One poor scruple, par M°" "W. Ward. Longmans
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pas voir se réaliser davantage en eux et autour d'eux l'action sanctifiante de l'Eglise, Trop chrétiens pour ne pas se réjouir d'une sorte de renaissance morale, dont quelques sectes séparées leur ont donné le spectacle, ils se désolent de se sentir inférieurs à des âmes nourries de moins de grâces et guidées par de moins sûres lumières. Toute vulgarité constatée chez un catholique leur est doublement pénible, et ils s'étonnent de ne trouver que l'homme là oii si souvent ont passé la parole de Dieu et la vertu féconde des sacrements. Leur scandale — et il faut enlever à ce mot tout ce qu'il peut avoir de pharisaïque — leur scandale ne vient pas de la multitude des pécheurs, mais de la sécurité bourgeoise des justes. La masse banale des bonnes gens, dont ils ne se flattent pas d'être séparés, leur cause une sorte de malaise; ces bonnes gens bien résolus à cueillir les joies de ce monde et à se confesser au lit de mort. Quoi donc ! tout cela est-il catholique, et c'est tout ce que peut aujourd'hui l'antique ferment qui a bouleversé le monde!
J'exagère sans doute une impression douloureuse dont tous ceux qui l'éprouvent ne se rendent pas compte d'une façon bien précise. Mais, on ne saurait le nier, ce sentiment existe et tend à devenir contagieux autour de nous. Ce n'est pas proprement une objection, c'est une souffrance oii il me semble voir moins d'amertume orgueilleuse que d'impuissante avidité.
Lemal serait moins à craindre, si rien, en dehors de nous, ne venait donner un élément nouveau à
ces inquiétudes. Mais, à côté de la vieille Eglise pleine dindulgence et de pardon, qui ouvre à la foule ses portes toutes grandes, et se tient presque heureuse d'obtenir un maigre minimum de vertu, d'autres chaires de morale, plus rigides et plus dédaigneuses, se sont dressées. Ici, des philosophes — quelques-uns sont presque des jeunes gens — se haussent, dans leurs leçons et leurs livres, à un idéal dont il serait injuste de contester la grandeur sévère. La religion qui pourtant les a marqués de son empreinte et sans laquelle ils n'auraient jamais fait de si nobles rêves, la religion ne leur parait même plus suffisante à leur vie morale, au libre essor de leurs esprits et de leurs cœurs'. D'autres maîtres, plus séduisants parce qu'ils ont voulu garder l'Evangile, paraissent aussi ne pas avoir conscience de notre commune misère. La littérature protestante contemporaine, en France et en Angleterre, semble considérer la sainteté comme une chose nécessaire à tous et de tous les jours. Pour eux, pas de milieu, semble-t-il, entre convertis et réprouvés, et l'on sait ce que les calvinistes et les puritains veulent dire quand ils parlent de conversion.
En un mot, qu'ils s'arrêtent à leurs propres défaillances et à la médiocrité de ceux qui les entourent, ou qu'ils se laissent griser et décourager par les beaux programmes qu'ils rencontrent au dehors, plusieurs sont tentés de ne pas com-
1. Cf. Maurice Pujo, la Crise morale, et tous les écrits du groupe de VAction morale ; — aussi un article de M. D. Mélegari sur l Elégance morale. {jRevue bleue, 3 juin 1899.)
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prendre l'attitude que garde l'Egiise en face de la morale des bonnes gens.
Le roman de W' Ward nous offre l'occasion et le moyen de répondre à leur secrète souffrance. Sans doute l'auteur de cet aimable livre n'a pas dû songer à donner à son œuvre une si longue portée. Onepoor scmple n'est qu'un roman. Mais comme c'est un livre d'observation presque réaliste, nous pourrons, en le feuilletant, philosopher à notre aise. Ceux qui, pour vingt raisons, ne goûteraient pas la glose, aimeront, j'espère, les meilleures pages du roman.
Madge Riversdale, jeune veuve catholique, très mondaine, se décidera-t-elle à épouser le riche et brillant lord Bellasis? Elle y tiendrait fort, non que le cœur soit en cause, mais pour devenir une vraie ladij. Entre elle et son rôve, un tout petit scrupule s'est glissé. Lord Bellasis est divorcé et sa première femme vit encore. Presque personne ne connaît cet empêchement, et le drame se joue uniquement dans cette conscience que la nature n'a pas faite très délicate et que l'éducation religieuse ne semble pas avoir transformée. L'héroïne est bien choisie pour nous permettre d'étudier l'Eglise en présence d'une àme vulgaire. Au cours du récit, d'autres catholiques nous reposeront de cette peu intéressante personne. De beaucoup supérieurs à Madg , ils auront aussi pourtant une
bonne part de prose, et par là compliqueront le problème. C'eût été trop naïf de placer Madge dans un milieu sans défaut et d'opposer à la frivolité de la jeune femme la perfection de son entourage. La vie réelle est moins simple qu'une historiette deBerquin et on n'évite pas les abîmes en affectant de ne pas les voir. Nous étudierons donc l'influence catholique aux prises avec les bassesses du cœur et les étroitcsses de l'esprit, et nous ne reprocherons pas à M^^^ Ward d'avoir voulu faire une œuvre de vérité. « L'amour, dit à ce propos le P. Tyrrell, l'amour loyal et profond est trop sûr de lui-môme pour fermer les yeux devant les imperfections de l'objet aimé, et cette attitude d'impartiale critique en face du parti que nous servons, plus froide en apparence, comporte cependant plus de foi, de respect et de ferveur tranquille, qu'un idéalisme extravagant qui a besoin pour durer de ne pas regarder la réalité ^ »
Voici donc, regardée en face, une légère créature qui ne me semble pas taillée dans le rêve, et
que, sans avoir passé la Manche, plus d'un, je
pense, reconnaîtra.
Madge entre en coup de vent chez son amie,
Laura Hurstmonceaux, tombe dans un fauteuil et
commence ex abrupto :
« Je n'en peux plus, Laura, quelle après-midi assomnianle!
{. The Month. Two estimâtes ofcalholic life.-Snr le P-TyrreU, cf. rexcellent article du baron J. Angot des Rotours ^« J»« 'n^"rieure d'après un Jésuite anglais {Quinzaine, lo.iuiUet 1900;.