Président. — La question ne sera pas posée.

M 6 Démange. — J'avais su par H. Salles qu'il y avait eu violation relative de la loi: c'est pour cp'.a que je voulais m'adresser au Ministre.

M e Clemenceau. — N'est-ce pas parce qu'un juge du Conseil de guerre l'a arrimé à M. Salles, qui le lui a affirmé? M

M* Demande. — Mais oui I parbleu !

Quapt ^u général Mercier, voici ce qu'il s'est borné à dire - ;

M e Labori. — Le général Mercier pourrait-il nous dire si une pièce secrète a été communiquée au Conseil de guerre dans l'affaire Dreyfus, en 1894, en dehors du débat?

Le Général Mercier. — Je crois que l'affaire Dreyfus n'est pas en question et qu'il est intervenu un arrêt de la Cour qui interdit de la mettre en question.

Ainsi, le général Mercier n'a pas nié. En évitant de répondre, il a avoué

Or, si Dreyfus a été condamné sur une ou plusieurs

mm

Jrtèces secrètes» là condamnation att mille ; la choto âgée n'sxiete pas. Le code militaire est formel*

Aussi on n'ose plus parler de la pièce secrète. On A inventé une autre preuve : c'est In preuve postérieure.

Dreyfus est condamné depuis plus de trois ans. Le 17 février 1898» à l'audience de la cour d'assises, le général de Peliieux est venu apporter cette preuve postérieure.

Après avoir dit un : « Àllons-y 1 » énergique, il a raconté l'histoire suivante :

« Au moment de l'interpellation Gastelin, il s'est produit un fait que je tienB à signaler. On a eu Au ministère de la guerre, la preuve absolue de là culpabilité de Dreyfus; absolue 1 et cette preuve le l'ai vue, Au moment de cette interpellation, il est arrive au ministère do la guerre un papier dont l'origine ne peut être contestée et qui dit :

— « Il va se produire une interpellation sur l'affaire l)f£vfus. Ne dites jamais les relations que nous avons eues avec ce juif» %

« Bt> meneurs, la note est signée 1 elle n'est pas èignée d'un nom eonnX? mais elle est appuyés d'une cane de visite, et au dos dé ce! te carte de visite, il y a un rendez* vous insignifiant, signé u'jifc nom de convention, qui est le même que celui qui est pôriâ *Ur la pièces et la «art* de visite porte le nom de la personne- »

Le lendemain le général de Boisdeffre 2 confirmé»

Quelle est donc l'idée que ces généraux £S font nés caractères d'une preuve pour dire que celle-là est € une preuve absolue »? Qu'est-ce que cette preuve qui vient deuX ans après la condamnation du Capitaine Dreyfus, entre le 16 novembre, date du départ de Picquart, et le 18, date de l'interpellation Gastelin? S'il y avait eu des preuves antérieures, on n'aurait pas besoin d'invoquer ces preuves postérieures, mystérieuses, soustraites à tout contrôle ; et la contexture de celle-ci ne porté-t-elle pas tous les caractères du faux : 1* ce besoin de Correspondre précisément à la veille d'une interpellation entré deux attachés militaires, qui se voyaient tous les Jours, sans doute pour

atteindre ces deux buts contradictoires : dissimuler et révéler en même temps les relations avec Dreyfus; 2 9 cette recommandation superflue du silence; 3° cette désignation « ce juif» qui donne la marque de fabrique de ce papier; 4° cette carte de visite doublée d'un nom de convention gui est le même que celui porté sur la pièce; 5° qui avait intérêt à invoquer et à recevoir cette communication? Ce n'est pas l'expéditeur, attaché militaire étranger, qui ne parlera pas au Parlement. Ce n'est pas le destinataire, attaché militaire, qui ne parlera pas davantage. Ceux qui ont intérêt à la production d'une pièce de ce genre sont : ou Esterhazy; ou ceux qui ont fait condamner Dreyfus pour influer sur un Ministre perplexe et cependant peu difficile en fait de preuves.

L'auteur a vraiment pris trop de précautions pour assurer son faux. On devient tristement rêveur en pensant au degré de perspicacité et aux principes de méthode d'un cnef d'Etat-Major et d'un général, commandant la place de Paris, qui déclarent que de pareils papiers donnent « la preuve absolue de la culpabilité de Dreyfus l »

Rochefort a annoncé qu'on nous réservait d'autres preuves du même genre et sans doute de la même fabrique pour la cour d'assises de Versailles. On dit que parmi ces preuves se trouverait une lettre de l'empereur Guillaume a l'ambassadeur d'Allemagne qui serait l'équivalent de la lettre citée ci- dessus 1

Les généraux auraient bien tort de se gêner. Ils semblent pouvoir compter sur une crédulité de la foule égale à la leur.

Mais ce dossier secret, le général Gonse ne le trouvait pas si probant quand il écrivait à Picquart : « Au point où vous en êtes de votre enquête, il ne s'agit pas, bien entendu, d'éviter la lumière ; mais il faut savoir comment on doit s'y prendre pour arriver à la manifestation de la vérité (10 septembre 1896). »

Enfla, comment, si l'Etat- Major a des preuves sérieuses, ne les a-t-il pas produites lors du procès Dreyfus? Comment

le général Billot ne les a-t-il pas montrées à Scbeurer- Kestner, qui lui en demandait une seule ? Comment les généraux de Pellieux et de Boisdeffre sont-ils réduits à invoquer des preuves aussi ridicules que la prétendue dépêche du 16 novembre 1896?

2° Preuve testimoniale. — M. le Ministre de la guerre a dit que Dreyfus avait condamné t sur le témoignage de 27 officiers. » Or, de ces 27 officiers, il faut retrancher 5 experts en écriture, dont 2 favorables à Dreyfus, plus M. Gochefert. Mais M. Cochefert, qui avait arrêté Dreyfus, déclara qu'il n'avait jamais vu un coupable se comporter, au moment de son arrestation comme l'avait fait le capitaine.

Plusieurs d°s dépositions d'officiers furent favorables à Dreyfus, si bien que le Commissaire du gouvernement, se tournant vers M e Démange, s'écria : « Il ne reste plus que le bordereau, mais cela suffit I »

Mais il y a quatre témoignagnes de premier ordre qu'on ne peut récuser dans une affaire de trahison qui, forcément, est internationale.

Au moment où surgit l'affaire Dreyfus, l'empereur d' Allemagne exigea qu on lui dit exactement la vérité. Après enquête, l'état-major allemand lui affirma que jamais ni directement, ni indirectement, Dreyfus n'avait été en rapport avec aucun agent allemand. Il lit part de ce reuseignemeni à M de Munster, qui le communiqua à M. Casimir-Périer, alors président de la République, et à M. Charles Dupuy, présidera du Conseil. M. Hanoiaux, qui était alors minière des affaires étrangères, était absent; mais il a dû d'autant moins ignorer celte communication que, le 12 novembre 1894 le major Schwarkoppen déclarait qu'il n'avait jamais été en relation directe ou indirecte avec Dreyfus; le 13 novembre démenti non moins catégorique de l'Italie ; le 14 novt mbre, démenti non moins lormi 1 de l'Autriche.

Enfin, une dépêche de Berlin, du 24 janvier 1898, nous

mm

apportait les paroles suivantes, prononcées par M. de Btilow à la Commission du budget du Reicbstag :

« Je me bornerai donc à déclarer de la façon la plus formelle et la plus caîég^iijne qu'entre Tex-capiLaine Dreyfus, actuellement détenu a Hle du Diable, et n'importe quels organes allemands, il n'a jamais existé de relation ni de liaison, de quelque nature qu'elles soient Les noms de Walsin-Esterhazjr, Picquart> je les ai entendus, pour la première fois depuis mon eaisience, il y a trois semaines,

« Quant à l'histoire delà lettre d'un agent mystérieux, soi-disant trouvée dans un panier à papiers elle ferait peut-être bonne figure dans Les dessous d'un roman ; naturellement, elle est tout imaginaire et n'a jamais eu lieu en réalité.

« Enfin, je désirerais constater avec satisfaction que l'affaire dite « affaire Dreyfus s, si elle a fait beaucoup de bruit, n'a en rien troublé, a ma connaissance, les relations uniformément tranquilles qui existent entre l' Allemagne et la France. »

Une dépêche du 31 janvier nous apportait la déclaration suivante de M. le comte Bon in Lon^are, sou s~set ré taire d'Etat aux affaires étrac gères r à la Chambre îles députés italienne :

« Je puis affirmer de la manière la plus explicite que ni notre attaché militaire, ni ancun agent ou représentant du gouvernement italien, n'ont eu jamais aucun rapport direct ou indirect avec Dreyfus, *

Dans ses entretiens avec M, Henri Casella, M. de Schwarzkoppen, l'attaché militaire allemand, a déclaré de la manière la plus nette que » Dreyfus n'était pas coupable ». [Siècle du H avril,)

Le Ministre des affaires étrangères, M. Hanotaux, ne peut se dissimuler la gravité de ces déclarations; car il sait que jamais les gouvernements ne couvrent leurs espions. Tant pis pour eux s'ils se font prendre,

3 # Les présomptions. — M. d'Orm^scbeville disait, dans son rapport, que « la conduite privée de Dreyfus est loin

d'être exemplaire s, II aurait «rréti une femme <Une la rue et une autre au concours hippique! M d*Qnne.sçbe • ville l'accusait devoir été appelé comme témoin, ep 1890* dans l'affaire de Mme Pida, qui avait été assassinée. Qr, le D* Lutaud, qui la soignait, a raconté qu'il n'avait jamais été son amant et que le président de ia Cour d'assises l'avait félicité de sa conduite.

t»e rapport d'QrmeucbevilIe ajoute 911e « le capitaine Dreyfus n'avait jamais eu le goût du jeu ». Mais il avait reconnu « avoir aîné une fois au cercle de la presse », l«e rapport d'Ormesçhevil c* fait rémunération d'autres eer-» clés ; mais il ne dit pis que jamais Dreyfus y soit allé.

Depuis, on a racogté que Dreyfus avait acheté une maison 220,000 francs, et que c'était pour la payer qu'il avait trahi. Après avoir entendu raconter cette histoire par uu officier, Scheurer-Kestuer se décida à vérifier, no trouva pas, et ce fut là. le début de spp enquête.

M. d'Ormesche ville disait qu « il pouvait se rendre, en Alsace en cachette, à peu prés quand il le voulait ». Après la publication de l'acte d'accusation, le Strassburger Post a dit qu' # en juin et juillet 1892, Dreyfus avait demandé un permis de séjour » et que sa demande avait été rejetée ; qu'en 1893, son père étant tombé gravement malade, un permis de cinq juurs 'ui avait été accordé.

M. de Bulow disait dans sa communication à la Commission du Reichstag : « Bien moins encore j'ai entendu parler de facilités particulières qui auraient été accordées, de la part de l'Allemagne, à l'ex-capitaine. »

M. d'Ormescheville lui reprochait d'être t curieux: a et ajoutait • que cette attitude a été un fait sérieux à sou passif».

s lies notes successives obtenues par le capitaine Dreyfus sont généralement bonne*, quelquefois même excellentes », à l'exception de celles du colonel Fabre.

« Il parle plusieurs langues, notamment l'allemand • il possède des connaissances très étendues \ il est doué d'up caractère très souple...

mmmm

i fct cupîtoiQH Dreyfus *$a-it donc, tout indiqué pour la misérable et honteuse mission.., »

Telles sont, le* présomptions sur lesquelles le commandant 4 VFflaesaliaville basait «on acte d'accusation,

4 (Jfç preuve* morales i parurent si fables que le çqinman^&nt Qri»se( y renonça dan* 90a réquisitoire.

En réalité, il n'y avait qu'une préemption grave eontre Drevfus î »{ était juif, et le premier officier juif entré à

4° L'Aveu. — Arrêté inopinément le 15 oetobre |894» Dreyfus dit : « Prenez mes clés, ouvrez tout, vous ne trouverez rien. » On ne trouva rien.

M. d'Ormeache ville constate « ses dénégations persistantes et sps protestations contre le crime qui lui est reproché ». Il ajoute : « Toutes Jes fuis qu'il se sent serré de près, il s'en tire sans trop de difficultés, grâce à la souplesse de son esprit. »

Dreyfus n'a cessé de protester de son innocence dans toutes ses paroles, avant et après sa condamnation, Le témoignage du commandant Forzinetti, qui commandait la prison du Gherehe-Midj, est formel.

Tous les journaux, de toutes nuances, ont raconté qu'il protesta de son innocence Je jour de sa dégradation.

Quand le capitaine Lebrun-Renault qui l'accompagnait fit au Moulin Rouge, devant M. Olivier Glisson le récit de sa journée, U donna des détails très précis, puisqu'il parla des documents indiqués dans le bordereau que personne ne connaissait ; on les trouve dans le Figaro du janvier . 1895 : il ne dit pas un mot d'un prétendu aveu.

841 y a eu un rapport du capitaine Lebrun-Renault, parlant de cet aveu, ce n'est qu'un rapport fait récemment.

De toute manière, ce témoignage de M. Lebrun-Renault non ratifié par le condamné, ne peut avoir aucune valeur juridique.

Comme valeur morale, que vaudrait-il auprès de cette lettre que Dreyfus écrivait à M< Démange le lendemain de sa dégradation :

« J'ai tenu la promesse que je vous avais faite, Inno- « cent, j'ai affronté le martyre le plus épouvantable qu'on « puisse infliger à un soldat ; j'ai senti autour de. moi le « mépris de la foule ; j'ai souffert la torture la plus terrible t qu'on puisse imaginer. Et que j'eusse été plus heureux « dans la tombe 1 Tout serait fini; je n'entendrais plus « parler de rien, ce serait le calme, l'oubli de toutes mes « souffrances. Mais, hélas 1 le devoir ne me le permet pas ! »

Dans toutes ses lettres à sa femme, Dreyfus fait entendre la même protestation.

Voici une des dernières :

« Tant que j'aurai la force de vivre dans une situation c aussi inhumaine qu'imméritée, je t'écrirai pour t'animer <t de mon indomptable volonté.

« Les dernières lettres que je t'ai écrites sont comme « mon testament moral. Je t'y parlais d'abord de notre « affection ; je t'y avouais aussi des défaillances physiques « et cérébrales ; mais je t'y disais non moins énergique- « ment ton devoir, tout ton devoir.

« Certes, parfois, la blessure est par trop saignante et le « cœur se soulève, se révolté. Certes, souvent épuisé « comme je le suis, je m'effondre sous les coups de la « massue ; et je ne suis plus alors qu'un pauvre être « humain cl'agonie et de souffrance. Mais mon âme « indomptée me relève, vibrant de douleur, d'énergie, « d'implacable volonté devant ce que nous avons de plus « précieux au monde, notre honneur, celui de nos enfants, « et je me redresse encore pour jeter à tous le cri d'appel « de l'homme qui ne demande, qui ne veut que la « justice.

« Moi, je ne vis que de ma fièvre depuis si longtemps, « au jour le jour, fier quand j'ai gagné une longue journée « de vingt-quatre heures. »

L'original est au ministère des colonies. La copie est certifiée :

« Vu par ordre, le chef du bureau de V administration « pénitentiaire. »

Il n'y a eu que deux aveux relevés avant le procès, et tous les deux l'ont été par M. du Paty de Clam.

Il aurait dicté le bordereau à Dreyfus et Dreyfus se serait troublé. Or ceux qui ont vu la copie de cette épreuve déclarent que c'est faux.

M. du Paty de Clam, entrant dans la chambre de Dreyfus au moment où il était au lit, lui dit :

— Vous êtes un traître! Dreyfus répondit : — Non. Son visage ne broncha pas. Mais du Paty de Clam vit son pied qui s'agitait sous la couverture. Cet aveu du pied détermina la conviction de M. du Paty de Clam : mais c'est le seul qu'il ait put invoquer.

5° Le Serment. — Dreyfus n'a pas eu à prêter de serment légal.

Les preuves contre Esterhazy

Maintenant nous allons appliquer les cinq onlres de preuves à Esterhazy.

1° Preuve littérale. — Le bordereau est de l'écriture d'Esterhazy. Lui même, dés le 16 novembre 1897, en avouait « 1 effroyable similitude. »

Dans leurs interviews (Echo de Paris, 23 janvier 1898), les experts du procès Esterhazy déclaraient que « le bordereau avait été calqué sur son écriture ».

Pour soutenir cette thèse, il fallait prouver que l'auteur du décalque avait beaucoup d'écrituie d'Esterhazy à sa disposition. Alors celui-ci, qui n'est jamais à court d'explications, a inventé l'histoire d'un prétendu capitaine ferault, oui lui avait demandé, en 1893, une étude sur le rôle de la cavalerie en Grimée. Mais M. Esterhazy a négligé de garder la lettre de demande. On doit le croire sur parole, comme pour les dames voilées 1

Non seulement, M. Franck, docteur en droit, avocat, expert en écriture à Bruxelles, M. Paul Moriaud, professeur de

droit à l'Université de Genève, M. le docteur Hérieourt, rédacteur en chef de la Revue Scientifique* maiaMM»JPaulMeyer, membre dû l'Institut, directeur de l'Ecole de* Ghanas ; Giry, membre de l'Institut, professeur à l'Ecole dea Chartes; Auguste Molinier, professeur à l'Ecole des Cbartea : Emile Mulinier, archiviste paléographe, professeur à l'Ecole du Louvre; Louia Havet, professeur au Collège de France; Bourmont, archiviste paléographe, prouvèrent qu'il « existait entre l'écriture du bordereau et l'écriture d'Esterhaay une ressemblance, uue similitude qui va jusqu'à l'identité ».

Ils ont ajouté : « L'écriture de M. Esterhazy est absolument particulière, très caractéristique, elle a ce qu'on peut appeler des idiotismes quHui sont spéciaux. »

On peut voir dans le compte rendu sténographié des débats du procès Zola, leur méthude et leurs preuves. MM. Bertillon, Teyssonnières, Charavay, Couard, Varinard, Belhomme, ont refusé, eux, d'expliquer les motifs de leurs opinions.

MM. Bertillon, auteur d'un plan de fortification qui donne des doutes sur son état picotai, Teyssonnières, rayé des experts en écritures du tribunal de La Beine, Varinard, émetteur de sociétés fantastiques, Belhomme, auraient eu le plus grand besoin de fruitier leur autorité intellectuelle et morale par des preuves. Or. ce sont eux nui les refusent ; et ce sont les Paul ftfeyer, les Giry, les Molinier, les Louis. Havet qui ne se contentent pas d'affirmations, maif démontrent !

Le lieutenant- colonel Picquart a prouvé dans sa déposition devant la Cour d'assises % que c'était un officier de troupes, comme Esterhazy, et non un officier a'état-maiqr qui devait être l'auteur du bordereau». (Tome II, p. 1Q2).

tes pièces énumérôes dans le bordereau étaient peu imp rtantps. Il ne s'agit que de notes, excepté pour <i le projet de Manuel de tir » ,

Voici les premiers renseignements obtenus par le colonel Picquart au sujet d Esterhasy : « Get homme a des allures singulières; il a été deux fois aux écoles à feu d'artillerie

et il a demandé h y retourner une troisième fois; et» comme on lui a objecté que ce n'étaty plus «on tou^r, il y est retourné sans indemnité, i II avait invoqué le prétexte d'une maison de campagne près du camp de Chatons ; mais une fois il est allé au Mans.

£a modification aux formations d'artillerie ^ fait l'objet d'un projet de loi qui n'avait rien de mystérieux. Enterhaay pouvait le connaître par des membres du Parlement OU des journalistes avec qui il était en rapport,

Une note sur Madagascar : tout le monde peut établir un document de ce genre. Le général de PeUieux a dit que la note n'avait été élaborée qu'a,u mois d'août. Or, le bordereau est du printemps, et M. d'Ormeschevilie parle, d'un rapport sur Madagascar qui aurait traîne, au mois de février 1894, plusieurs jours dans l'antichambre du 2* bureau de l'Etat-major,

« Frein hydraulique », disait la note. Il y a eu un frein hydraulique qui est mentionné dans le règlement sur le service des bouches à feu de 1889» Est-ce Oe celui-là qu'il s'agit? Alors la note est en retard. S'agit-il du frein hydropneumatique dont parle le règlement (Te 1895 î Pour* quoi le bordereau l'appelle -t-il hydraulique ?

Un officier d'artillerie aurait-il commis une semblable confusion? En tous cas, le frein hydropneuraatique était connu des officiers d'artillerie avant 1894, comme le prouvent plusieurs lettres d'officiers reçues et publiées par le Siècle (janvier et février 1898),

Un officier d'artillerie, attaché à l'Etat-Major, n'aurait pas eu de difficulté pour se procurer « le projet de manuel de tir'de l'artillerie de campagne ». Il n'aurait pas dit « que le Ministre de la guerre en a, envoyé un nombre fixe dans les corps » T puisque ce n'est pas un de ceux envoyés dans les corps qu'il aurait eu à sa disposition.

L'auteur du bordereau propose de le faire copier, et le colonel Picquart montre que, comme major, Ésterhasy avait des secrétaires.

« Je vais partir en manœuvres. » Au printemps, ce sont

de.* manœuvres de brigade avec cadres : généralement les majora n'y prennent pas part. Or, les rapports du 74 e de ligne, k celte date, portent que le commandant Esterhazy y "a pris part. (Procès Zola, tome II, page 104.)

La contexture du bordereau démontre qu'il a pour auteur non un officier d'artillerie de V Etat-Major, mais un vfficirr de troupes, et que cet officier de troupes doit être Esterhazy.

U y a une seconde preuve littérale contre Esterhazy. En maJ 1896, le même agent, qui avait remis le bordereau au ministère de la guerre, remet à M. le colonel Picquart, alors chef de bureau des renseignements, une cartetélégramme, un «petit bleu» déchiré en cinquante neuf ou soixante morceaux. M. Picquart le confie au commandant Lauth pour le restaurer. Par lui-même, ce petit papier n'avilit pus de valeur. En voici le texte :

« ,V ut tends avant tout une explication plus détaillée que celle que vous m'avez donnée, l'autre jour, sur la question eu suspens. En conséquence, je vous prie de me Ja donner }>ar êcnt, pour pouvoir juger si je puis continuer mes relations avec la maison R... ou non.

« M. le commandant Esterhazy,

« 27, rue de la Bienfaisance, Paris. »

Ce petit papier, s'il eût été saisi à la poste ou chez le commandant Esterhazy, aurait pu être insignifiant : ce qui constituait sa valeur, c'est qu'il avait la même origine que le bordereau. Ce n'était pas une preuve: c'était un indice qui poussa le colonel Picquart à faire une enquête. Un agent déclara qu' « un officier supérieur, âgé* d'environ cinquante an<», fournissait à une puissance étrangère tête on lels documents». «Or, ces documents, dit le colonel Picquart, étaient précisément ceux dont m'avait parlé le camarade à qui je m'étais adressé, lorsque j'avais découvert la carte-télégramme. » Le colonel Picquart demanda au colonel du régiment où servait Esterhazy de lai fournir certaines lettres. Comparées avec le bordereau et mises sous les yeux de M. Bertillon, celui-ci dit aus-

mmmmi'mmmmç^mvsk

sitôt au culonel Picquart: « C'est récriture du bordereau. » La découverte du «petit bleu» a été jugée si grave par tous les officiers acharnés à sauver Esterhazy, les colonels Henry, du Paly de Clam, le général de Pellieux, le commandant Rava» y, que. pour en aténuer la portée, ils ont accusé le colonel Picquart de faux. Le colonel Picquart était, comme chef du bureau des renseignements, le préfet de police de l'armée : et c est ainsi qu'ils le traitent I Le commandant Ravary dit, à l'audience du 11 février : « Il y abi»-n d autres charges. »

Est-ce ainsi qu'ils entendent protéger l'honneur de l'armée et augmenter son prestige ?

Ils unt en même temps deux arguments contradictoires. D'un côté, ils disent que Picquart a voulu forger un document pour perdre Esterhazy : donc le document a de la valeur.

D'un autre côté, ils disent que le petit bleu n'est qu'un indice insignifiant; cet argument détruirait donc le précédent; mais, si ce petit bleu est négligeable, comment se fait-il qu'ils invoquent, comme preuve contre Dreyfus, la prétendue lettre de Schwarzkoppen à Panizzardi du 16 novembre 1896?

1° La preuve testimoniale. — Il y en a d'abord une accablante, c'est celle du lieutenant-colonel Picquart, nommé chef du bureau des renseignements; après enquête, il acquiert lapreuve que Dreyfus est innocent et qu'Esterbazy est coupable. Il en parle à se* chefs. Les lettres du général Gonse piouvent que celui-ci avait admis 'a nécessité de la revision du procès Dreyfus et la culpahi ité d'Esterhazy.

Le nom du commandant Esterhazy n'a été prononcé que le 15 novembre. 1897. Or, un agent informait le colonol Picquart, au mois de nove r»bre 1896, après la publication du bordereau dans le Malin, qu'il avait vu Esterhtzy dans un état d'affolement. A la fin d'octobre 1897, M lle Pays venait trouver M. Autant père, gérant de la maison uù elle demeurait rue de Douai avec E>terhazy ; les* meubles étaient à elle; le bail au nom du commandant, elle

demandait que le bail fut mis à son noni parce qu'il allait se suicider.

Le commandant nie, Mlle Pays, femme à son service sous tous les rapports, nie au conseil de guerre ; M. Autant maintient. Le commissaire du gouvernement lui dit :

— Vous ne paraissez pas très bienveillant pour l'accusé. M. Autant lui répond :

— Est-ce ne pas être bienveillant que de dire la vérité ?

M. Weil, ancien ami de M. Esterhazy dépose qu'après son duel avec Crémieux-Foa, il a fait cour Esterhazy des démarches chez des Israélites « qui donnaient et ne prêtaient pas ». Esterhazy lui écrivait :

« Un héritage que nous étions en droit de considérer « comme assuré nous aurait permis de vivre... Je ne puis « m'y soustraire que par un crime. Tout cela est au- « dessus des forées humaines, maisje suis à bout des forces « morales comme des forces matérielles ? »

M. Weil. — « Je me rappelle que M. Esterhazy m'a « tenu à plusieurs reprises le propos suivant : Si cela doit « continuer ainsi, j'aime mieux tuer ma femme et mes ' « enfants et me tuer ensuite. »

Pendant cette enquête, Esterhazy exhiba une prétendue lettre du général de Boisdeffre lui reprochant d avoir été le témoin d'un officier juif. Le général de Boisdeffre a-t-il écrit cette lettre ? S'il ne Ta pas écrite, elle est l'œuvre d'un •faussaire, le même qui a écrit la lettre de l'attaché militaire à la veille de l'interpellation Ga^telin 1

Le général de Pellieux, à la Cour d'assises, s'est montré un chaleureux défenseur de « son cher commandant...» Il a déclaré qu'il était c fier de l'acquittement d'Esterhazy ». (Procès Zola, tome I, p. 247).

M e Labori lui avant demandé d'où il tenait les renseignements sur le cambriolage dont se plaignait Esterhazy, il a dû répondre : d'Esterhazy 1

Enfin le Récit du Diplomate, publié dans le Siècle du 4 avril et la déposition de M. Henri Casella, publiée dans le

msm

SiècU du 8 avril donnent m détails tes plu» préci* eur les rapports entre K&terha«y et le colonel de Bc&warikoppea> l'attaché fnilit^ifé allemand.

Èaterhasy fut le fournisseur ordinaire du colonel Sehwarzkoppen, qui ne reçut pas maint dé 162 docu» ments. Il fut le fournisseur jusqu'au 10 nOVéïfllrê 1896» date dé la publication du faô rtmilé du #«ttn>

M. de Schwarzkoppen déoOUvM alors avec «pOUTOiîMH que le bordereau était d'Ësterhazy qui n'Osa pas continuer . ses relations avec lui» Il ttê revint que le 16 octobre 1897 lui demander, le revOiVef aU poing, daller déclarer à Mme Dreyfus qu'il avait été en rappel* avec Dreyfus l

M. de Schwarzkappen fut rappelé à fierlia avant que le nom d'Esterhazy ne fût prononcé, Dana de* entretiens âVeC M. Heûfi Cagélla, il a déclaré de la maniéré la plus netie que * Dreyfus a est pas coupable *\ il a ditd'Eëtérheiy <

■■» Il eat capable de tout l

Lé récit du diplomate a été confirmé par une htte officieuse allemande »» 11 a été, ainsi que la déposition dé M. Henri Gasella, reproduit par tous les journàut de Téiranger sans être coq testé»

Quand M* de Bulow fit sa déclaration, (l ee borna à dire qu'il ne connaissait le nom d'Ësterhanj que depuis quelque* semaines.

' 3» toê prétompttons* -• Contre Dreyfus, M. d'Orméscheville a beau faire ; il ne peut en trouver.

Contre Walsin-E*terhazy, le rapport ftavary avoué que lès rensoignemênte sont déplorables. • Le Commandant Ëslérhazt menait une vie difficile et avait de grands besoins tfargêût. » On lait qu'il jouait à la Bourse, qu'il ne payait pas ses différences et qu'il menaçait ses créancière Je son épée ou d» ion revolver.

Le colonel Dubach a appris à M> Pioquart ! « Lé éofii» mandant Esterhaey a eu en 1882, a Bpa, une affaire de malversation qui devait le conduire devant un Conseil d'enquête* tiuon devant un Conseil de guerre. » Les commandants Sainte -Chapelle et Ziokel confirmaient.

m Quand le colonel Picquart a signalé le résultat de ses investigations préliminaires sur Esterhazy, on lui répondit: «Esterhazy, mais nous le connaissons mieux que vous. » Seulement, on n'en arien dit dausle rapport. (Sténographie du procès. Déposition du colonel Piccruart. Tome I, i?i 295.)

Il a abandonné sa femme et ses filles; il vit avec une fills célèbre au Moulin Rouge.

Il est l'auteur enfin des lettres écrites à Mme de Boulancy, qui montrent son état mental et moral.

Première lettre, concernant l'armée :

« ... Les Allemands mettront tous ces gens-là à leur vraie place avant qu'il suit longtemps. » v

Autre lettre sur le même sujet :

^ « ...Voilà la belle armée de France ! C'est honteux! Et si ce n'était laquesiion de position, je partirais demain. J'ai écrit à Goustantinople ; si on me propose un grade qui me convienne, j'irai là-bas ; mais je ne partirai pas sans avoir fait à toutes ces canailles une plaisanteriede ma façon. »

Autre correspondance encore t

« ... Nos grands chefs poltrons et ignorants, iront une fois de plus peupler les prisons allemandes. »

Autre lettre :

«... Je suis à l'absolue merci de cette drôlesse si je commets vis-à : vis d'elle la moindre faute. Et c'est une situation qui est loin d'être gaie. Je la hais, tu peux m'en croire, et donnerais tout au monde pour être aujourd'hui a Sfax et l'y faire venir. Un de mes spahis, avec un fusil qui partirait comme par hasard la guérirait à tout jamais. »

Autre lettre enfin :

« Je suis absolument convaincu que ce peuple ne vaut pas la car touche pour le tuer; ettouiesces petites lâchetés de femmes saoules auxquelles se livrent les hommes me confirment à foud dans mon opinion.

«Il n'y a pour moi qu'une qualité humaine, et elle manque complètement aux gens de ce pays; et si ce soir on venait

'~^*-^***mÊm*mmmm

me dire que je serais tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais parfaitement heureux.

a Je regrette de tout mon cœur de n'avoir pas été à Aïn- Draham, bien que ce soit un fichu pays, et d'avoir remis les pattes dans cette France maudite. A l'heure présente, exaspéré, aigri, furieux, dans une situation absolument atroce, je suis capable de grandes choses si j'en trouvais l'occasion, ou de crimes si cela pouvait me venger.

« Je ne ferais pas de mal à na petit chien, mais je ferais tuer cent mille Français avec plaisir. Aussi, tous les petits potins de perruquier en goguette me mettent-ils dans une rage noire ; et si je pouvais, ce qui est beaucoup plus difficile qu'on ne croit, je serais chez le Madhi dans quinze jours.

« Àh ! les on-dit que, avec le on anonyme et lâche, et les hommes immondes qui vont d'une femme à une autre colporter leurs ragoûts de lupanar et que chacun écoute, comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livré an pillage de cent mille soldats ivres.

« Voilà uni* fête que je rôve.

« Ainsi soit-il 1 »

Qu'on compare ces lettres avec celles de Dreyfus !

4° L'aveu. — Ësterhazy a avoué malgré lui.

Après la dénonciation de Mathieu Dreyfus, la Libre Parole, du 17 novembre, l'Echo de Paris, du 19 novembre, publièrent qu'il avait reconnu dans leurs bureaux « la similitude effrayante d'écriture du bordereau et de la sienne. »

Avant que son nom ne fût prononcé, il annonçait à Mlle Pays qu'il était perdu et qu'il allait se suicider.

Enfin le commandant Ësterhazy avoue toutes les lettres excepté celle où il se qualifie de uhlan; mais quoique le général de Pellieux l'ait autorisé à poursuivre ceux qui la lui attribuent, il s'est bien gardé de se servir de cette autorisation.

Aprta ta Mrit d'w témoin et la position A? #. He%fi (JmmU dans le Siècle, \\ est resté, muet. ïl n'a mêi?w paj osp faire entendre une protestation.

5» le serment — Esterhazy a été entendu comme téœein parla cour d'assise». Il prêta serment, mai* ô£ répondit à aucune des questions que lui posa M. Albert Clemenceau'

Le silence préserve d'un parjure et d'un faux témoignage.

Supposons un jury réuni pour une affaire ordinaire, débarrassée de tous les accessoires dont on essaye d'entourer celle oi; qu'on lui donne les mêmes preuves, aura-t-il un moment d'hésitation 4 ?

A cette question : — Y a-t-11 des preuves de la onlnabilité de Dreyfus 9 — il répondra : - NON !

Y a-t-il 4es preuves de la culpabilité d'Esterha^y? — H répondra:— 001!

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