‹ L'inquisition aux Indes espagnoles: a la fin du dix-huitième siècleChapitre 27 sur 59 · III. — TRIBUNAL DE MEXICO · texte numérisé non relu

III. — TRIBUNAL DE MEXICO

Installé dans la plus populeuse et la plus riche cité des Indes espagnoles, le Tribunal du Saint Office de Mexico l'ennportaiten opulence sur les deux autres etpanùt avoir participé au goiît général de spéculation répandu autour de lui. Nulle part ailleurs on ne voit les revenus accuser de pareilles différences, passer par des crues et des maigres aussi caractérisés.

Personnel. — Le Tribunal de Mexico était incontestablement regardé comme le premier tribunal des Indes; destiné à contribuer pour une part importante au maintien de l'ordre en Nouvelle-Espagne, il avait le droit de faire exécuter ses sentences, nonobstant appel au Conseil de la Suprême', Son personnel n'était cependant pas plus considérable que celui des autres tribunaux des Indes. Dans une très grave affaire, jugée en 1 778, on voit deux juges seulement : le D'' Manuel Ruiz de Vallejo et le licencié .Nicolas Galante y Saavedra, discuter pendant cinq heures, sans pouvoir se mettre d'accord et décider de s'en remettre purement et simplement à la Suprême '. Dix ans plus tard, les inquisiteurs sont au nombre de trois et tous les trois docteurs : D' Juan de Mier, D' Antonio Bergosa y Jordan, D'' Joseph de Pereda y Chaves'. Les documents font mention du fiscal, du receveur, de l'économe, du gouverneur des prisons, du commissionnaire. Des religieux de l'ordre de Saint-Dominique figurent dans certains procès à titre de qualificateurs; on rencontre la trace des familiers du Saint-Office.

1. Archives de Simancas. Inquisition. Mexico. Causes contre la foi. 153. 1792-

2. Archives de Simancas. Inquisition. Mexico. Causes contre la foi. Les. '53, 1--8.

3. Arch. hist. nac Inquisition. Lima. Dépôts. 307. Mexico, 11 août 1788.

En somme, le Tribunal de Mexico garde la même physîonomie que celle des Tribunaux de Lima et de Carthagène.

Budget. — Les budgets du Tribunal frappent tout d'abord par leur extrême inégalité ; les recettes varient du simple au double, les dépenses du simple au triple. On s'aperçoit que l'on est en terre de spéculation, que le Saint-Office fait travailler son argent, ose le risquer dans des entreprises hasardeuses dont il retire parfois de gros bénéfices. Il prête de l'argent au Vice-Roi, dans les moments d'embarras ' ; il place ses fonds sur l'administration des Mines', il envoie des secours considérables à la Suprême }, toutes choses qui indiquent un degré de richesse infiniment supérieur à celui des autres Tribunaux. ^

Sa comptabilité est établie en général avec le plus giand soin ; la Suprême le remarque elle-même et en félicite le Tribunal ; elle insinue cependant que l'extrême complication des comptes en rend la vérification difficile ; elle se plaint que le préambule du rapport soit aussi long que le compte luimême -t. Les recettes et les dépenses sont évaluées ea pesos,. mais il s'agit tantôt de pesos d'or, tantôt de pesos fuertes de 20 réaux, ou de pesos ordinaires (pesos sencillos, comunes) de 15 réaux. Les pesos se divisent en tontines et granos, ou en réaux et maravédis. Il est fort malaisé de se reconnaître au milieu de toutes ces complications.

Le Tribunal entretient ses immeubles, au moins ses prisons. On le voit dépenser dans une seule année 2.765 pesos pour le renforcement des murailles de ses prisons secrètes '. Il préfère aux maisons, sujettes à la ruine, les domaines ruraux

Page 1