‹ L'inquisition aux Indes espagnoles: a la fin du dix-huitième siècleChapitre 45 sur 59 · Bustîllo · texte numérisé non relu

Bustîllo

L IVQUfSITION AUX INDES ESPAGNOLES 93

7, L'auteur rapporte la décision d'Alexandre III relative aux divorces, et ainsi conçue i « Il est nécessaire de prouver que les complices ont été trouvés seuls, dévêtus, couchés dans le même lit, avec intention de se connaître charnellement ; il faut de plus qu'on les ait vus nombre de fois en lieux secrets, obscurs, propres à l'affaire dont il s'agit, à des heures indues. Jl feut que toutes ces circonstances aient été dénoncées par la rumeur publique, et par l'aveu extra-judiciaire de l'un au moins des soi-disant complices. » On laisse de côté comme oiseuse la question de savoir si tous ces indices doivent concourir tous ensemble à l'établissement de la preuve, c'està-dire si, lorsque tous ces faits ont eu lieu en plusieurs fois, ils peuvent être repris tous ensemble pour former preuve, ce qui parait d'ailleurs évident par la décision canonique, qui s'en prévaut cumulativement sans faire aucune distinction.

8. Les Scribes et les Pharisiens ayant accusé une femme, qu'ils prétendaient avoir commis un adultère, demandèrent l'opinion du Rédempteur du Monde, et ce divin Maître ayant pénétré les motifs de la cause et découvert la malice des accusateurs, les vit abandonner le procès, de crainte que leur infamie ne fût connue de tous. Jésus alors se tourna vers l'accusée et lui dit ; — « Femme, oij sont ceux qui t'accusent ? Où sont ceux qui te condamnent ?» Et comme personne ne répondait, il la déclara libre de toute accusation. Car Dieu lui-même, agissant comme juge, ne condamne pas l'accusé sans qu'il ait été légitimement convaincu.

10. Rufin d'Aquilée induisit en erreur le pape Sirice et le malheureux Celestius trompa le pape Zozime jusqu'à lui faire défendre les hérésies de Pelage et Celestius, comme le rapporte saint Jérôme, et Luther trompa Léon X et le cardinal Cajetano'. »

I. Arch, de Sim. Inquisition. Carthagène. 44, 1759- La dixième proposition est censurée par le Saint-Office de Cartiiagène paict; que Bustillo

94 G, DESDEVISES DU DKZEKT

Ecrites dans le style ampoulé que l'on empruntait aux" mauvais sermonnaires de l'époque, les propositions de Bustilio contenaient des théories extraordinaires, dont la morale ne saurait guère s'accommoder, et quelques erreurs théologiques qui auraient pu coûter cher à leur auteur, s'il n'eût été qu'un pauvre petit chirurgien français, mais Fernando del Bustilîo était fiscal de l'Audience royale de Santa-Fé et protecteur des Indiens de la province; la Suprême se montra envers lui d'une indulgence absolue.

Le fiscal se déclarant « dépouillé de tout respect humain et de toute passion blâmable, autant qu'il y pouvait prétendre avec l'aide de Dieu » loue pleinement la méthode suivie paï ■ Bustillo et le félicite d'avoir tiré au clair une affaire si coii-|^ fuse en s'appuyant sur de puissantes raisons et sur les auteui classiques en matière de saints canons, de jurisprudence et c théologie morale. Dans tous les points qui touchent à la foitlel fiscal ne trouve rien à reprendre chez Bustillo, même parm les dix propositions censurées par les juges de Carthagène'. J

semble atlribuer des erreurs dogmatiques aux papes Sirice (384-39! Zozime (417-418) et I^on X (1513-1521), alors qu'il ne s'agit en rialilé que d'erreurs de fait. (Cf. abbé Fleury, Histoire ecclèsiasligve, Liv. XX. § 50. - Liv. XXIII, § 44.)

I. Arcb. de Sim, Inquisition. Carthagène. 4.]. 3 novembre 1759 : < El asesor. autor de este cuadcrno en lo légal parece observa un metixlo mu» propij; pues lo primero hace un eJctractn, o compendio de lo$ procesos difusos y abultados que se formaron en la causa, y despues examinados los nierilos de cada uno de elloe expone su dictamen, comprobandole. at parecer, can razones poderosas, y con doctrina de autores clasicos en sagrados canones, jurisprudoncia, y theologia moral. — En lo christiann y catholico, guarda tam bien el author methodo tan arreglado que en i<xio el cuaderno no hallo voz, clausula, ni proposicion que merezca la menor censura, à e^tcepcion de las diez proposiciones que, al parecer, la eslan va padeciendo. Pero i-cnerando siempre cl juicio y diciamen de la persona, o persoaas que hayan delatado o ccnsurado, no puedo conformarme coa su senliv por las raioncs que insinuarc en cada una de ellas, atcnlidas j miradas bien en !u lugar y conte.tto. »

G. DESDEVISES DU DEZERT

Suprême, les juges de Madrid s'étonnaient qu'on eût pris au sérieux de telles billevesées.

En 1758, Pedro Barrigo, régidor-doyen de la ville d'Ocafia au royaume de Nouvelle-Grenade, intente un procès à son curé, le P. Joseph Vicente del Castilio, qui le proclame incompétent et exige de lui la remise du dossier. Relus du régidoT, colère du prêtre, qui déclare Barrigo coupable de rébellion à l'autorité ecclésiastique et excommunié, Barrigo continue à ne tenir aucun compte des censures, il prend une attitude insolente, il se moque de l'excommunication ; le curé lance l'anathème contre lui et le dénonce au Saint-Office, malgré la pusillanimité du Commissaire, qui ne se soude pas de se mettre à dos un homme puissant '.

Une instruction sommaire est commencée, des témoins sont entendus, et leurs témoignages s'accordent à représenter Barrigo comme un homme scandaleux. En 1755, il a émis une opinion malsonnante sur la nécessité des dispenses ecclésiastiques pour contracter mariage entre cousins. Il a dit que ces dispenses étaient bonnes pour les Indiens mais qu'en Espagne on n'en faisait aucun cas. Comme on lui objectait que le Pape avait formellement déclaré ces dispenses loi d« l'Eglise, il a mal parlé de l'infaillibilité du Pape, disant : * Il ne se peut faire alors qu'il soit fou ou qu'il soit ivre ? ;" Barrigo fait travailler ses esclaves le dimanche, il se demande si Judas a été justement condamné ; puisque Dieu savait qu'il serait condamné, il n'aurait pas dû le créer. Il croit que l'on peut se

I. Arch. de Sim. Int[uïsiti(in. Carthaji;ène. 43, 175S ; « Y prosiguiendo en su fontumacia y rebeldia, le he seguido nueva sumatia à fin île justîficar la burla hcclia por e1 mencionado ; de luqual huviendo resuliado puntos de gran consideracion contm nuestra Santa-Fo procure sus ratiR- L-aciones por dos vezes cou el comisariu de esta Ciudad, I0 que no pude L-nnseguir pnr sus lemores, y solo cnndesccndio d ratificarlo en «u tribunal, lliimando al alguasil del Saiilo Oficio, para ta recandacîon de lo« lestigos. >

■sauver sans observer les commandements de l'Église, ni même le Décalogue, et que toute la loi se réduit à deux principes : servir et aimer Dieu et aimer le prochain comme soi-même. Il s'est moqué de l'excommunication qu'il a encourue. Le jour ■où il a été excommunié, il s'est promené à cheval dans les rues les plus fréquentées. Le jour oi^ il a été déclaré anathème, il s'est mis à la fenêtre et demandait en riant aux gens qui -revenaient de l'Eglise ce qu'on avait dit de lui; et il riait quand on lui disait que sa femme et ses enfants eux-mêmes ■étaient maudits.

Le 22 janvier 1759, le Tribunal de Carthagène condamnait ■ses propositions et le faisait arrêter. Le 20 mai 1760 le dossier du procès était envoyé en Espagne et le 7 février 1761, la Suprême ordonnait purement et simplement l'abandon des j)oursuites'.

m. — TRIBUNAL DE MEXICO

Le Saint-Office de la Nouvelle-Espagne paraît avoir été ■sensiblement plus occupé que les deux autres, tribunaux des Indes; ce qui s'explique aisément par la densité beaucoup plus grande de la population. Une liste des causes jugées par le Tribunal en 1 772 mentionne onze af^ires ', toutes peu

1, Arch. de Sim. Inquisition. Carthagène. 70, 1761. .2. Id., ibid. Mexico. 153, 1772 :

I. — Fray Manuel de Orozco.del orden de Predîcadoi^es, presbytère, por solicitante.

s. — Maria Ygnacia de la Zerda, por sortilega y supersticîosa.

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