Cross, p
lUO L INQUIKTUDE RELIGIEUSE
quoi pas ? « Oh I si nous pouvions ne vivre que pour Téternité et cesser de nous contenter d'une religion terre à terre ! Oh ! si je pouvais mener une vie aussi bienfaisante que M. Wilberforce I... Puissé-je devenir toute sainte ! Voici que j'aurai bientôt dix-neuf ans, que cet anniversaire me soit un signal de réveil ^ . »
Ne craignez rien, elle descendra de ces hauteurs. La raideur même et l'ambition de ses désirs nous le promet. Elle est encore à l'âge où Ton dispose sa vie comme un drame et après avoir imaginé d'autres aventures, pour l'instant elle s'exalte devant un programme de sainteté. La volonté du bien qui est au plus profond de sa nature et que nous verrons se fixer peu à peu à un degré de vertu moyenne, plus bourgeoise qu'héroïque, jette maintenant sa gourme, s'exerce et s'épuise en des rêves trop beaux. Plus tard George Eliot jugera avec son habituelle justesse cette crise artificielle et passagère, elle dira comment cet excès même en la soulevant au-dessus d'elle-même lui fut bon et d'ailleurs elle ne fera pas difficulté d'avouer ce qui se mêlait de recherche personnelle et d'amour-propre à cet efîort vers la perfection.
Amenée à écouter les lointaines vibrations de cette voix [Vlmilalion). Maggie trouva là un courage et une espérance qui la soutinrent pendant des années de solitude. C'était une foi qui lui était oflerte à l'heure où elle avait soif d'espérance et de foi. D'après ce que vous savez d'elle, vous ne serez pas surpris qu'elle mît quelque exagération opiniâtre, quelque orgueil impétueux jusque dans son renoncement ;
]. Cross, p. 20.
sa propre vie conîinnail à être pour elle un drame et elle entendait jouer son rôle avec inlensilé ^.
Ne souriez pas à la pensée du prochain changement de scène, ne comparez pas malicieusement les lettres laborieuses et surchauffées de la jeune fille, avec la morale, certes moins ambitieuse, que G. Eliot doit prêcher un jour. Ce qu'elle rêvait ainsi, Marie- Anne a essayé pendant des mois, pendant des années, de le traduire en acte. Aux autres souffrances d'une jeunesse qui trouvait déjà et au dedans et au dehors tant d'occasions de meurtrissures, s'ajoutent les immolations spontanées et les sacrifices volontaires. Elle a cherché comme Maggie à humilier son orgueil, et, chose contre laquelle tous ses instincts se révoltaient invinciblement, elle a peut-être essayé, comme Maggie encore, non pas simplement de supporter mais presque d'aimer les marques extérieures de froideur et de dureté. She stroved to be contented ivith thaï hardness and to reqiiire nothing. Pour ceux qui la connaissent, cette ligne est navrante et d'autant plus qu'il ne semble pas qu'aucune onction religieuse, ou vraie facilité de prière ait attendri pour elle la sécheresse de cet elïort. Le cœur n'y est pas, ou du moins il n'y a été qu'en passant et jamais à fond. Chose étrange, G. Eliot, dans sa vie intime, ne semble avoir connu de l'Evangile que la face austère. Elle qui a conduit Dinah Morris à la prison de Stoniton et qui a placé V Imitation entre les mains de Maggie en détresse n'a éprouvé pour elle-même, ni la suavité de la foi de Dinah, ni la ferveur pas-
1. The niill on the Flnss, bock IV, chap. III. Ce chapitre est d'une extrême importance.
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sionnée des prières de Maggie. La remarque a trop d'importance pour que nous puissions nous dispenser de l'établir sur bonnes preuves.
On connaît cette mémorable aventure : Miss Evans dépêchée par des amis communs, comme la plus excellente théologienne du pays et comme une controversiste invincible, à une famille de libres penseurs, rendant les armes au bout de quelques jours et se déclarant vaincue. Certes tout est révélateur dans cette brusque surprise, d'abord la rapidité, le coup de foudre d'une transformation si complète et qui, nous le savons, devait rester définitive, et puis, et surtout, l'absence totale de drame, le calme, la rondeur, le sans-façon avec lequel toute l'histoire a été menée. Histoire tragique à force de ne l'être pas, à force de ressembler à n'importe quelle de ces actions indifférentes que nous faisons ou défaisons tour à tour, sans qu'elles comptent dans nos journées. Telle quelle, si on l'entend bien, on ne la trouvera pas moins pathétique que le Mystère de Jésus ou que la petite note, douloureuse et confiante où Scherer. rappelant au Christ la visite de trois jours que celui-ci, il y a trois ans, lui a faite, le conjure de revenir '.
Chez elle rien de tout cela, rien de la désolation de Romola à l'heure où Savonarole lui manque, rien qui trahisse le déchirement d'une séparation long-
1. « Tu étais à la porte... peut-être était-ce le bruit de la rue qui m'empêchait de t'entendre... Écoute... déjà ta présence a illuminé ma cellule... J'avais bien conscience qu'il me manquait quelque chose... N'avais-tu pas déjà demeuré une fois en moi ? C'était il y a trois ans, tu restas trois jours. Reviens à moi, ô mon Seigneur! » O. Gréard, Edmond Scherer, pp. 8.5, 86.
temps recloulce, enfin cruellement nécessaire, rien qui promette pour plus tard sinon le retour, au moins la persévérante tendresse d'un amour qui veut survivre à la foi. Lisez plutôt la lettre suivante, écrite en pleine crise, à la veille du pas décisif.
Tout mon être a été absorbé pendant ces derniers jours par la plus inléressanle des recherches. A quel résultat ces pensées me pourront mener, je ne sais encore, peut-être à un résultat très imprévu pour vous. Mais je n'ai d'autre désir que de connaître la vérité, d'autre peur que de rester cramponnée à l'erreur. Laissez-moi croire qu'aucune séparation ne nous empêchera de nous aimer, et espérer que vous ne m'excommunierez pas pour une divergence d'opinions. Demandez-vous, à l'avance, quel changement vous pourriez imaginer en moi qui vous empêchât de venir me voir à Noël. Il me tarde tant d'avoir une amie comme vous, toute pour moi, en qui je puisse me décharger du fardeau de mes pensées et de mes doutes. Car je suis encore seule, quoique si près d'une ville. Mais nous avons l'univers à qui parler, cet infini où nous pouvons porter le regard de nos espérances, et un créateur très bon et très sage à qui nous pouvons nous confier, lui qui nous adonné les délices inefïables dont notre raison, notre émotion, nos sensations sont les sources immortelles.
Quel dommage qu'à côté de la certitude infaillible et immuable des mathématiques, les doctrines qui importent le plus à l'homme soient comme enterrées sous un amas d'ossements au-dessus desquels gronde et aboie la controverse '.
Elle est extraordinaire cette lettre, de calme, de détachement absolu ! En efïet, la recherche si intéressante dont elle parle, ce n'est pas, comme on