‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 96 sur 108 · Letlers, p · texte numérisé non relu

Letlers, p

2, Ibid., p. 450.

naturel, la mise en œuvre de toutes les richesses qui dorment en nous. Qu'aurait dit Mme Ward si elle avait lu ce programme où la religion tient si peu de place, et nous, ne nous trouvons-nous pas bien loin du temps où le jeune vicaire, gagné à la contagion mystique de cette âme, essayait d'entendre à travers l'infinité des espaces, les harpes du ciel. La terre lui suffit maintenant et il tend vers elle un effort que l'inquiétude des choses invisibles ne morcelle plus, une activité joyeuse que les soucis d'oulre-tombe ne viennent plus assombrir. Quoiqu'on puisse penser de cette conversion à rebours, il semble pourtant que Green soit maintenant bien plus qu'autrefois dans la vérité de sa nature et que le dénouement de la crise religieuse coùicide pour lui avec le plein épanouissement de sa puissance de vie. Il suffit de l'entendre causer pour sen rendre compte. Sa conversation jadis un peu nerveuse, impatiente et qui aimait le paradoxe provocant est devenue, nous ditMmeHumphry Ward, plus calme, plus sereine, plus égale. Ses lettres, ses écrits respirent aussi la douceur et la bienveillance des gens heureux. Car tous les bonheurs se pressent pour lui dans ces années d'apaisement et de travail. En 1877, il a épousé l'admirable femme que nous retrouverons bientôt, quand il ne sera plus question de joie. Son livre, la Short Hislory a paru en 1874, avec un succès extraordinaire '. Encore une fois, la vie est bonne, foin des prêcheurs moroses et laissons le monde courir, moitié pleurant moitié riant, « à la liberté et à la joie )>.

1. Sans parler des éditions américaines, il s'est vendu en Angleterre 235.000 exemplaires de la Shorl Hislory. Cf. la Qaarterly Reuiew, avril 1902.

Rien d'ailleurs, dans cette philosophie, qui rappelle les étranges homélies où Renan aimait à s'émanciper sur ses vieux jours. L'idéal de Green est tout autre, plus digne, plus intime, et son égoïsme, si égoïsme il y a, ne laisse pas d'être charmant.

L'amitié remplit toutes les pages de cette existence, la bonne amitié anglaise, aux sans-façons remplis d'une robuste tendresse, l'amitié dont il écrivait lui-même : « Vous autres femmes, vous nous regardez de bien haut, mais vous ne soupçonnez pas l'ardeur et la flamme de nos amitiés, à nous autres hommes '. » Disons aussi, pour qu'on le sente plus pleinement et simplement homme, que les chartes et les livres qui prennent presque tout son temps n'ont pas le meilleur de ses affections et de ses pensées. Même avant d'avoir repris son indépendance, il écrivait dans un même sens :

La vie me semble chaque jour plus belle à force d'amour, de paix, de tendresse. Ce qui me la rend chère, ce n'est ni l'esprit, ni l'intelligence, ni la grandeur de la science. Tout cela est beau, mais il me suffit à moi des édals de rire des petits enfants, et de la bonne amitié des amis, et des bavardages auprès du feu et de la musique et des fleurs -.

Montrons enfin à ceux que cet « hellénisme » un peu rassis scandaliserait encore, montrcms une ombre qui enveloppe et — si l'on peut ainsi dire — illumine tout ce tableau. Qu'on y prenne garde, celui qui chantait tout à l'heure cet hymne à la vie est un poitrinaiie qui sait que ses jours sont comptés et

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