‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 51 sur 108 · Cross, p · texte numérisé non relu

Cross, p

LA REr.IGION DE GEORGE ELIOT 145

sont en nous. Tous ses romans vont à ce but. « Si l'art n'agrandit pas la sympathie humaine, il n'a aucune valeur morale. Les idées, les opinions ne sont entre les âmes qu'un fragile ciment. J'en ai fait la désolante expérience et le seul efï'et que je désire ardemment produire par mes livres est d'amener le lecteur à mieux imaginer et sentir les peines et les joies de ceux qui n'ont rien de commun avec lui, rien sinon le privilège d'appartenir à une même humanité de misère et d'erreur '. «

Cette sympathie ne ressemble aucunement à la sensibilité d'élection et d'attrait qui se réserve pour certaines infortunes plus rares et trouve plus touchantes les larmes qui coulent sur un beau visage. On entend nous mener beaucoup plus loin, beaucoup plus haut et par des sentiers que la vertu commune ne fréquente guère. Qu'on en juge plutôt sur quelques lignes de Middlemarch où le programme de cette vie nouvelle est tracé. La phrase est dure à lire mais je n'en ai pas trouvé d'aussi formelle et d'aussi pleine.

On se rappelle que Dorothée Brooke vit de rêve tout comme Emma Bovary. Seulement son roman à elle est de charité et de dévouement. Pour que tout, soit plus beau que terre dans l'existence qu'elle médite, ce dévouement elle voudrait le consacrer non pas à un mari ordinaire, mais à faciliter, à activer la tâche de quelque grand homme de science. Elle est bien servie. Le révérend Casaubon passe par là. Presque un vieillard et sans rien qui plaise, mais il est savant et le mariage se fait. La jeune femme se

Page 1