‹ L'inquiétude religieuse du temps présentChapitre 23 sur 62 · Lettre du 9 février 18oo · texte numérisé non relu

Lettre du 9 février 18oo

Il faut féliciter et remercier les courageux éditeurs de Félix Bovet de nous avoir livré si libéralement ses lettres et ses pensées, car les accès d'un noir pessimisme qui n'était pas son humeur ordinaire ont inspiré au philosophe suisse des pages vraiment superbes, une surtout qui égale ce qu'Alfred de Vigny a écrit de plus beau.

Dieu, qui nous a donné ou infligé l'existence, ne nous avait pas demandé notre avis. Quelle reconnaissance lui devons-nous d'un prétendu bienfait qui n'est qu'une nécessité subie? L'amour envers Dieu, que la banalité de tous les catéchismes nous impose sans rélïexion comme notre premier devoir, est absurde quand on y pense. At-il aimé ses créatures, lui qui a fait des êtres aussi peu libres de ne pas pécher que de ne pas exister, et pourtant responsables! et pourtant punissables! — punissables « par un supplice tel que la somme de toutes les tortures imaginées par la méchanceté des hommes les plus indignes du nom d'hommes n'est qu'un zéro en comparaison. »

Il y a des damnés ! et c'est le grand nombre, c'est la masse de Fliumanité, c'est, en fait, la règle, et le salut t'St l'exception. Et leur cri de douleur répondra pendant réternité aux chants de louange des bienheureux. Et Dieu (jui est Amour n'en sera pas moins souverainement heureux, et son infinie sagesse et sa toute-puissance n'ont pas su ou pas pu trouver de meilleure solution au problème çle la liberté de la créature, problème qu'il s'était posé luimême librement!... Comment les Pères de l'Eglise ont-ils pu se scandaliser des dieux du paganisme grec? Y a-t-il chez aucun d'eux rien qui offense autant notre sens moral que l'idée de Dieu qu'eux, les Pères, ont prétendu nous donnera

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