‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 89 sur 108 · Letters, pp · texte numérisé non relu

Letters, pp

On voit la doctrine vaste, brillante, profonde dont se nourrissaient, dont se leurraient aussi les hommes de Y Église large. Doctrine juste en son fond, et essentielle pourvu que l'on sache respecter la vérité initiale que celte constante évolution enrichit de l'apport de chaque siècle. Mais, comme il arrive toujours, prisés par les idées nouvelles, et d'ailleurs excités contre les grands corps traditionnels qui regardent ces idées avec défiance, les novateurs deviennent bientôt agressifs et se tournent avec violence contre tout ce qui leur rappelle le passé. Cette note perce déjà dans la lettre suivante et nous la verrons s'accuser peu à peu bien davantage.

Si je ne tremble pas, si j'exulte à la deslinée que Dieu a marquée à son Église, c'est simplement parce que je crois à la présence de l'Esprit de Dieu dont l'inspiration guide l'Église.

Cette présence, cette inspiration, beaucoup l'admettent en paroles, mais ils demandent : où donc est cette voix de Dieu ? Bien sur elle nest pas dans la décision des Églises puisque ces décisions ne s'accordent pas entre elles. Tant qu'il y aura des controverses, comment savoir de quel côté souffle lEsprit de Dieu! Mais n'est-ce pas oublier que l'Esprit habite dans l'Église, non dans les Églises, que sa voix est la voix non de telle ou telle fraction, mais de la chrétienté universelle.

Cette voix de l'Église, elle est, semble-t-il, dans le consensus du peuple chrétien, unanimité confuse mais puissante. La condamnation de l'esclavage en est un exemple.

Et il ajoute ces deux petites notes dont la première a une grande portée.

Remarquez deux faits importants : 1° Ces voix de l'Église

n'indiquent pas une direction doctrinale, mais morale et sociale... 2° Cette unanimité s'élabore avec une lenteur extrême. Songez aux siècles qu'il a fallu pour qu'on réalisât l'injustice de l'esclavage '.

Cependant l'anglicanisme orthodoxe s'épouvantait des hardiesses croissantes de certains membres du clergé. En 1869 le succès du livre de Darwin, en 1860 le scandale des Essays and Reviews, en 1862 les témérités exégétiques de Golenso, en i8G3 Taccueil fait à la Vie de Jésus, tous les événements de ces années tumultueuses achevaient de compromettre les libéraux. Ceux-ci, en effet, couraient indistinctement à tout ce qui avait figure d'idée nouvelle et applaudissaient de confiance à tous les coups qui leur semblaient portés au vieil édifice de la tradition. L'Église d'Angleterre est de nature tolérante. Elle lient médiocrement à intervenir dans les querelles doctrinales, sauf quand la conscience d'un danger imminent l'affole — et dans ce cas-là elle ne recule devant aucune maladresse, l'histoire de Wesley «t de Newman le montrent bien — un sûr instinct lui fait comprendre que sa grande force est précisément dans celte patience éternelle et que pour elle le vrai moyen de triompher d'une difficulté est de ne pas essayer de la trancher. Menacée, à cette heure, des deux côtés à la fois, également inquiète du premier succès du ritualisme et des témérités de l'Eglise large, elle essayait de manœuvrer entre ces deux extrêmes, désavouant timidement les excès du libéralisme et se montrant comme il convenait, plus sévère envers les ritualistes qui, plus croyants, étaient

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