Lettre du 16 octobre
monde poursuit son cours, et ce mystère, A'oilé à toutes les créatures, dès le commencement du monde, ne me sera pas révélé. Pourquoi accumuler mes plaintes? Si jamais Dieu punit, je ne fais que grossir par là le compte de mes rébellions; si jamais il fait triompher l'amour et se justifie aux yeux des hommes en faisant surabonder le bien sur le mal, je ne fais que me préparer des regrets et des repentirs d'avoir douté de Celui qui nous aime. Reprenons donc notre tâche, rentrons dans cette foule de l'humanité qui marche à la mort sans se plaindre, et disons à notre maître ce que disaient jadis au leur les gladiateurs romains : Are, Cœsar^ morituri te salutant! Sois salué, ô César, par ceux que tu as condamnés à mourir!
Ce sombre et magnifique morceau se rencontre dans une lettre à ^Ime Bertha Bovet, du 3 novembre 1853, où il est précédé de quelques lignes d'excuse et de repentir pour tant d'audace.
Sully Prudhomme, en soumettant à une critique inexorable les dogmes du christianisme catholique, aboutit à cette conclusion qu'ils ne sont pas seulement d'incompréhensibles mystères, mais de pures absurdités logiques, des non-sens, « l'énoncé contradictoire de faits essentiellementimpossibles, » comme le serait la gageure de « construire un cercle carré, » et c'est pourquoi il les rejette ^ Félix Bovet déclare qu'il est << affreux » que la vérité chrétienne contienne des contradictions qui « l'empêchent absolument de la saisir, d'attacher un sens quelconque à ce qu'elle dit^; et pourtant il l'accepte, il la reçoit, il y croit (( fermement. » — u Je suis toujours persuadé, au fond, que la doctrine chrétienne évangélique est la vérité. » — « Au milieu de mes rai-