LE SILENCE DE DIEU
On n'aborde jamais la discussion du problème religieux comme celle d'une question de géométrie, ou si l'on aime mieux, l'étude purement scientifique de ce problème n'a rien de proprement religieux. Dans une aventure de ce genre, toute Tàme est engagée. Je voudrais toucher ici à un des aspects les moins connus de ce lieu commun, rechercher quel peut être le rôle du sentiment religieux dans les crises qui aboutissent à la perte de la foi. J'ai cru voir à ce propos que les déceptions religieuses de Lamennais expliquent en partie sa révolte. Après avoir attendu avec une impatience douloureuse le « feu », la « joie », les « pleurs de joie », il n'a pas eu sa nuit de Pascal. Préparé par une éducation imprudente à lier à une grâce de ferveur sensible la vérité même de la foi, il a souflert plus que personne du silence de Dieu. Des mennaisiens de marque se sont ralliés, je crois, à mon hypothèse. Encore une fois, elle n'explique pas tout, mais elle ne semble pas négligeable et j'ai tâché de la mettre en lumière.
La crise que nous présente l'histoire intime de G. Eliot est infiniment moins pathétique. L'auteur d'Adam Bede
m'a paru s'accommoder plus aisément du silence de Dieu. Le lecteur opposera de lui-même ces deux âmes si différentes et trouvera, sans doute, plus troublante la sérénité de l'une que la détresse de l'autre.
Tout n'a pas été dit sur Lamennais, — ni sur personne, — et on ne vient pas trop tard pour parler de lui. Il semble même, par moments, que tout reste encore à dire sur un sujet que nos pères croyaient avoir épuisé. Depuis 1892, date du livre du R. P. Roussel : Lamennais d'après des documents inédits, la littérature mennaisienne est entrée dans une phase de renouveau, ou, pour mieux dire, de transformation. Les documents les plus imprévus sortent des archives ; les études particulières et les travaux d'approche se multiplient. L'heure des tâ-
1. Abbé Charles Boutard, Lamennais, sa vie et ses doctrines. T. I", la Renaissance de l'ultramontanisme (1782-1828). T. II, le Catholicisme libéral (1828-1834) (Perrin).
Anatole Feugère, Lamennais avant /' « Essai sur l'indifférence », d'après des documents inédits (Bloud).
Christian Maréchal, /a Clef de volupté {Lamennais et Sainte- Beuve) (Savaète); Lamennais et Victor Hugo (Savaète); Essai d'un système de philosopfiie catholique, par F. de la Mennais, ouvrage inédit, recueilli et publié d'après les manuscrits (Bloud) ; Lamennais et Lamartine (Bloud) ; Un correspondant inconnu de Lamennais (Colin). Lamennais et Lamartine (Bloud).
tonnements, des contre-sens, des injustices inévitables est passée. L'homme et l'œuvre paraissent désormais assez loin de nous pour que l'on puisse peindre l'un et juger l'autre avec une parfaite liberté d'esprit et en pleine connaissance de cause. On demande, on attend, on guette le biographe défini fif de Lamennais.
Je voudrais faire assister le lecteur à la préparalion, peut-être même à l'éclosion de celte œuvre, el, pour cela, lui demander de me suivre dans les divers ateliers où s'ébauche le portrait de Lamennais. Parmi les peintres les plus récents et les plus dignes d'attention, j'en choisirai trois : M. l'abbé Boutard, auteur de deux volumes d'ensemble sur Lamennais^ sa vie et ses doctrines ; M. Anatole Feugère, à qui nous devons une volumineuse histoire de Lamennais avant r « Essai sur rindifférence » ; M. Christian Maréchal, qui, plus timide et tout ensemble plus ambitieux, creuse sans bruit les fondations d'une vaste synthèse sur Lamennais et le Christianisme social. Trois écrivains aux prises sur un même sujet, et trois méthodes rivales : ^L Boutard représente assez exactement ce qu'on pourrait appeler l'histoire académique; ^L Feugère, l'érudition menue dont la jeune université fait aujourd'hui ses délices ; M. Maréchal, une via média où les statistiques, l'art proprement dit et ïa philosophie marchent de concert.
L'histoire académique, en grande dame qu'elle est, ne se permet pas une curiosité trop acharnée.
Elle n'aime pas à fureter dans les tiroirs. Non qu'elle méprise tout à fait les inédits, mais soit formation classique, soit goût naturel, elle voit grand ; elle craint que trop d'attention donnée aux détails ne voile ou ne fausse la vue de l'ensemble. Il lui plaît de résumer en une ou deux pages, en une ligne parfois, les révélations que toute une correspondance lui a fournies. Comme nos anciens qui n'entendaient peut-être pas si mal le métier d'écrire, elle met une certaine coquetterie à dissimuler les matériaux premiers de son travail. Une période, dense et nombreuse, lui donne plus de plaisir que cinq ou six étages dénotes; un portrait bien venu, un solide exposé de doctrine, a, pour elle, plus de prix qu'une bibliographie méthodique. Elle ne tient ni l'histoire ni la littérature pour une science exacte, et elle regarde avec compassion les jeunes martyrs de l'érudition contemporaine qui n'osent plus décrire une psychologie vivante ni savourer paisiblement une œuvre d'art. J'ai défini, chemin faisant, la manière de M. Boutard : manière excellente, mais qui ne convient pas également à toutes les parties de l'histoire de Lamennais. M. Boutard n'est pas loin de la perfection lorsque, à la fin de son second volume, il raconte et met au point, dans quatre chapitres de grande allure, tout ce qui se rapporte à V encyclique Mirari vos, à Cannée critique, au conflit avec Borne, à la rupture. En de tels moments, la curiosité abdique presque ses droits. Trêve aux minuties des collectionneurs de fiches, place aux vastes horizons de la fresque, à la sobriété éloquente du récit classique, à la douleur contenue d'une oraison funèbre, au jugement solennel et décisif de la grande histoire. II 4
En 18.34, si l'écrivain a bien fait sa besogne, Lamennais doit nous être connu presque tout entier ; nous n'avons plus qu'à le voir agir. La crise intérieure et extérieure dans laquelle il va succomber, nous la connaissons déjà, ou, du moins, nous devrions la connaître. Ses idées, ses amis, ses adversaires, tout ce qui le touche, doit nous être familier. Nous sommes au dénouement de la tragédie et nous attendons la catastrophe.
11 en va tout autrement pour les premiers chapitres dune histoire de Lamennais. Nous ne savons rien encore et nous voulons tout savoir. Ou, pour mieux dire, ce qui nous est déjà connu, les principaux événements de la vie de ce malheureux, sa vocation forcée, ses premiers triomphes d'apologiste, son action sur les âmes, sa chute enfin, tout cela, nous attendons qu'on nous l'explique. Ainsi, au théâtre, nous nous rappelons l'histoire d'Hippolyte et du monstre marin, nous n'ignorons pas qu'Athalie sera prise au piège, mais nous demandons au poète de nous découvrir les ressorts de ces terribles aventures. En d'autres termes, nous exigeons aujourd'hui une étude patiente, détaillée, scrupuleusement exacte sur les origines, sur la formation morale, religieuse et intellectuelle, sur les premières expériences de Lamennais. Le diagnostic du psychologue, les recherches infinies du savant sont ici de mise * : Ihis-
1. En ces malières, le mépris, l'oubli d'une seule ligne documentaire peut avoir des conséquences sérieuses. Lorsque M. Boutard écrit, par exemple, que, pendant le séjour de Lamennais en Angleterre, l'influence de labbé Carron « fit renaître dans son esprit un dessein que Ion aurait pu croire complètement abandonné » (le dessein de devenir prêtre), il ne prend pas garde à une certaine lettre, écrite
loire académique ne suffit plus. On le verra bientôt. Sur quelques-uns des problèmes essentiels que nous allons nous poser, le premier volume de M. Boutard ne nous est presque d'aucun secours. On le lui rejsrocherait plus mollement si on faisait moins de cas de sa pénétration et de ses lumières.
Pas plus que la méthode académique, l'école des petits papiers ne nous réserve des joies sans mélange. J'ai dit que, dans l'espèce, cette école était vaillamment représentée par M. Feugère. La première fois que je rencontrai ce jeune écrivain, il me causa quelque dépit. Laborieusement penché sur sa table, il disparaissait tout à fait derrière une montagne de fiches. Je dus renoncer à apercevoir son visage, moi qui pourtant m'étais promis de lui faire fêle. Il appartient, en effet, à cette noblesse de plume qui devient rare parmi nous. Avec ses belles traditions de goût, de science, de probité littéraire, je ne sais pas, au dix-neuvième siècle, de dynastie plus honorable que les Feugère. Léon Feugère et son fils Gaston, auteur d'un excellent travail sur Érasme, ont bien mérité de tous ceux qui s'intéressent à la Renaissance. Anatole Feugère nous reste plus cher encore. Après Ozanam, l'Université de France ne connaît pas de gloire plus attrayante ni pins pure. De l'homme ou de l'écrivain, on ne sait chez eux ce qu'il faut le plus admirer ou le plus aimer. Aujourd'hui encore, malgré les admirables travaux du R. P. Griselle, les délicats gardent, sur un rayon préféré, le livre d'Anatole Feugère sur Bourdaloue,
probablement à la veille delà rencontre avec ^I. Carron, et •où Lamennais parle de lui-même comme si déjà ilétaitprètre. (Feugère, p. 200.)
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et quand ils veulent prolonger l'entretien avec ce charmant esprit, ils ouvrent, au hasard des pages, la précieuse notice qui raconte la vie si courte et si pleine de ce professeur chrétien. Quelle ne fut donc pas ma joie de retrouver ce même nom d'Anatole Feugère en tête d'une thèse de doctorat consacrée à la jeunesse de Lamennais, et mon désir de lier connaissance avec rhéritier d'un si beau passé 1
L'homme ne m'intéressait pas moins que l'auteur, mais, comme j'ai dit, je n'ai guère vu que celui-ci. Les temps sont bien changés. L'érudition, servante autrefois, est reine aujourd'hui. Bon gré mal gré, il faut qu'elle traîne avec elle son appareil redoutable, et qu'elle bloque de ses échafaudages compliqués l'édifice que les écrivains d'autrefois nous laissaient voir dans une si jolie lumière. A Dieu ne plaise que je médise des petits papiers, il me semble pourtant qu'ils donnent parfois de fâcheux conseils. Leur pire tort, peut-être, est de trop vite rassurer la conscience de l'historien. On a son idée de derrière la tête, à laquelle idée on est arrivé par la route mystérieuse de l'inconscient, et que la seule documentation, si abondante soit-elle, ne suffirait pas toujours à justifier. Puis, quand on a enfilé un nombre respectable de fiches, on transforme insensiblement ses propres intuitions en une vérité démontrée. Intuition pour intuition, les littérateurs, du moins, ne nous donnent pas le change. Qu'on me pardonne, en passant, cette modeste louange à l'adresse de la confrérie.
D'ailleurs, l'histoire infinitésimale, — ou à la moderne, — présente d'autres dangers. A force de morceler un problème, on risque souvent d'en perdre la
clef. M. Feugôre donne parfois contre cet écueil. Il a eu, par exemple, la très heureuse pensée de consacrer une étude spéciale à la première conversion de Lamennais. Or, de son propre aveu, les pièces contemporaines ne nous apprennent rien de cette histoire. Mais, dût la méthode en souffrir, n'y aurait-il pas lieu de décrire, par le menu, la vie religieuse de Lamennais pendant les années qui suivent, qui continuent cette conversion et qui, par conséquent, la reflètent. J'entends bien, c'est toute la vie de Lamennais à refaire, tous ses livres, toutes ses lettres, la vie de son père, de son oncle et de vingt autres vies parallèles à étudier de ce point de vue. Les fiches, si régulièrement alignées dans leurs cases chronologiques, frémissent à la pensée des mille voyages qu'il leur faudra subir. Peut-être ne découvrironsnous pas grand'chose, mais à ce vigoureux et libre maniement, nos documents auront acquis plus de souplesse et, pour être plus vivante, notre ébauche de portrait n'en sera que plus exacte.
Un second chapitre, communément négligé par les biographes professionnels, semble d'une importance encore plus grande. Ici d'ailleurs, les textes abondent, nous ne sommes pas dans la nuit. Je veux parler de cette période, trois fois décisive, qu'on peut appeler le noviciat de Lamennais. M. Boutard n'en parle qu'en passant ; M. Fcugère, ballotté entre des pressentiments très justes et les rigueurs de sa méthode scientifique, éparpille le récit de ces années de noviciat en quatre chapitres, dont le premier arbore ce
titre inquiétant; Lamennais mystique, 1809. Cette date me déconcerte. Passe pour les chitï'res de feu qui illuminent la couverture des livres de M. H. Houssaye, mais ici pourquoi 1809 ? Est-ce vraiment là une année climalérique dans l'évolution religieuse de Lamennais? Rien n'autorise cette conjecture et, tout au contraire, nous invite à concentrer nos puissances d'observation sur cettelongue crise mystique^ vraiment une, malgré rentr'acte des voyages à Paris ou à Saint-Malo, et qui se prolonge du lendemain de la conversion jusqu'à l'ordination de Féli. Ayant si bien entrevu la gravité exceptionnelle de ce chapitre, comment M. Feugère a-t-il manqué pareille occasion de renouveler toute l'histoire intérieure de son héros?
Ce chapitre, en effet, — Lamennais mystique, — quoi qu'il en soit de l'inutile morcellement que je viens de critiquer, ne me semble pas répondre aux promesses de son titre. Après avoir assez nettement saisi, je crois, qu'il se trouvait en présence d'un cas pathologique, l'auteur s'égare dans son auscultation du malade et ne parvient pas à démêler la vraie nature de la maladie.
C'est que, peut-être, il s'est exagéré le caractère exceptionnel du mal qu'il avait à décrire. Tragique, parce qu'elle a ruiné l'existence d'un homme de génie, la maladie de Lamennais n'en est pas moins assez ordinaire. Il n'est pas de confesseur un peu clairvoyant qui n'ait rencontré sur son chemin des souffrances analogues. La vie religieuse de Lamennais, avec sa courbe très inégale d'élans enflammés et de rechutes gémissantes, est un phénomène de tous les jours.
D'aillouis, un premier doute nous arrête au seuil de ce chapitre. M. Feugère parle, à maintes reprises et avec une absolue confiance, du « mysticisme « de Lamennais. 11 pense voir le jeune converti « abîmé » dans ses méditations et ses prières et, après avoir cité une célèbre pag"e mennaisienne sur les écrivains spirituels, il ajoute : « Lamennais lui-môme avait quelque chose de ceux qu'il décrit dans cette page tout imprégnée de parfum mystique. » Plus loin, à propos d'une « retraite » de son héros, il accepte sans réserves le témoignage de l'abbé Jean : « Son âme est tout ardente de foi et d'amour, il se perd, il s'abîme en Dieu », et il fait observer qu'à ce moment précis, l'âme du retraitant se trouve à la température normale, également éloignée de l'exaltation et du désespoir ^
Eh bien! non, tout cela n'est pas si clair. Il est permis de se demander si Lamennais était né pour le mysticisme. Bien plus, toute la question est là, et cette question appelle une réponse qu'il faudra donner sans fléchir, comme s'il s'agissait de Pierre ou de Grégoire. Un « oui » ou un « non », brutalement; les nuances, les corrections viendront après. 11 est des hommes qui « s'abîment » en Dieu et pour qui la prière devient, au moins par instants, un besoin du cœur, une facilité, une joie. Il en est d'autres qui n'ont jamais connu d'original « les délicieuses larmes de l'attendrissement » religieux et qui ne parlent pas pour eux-mêmes quand ils disent avec Lamennais « que le cœur du chrétien est une fête perpétuelle ».
1. Cf. pp. K)9, 113, 123. Je précise et amplifie quelque peu une observation que M. Feugère fait en passant, mais je ne crois pas traiiir sa pensée.
Pour eux, la prière est un devoir, un effort, une des formes sèches du sacrifice. Où placerons-nous l'auteur des Réflexions sur F Imitation ? Aurons-nous le courage de nous arrêter, sans prévention et sans effroi, à la plus douloureuse de ces deux hypothèses? M. Feugère a reculé devant cette impitoyable analyse et, cependant, l'exactitude de ses conclusions était à ce prix.
J'en ai dit assez pour que Ton sente l'exceptionnelle gravité du chapitre que les biographes del'avenir devront consacrer au noviciat de Lamennais. Qu'est-ce, en effet, qu'un noviciat, sinon une période d'entraînement au mysticisme ? Lamennais a passé par cette école, et dans des conditions qui rendaient l'épreuve particulièrement décisive. Homme déjà et en possession de donner sa vraie mesure, il restait encore assez jeune pour se prêter à une discipline nouvelle. Il ne manquait ni de générosité ni de constance. La solitude dont les âpres joies ont aidé tant d autres novices à se méconnaître, était pour lui comme un milieu naturel qui le rendait à lui même. Nous ne voyons pas, d'ailleurs, que les maîtres lui aient fait défaut. Il se nourrit avidement de littérature mystique et, d'autre part, ses conseillers, ses directeurs, — il en a plusieurs et il en a trop, — Teysserre, Brute, l'abbé Jean, le guident, l'excitent, on sait comment, et du geste et de la voix. A pareil régime, si l'entraînement ne réussit pas, nous saurons, je pense, à quoi nous en tenir sur les aptitudes mystiques de Lamennais.
A la vérité, M. Feugère se trouve un peu déconcerté par les résultats de cette longue expérience. Force lui est bien de reconnaître que la machine ne
marche pas ; mais au lieu de se demander loul l)onnement si oui ou non elle est pourvue d'un moteur, il absorbe son attention sur quelques rouages secondaires. Tout irait pour le mieux, pense-t-il, si seulement le novice, en vrai frère de René, ne tenait pas à se persuader ({ue tout va mal. Il estime que Feli se complaît, en bon romantique, dans la mortelle et chronique désolation de ces années impuissantes. « Voici poindre, écrit-il, Thomme de lettres qui caresse son mal où il pressent une source d'inspiration. » u Son aptitude à souffrir n'est pas sans le llatter secrètement. » « Se considérant comme une victime d'élite, il chérit le mal qui le torture... Alors que le chrétien gémit, l'écrivain romantique apparaît triomphant ^ ».
C'est possible, séduisant même par une apparence de profondeur, mais est-ce vrai, et, parce que René nous vient de Combourg, faudra-t-il dorénavant que tous les Bretons lui ressemblent? Aussi bien, les textes qu'on nous apporte ne nous obligent aucunement à mettre en doute, — je ne dis pas la sincérité, que M. Feugère n'hésite point à reconnaître, — mais la réalité, le sérieux, la solidité de cette détresse spirituelle. « A quoi suis-je bon ? s'écrie Lamennais, à souffrir : ce doit être là ma façon de glorifier Dieu. » Je ne vois là aucune trace de romantisme. Des milliers de saints, et qui ne ressemblaient pas à René, ont parlé de la sorte. Quand Lamennais dit encore : « C'est cette résignation paisible et amoureuse dans son amertume même que je m'elTorce d'acquérir », et surtout quand il ajoute; < mais ce