‹ L'InquisitionChapitre 29 sur 57 · Cf. Hlfélé, op. cii.f p · texte numérisé non relu

Cf. Hlfélé, op. cii.f p

dire que, dégagée des tares et des abus q sont le fait de la politique et des passio humaines, bien loin d'avoir le moindre tr^ commun avec la furie démente et sangi naire qui légalisa, en 1793, les massacres ( la Terreur, elle marque, aux yeux de cei qui raisonnent et qui pensent, un progn notable, dans le sens de réquité,sur la pr cédure et les pratiques judiciaires de V poque ^ ; au point que les Templiers, ai prises avec la justice royale, mieux plac( que nous ne pouvons l'être pour compare souhaitaient d'avoir affaire à elle 2.

Elle a été cela. Les Papes ont dû tolér

1. J. GuiRAUD, dans son « Histoire partiale et histoi vraie », résume ainsi son jugement : <« On représen l'Inquisition comme un tribunal redoutable où l'accu^ n'avait pas de défenseur, était soumis aux pires to tures et finalement condamné presque toujours ai châtiments les plus barbares. Or, les textes nous d montrent que les tribunaux de l'Inquisition donnaie aux inculpés des garanties inconnues, à la mén époque, des juridictions civiles et que son code pén et ses sentences témoignaient d'une indulgence qi l'on aurait vainement demandée, au même momer aux autres tribunaux. » (Cf. p. 293).

2. Cf. Cantu, Histoire universelle, t. XI, ch. 6. F. NicoLAY, Histoire des croyances, t. III, p. 153.

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j'elle fût cela, et tout cela ; mais, pour miime que soit la part qu'on y laissa à la irture, il nous déplaît qu'on l'y ait introaite.

Encore faut-il tenir compte des mœurs , des idées du temps.

Tout le monde s'accorde, aujourd'hui, à ouver odieux les traitements infligés jadis jx criminels : tout le monde, autrefois, s trouvait naturels.

Ces petits-fils de barbares, plus chréens par la tête que par le cœur, éneriques, violents jusque dans leurs jeux, urs à eux-mêmes, méprisaient la souf- 'ance. Ils se défendaient de la pitié comme i'une faiblesse. Ils aimaient h frapper de rands coups, ne craignaient pas d'en reavoir.

Les codes punissaient beaucoup plus séèrement le vol que les blessures, même raves. On faisait bon marché de sa vie et e celle des autres : mélange de rudesse et e foi ; rudesse de soldat, toute en force,

qu'avail déjà bien adoucie la religion, m; mal endormie et prompte au réveil, mer chez les meilleurs, sous l'afflux souda d'impulsions ataviques.

Dans cet ordre de choses contingente l'Eglise ne devance pas les siècles, El marche avec eux, en essayant de les ame der, Elle travaille, sans répit, à la réforr des mœurs, dans la mesure où l'humani en a besoin, dans la mesure aussi où l'h manité peut le supporter.

Elle n'a pas aboli l'esclavage en un jou Elle a eu fort à faire pour discipliner l'h meur batailleuse des Francs, des Goths des Germains. Il lui a fallu du temps et la patience pour transformer le reître bv tal en chevalier chrétien *.

Elle a incliné, tant et sitôt qu'elle l'a p vers plus d'équité et plus de douceur, justice féodale.

Or, c'est précisément à l'époque où e]

1. Cf. Balmès. Le Profesianîisme comparé au Catl licisme, T. ï, ch. xyi et suiv. (Esclavage),!. II, c xX (Trêve de Dieu). —G. Kurth. Les origines de la civ salion moderne, T. II, p. 124.

ait avoir enfin raison de ces errements narres et cruels qu'on appelait les orda^ \s ou jugement de Dieu ^, que la torture,

Les ordalies sont d'origine païenne. Elles nous ,7t arrivées par les Germains, et Jes populations du ut Moyen âge, dont la foi était encore tout emamée des superstitions de la veille, ne purent se rendre à répudier cet héritage des ancêtres. es recours systématiques à la divinité pour éclaila justice humaine s'inspiraient évidemment d'une psée religieuse, mais faussée dans Tapplication ; à mettre ainsi Dieu en demeure d'intervenir, au )yen de rites ridicules ou barbares, on ne l'honore int : on le tente.

^Église, au début, a dû fermer les yeux et tolérer 5 coutumes invétérées qu'elle n'aurait pu abolir du lemier coup.

(jue des Évêques et des Abbés, Seigneurs féodaux, , à ce titre, Magistrats, aient partagé, sur ce point, eur de leur temps, c'est incontestable. Mais, si e pratiques ont été sanctionnées par les Princes, il t faux qu'elles aient jamais reçu lapprobation de l'Ése, c'est-à-dire des Papes ou des Conciles généraux. Dès le ix« siècle, Etienne V les condamne (Décret al,, C. II, quest. V, c. xx) ; au xi^, Alexandre II les ^erdit [Recueil des hisL, T. XV, p. 103) ; au xii% c'est exandre IIÏ ; puis, au xiif, Lucius III, Gélestin III, -.crets TU; XXXIV, c. vni —Décret Gregor. IX, L. V, XXXV, ch. i). Innocent IIÏ déplore l'inutilité de ces ndamnatipns {Ibid, ch. ii). Le IV^ Concile de Latran nsiste encore (Mansi, T, XXII, p. 100). Il nous reste, au xx" siècle, avec le duel, vestige du mbat judiciaire qui subsista jusqu'au xvP siècle, tte expression populaire pour attester la vérité : F en mettrais ma main au feu ! »

tombée peu à peu en désuétude depuis v^ siècle, était rentrée, par une autre por dans les prétoires du Moyen âge, à la ] morque du vieux droit païen de Rome sous l'influence des légistes, qui y tro valent un système plus méthodique et pi sûr d'information.

Les malfaiteurs, brigands de métier « routiers sans solde, étaient nombreux hardis ; la police mal organisée, débord et impuissante.

Les criminalistes s'inquiétaient plutôt renforcer les pénalités que de les mitigé on remplaça ces violentes épreuves d ordalies, par l'épreuve de la Question; ( moins préoccupés des formalités de procédure que du but à atteindre, les m gistrats s'efforçaient d'enrayer la crin nalité, en effrayant, par la torture d criminels, le monde des escarpes et d malandrins, assez dur à émouvoir.

On escomptait l'eff^roi des préparati) Souvent, en effet, la seule vue des instr ments déliait les langues.

On n'alléguait pas, au civil, pour excuser

s rigueurs, le bien spirituel du patient,

ais la chance qu'on lui offrait d'éviter la

ort, s'il n'aYOuait pas. On prétendait lui

iposer le moindre mal pour lui épargner

pire. Et les intéressés paraissent bien

ivoir compris ainsi, car il y avait des

îoles d'endurcissement où ils s'entraî-

îient entre eux à l'endurance, en s'appli-

uant mutuellement la question.

Quoi qu'il en soit des théories ou des

réjugés, c'est un fait que la torture sévis-

iit dans tous les Etats d'Europe.

L'Italie et l'Allemagne en usèrent avec

n acharnement qui dépasse tout ce qu'on

fait en France. En Espagne, elle a été à

eine interrompue. L'Angleterre, qui n'y

int officiellement que sous Henri VIII,

employa même contre les témoins *.

Donc, puisque ces instruments de torire, qu'on retrouve dans les musées, consluaient le mobilier courant des tribunaux

1. Cf. A. EsMEiN. Hist, de la procédure criminelle en rance, p. 284, 293, 316.

civils et des cours de justice, puisqu'i ont été fabriqués par le pouvoir séculi. pour les malfaiteurs de droit commui c'est un mensonge, une imposture de I( étaler, cyniquement, dans les exhibitioi foraines, sous Tétiquette exclusive de Vh quisition et de les présenter, par l'image o par le livre, avec des airs indignés, comn Tarsenal tout spécial de l'Église conti riiérétique, pour faire croire au peuple qui de tous les tribunaux, celui-là seul s'e serait servi qui en a le moins usé.

L'Inquisition n'a pas été rétablie tout coup en Espagne, au xv^ siècle S sans moti à la fantaisie du Pape ou sur le caprice d Roi.

Si l'on remonte à l'origine, on la vo surgir, non plus comme au xiii« siècle, d

1. L'Inquisition avait fonctionné en Aragon, a xiii« siècle, contre les Cathares.

ril de la foi, à Tappel de Rome, mais

une crise intense de nationalisme, sous

seule poussée du patriotisme espagnol.

Elle est née espagnole. Elle a été le geste

ontanéet réfléchi d'un peuple excédé par

le longue oppression, qui voulait vivre et

li a signifié à l'étranger campé chez lui,

IX Mores et aux Juifs, sournois et toujours

)stiles, qu^il entendait être le maître dans

m pays, dans sa patrie, défendre et faire

specter, avec sa liberté, ses traditions.

L'histoire de l'Espagne, au Moyen âge, ne

) fractionne pas, comme celle des autres

ations, en maints chapitres variés : c^est

n drame en un acte : Teffort héroïque d'une

ïce écrasée, trop fière pour s'avouer ja-

lais vaincue, qui se relève et reconquiert,

ouce par pouce, à grands coups d'épée,

î sol national.

Les luttes de Rome et de Carthage ont

uré longtemps, coupées de trêves prolon-

ées qui en brisent l'unité. Nous avons, dans

os annales, la guerre de Trente ans, la

:uerre de Cent ans : du viii^ siècle au xv%

l'Espagne a vécu dans les camps, Tépée poing, face à l'ennemi, toujours le même, a sorbée par cette guerre d'indépendance, reconquisla, qui a duré 781 ans (711-1492

L'invasion musulmane, en 711, favorise par les Juifs, à une heure de décadence, été un effondrement pour TEspagne. lls'e est fallu de peu, au viiie siècle, que l'islan maître déjà de l'Asie, de l'Egypte, d l'Afrique du Nord et de l'Espagne, ne n vageât, comme un cyclone, toute la chrc tienlé. Si la Gaule avait fléchi, l'Italie l'Allemagne, le reste de TEurope y passai

Depuis quinze ans déjà, les hordes sai rasines avaient envahi tout le Midi, ave femmes et enfants, pour s'y installer ; e elles montaient toujours : à l'Est, jusqu' Sens ; à l'Ouest, jusqu'à la Loire, lorsqu'e 732, les Francs de Charles Martel les re foulèrent, d'une seule ruée, au-delà de Pyrénées.

L'Espagne n^avait point eu de Charle Martel; mais elle a trouvé en Pé\age{Pelayo

a vaillance et rindomptable foi de Judas /lachabée.

Retranché à l'extrême Nord, dans les forges des Asturies, sur les cimes pelées les Monts de Castille, avec les patriotes ^ui refusaient de subir le joug, il a fait ce 'êve fou de la lutte et de la revanche. I Avec quelle sauvage énergie, ces réfugiés le défendirent, dans leurs montagnes, femme des lions; avec quelle ardeur ils l'entraînèrent à une guerre de partisans, arouche, sans répit, qui engendra, par cenaines, des héros comme le Cid ; comment Is parvinrent à reconstituer peu à peu, sur es terres lentement reconquises, les royaumes très précaires de Léon et de C^stille^ l'Aragon etde Navarre, qui prirent du corps )t de l'extension sous l'effort continu des générations; comment enfin, à l'heure où i'achevait la tâche gigantesque de la libéraion du territoire*, le mariage de Ferdinand

1. Il faut noter au moins les grandes étapes de cette 'onquêle : en 939, importante victoire de Simancas, uivie de revers, puis de nouveaux succès en 1002; —

d'Aragon et d'Isabelle de Castille cimentai à nouveau, entre Espagnols du moins l'unité nationale : c'est toute l'histoire mé diévale de TEspagne.

Point n'est besoin de fictions ni de légendes pour hausser au sublime cette lutte séculaire : ici, les héros sont vivants ei c'est assez d'enregistrer leurs gestes poui écrire TEpopée.

Ces huit siècles de guerre, qui se chiffrent par plus de 3000 batailles ; qui tinrent des générations entières en activité fiévreuse, l'âme tendue vers le même but^ ; qui furent

prise de Tolède en 1085, de Saragosse en 1118, de Valence et de Burgos en 11?6, de Galatrava en 1158; — après une phase ingrate, victoire de Navas de Tolosa, en 1212, qui porta un coup terrible aux Mores; — en 1225, s. Ferdinand, roi de Castille, contemporain de S. Louis, reprend une partie de l'Andalousie, s'empare d'Ubeda (1234), de Gordoue (1236) et de Séville (1248); — dix ans auparavant (1238j, le roi d'Aragon avait pris Valence, et réduit l'empire des Kalifes au petit royaume de Grenade. — Enfin, sous Ferdinand et Isabelle, en 1492, Grenade, dernier rempart de l'Islam en Espagne, fut reconquise. (Cf. J. H. Mariéjol, L'Espagne sous Ferdinand ei Isabeiie, p. 6, 62. — de Nervo, Isabelle la Catholique, 190, 255).

1. « A force d'avoir ainsi bataillé, lutté pendant des siècles, le peuple espagnol, au lendemain de la prise

lit siècles de sacrifice et de deuil, avaient issé, avec Pénergie, quelque rudesse dans tempérament de l'Espagnol et marqué sa ivsionomie d'une note austère de mélan- >lie que le temps n'a point encore effacée.

La prise de Grenade, en 1492, dont la oire revient à Isabelle, mettait fin à la dojnation des Kalifes, depuis longtemps imiliée et amoindrie : la foi de Pelage avait uvé l'Espagne.

Grenade, fut embarrassé de ses bras, de ses épées,

s dirions presque de sa piété. Dans son existence,

v^icLoire avait introduit une solution de continuité.

'ennuyait de n'avoir plus à vaincre ; habitué à lutter

jr vivre, il ne pouvaitplus vivre sans lutter. Alors,

les ruines de la Chevalerie, que sa victoire même

dait superflue, trois types surgirent: Don Quichotte,

ne pouvait croire le combat fini et qui provoquait

moulins à vent à défaut de Maures, jusqu'à ce que

•vantes eût rappelé TEspagne au bon sens; Fer-

d Cortez, qui cherchait au-delà des mers une occa-

1 d'aventure et des infidèles à convertir; enfin,

ace de Loyola. Entre la chevalerie du moyen âge

a Compagnie de Jésus, il existe une sorte de filia-

i ; et, pour créer son ordre, le blessé de Pampelune

it point à dépouiller le vieil homme, il n'eut qu'à

;ontinuer ». (Cf. G. Goyau, Les Papes et la civili-

on, éd. DiDOT, p. 148).

Mais, « les deux Rois », comme on clisai car la Reine gouvernait son royaume et le sceptres n'étaient pas confondus, les deii Rois n'avaient point attendu cette suprênr victoire pour entreprendre Toeuvrede pac fîcation sociale.

Trois peuples, trois mondes restaient c présence que séparaient la race, la religic et les souvenirs, les rancunes plutôt d passé : l'Espagnol autochtone et chrétier le More, si longtemps le maître, vaincu ( la veille, que des intérêts ou des mariag< fixaient au sol ; le Juif, rebelle à toute f sion, qui vivait sur les deux autres.

Partout, au Moyen âge, la religion éU l'ossature du corps social : Ferdinand Isabelle s'appliquèrent donc à éliminer!

éléments irréductibles et à fondre peu à p les autres dans le christianisme^ pour i faire, progressivement et sans secousî^ l'unité morale et politique du royaume, c dumoins, pour désarmer l'adversaire et prc dre des garanties contre un retour offene

La conversion était Tunique solution

problème. Nous n'assimilerons jamais nos )opulations indigènes de l'Algérie et de 'Afrique du Nord, tant qu'elles seront musulmanes.

Ils ne brusquèrent pas les choses, c'est ustice à leur rendre. Ils procédèrent avec de sages ménagements : émigration facilitée, libre exercice du culte musulman, dispense d'impôts pendant trois ans dans l'ancien royaume de Grenade; mais, défense aux résidants de déshériter leurs enfants baptisés, dotation, sur les prises de guerre, des filles devenues chrétiennes, et affranchissement des esclaves convertis ^ ; avec cela, érection d'évéchés, missions 2, prédications, création de collèges spéciaux pour l'étude des langues orientales en vue de l'apostolat, travaux d'érudition et de controverse sur le Koran et le Talmud, etc.

La méthode était bonne. Elle visait les jeunes plutôt que les vieux et il est certain

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