‹ L'Inquiétude religieuse (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · II Cor.. XI · texte numérisé non relu

II Cor.. XI

mal gré, nous jugeons toujours les doctrines sur les hommes qui les défendent, n'était-ce pas un fort préjugé en faveur de Rome que de s'incarner, aux yeux des tractariens, en la personne de Wiseman ?

Pendant que l'Eglise catholique — la vraie mère — attirait ainsi ses enfants, à force de condescendante et patiente douceur, l'Eglise hérétique les repoussait avec violence. Mandements sur mandements vinrent étouffer le fameux tract^ le dernier de la série, dans lequel Newman avait essayé de montrer que les articles fondamentaux de l'anglicanisme n'étaient pas nécessairement incompatibles avec les canons du concile de Trente.

A partir de ce moment (1842), les relations deviennent plus fréquentes entre tractariens et catholiques. Bloxam, Ward, Oakeley visitent Wiseman à Oscott. D'autres, plus jeunes, suivent leur exemple. Newman, le plus réservé de tous, est cependant en relations épistolaires avec quelques théologiens. Dans ce commerce familier bien des difficultés tombent de part et d'autre. On ne s'était encore vu que dans les livres, à travers de vieux préjugés ; maintenant on commençait à se voir d'âme à âme, et on était surpris de trouver un parfait honnête homme, modeste et bon, dans l'écrivain que, la veille, on aurait voulu exterminer.

Les tractariens^ si peu connus des catholiques, avaient aussi beaucoup à apprendre sur eux. Ils se figuraient qu'un peu de « ruse jésuitique » devait entrer dans la définition du prêtre catholique, et leur joie fut d'autant plus grande quand ils rencontrèrent partout une robuste franchise.

Smith, un des intimes de Newman, rendant visite à un vieux prêtre, le trouve enfoui dans la lecture d'un Saint- Augustin in-folio. Le jeune homme ne peut s'enlever de l'idée que c'est là une mise en scène de circonstance. On a voulu lui montrer de quels travailleurs se composait le clergé. On trouve donc, une heure après sa visite, un prétexte de revenir deux ou trois fois à brûle-pourpoint dans la chambre. Ni le prêtre ni le livre n'avaient changé de place. C'était donc pour de bon qu'il lisait saint Augustin. Une fois converti, Smith avoua au bon prêtre cet étrange soupçon, et celui-ci, homme du Nord à l'humeur peu endurante, de lui répondre indigné : « Si j'avais deviné pareille chose, je vous aurais jeté le livre à la tête. »

■ Malgré tout, la défiance persistait chez les catholiques. Wiseman eut beaucoup de peine à obtenir, je ne dis pas la sympathie, mais le silence des journaux. Le Tablet, en particulier, restait hostile. Un fâcheux événement sembla, un instant, donner raison aux pessimistes. En octobre 1843, R. Sibthorpe, dont la conversion un peu précipitée avait choqué les tracfariens, revint à l'anglicanisme. Mais ce fut en vain qu'on essaya d'exploiter contre Wiseman cette défaillance d'un

seul. Le vrai mouvement continuait dans sa tranquille et sûre lenteur.

D'autres conversions venaient bientôt consoler le président d'Oscott. Le dénoùment approchait. Le livre de Ward, V Idéal cV une Eglise chrétienne^ paraît en juin 1844 et met le feu aux poudres. L'Université affolée perd le sentiment du ridicule et, dans une assemblée plénière, prononce la dégradation de Ward. Pusey et les modérés séparent leur cause de celle des vrais nev^maniens, et toute l'Angleterre regarde avec angoisse comment va tomber Nev^man.

Cette histoire est connue. J'en sais peu d'aussi poignantes. M. W. Ward a trouvé des détails inédits, dont l'apparente insignifiance ne laisse pas d'être savoureuse. Je me contente de traduire ces pages, avec le regret de rendre si mal Vhumour et la vie dont elles sont pleines.

A partir du 13 février 1844 \ Wiseman semble avoir attendu chaque jour la nouvelle de l'abjuration de Newman. Février passe ; aucune nouvelle. Mars, avril, mai, juin, rien encore, qui fasse deviner une décision chez le reclus de Littlemore.

L'impatience, à Oscott, devenait intolérable. Malicieusement, quelques anciens catholiques insinuaient qu'après tout la grande conversion finirait par rester en route... Wiseman savait que toute intervention directe de sa part serait une complication de plus. Mais, pour son tempérament, l'inaction était impossible. Bernard Smith fut donc député pour aller voir Newman à Littlemore. Un vieil ami comme lui pouvait

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