Gh. Lea, Op. cit. I, p
Que pouvaient devenir, en effet, dans ces nditions, les populations abandonnées?
Les pires s'enfonçaient plus avant dans vice ; les meilleurs, dégoûtés, se détourient de leurs pasleurs ; les âmes d'élite réfugiaient dans les cloîtres les plus ^'uliers que le grand mouvement de uny avait déjà réformés ^.
Le Midi était plus malade encore que le )rd.
Dans ces régions du littoral envahies deis toujours par les étrangers. Grecs, Lentins, Italiens, trafiquants de toute natiolité, qui y apportaient leurs tares plutôt e leurs qualités, terre promise des Juifs ^ i s'y étaient fait de grosses situations mmerciales et qu'on admettait aux arges publiques, les gens du Midi, race ïiable et frivole, au cœur léger, à l'esprit 3bile, voluptueuse et sceptique par tem-
. Cf. A. Baudrillart, Cluny et la Papauté, p. 10. . Cf. Grande Encyclopédie. Art. Juifs, par Théod.
INACH.
pérament, tout à la joie de vivre, grimée d soleil sons son grand ciel bleu, d'une rel gion sentimentale plus en surface qu'e profondeur, les gens du Midi avait gliss plus vite et plus loin dans la décadenc<
Nulle part ailleurs, le clergé n'était ausi négligent ni ^lus méprisé. On trouvait er core de saints Évêques dans le Nord : o n'en comptait guère dans le Midi.
Les nobles ne valaient pas mieux et k bourgeois frondeurs s'insurgeaient ausi volontiers contre leur Evêque que conti leur Seigneur ^
Tout ce monde-là fît bon accueil au Cathares : le peuple parce qu'il est crédu et qu'il escomptait quelque profit de ceti « réforme » ; les indépendants, lès mécoi tents, parce qu'ils en voulaient au St-Siè^ de les avoir troublés dans leur quiétuc en les rappelant à la discipline ; les autre par curiosité, parce que ces nouveauté
1. Sur k noblesse du Midi. Cf. Michelet, ///s7o de France, Liv. iv, ch. 6. T. II, p. 404-409.— Ch. Lî Op. cit, 1, 157.
'ils sentaient suspectes, les amusaient is les gêner beaucoup.
es le xie siècle, l'hérésie Albigeoise est à répandue partout et mille sectes extradantes^, plus ou moins apparentées à le-là, pullulent de tous côtés, comme la rmine sur un corps malade. Mais, dans cun pays, les Cathares ne sont effrontés mme dans le Midi. Ils prêchent sur les jces publiques, tiennent au grand jour 1rs assemblées, un concile même, que vint ésider, de Gonstantinople, leur pape Ni- Us. Ils partagent le territoire en diocèses se comportent absolument comme si le
. Tanchelin, en Hollande et en Belgique ; Eon de oile, en Bretagne ; Pierre de Bruys, dans le Midi ; nri de Lausanne, au Mans, à Poitiers, à Bordeaux ; laud de Brescia, en Lombardie, en Suisse ; Pierre ildo, à Lyon, etc... — Cf. Lea, T. I, eh. ii. — Va- ^DARD, op. cit., p. ."^S. — Bernard Gui, Praclica, Pars (Douais, p. 130).
Catharisme était le culte officiel, recon et établi.
Enhardis par la faiblesse, l'indolence la complicité des autorités locales, ils ( viennent turbulents, agressifs et passen l'action directe. Ils malmènent les prêti et les moines, pillent les couvents, brûb les, églises et ne reculent pas devant meurtre à l'occasion ; tant et si bien que comte de Toulouse, dont la'tolérance sc£ daleuse fit croire longtemps qu'il pactis avec eux, finit par trembler pour ses propi intérêts et réclama des Rois de France d'Angleterre, en 1179, une intervention i mée : « Les églises sont désertes ou ( truites, écrit-il ; les prêtres eux-mêmes laissent infecter. On refuse le baptême traite TEucharistie d'abomination, cœurs sont aussi durs que la pierre. 1 peines canoniques ne produisent auc effet. Seul le glaive qui frappe les coi donnera un salutaire avertissement ».
Dans les provinces du Nord, sous le g(
ernement immédiat du roi de France, où
s se sentaient moins à Taise, ils mirent,
u début, une sourdine à leur prosélytisme
dassable, qu'ils dissimulaient habilement
3US les dehors des rites catholiques, pour
'éveiller point de suspicions.
Mais leur jeu fut vite éventé.
I Les gens du Nord, que n'avait point en-
imés autant le scepticisme énervant du
idi, étaient plus revêches ; ils avaient la
lain lourde, et, bientôt, les Cathares mal-
isànts devinrent l'objet de la méfiance et
l'aversion publiques. On les traita comme
l traitait alors les auteurs de maléfices.
tort ou à raison, on les confondit avec les
►rciers, ces êtres mystérieux et sournois,
icore nombreux au Moyen âge, habiles à
anier les poisons, toujours prêts à nuire,
le le peuple abomine et qu'il va consulter
secret, car il ne se défend pas de l'attrait
alsain de Toccultisme et il cherche à bé-
ficier quand même de cette puissance
range qui lui fait peur ^.
s . La sorcellerie « avorton dégoûtant des vieilles
Les Codes antiques avaient été impitoy blés pour les sorciers K Au Moyen âg dans tous les pays, la pratique de la se
religions vaincues », dit Michelet... Jusque-là on av
étudié les moyens de chasser le diable ; on cherc
désormais à le faire venir » (Cf. Histoire de Frar
Liv. V, ch. 5). — Que la sorcellerie ait servi de masc
aux pires malfaiteurs, que les véritables sorcie
neuf fois sur dix, aient été doublés d'un crimi
avéré, c'est incontestable. Il suffit délire leurs liv
pour comprendre les haines populaires et les fo]
terreurs de ces temps-là. Mais les procès de sor<
lerie n'en restent pas moins la honte des xv% xvi
xvn« siècles. On voit des sorciers partout. La .
tice aveugle, crédule et soupçonneuse, multiplie
arrestations arbitraires, suFun mol, surunsigne^
la moindre suspicion ; et les malheureux qui toml:
entre ses mains sont perdus : quoi qu'ils disent
quoi qu'ils fassent, leurs gestes, leurs paroles, 1
silence, tout est interprété contre eux. En face de
juges affolés que la peur rend impitoyables, Tinci
est fatalement condamné : c'est le sorcier, la sorc
qu'on abat comme une bête-malfaisante.
Les procès de sorcellerie, qu'il ne faut pas fondre avec les procès d'inquisition, ont fait, en magne surtout, après la révolution luthérienne, de victimes que l'Inquisition en Espagne. Et les quarts de ceux qu'ils ont envoyés au bûcher eus été relâchés par les tribunaux d'Inquisition (Cf. Gap op. cit., p. 142, note ix. - J. Janssen, V UAllem et la réforme, T. VI, p. 406; 2o Les Jésuites et les p; de sorcellerie (Cf. Congrès scientifique, 1891. ï Histoire, p. 195). - Nicolay, Histoire des croya
L Cod. Theod., Lib. ix et xvi, tit. v, n^ 40. -
::ellerie, qui impliquait tant de méfaits, Hait punie de mort.
Le peuple n'attendit pas une législation spéciale contre les Cathares. Avec son bon sens natif, il flaira l'ennemi sous l'hérétique. [1 se fit justicier. Il reconnut vite, à ses fruits empoisonnés, que l'arbre était mauvais. Il ae perdit pas son temps à l'émonder. Il le jeta au feu sans vouloir rien entendre.
Les premières exécutions de Cathares à Orléans, en 1017, à Milan, à Asti, en 1040, à Liège à trois reprises (10354048-1114), à Cambrai ^ à Cologne, à St-Gilles,à Troyes, à Soissons, sont de^ véritables lynchages, malgré les Evêques, malgré Tautorité civile, quelquefois avec son acquiescement^.
JuST, Lib. V et ix. Decretales C Vergentis X. De hœreiicis. — MoMSEN, T. II, p. 361.
1. Les habitants de Cambrai furent excommuniés par Grégoire VII pour cette exécution sommaire. Cf. Greg. VII, Lib. IV, Epist. 20. — Recueil des historiens. T. XIV, p. 604.
2. Recueil des historiens, T. XI, p. 11. T. XII, p. 26. — Havet, U Hérésie et le bras séculier au Moyen âge, p. 20. — H. Maillet, L'Église et la répression sanglante de r hérésie, p. 35. — Vacandard, Op. cit., p. 40.
En France, c'est le Roi Robert qui donne le signal des exécutions « avec le consentement de tout le
La fureur des foules déchaînée tout coup frappait en aveugle, sans attendre i jugement « craignant, dit un chroniquet que les Évoques ne soient trop débonnaires Clericalem verens mollitiam ». Le clerj était donc plus tolérant que les laïques.
Aucune loi, au xiie siècle, ne condamna les Cathares à mort. Mais, c'était dai l'air ; et, sans que l'on put dire d'où el venait, cette vague de colère fut si violent que le Midi lui-même n'échappa point, pot un temps, à ces soubresauts de l'âm populaire ! ^
II faut croire, tout de même, que pou
peuple, parce qu1l appréhendait la ruine de la sociét et la perversion des âmes » (Raoul Glaber. Cf. Mignï PalroU, T. 142, c. 660). - En Allemagne, en 1052, c'e^ l'Empereur Henri III qui fit pendre des Cathares « pou repondre au vœu populaire ». Cf.MiGNE. T. 143, c.22c — J. GuiRAUD. Questions d'histoire, p. 17. - Lughaire Innocent III et la Croisade des Albigeois, p. 149. - J. Havet, L'hérésie et le bras séculier, p. 499, 570, 593
1. GuiBERT DE NoGENT, Cf. BouGUET, Recueil dcs his toriens des Gaules et de la France, T. XII, p. 266.
2. Les gens de Toulouse se sont vantés eux mêmei d avoir brûlé des Cathares. (Cf. Bouguet, Ibid.T.xix p. 204. - Ch. Lea, p. 60).
l'in(^uisition 39
•ncentrer à ce degré, sur leur dos, l'exécra^ i)n universelle, les manichéens du Moyen (6 n'étaient pas les pieux utopistes, leà tits saints, philosophes « de mœurs pa- ;îques », dont « la doctrine était pure et ïiple » au dire des manuels scoleiires et [i n'avaient d'autre tort que de « ne pas mprendre la doctrine chrétienne de la ême manière que les catholiques », ni autre but que de « réagir contre la cor-' ption et les excès de l'Eglise, pour raener la morale chrétienne à une parfaite ire té » ^.
Ils devaient ressembler, comme se resmblent les frères, à ceux que Dioclétien ndamnait déjà au feu au iti^ siècle, et, »ur ce même motif d'anarchie ^ ; à ceux le les gouvernements de Byzance, aussi en sous Constantin le catholique que sous
l. RoGiE et Despiques. Histoire de France. Cours pér., p. 131; Cours moyen, p. 34. — Aulard. Hisre de France. Cours super., p. 91 ; Cours moyen, p9. — Gauthier et Desghamps. Cours super., p. 34 ; Brossolette. Cours moyen, p. 22.
l* Dughesne. Histoire ancienne de V Église, T. I, p. 565.
les empereurs ariens ^ traquaient comi révolutionnaires ; à ceux dont le Pape Lé le Grand avait dit, en 447, que « si on n' rivait pas à les réduire », c'était la fin toute civilisation ^ » ; à ceux que le co pénal des rois Wisigoths, aux v® et siècles, envoyait au supplice comme p( turbateurs de Tordre public ^ ; à ceux d( les mœurs dissolues, soigneusement ab tées sous le manteau épais d'austérités pi risaïques, ont fini par ouvrir' les yeux S. Augustin, qui les fréquenta avant conversion ^.