DE LA RÉNOVATION DE NOS ARTS
par l’étude de l’insecte.
Les arts proprement dits, les beaux-arts, profiteraient encore plus que l’industrie de l’étude des insectes. L’orfévre, le lapidaire, feront bien de leur demander des modèles et des leçons. Les insectes mous, les mouches , ont spécialement dans leurs yeux des iris vraiment magiques, près desquels aucun écrin ne soutient la comparaison Ce sont, toujours en passant d’une espèce à l’autre, et même, si je ne me trompe , de l’individu à l’autre, des combinaisons nouvelles. Notez ijue les mouches aux ailes brillantes ne sont pas toujours les plus
190 DE LA RÉNOVATION DE NOS ARTS avantagées du côté des yeux. Prenez la mouche aux chevaux, terne, grise, poudreuse, odieuse, qui ne vit que de sang chaud : son œil, au verre grossissant, offre la féerie étrange d’une mosaïque de pierreries, telle qu’à peine l’eût trouvée tout l’art de Froment- Meurice.
Si vous descendez plus bas, des insectes qui ne vivent pas, comme cette mouche , de matières vivantes, mais de choses mortes, d’ordures et de décompositions, étonnent par la richesse de leurs reflets, que nos émaux devraient tâcher de reproduire. Le bousier, lourd insecte noir à le regarder par le dos, offre au ventre un sombre saphir, comme
on n’en a jamais vu dans la couronne des rois. Et que dire du fils des morts, du scarabée de l’Égypte, vivante émeraude, mais tellement supérieur à cette pierre par la gravité, l’opulence, la magie du reflet î L’imagination est saisie, et l’on ne s’étonne point que ce peuple tendre et pieux , si amoureux de la mort, plein des rêves de l’éternité , lui ait donné pour symbole ce petit miracle animal, jet brûlant de vie sorti du sépulcre. • - ,
Il faut un art de regarder, un choix du jour et des lumières. Ge n’est ni au même jour ni à la même heure qu’on peut observer l’insecte des tropiques et celui de nos climats. Le premier ne doit être vu que par un temps favorable, de ciel pur et de grand
Digiti.- Ey V.,OOglc
PAR L’ÉTUDE DE L’INSECTE, soleil, sous un vif et chaud rayon, analogue à la lumière où il baignait dans son pays. L’autre, parfois nul à la vue, mais déjà plus beau sous le microscope, peut réserver ses grands effets à l’éclairage du soir, à la lumière artificielle. Le hanneton, rude et prosaïque au premier aspect, promet peu. Cependant son aile écailleuse, mise au foyer du microscope, bien éclairée <an dessous du petit miroir, et vue ainsi par transparence , offre une noble étoffe d’hiver, feuille morte, où serpentent des veines d’un très-beau brun. Et le soir, c’est bien autre chQse : plus de brun , la partie jaunâtre de l’écaille a pris le dessus; elle paraît seule à la lumière un or (triste comparaison !), un or étrange, magique, or de paradis^ comme on le rêve pour les murs de la Jérusalem céleste ou pour les vêtements de lumière |que les âmes portent devant Dieu. Soleil plus doux que le soleil, et qui, on ne sait pourquoi, charme et attendrit le cœur.
Mirage étrange!... et qu’aUje dit ! . . . Toute cette fête de lumière, c’était l’aile d’un hanneton [ .
Maintenant il est tel insecte qui ni le jour, ni la nuit, ni à l’œil nu , ni au microscope , n’exciterait d’intérêt; mais, si vous prenez la peine, avec un scalpel patient, délicat, de soulever dans l’épaisseur de son aile écailleuse les feuillets qui la composent, vous trouverez le plus souvent des dessins inatten-