I)E LA RENOVATION DE NOS ARTS
dus, parfois de courbes végétales, de légers rameaux, parfois de figures angulaires striées, comme hiéroglyphiques, qui rappellent l’alphabet de certaines langues orientales. Vrai grimoire, en réalité, qu’on ne peut ramener , comparer à aucune forme connue.
Ces étranges caractères, qui attirent fortement l’œil, le ramènent toujours, inquiètent l’esprit, sont très-dignes de cet intérêt. Ce qu’ils disent et expriment dans leurs langues saillantes, c’est la circulation de la vie. Les unes sont les tubes par lesquels l’air passe dans l’aile et la distend pour le vol ; les autres, les petites veinçs où circulent les puissants liquides qui donnent à l’être imperceptible ses couleurs et son énergie.
Les formes les plus charmantes, ce sont les formes vivantes. Tirez-vous une goutte de sang; regardez la au microscope. Cette goutte en s’étendant vous offre une arborescence délicieuse , la finesse , la légèreté qu’ont certains arbres l’hiver, quand ils se révèlent en leur figure vraie et ne sont plus ombrés de feuilles.
Ainsi, l’infinie puissance de beauté qu’a la nature ne se borne pas aux surfaces , comme l’avait cru l’antiquité. Elle ne s’occupe pas de nos yeux; elle travaille pour son œuvre même, non pour le regard. De la surface au dedans, elle va augmentant souvent
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' PAR l’étude de L’INSECTE. 193
la beauté en profondeur. Elle rénd éminemment belles des choses absolument cachées, que la mort seule dévoilera. Parfois, comme pour nous contredire et confondre nos idées , elle fait ravissants de formes des organes qui, selon nous, accomplissent - , de basses fonctions. 3e pense à l’extrême beauté, à la tendre délicatesse de cet arbre de corail qui pompe incessamment lé chyle de nos inteslins.
Pour revenir aux inseetes, la beauté abonde chez eux, au dehors et au dedans. Il n’est nullement nécessaire de fouiller loin pour la retrouver. Prenons un insecte fort peu rare, que je trouve à chaque instant sur le sable de Fontainebleau, dans les endroits bien soleillés. Prenons, non sans précaution, car elle est fort bien armée, la briHante cicindèle. Trèsagréable à l’œil nu, elle apparaît au microscope le * plus riche objet peut-être , le plus varié que l’art puisse étudier. Créatures vraiment surprenantes ! Chaque individu diffère ; tous émaillés , tous parés à l’excès, sans se ressembler. A chacun que l’on peut prendre et étudier à part, ce sont nouvelles découvertes. '
C’est un animal chasseur des autres insectes, trèsardent et très-meurtrier , poüfvu d’armes admirables, ayant devant pour mandibules deux redoutables croissants qui se ferment l’un dans l’autre, transpercent profondément, et de deux côtés, sa
194 DE LA RÉNOVATION DE NOS ARTS proie. Cette nourriture vivante et riche semble peindre la cicindèle de ses merveilleuses couleurs. Tout y est. Sur les ailes, un semis varié d’yeux de paon. Au corselet, des vermicels diversement et doucement nués serpentent sur un fond sombre, Le ventre, les jambes, sont glacés dans des tons si riches qu’aucun émail ne soutiendrait la comparaison ; l’œil à peine en supporte la vivacité. L’étrange, c’est que, près des émaux , vous trouvez les tons mats des fleurs et de l’aile du papillon. A tous ces éléments divers, ajoutez des singularités qu’on croirait de l'art humain, dans les genres orientaux, persan, turc, ou du châle indien , où les couleurs, un peu éteintes, ont pris une basse admirable; le temps, à leur harmonie, a mis peu à peu la sourdine.
Franchement, quoi de semblable ou qui approche de loin, dans nos arts? Combien ils auraient besoin , fatigués qu’ils semblent , alanguis, de reprendre à ces sources vives j
En général, au lieu d’aller directement à la nature, à l’intarissable fontaine de beauté et d’invention, ils ont demandé secours à l’érudition , aux arts d’autrefois, au passé de l’homme.
On a copié les vieux bijoux, parfois ceux des peuples barbares qui les liraient de nos marchands. On a copié les vieilles robe6, les étoffes de nos aïeules. On a copié surtout les vitraux gothiques, dont les