Liddon écrivait à Lake, à propos de l'évêque Wilbcr
La vie religieuse afflue partout, intense quelquefois, toujours sérieuse. L'ambition même, qui jadis ne songeait pas à se cacher, cède chez plusieurs au sens ravivé des responsabilités del'épiscopat. Ghurch, simple curé de village pendant des années, refuse le siège priraatial, et Lightfoot n'accepte Durham qu'après des hésitations infinies. Tout cela, au dire des anglicans eux-mêmes et, entre autres, de W.-Ch. Lake, de près ou de loin, tout cela vient de Newman. En même temps, la plupart de ces hommes gardent l'empreinte d'Oxford et de Cambridge. Distinction d'esprit et de style, élégance de paroles, science solide chez un grand nombre et chez les autres ces clartés de tout que donne la formation universitaire, ils comptent, ils marquent à des titres divers dans la vie littéraire et scientifique de leurs temps. Leur caractère propre, leur définition est dans la rencontre de ces deux courants d'influences, dans la consécration de la plus haute culture humaine à une cause qui n'est pas de la terre et que tout le monde ne comprend pas. Homme d'église, homme du monde, homme de lettres, il semble, en vérité, qu'à ce moment de son histoire, le haut dignitaire anglican ait donné toute sa mesure et touche à ce point de perfection qu'on ne peut dépasser sans sortir en quelque façon de sa nature ou sans prendre le chemin de la décadence.
force : « What a contrast to the common type of dignified icicle that one lias so often seen on an episcopal throne. » Memorials, pp. 194, 195.
l'assimilation des principes catholiques 229
A Dieu ne plaise que je parle ici de décadence, mais avec la fin du dix-neuvième siècle, la transformation du clergé anglican s'accuse chaque jour plus rapide et plus profonde. On éprouve un mélancolique plaisir à écouler ces vieux doyens qui d'une cathédrale à l'autre se confient leurs doléances, ou doucement résignées sur leur propre vie qui s'échappe, ou défiantes en vue des modernités qui percent de toutes parts.
Mon vieil ami, très, très cher, écrit à Lake le doyen de Landafï en mai 4897, je ne puis pas dire que la fin soit très proche, mais je suis de plus en plus maigre et faible. Je me lève, je descends, mais je ne suis bien et tranquille que dans mon lit.
Lassitude, somnolence, manque d'appétit, tout me dit que ce misérable corps s'en va. Pas d'illusion possible. Ma meilleure demi- heure est la première du jour, quand, encore au lit, j'essaye d'entrer dans la chambre de mon âme et de prier mon Père qui est là, au plus profond. J "espère et je sens parfois qu'il m'entend.
Je lis le journal, du moins en diagonale, et quelque biographie. J'espère que ce n'est pas un péché que de prendre encore plaisir au monde que je quitte... Vos lettres si belles me seront chères jusqu'à la fin.
Mon bon vieil ami, lui écrivait deux ans plus tôt le doyen Goulburn, un de ses camarades de Balliol, c'est curieux que nous ayons eu tous deux la même pensée; moi aussi, je me mets à ravauder mes vieux sermons pour les publier. C'est chez moi une forte conviction que la moitié des erreurs contemporaines sur la personne du Christ remonte à des erreurs
fondamentales sur la personne même de Dieu. Et donc j'ai vite conclu qu'il fallait aborder avant tout le sujet de la personnalité divine.
Dur sujet, à le traiter philosophiquement, et très au-dessus de mes forces... J'ai fait venir les Bampîon Lectures de Illingworth, pour mettre un peu de jour dans mes ténèbres. Très fort, mais que c'est difficile à comprendre ! Vous iriez beaucoup plus vite, vous qui avez une bien meilleure tète que moi. Et puis j'y trouve en deux ou trois endroits l'empreinte très nette du pied fourchu. Il dit, verset 9, expressément que plusieurs prophéties de l'Ancien Testament n'ont pas été et ne seront jamais réalisées; lesquelles? ce maudit rationalisme pousse partout à Oxford, dans l'affreux temps où nous sommes "...
Autant et plus que cette invasion de l'esprit critique, la laïcisation progressive des universités inquiétait depuis de longues années les amisde l'Eglise anglicane. Un petit mot du sage Lighlfoot à Lake nous met au courant de cette inquiétude. Un chanoine de Durham venait de mourir, et l'évêque se trouvait embarrassé pour lui trouver un successeur.
Les trois conditions, haute culture grecque, don d'enseigner, apliludes canonicales, se rencontrent difficilement en un même homme aujourd'hui où si peu d'hommes distingués entrent dans les ordres ^.
Lake lui-même, optimiste pourtant, se lamentait de voir presque rompre cette alliance entre l'Université et l'Église.
Que nous sommes pauvres, disait-il, en hommes cultivés!
et il suppliait ses amis moins tolérants et moins avi-