‹ L'Inquiétude religieuse (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · T. II. p · texte numérisé non relu

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lui avaient appris le chemin de Rome ; nous n'avons aucune difficulté à le reconnaitre, car il était de ceux qui savent réparer pleinement leurs erreurs. A force de vouloir user de précautions envers les intelligences troublées, peut-être at-il été tenté de trop minimiser la somme des vérités révélées ; peut-être en est-il venu à redouter môme, non pour lui, mais pour les autres, une définition pontificale. Le sens catholique, très vif et très sûr chez lui, puisqu'il l'avait puise dans une lecture assidue des Pères, fut parfois offusqué par certains nuages rencontrés dans les livres gallicans oij, sur les conseils de Wiseman, il avait étudié la théologie après sa jconversion. Mais, que sont ces quelques faiblesses, ces quelques erreurs à côté de la douloureuse épreuve que je dois raconter ici!

Pourquoi, demande M. Filon, pourquoi Pie IX ignora-t-il toute sa vie l'immense, l'éclatant service rendu par Newman à la cause catholique ? Comment Manning, qui était son favori, ne l'a-t-il pas éclairé? Pourquoi, pouvant et devant faire la lumière, a-t-il fait l'obscurité?

La question est nette ; on peut et on doit en adoucir les termes, mais tout le monde voit quelle douloureuse perspective elle ouvre sur la vie intime de Newman.

Qu'on s'imagine un homme, aussi passionnément attaché à l'Eglise romaine (et qui de nous, pour elle, a plus sacrifié que Newman ?) et sentant, pendant plus de vingt ans, cette cruelle méfiance de la part de ceux pour qui il a tout quitté. A

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Rome, on n'a pas confiance en lui, il le sait on met plus ou moins en doute la pureté' de sa foi. Ne dirait-on même pas qu'on a peur de lui, à voir avec quelle décourageante persistance tout ce qu'il commence est brusquement interrompu? Sur le désir de Pie IX lui-même, il s'est chargé de fonder l'Université catholique de Dublin; sur le désir du Synode d'Oscott, il a commencé une traduction de la Bible; sur un désir de Wiseman, il s'est résigné à éditer le Rambler; sur un désir de M^ Ullathorne S il a acheté un terrain à Oxford pour y ouvrir un oratoire. Dans chacune de ces entreprises, il a été arrêté et désavoué.

Sans doute — écrit-il dans une admirable lettre au P. Whitty (futur assistant du Général des Jésuites pour les provinces anglaises) — sans doute c'est une continuelle source de tristesse pour moi de penser que j'ai fait si peu pour Lui pendant ces vingt ans. Mais alors je me dis, et cela me console, que j'ai toujours essayé de faire comme les autres me disaient, et que si je n'ai pas fait davantage, c'est ou bien pour n'avoir pas été sollicité d'agir, ou pour avoir été arrêté. — (Il résume alors tous les opéra interrupta et il continue). Dans chacune de ces entreprises, j'aurais, en somme, fait une œuvre, si on m'avait laissé aller, mais la sainte volonté de Dieu a voulu qu'on m'arrêtât.

Si je pouvais enlever de mon esprit cette idée que je pourrais faire quelque chose et que je ne le fais pas, rien ne serait plus heureux, plus paisible, plus selon mes goûts que la vie que je mène.

1. L'éyêque de Birmlnpham, un des plus saints évêques de ce siccle. 11 fut toujours l'ami et le soutien de Newman.

Pourtant, il ne dit pas tout, dans cette lettre où il s'abandonne plus qu'à l'ordinaire et dont la lecture a été une révélation et un soulagement pour plusieurs. Non, il ne pourrait mener une vie paisible, environné qu'il est de cette méfiance obscure, contre laquelle on a tant de peine à lutter. Si quelqu'un est tenté de trouver que j'exagère, qu'il se rappelle la ligne de IVP'" Talbot que je citais tout à l'heure. Sous différentes formes, la même pensée a dû être, a été souvent répétée à Pie XI. En croyant reconnaître l'action de Manning dans cette série d'épreuves, Newman a pu se tromper parfois. M. de Pressensé, aussi bien que nous, sait qu'il ne se trompait pas toujours. Dès lors, comment reprocher si vivement à Newman l'accueil très franc et très froid qu'il fit aux diverses tentatives de réconciliation?

J'aurais pu en dire beaucoup plus long pour la défense de Newman, et ceux qui trouvent que j'en ai trop dit ne savent pas combien de fois je me suis arrêté court au milieu d'une preuve qui menaçait de devenir trop lumineuse, combien de fois j'ai laissé dans l'ombre des faits et des témoignages qui, en attirant trop de sympathies à Newman, auraient pu peut-être déprendre quelquesuns de leur admiration pour Manning. L'heure d'écrire ce chapitre n'est pas venue : quand elle aura sonné, quand les deux cardinaux seront pleinement dans le passé, j'ai la conviction profonde que le jugement définitif de l'histoire ne sera pas défavorable à Newman.

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