Cf. DucHESNE, Hisl. anc. de VÉgl. T. I, p
5 Picardie, des Flandres attiraient les Itaens; et le peuple, les voyant remonter des rovinces balkaniques, les appela Bulgares, ar corruption Boalgres, bougres. Mais ientôt, répandus dans tout le pays, surmt dans le midi de la France, où ils con- ^ntrèrent leurs forces, on les désigna sous .Bom d'Albigeois.
Leur doctrine est basée sur le dualisme anichéen.
Dans le monde, disent-ils, dans l'être huain, le Bien et le Mal sont en présence et î heurtent. La création matérielle porte 1 elle-même, partout, des . germes, des aces de corruption : elle ne peut pas être «uvre du Bon Dieu. El cependant, la belle donnance des phénomènes d^ la nature teste un plan de sagesse et de puissance :
faut qu'elle soit l'œuvre d'un autre Dieu, ais alors aussi puissant que mauvais. Il a donc deux créateurs qui se font échec
se combattent : Tun, Principe du Bien, li a fait la lumière, les anges, les âmes ^rituelles dans le ciel ; Fautre, Principe
du Mal, auteur des corps et de la matière ^ L^Esprit mauvais, Satan, le Dieu me chant, s'est introduit dans le 'cidl. Il a se dttit, non pas les anges, mais les âmes. 1 les a attirées sur la terre pour les empri sonner dans les corps : ce sont des esprit déchus, OR période d'épreuve, qui passen par des existences success^ives, même dan des corps d'animaux, jusq^ti'à complet purification.
Jésus-Christ, qui n'e^t que le premier de anges et qui îi-â jpafs sotiffert^ son corp n'étant qû'trne illusion, un fantôme, e^ venu pour les. aider, non par tïné Rédemf t'ion au sens où nous l'entendons, mais e leur indiquant la Voie et en fondant, pot les guider, rÉglise cathare.
Leur morale découle de ces principe.'
1. Quelques docteurs cathares admettent un du lisme mitigé, en ce sens que Satan, Esprit très pui sant, mais créature déchue du Dieu bon, reste vi à-Vis de *Lui dans une cei^taine dépendance. ( J. M. Vidal. Doctrine et morale des derniers ministr albigeois (Revue des questions historiques, l^' Av X^ p.366).
L'i'NQ-tJlS'lTlON 21
Le monde matériel est i'Mpur ; c'est le kCal : plu& on s'en sert, plus on se souille ! La viie est un lïialJi^eur, une abjectioa : à>la latruiEe, on se libère !
D'oà, un régime d'ascétisme ferouche, iustré, un mépris absolu de la chair, qui se raduit d'abord par la condamnation et 'abolition dumariage: la maternité est une lonte et la génératioai une œuvre diabojique ; puis par rabstinence perpétuelle de out aliment de provenance animale, même e lait, même les œufs, em tant qu'im;pur, à ^ause aussi de la métempsycose ; enfin, uitre la saignée fréquente que s'infliigeaiient es plus rigoristes, par des jeûnes sévères, rois fois la semaine, au pain et à l'eau, sans compter trois carêmes de q»uarante jours ihacun.
; Le corps est l'ennemi : on le traite en mnemi.
« N'aie pas pitié de ma chair née de la corruption ; &ie sealement pitié de mon âme\, captive dans ma chair ! » Voilà la prière athare.
Avec cela, un culte lugubre, extrêmeme simplifié : plus de sacrements, plus messe, plus de croix, plus de purgatoin des réunions dans des salles nues, avec i prêche, des prières qui se réduisent î Pater, le pain bénit et une sorte de coul faite par les assistants !
C'est la religion de la désespérance: p de libre-arbitre ! aucun mérite aux bonn œuvres ! le salut par la seule Église c thare î II faut en être, mais c'est assez d'( être pour aller au ciel.
On y entre par des initiations, après ave abjuré le baptême catholique ; car l'Égli; romaine, c'est la Synagogue de Satan qu faut détruire.
Les vrais initiés, qui composaient Têts major, et dont le nombre était restrein s'appelaient modestement les Parfaits, L Elus, les Bonshommes, comme disaient h paysans, les Purs, qui ont en eux l'espri saint (Cf. Note 2, p. 24} et devant qui 1< autres doivent se prosterner.
Ils avaient des signes secrets pour \
connaître. Ils cessaient toute relation avec lir famille, car la doctrine cathare aboutit giquementàla haine du père et de la mère, leurs de la vie ; mariés, ils devaient se parer de leur conjoint. 'Ils affectaient une grande austérité de
, toute pharisaïque, en façade, comme 3 Manichéens leurs pères*.
La masse des simples adeptes, les noyants, revendiquaient le nom de chréîns; mais, « ils n'étaient pas plus chrétiens le les adorateurs d'Ormutz ou d'Ahriman, 5 fakirs de l'Inde, ou les fatalistes de slam » ^.
Ceux-là bénéficiaient de larges tempéra-
. « Deux sortes d'attraits faisaient la fortune du
nichéisme, écrit M. de Champagny, l'attrait d'une
stérité éclatante et Fattrait de la volupté cachée...
est le secret du développement et de la persistance
[cette Secte dont la folie nous étonne et dont la
pravation nous révolte. Les âmes orgueilleuses
lent attirées par la dignité austère des Élus ; les
lies sensuelles, par les voluptés honteuses qu'on to-
ait chez le vulgaire des Croyants » (De Champagny,
5 Césars, T. III, p. 222-226).
!. J. GuiRAUD, Revue des Questions historiques (l" 'ril 1906, p. 612).
24 L'iNiQUliSlTION
menls. Oh tolérait pour eux le rinariage plutôt runion libre, ear « le mariage est pâ criminel quie la débauche » ; et on k détoi nait systématiquement de sa fin nature par ces immorales pratiques qui dépeuple aujourd'hui nos foyers ^ On ne les astri g;îait pas aux rigides observances. D'à leurs, ils ne se gênaient guère, puisqu leur suffisait de recevoir a^vant de mour le Consolamentum des Parfaits, leBaptêi^ de TEsprit, pour être sauvés ^ ; et, la pi
1. Cf. s. AuG. Contra Faustum, Lib. XV, c. 7, xxx., — De naiura boni, cap. 44-47.
Grégoire IX, BuUes Speciosus forma{3 sept. 1232). Vox in i?ama (15 juin 1233). Cf. Bullar. Ord. Prœdic
J. GuiRAUD, Questions d'histoire, p. 19-21-79.
MiCHELET, Histoire de France (Éd. définitive), T. p. 318.
Gaffre, Inquisition et inquisitions. Note 1, p. 36.
2. Dans le plan du Dieu bon, chaque âme était so la garde d'un esprit, ange gardien d'essence sup rieure, qui s'était séparé d'elle au moment de chute et était resté au ciel. Or, par le Consolamentu l'âm« déchue était non seulement purifiée, mais ré nie à son esprit saint, d'où ce nom de Consolamentu au rite fondamental des Cathares ; d'où aussi ce n pris et ce désir de la mort ; car les âmes ainsi ré^ nérées n'aspiraient plus qu'à s'évader de la prison corps pour retourner au ciel (Cf. GumAuo, Initiati cathare, op. cit., p. 106).
irt, au risque d'être surpris, eu ajournaient réception in extremis.
Les ardents le recevaient en bonne santé se laissaient ensuite mourir de faim,pour re sûrs de ne pas perdre la grâce.
Ce suieide religieux, VEndura, était ortnisé et recoinmandé comme un grand te de dévotion. Il équivalait au martyre, n l'imposait aux enfants, aux malades ; , quand l'instinct de la conservation se voltait, les parents, les amis, s'interpoient pour prémunir le patient contre sa opre faiblesse et mener quand même uffaire à bien ^
Les historiens disent que VEndara a fait us de victimes que l'Inquisition en France.
;. Cf. Ch. MoLiNiER. UEndura, coutume religieuse
3 derniers sectaires albigeois [Annales de la faculté
Bordeaux, m, 1881).
f. GuiRAUD, Morale des Albigeois. Cf. Questions
histoire, p. 51. Revue historique. T. XLIV, p. 225.
3oAT, Documents relatifs à l'Inquisition. T. xxu,
^gr Douais, Les Albigeois, p. 252.
Tanon, Histoire des tribunaux de rinquisition en ance, p. 225.
v^ACANDARD, V Inquisition, p. 115.
Il est incontesta])le que soutenus par fanatisme exalté qui aspirait à libérer Tâi de Temprise du corps, les Cathares se se montrés souvent intrépides en face de mort.
La secte prêchait, avec le refus des i pots et l'interdiction du serment ^ la co munauté des biens, en évoquant les mœi de la primitive Eglise.
Elle s'insurgeait contre tout code pén car les malfaiteurs, pas plus que les autn ne sont responsables de leurs actes et justice humaine n'a pas le droit de pun
Elle niait la Patrie et proscrivait la guer
En dehors du clan, elle ne connaissait parents, ni amis, ni prochain.
Ellecondamnait le travail manuel comi immoral : la nature étant maudite, tout fort pour l'améliorer est un péché 2.
1. Le serment, au moyen âge, était le lien du f( ceau social. Toutes les relations d'autorité ou d faires reposaient sur la bonne foi, la parole donne
2. H. Maillet, LEglise et la répression sanglanU V hérésie, p. 22.
H. Ch. Lea, Histoire de l Inquisition, T. I, p. 20, ]
Ne sont-ce pas là les théories de nos lirtaires et de nos pires anarchistes?
Tandis que leurs groupements très fermés ;issaient dans l'ombre, par les sociétés crêtes, ces loups s'affublaient volontiers I peaux de brebis. Très habiles propaganstes, ils circonvenaient les individus, s'innuaient dans les familles, les réunions, les »rporations, répandaient des livres et des ochures. Ils fondaient des ouvroirs, des eliers pour attirer les ouvriers ; des penonnats, des couvents oii ils offraient graitement l'instruction aux filles des bourîois ruinés, des seigneurs, des hobereaux ins fortune ; ils façonnaient ainsi, sans 'uit, dans ces maisons d'entraînement, intrépides apôtres. Ils s'ingéniaient, pour )nner le change, à mettre en relief les rares 'atiques extérieures du culte catholique l'ils avaient conservées^ : certains rites,
1. Outre cette analogie toute factice qui fait, de cerins usages de la secte, une contrefaçon des praiues catholiques du xiiF siècle, il y avait, entre les tes cathares du Moyen âge et les antiques obser-
28 > L^lNQi^iSimON
quelques fêtes plus populaires^ Noël, ques, la Pentecôte, l'usage du Nouv Testament, une hiérarchie calquée su hiérarchie romaine : des évêques, des très et des diacres, élus lioujonrs parmi Parfaits ^
vanices de la primitive Église, depuis longtemps bliées, une telle ressemblance qu'on croirait à adaptation parfaite. 0n dirait, à lire leurs rituels, le Consolamenlum est calqué sur L'initiaUon. chrétL des catéchumènes, sur la réconciliation des pénit et la consécration épiscopale dés premiers temp^ cette similitude suffirait, s'il en était besoin, s thentiquer la parenté étroite des Cathares avec Manichéens du uv siècle (Gf. J. GirfRAUD, Inltit caîhare, p. 96-149).
1. Sur la doctrine Cathare : Bernard Gur, Prœ inquisiiionis herelice pravilal'is, 4* P. P l'30 et (Douais,. p. 237) ;— J. M. Vidal. Doctrines des den ministres Albigeois (Cf. Revue des Questions historic l^'^Avrii-l^Uuiiletl909); — J. Guiraud, Questions d toireet d'areliéologie chrétiennes, ch. I, II et JII. S. minique, p. 21-25 ; — H. Ch. Lea, Histoire de VInq tion au Moyen' âge, T. I, eh, m ; — SjGRMiDT, His et doctrines de la Secte' des Cathares ou Albigeois LuGHAiRE, Innocent 171 et la Croisade des Albigeois Va<îandard, L'Inquisition, p. 80^- 115 ; — F. Ver Dictionnaire de théologie catholique. Art. Albigeoii Mtgr Douais, 1" Les Albigeois. 2» Hérétiques du C de Toulouse d'après une enquête de 7245 (Cf. Corr pend4i du Congrès scientifique international des es liques. Section Histoire. Padsv 189^, p. 148).
Ils a vaieii^t sans cesse à la bouche le nom
Jésas-Christ, annonçaient une prochaine
Posion de TEsprit-Saint qui régénérerait
monde, et se posaient ainsi moins en
tversaires de l'Eglise qu'en réformateurs.
Pour le menu peuple et pour les paysans,
li n'y regardaient pas de si pvès, rillusion
Bit facile, d'autant plus qu'ils n'avaient
ms les yeux qu'un clergé discrédité el
ms influence.
Jamais ce chancre de l'hérésie n'aurait lordu autant sur cette Société du xi^ siècle,
elle n'avait été déjà profondément enimée.
On était loin encore des beaux jours du [èyen âge. L'Eglise venait de s'arracher, a prix d'une lutte formidable, de l'étreinte 0 Pouvoir civil qui avait failli Tétouffer. •lie sortait fort meurtrie de la crise des avestitures laïques. Grégoire VU et Uràin II avatiènt cùntmeïicé Tœuvre d'as^aiissement; Innocent III, Grégoire IX,lnno-
30 l'inquisit[on
cent IV, ne lavaient pas encore achevée C'est que, en enrichissant FÉglise, a siècles précédents, la féodalité l'avait i servie. Les grasses prébendes fondées f la piété ou la pénitence des ancêtres, ex taient la convoitise des ambitieux ; et n'étaient ni les plus aptes ni les plus v( tueux qui intriguaient davantage. Le Prin réservait évêchés et abbayes à ses favor fils de famille sans vocation, plus préo cupés du bénéfice que de la charge pasl raie. Du haut en bas, la même intrusi< des Seigneurs poussait aux cures des inc pables et des indignes.
Le sel de la terre s'était terribleme affadi !
Triste épiscopat ! Clergé pire encon Brebis galeuses et mauvais bergers ! I IV"^ Concile de Latran est obligé de reco; naître que « la corruption du peuple a i source principale dans le clergé ^ ».
1. Cf. 0. Delarc, Grégoire VII et la réforme de VÉgh au xi« siècle. T. III. — G- Goyau, Les Papes et la cl lisaiion. p. 50. — L. Paulot, Urbain II, Liv. ii, p. 75