‹ L'inspiration prouvée par ses œuvresChapitre 10 sur 10 · EN A · texte numérisé non relu

EN A

spiritualité des préceptes, pour la sûreté des imterprétations, pour l’équilibre des vérités, pour la pureté de la foi. Et pourtant, qui pourrait méconnaître qu'ils ne sont aux apôtres que ce que sont des disciples imtelligents et fidèles à des maîtres qu'ils n’égalent jamais, et dont nul ne sent mieux qu’'eux-mêmes l'immense supériorité ? Le génie populaire de Luther a ses écarts, la théologie ferme et réglée de Calvm a son esprit de système , la sagesse pratique de Cranmer a ses concessions excessives (dont l’Église d'Angleterre porte aujourd'hui la peine), la modération même d'un Mélanchthon ne suffit pas pour maintenir les proportions des principes, et leur valeur relative, si méconnue dans les disputes des réformateurs, — l'infirmité humame perce de toutes parts, comme pour fare d'autant plus admirer le seul livre qu’elle ne dépare jamais.

Parlera-je d’un temps qui vous est mieux connu, et où les choses que j'ai à dire vous deviendront d’autant plus sensibles que vous avez vécu au milieu d'elles ? Eh bien! je vous le demande, cet auteur que vous avez cherché en vain dans les dix-huit premiers siècles de l'Eglise, le trouverez-vous dans le dixneuvième ? Nommez vos écrivains contemporains favoris : les Vinet, les Rochat, les Neff, les Gonthier, les Krummacher , les Neander, les Olshausen, les Chalmers , les Scott, les Newton, et que dirai-e encore ? En est-il un seul qui vous offre les caractères

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que nous avons relevés dans les Ecritures? un seul que vous puissiez répandre dans le monde avec une confiance comparable à celle avec laquelle vous y répandez les Écritures? et, comme vous formez des sociétés bibliques, formeriez-vous, en faveur de votre auteur favori, une société newtonienne, vinétienne, ou néandrienne ? Et pourquoi pas, si ce n’est parce que vous sentez bien, sans réflexion et de prime abord, que nul ne réunit, comme les prophètes ou les apôtres, toutes les qualités qu’il faudrait réunir pour devenir l’instituteur du genre humain ? que celui-ci manque de popularité, celui-là de profondeur, un troisième d’étendue ? que l’un est individuel jusqu’à l’excentricité, l’autre général jusqu’à leffacement ? qu’un premier a traité trop peu de matières, qu’un second a trop développé celles qu’il a touchées? et que l’on ne trouverait, n1 à choisir entre eux, ni à les grouper ensemble, ce tout à la fois un et varié, général et individuel, populaire et profond, que nous appelons les Écritures ? « Si j'étais emprisonné, me disait un jour le bienheureux Gonthier, et réduit à deux livres à mon chorx, Jean Newton serait l’un ; je n’ai pas besoin de vous dire quel serait l’autre. » Eh bien! cet autre, qui n’a pas besoin d’être nommé, cet autre, qui est le même pour tous, c’est celui qui est inimitable et inimité. L’un a son Newton, l’autre son Vinet, un troisième son Chalmers ; mais chacun a sa Bible, qu'il ne voudrait échanger contre aucun autre, et c’est au degré de ressem-

blance avec cette Bible, trésor commun de tous, qu’il mesure le degré de sympathie qu’il doit à tout le reste.

Mais qu'y a-t-1l donc dans le langage des Écritures qui l’élève au-dessus du langage des auteurs humains de tous les temps, au-dessus de leur imitation même ? Serrons de plus près cette question, et rapprochons-la de nous-mêmes. Vous croyez en Jésus-Christ, et une piété sincère vous anime. Ni les dons naturels, n1 l'étude ou l'exercice, ne vous ont manqué pour apprendre à écrire avec clarté, avec expression, avec grâce. Eh bien! prenez ce que vous avez écrit, ou ce que vous savez écrire, de plus senti, de plus touchant, de plus vrai, de plus samt, et comparez-le avec les Ecritures. Vous n’avez jamais songé à ce rapprochement; la seule pensée vous en étonne, que sais-je ? vous scandalise peut-être; vous ne vous croyez pas plus permis de vous mesurer aux Ecritures pour le langage, qu’il ne le serait de vous mesurer à Jésus- Christ pour la vie, — mais pourquoi ? Cet hommage instinctif rendu à la supériorité inaccessible des Ecritures, est un argument que je pourrais presser dans l'intérêt de ma cause, et qui n’en est que plus fort pour être instinctif; mais Je n’insiste pas là-dessus. Je demande seulement quel est le caractère de cette supériorité des Écritures où vous ne pouvez atteindre. Est-ce le génie, ou les lumières ? Alors, je l’avoue, votre impuissance à les égaler n’aurait rien de plus

inexplicable que votre impuissance à égaler un Racme

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ou un Leibnitz. Mais vous savez bien que la supériorité des Ecritures ne réside pas dans le génie ou dans les lumières, qui ne sont ni le partage commun de tous leurs auteurs, n1 même, chez ceux qui les possèdent, le mérite distinctif de leurs écrits : elle réside dans leur esprit. La supériorité des Écritures est une supériorité spirituelle; le génie créateur de ces pages, c’est le génie du Saint-Esprit; les lumières qui brillent dans ce firmament, ce sont les lumières du Saint- Esprit. Mais, comme le Saint-Esprit est promis à tous, comme la supériorité spirituelle est, entre toutes, la plus accessible à tous, comment se fait-il que vous n’y puissiez prétendre, que vous n’osiez pas même tenter d’y atteindre? Tentez-le toutefois, pour mieux reconnaître encore cette supériorité, et pour avoir de quoi répondre à ceux qui croient l'expliquer en disantqu’elle n’est que spirituelle; aveugles, qui ne voient pas que ce qui la rend le plus ordinaire est précisément, passezmoi le paradoxe, ce qui la rend le plus extraordinalre.

Qu'est-ce qu’un psaume ? ce nom réveille peut-être chez vous le souvenir d’un de ces psaumes favoris, que chacun sait par cœur, où la beauté poétique du langage le dispute à la profondeur des pensées et à l’élévation des sentiments, soit qu’ils peignent les merveilles de la création, comme le CIV, ou qu'ils exposent les prodiges de la grâce, comme le CITE, ou qu'ils rassemblent les unes et les autres dans une seule

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vue, ne cherchant dans le monde visible qu’une magnifique image de l'invisible, comme le XIX? Mais non; laissons là ces chefs-d’œuvre de poésie, où les Racine, les Corneille, les Milton, les Dante, les Klopstock, viennent l’un après l’autre tremper modestement leurs pinceaux, et tenons-nous-en à des psaumes tout unis dont le prix n’est que dans les sentiments exprimés : le LI, confessant les péchés; le XXXIL célébrant le bonheur du pécheur reçu en grâce; le XLIT, soupirant après la présence du Seigneur; le CXXX, le cherchant jusqu'à ce qu'il le trouve : qu'est-ce qu’un de ces psaumes ? C’est le langage tout naturel d’un cœur pénétré de la grâce du Saint-Esprit, et qui répand devant Dieu, quand ce n’est pas dans le sein de Dieu même, la repentance, la foi, adoration, la joie, la vie, la sainte ferveur dont 1l déborde. Il semble que rien ne soit plus simple, et qu’il ne faille, pour en faire autant, que se trouver, avec un cœur’sincèrement religieux, dans un de ces moments qui provoquent l'effusion du sentiment qui le remplit. Eh bien ! vous qui savez écrire, Je devrais dire, vous qui savez prier, essayez, dans une de ces heures de grâce où vous goütez la présence de Dieu et savourez sa communion, essayez de faire un psaume, un seul psaume, un petit psaume, un psaume GXXX, par exemple. Atteignez, si vous le pouvez, à force de recueillement, à cette ferveur; à force de méditation, à cette profondeur; à force de concentration, à cette plénitude ; à force d’hu-

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milité, à cette repentance; à force de foi, à cet abat don ; ajouterai-je, à force d’étude, à cette simplicité? Essayez, vous dis-je; ou, si vous vous défiez trop de vous, tâchez de trouver du moins un psaume, un seul psaume, un petit psaume, un psaume CXXX, parmi ces milliers de prières qui se publient aujourd’hui dans toutes les langues, pour le culte privé, domestique ou public !

Mais un psaume vous paraît quelque chose de si éloigné de vous, même pour la forme, de si antique, de si oriental, que cet essai vous paraît impraticable. Venons à quelque chose de moins antique, de moins oriental, de moins à part. Qu'est-ce qu’une épitre apostolique ? Une épiître, c’est une lettre, et une épitre apostolique, c’est une lettre écrite par un apôtre. Gette lettre peut être adressée à une Église, elle peut l’être aussi à un pasteur, à un simple frère, quel qu’il soit ; elle peut traiter du fond de la foi ou de la vie chrétienne, elle peut se rapporter aussi à un détail de doctrine, de discipline ecclésiastique, de bienfaisance particulière; ce peut être une épître aux Romains, ce peut être aussi une épitre à Timothée, ou bien une épitre à Philémon. Unelettre chrétienne, quoi de plus simple ? et, pour en faire autant,que faut-il autre chose que prendre la plume, écrire à des frères engagés dans l’œuvre du Seigneur, à un ami affligé ou tenté, et répandre sur le papier tout ce qu'une âme en prière peut recevoir, et donner, de lumière, de sainteté, de piété,

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d'amour ? Eh bien! à défaut d’un psaume, essayez de faire une lettre apostolique; je ne dis pas une épitre aux Romains, mais une épitre à Timothée, moins encore, une épitre à Philémon. Cherchez, demandez, pensez, travaillez, corrigez (corriger pour être apostolique !), redoublez vos efforts et vos prières, pour communiquer à ce qui sort de votre plume cette lumière vive et sereme, cette plénitude de vérité, cette unjversalité d'application, cette richesse d’aspects, cette éternité de jeunesse, cette ferveur de sentiment, cette étendue de conception, cet oubli constant du moi, ce pur zèle pour Dieu, cette hauteur de vues, cette profondeur de pensée, tant de chaleur sans exaltation, tant de tranquillité sans froideur, tant de sainteté sans austérité, tant de largeur sans faiblesse, tant d’exactitude sans affectation. Essayez, vous dis-je, — ou si vous désespérez trop de vous, tâchez de trouver du moins une pauvre petite épître apostolique parmi les centaines de lettres chrétiennes, excellentes, exemplaires, dont votre bibliothèque abonde, et s’accroit chaque année, Newton, Neff, Gonthier, et tant d'autres | s

Voulez-vous que nous prenions un exemple plus simple encore? Qu'est-ce qu’un mot biblique, tel que ceux-ci, pris comme au hasard : « Quand je suis faible, « alors je suis fort » ; — « regardant, non aux choses « visibles, mais aux invisibles » ; — « toutes choses « sont à vous, vous à Christ, et Christ à Dieu » ; —

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un jour est comme mille ans, et mille ans comme

« un jour »; — «le juste vivra par la foi»; — « Dieu est amour »; — « nous l’aimons, parce qu'il | « nous à aimés le premier »; — « celui qui hait son « frère est un meurtrier » ; — « soyez les imitateurs « de Dieu, comme ses chers enfants » ; — « toutes

choses te servent » ; — «toutes choses concourent

au bien de ceux qui aiment Dieu; » — « celui qui a « péché sur un seul pont est coupable contre tous »; etc. (je ne cite, vous le voyez, que des mots des apôtres ou des prophètes, laissant à l’écart ceux de Jésus-Christ, en qui l’Esprithabite sans mesure)? Un de ces mots bibliques, qu'est-ce autre chose que l'expression juste, compréhensive et concise d’un sentiment vrai, saint, profond? et pourquoi de tels mots ne viendraient-ils pas sous la plume de quiconque est capable de tels sentiments? Eh bien! trouvez-en de pareils en écrivant (je ne dis pas cherchez-en, car 1l est trop visible qu’un tel langage se trouve sans avoir été cherché), trouvez-en de pareils, et mettez de la sorte tout l’océan dans une goutte d’eau, tout l'Evangile dans une sentence. Ou, si vous vous défiez trop de vous, cherchez si vous en trouverez de comparables chez Les penseurs chrétiens les plus pieux et les plus estimés: un Augustin, un Pascal, un Adam. Par cette comparaison, vous reconnaîtrez aux mots de l’Évangile non-seulement la supériorité d’une vérité plus pleine, mais encore celle d’un langage plus simple. Ailleurs, on sent effort,

l’esprit, la difficulté vaincue, et c’est ce qui charme le plus; dans l’Écriture, rien que le vrai tout pur, le saint tout pur, le céleste tout pur, qui coule de source, trop occupé de sauver les hommes pour s’amuser à les charmer. Quand Augustin a dit : « Dieu est patient, parce qu’il est éternel »; Pascal : « S’il s’abaisse, je l'élève, s’il s'élève, je labaisse, et je le contredis tou- Jours, jusqu’à ce qu'il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible »; Adam : « L'enfer est la vérité vue trop tard », ils ont exprimé de grandes pensées avec autant de concision que de vivacité. Mais ils ont cherché le bien-dire: et, tout en le cherchant, ils l’ont moins bien trouvé que saint Paul ou saint Jean, qui ne le cherchaient pas : « Toutes choses sont à vous », ou « Dieu est amour. »

Non, vous dis-je, le langage de l’Écriture n’a pas son égal sur la terre, ni chez les païens, n1 chez les chrétiens ; ni chez les contemporains, n1 chez la postérité; ni chez vous, ni chez d’autres, quels que soient leurs lumières, leur génie, leur piété même. C’est un parler à part, qu'on peut appeler le parler du ciel, dont le moule semble perdu pour la terre. Les Écritures sont un type unique, sur lequel les paroles humaines ne peuvent prétendre qu’à se régler de leur mieux. Comparaison faite, preuves en main, l’humanité entendue, « toute l'Écriture est divinement in- « spirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour « corriger, et pour instruire selon la justice; afin que

MSN ER « l’homme de Dieu soit accompli, et parfaitement « instruit pour toute bonne œuvre. »

Je crois avoir suffisamment établi, et mis au dessus de toute contestation, ce fait moral affirmé dans mon texte, que l’Écriture sainte possède une utilité pratique, suffisante pour tous les besoins de l’homme intérieur, et à laquelle ne peut prétendre aucun autre

… livre au monde. Ce fait reconnu, reste à savoir com-

ment l'expliquer.

L’Apôtre l'explique par l'inspiration. Ce mot même

est de lui: « Toute l’Écriture est divinement inspi-

« rée », littéralement soufflée de Dieu. Quelle que soit la signification exacte de ce mot, difficile à définir, nous pouvons affirmer qu'il signifie tout au moins que les auteurs de l’Écriture ont été placés sous une influence spéciale de l'Esprit de Dieu, à laquelle leurs écrits ont participé. Si l’Apôtre constate cette influence spéciale du Saint-Esprit, sous le nom d’inspiration, et si je la constate à mon tour aujourd'hui; si nous ne nous bornons pas à dire que toute l’Écriture est utile, et si nous tenons à ajouter qu’elle est inspirée, ce n’est pas seulement pour l'intérêt qu'il peut y avoir à rendre compte de l'utilité que nous avons reconnue à l'Écriture ; c’est encore, et surtout, pour placer cette utilité sous la garantie de cette inspiration même. Lorsque, après avoir senti l'utilité des Ecritures, j'aurai appris à en chercher la cause dans une inspiration divine, Je

reviendrai à ces Écritures avec une confiance accrue, qui accroîtra à son tour leur utilité avec leur influence.

L’explication que donne saint Paul de l’utilité des Écritures ne lui est pas particulière. Elle est partagée par les prophètes, qui se donnent partout pour les en-

voyés de Dieu, et pour ses organes. Elle est partagée

par les apôtres, qui parlent comme ayant reçu une

mission spéciale de Jésus-Christ, qui doit faire rece-

voir leur parole comme la sienne ‘. Elle est partagée .

par Jésus-Christ, qui, de principe comme de fait, re-

connaît l'inspiration des prophètes ?, et garantit celle.

des apôtres *

réformateurs, par la tradition de l’Église universelle, et par celle des Églises protestantes en particulier, qui toutes traitent l’Écriture comme un livre à part, qu’une influence spéciale de l’Esprit-Saint à revêtu d’une vertu et d’une autorité divines. L'instinct des peuples sur ce point se révèle jusque dans les noms qu’ils ont donnés à l’Écriture : la Bible (c’est-à-dire le livre), les livres saints, les auteurs sacrés, etc.

Il était réservé à une époque qui remet tout en question, et pour qui toute idée reçue est une idée suspecte, de s’élever contre cette tradition antique, sortie de lÉcriture elle-même. L’inspiration divine des Écritures est niée et combattue, sous le nom même que saint Paul lui a donné dans mon texte, la fhéo-

1 1 Thess. IT, 13, etc. — ? Matth., XXII, 23-46, etc, — * Matth. À, 19,

avr ele:

. Elle est partagée par les Pères, par les.

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UE à

pneustie, je ne dis pas par des adversaires de la foi chrétienne, qu'y aurait-t-il à de nouveau? mais par des hommes croyants, pieux, aimant Jésus-Christ comme leur Sauveur et l’adorant comme « Dieu ma- « nifesté en chair. » Pour ces hommes, pour ces frères, les apôtres (je ne sais si je dois dire aussi les prophètes, on ne s’en est pas, que je sache, clairement expliqué), ont été des organes choisis de Dieu pour transmettre au monde les révélations de Jésus-Christ, mais livrés pour les lui transmettre aux lumières com munes du Saint-Esprit, sans autre avantage sur le premier disciple venu de Jésus-Christ que ceux d'une position historique plus favorable, placés qu'ils ont été à la source vivante des révélations, et d’une piété personnelle plus grande, remplis qu’ils ont été de foi et du Saint-Esprit. Théorie imprudente, qui conduit en se jouant la foi jusqu'aux confins de l’incrédulité, en attendant que la faible barrière qui l’en sépare encore soit franchie par la génération qui nous suit!

Ce n’est pas que tout soit à reprendre dans la théorie nouvelle, ni surtout dans les sentiments qui lui ont donné naissance. Il y avait quelque chose à moditier dans la doctrine du réveil sur l’inspiration, pour la rendre plus conforme à celle des réformateurs, et des apôtres eux-mêmes. On aurait pu réclamer, avec mesure, contre une certaine manière de présenter l’inspiration, qui, en forçant l'élément divin au préjudice de l’élément humain, offre le double inconvénient de

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désintéresser l’apôtre dans ce qu'il écrit, et de détourner au profit d’un livre des sentiments qui ne sont dus qu'à Dieu. On aurait pu faire remarquer que linspiration, consistant moms dans la possession d’un esprit à part que dans une mesure plus abondante de l’esprit commun, à quelque chose de plus humain, de plus personnel, de plus spirituel, en un mot, qu’on n’a coutume de le penser. On aurait pu faire cela, et l'auditeur attentif aura bien reconnu, dans le discours qu'il vient d'entendre, le besoin de faire appel largement à l’action du Saint-Esprit dans la personne . de lPauteur mspiré. Tout cela n’a trait qu’à la conception de l’inspiration, et ne porte aucune atteinte à l’imspiration définie ainsi que Je la définissais tantôt: une influence spéciale de l'Esprit de Dieu sur les apôtres, à laquelle leurs écrits ont participé. Mais rejeter l’inspiration en soi, c’est se mettre dans l'impossibilité d'expliquer le fait moral rappelé par l’Apôtre, et démontré par ce discours; car, comment lexpliquer, sans l'inspiration ?

On essaye de l’expliquer par la position historique des apôtres, et par leur piété personnelle. Mais ni l’une ni l’autre de ces raisons ne saurait Jamais rendre compte du fait en question, je veux dire de l’utiité spéciale, unique, surhumaine, que nous avons re- ” connue à l’Écriture.

La position historique ? C’est un avantage, à quelques égards, je l'avoue, d’avoir été contemporain du

christianisme naissant, du Christ lui-même, pour puiser l'Évangile dans sa source pure, avant qu’elle eût été altérée par les imaginations sans nombre que le monde y a mêlées. Mais cet avantage ne saurait jamais expliquer la supériorité incontestable de l’Écriture sur tous les autres livres, même chrétiens. Quand l'expérience ne le prouverait pas, dans le peu qui nous reste des Pères apostoliques, qui ont presque touché aux temps de Jésus-Christ, le bon sens tout seul suffirait à nous en convaincre. Car enfin, qui pourrait imaginer que quiconque a contemplé la naissance du christianisme serait capable de l’exposer comme ont fait les apôtres ? Et pour m’en tenir à ce qui tient de plus près à la position historique, qui pourrait imaginer que pour reproduire seulement l’image de Jésus-Christ avec la fidèle simplicité d’un saint Luc ou d’un saint Matthieu, ce serait assez de lavoir vu et entendu? Autant dire, et plutôt dire, que pour pouvoir écrire les Commentaires de César, il suffirait d’avoir servi dans son armée |

La piété personnelle ? La piété personnelle, la communion avec Dieu, la ferveur de la prière, « peut beaucoup, » je le dis avec saint Jacques; elle peut beaucoup plus que, dans notre faible foi et notre fidélité imparfaite, nous ne saurions nous le figurer. Mais prétendre expliquer par cette piété seule le phénomène moral qui fixe en ce moment notre attention, c’est une étrange préoccupation, pour me servir d’une expression radoucie. Car d’abord, rien ne prouve que

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les apôtres l’aient emporté en piété personnelle sur tout le reste de la chrétienté. N'est-ce pas pour prévenir chez eux une pensée si dangereuse pour leur piété même, puisqu'elle le serait pour leur humilité, que Jésus, répondant à cette question de Simon-Pierre : « Pour nous, nous avons tout quitté, et nous t’avons « suivi, que nous arrivera-t-1l ? » — s’empresse de jomdre à la promesse des douze trônes réservés aux douze apôtres, cet avertissement salutaire : « Mais des « premiers seront des derniers, et des derniers des « premiers‘ ? » Et puis, la piété personnelle, j'en appelle à une expérience de tous les jours, la piété personnelle est-elle donc une mesure exacte, soit de la lumière que le chrétien possède, soit surtout de son aptitude pour la communiquer aux autres? Depuis quand la piété personnelle garantit-elle la clarté des enseignements, leur profondeur, leur étendue, leur variété, leur équilibre, leur concision, leur plénitude, leur constance, leur maturité, et tout ce qui caractérise le langage des Écritures ? Une seule remarque suffirait pour faire justice d’une pareille explication. Nous avons vu tantôt Jésus fortifié contre la tentation par la parole de Moïse : ce serait donc, dans l’hypothèse que je combats, la piété personnelle de Moïse qui serait venue en aide à la sainteté du Saint des saints ? Au surplus, la piété personnelle des apôtres, pour grande qu’elle soit, n’a pas atteint à la perfection :

1 Matth. XIX, 30.

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comment done aurait-elle suffi pour leur suggérer des leçons parfaites? Pour prononcer le discours de la montagne, Jésus n'avait, je le veux, qu’à puiser dans son homme intérieur, saint Comme Dieu même : mais saint Paul, encore sujet à linfirmité humaine, où aurait-il trouvé dans son homme intérieur les trois derniers chapitres de son Épitre aux Éphésiens, non moins saints que les discours de son Maître ? Mais je m'amuse à prouver l'évidence : la piété personnelle des apôtres n’explique pas plus l’utilité surhumaine de leurs éerits, que la sainteté personnelle de Jésus n’explique ses miracles ou son incarnation !

Ce terrain n’est pas tenable pour les dénégateurs de l'inspiration des Écritures. Aussi finissent-ils par se rabattre sur les révélations spéciales dont les auteurs | sacrés ont Joui; ils en ont Jour, comme apôtres, non comme auteurs, mais elles n’ont pu ne pas se faire sentir dans ce qu’ils disaient et dans ce qu'ils éerivaient. Nos frères ne nient pas la révélation, n1 ques les apôtres en fussent les organes; et comme tels, ils ont eu part à des secours et à des lumières qui expliquent leur supériorité.

Sur ce point, il importe de bien s'entendre. Ces se- Cours, ces lumières, ces révélations particulières du Saint-Esprit dont les apôtres ont jour, et dont ils ont été les organes, quel genre d'influence ont-ils exercé sur ce qu’ils écrivaient? Était-ce une influence naturelle de connaissance seulement? ou bien, était-ce

— "" — une influence surnaturelle, quoique indirecte, de ce même Esprit divin qui se révélait à eux? S1 c'était seulement une mfluence de connaissance, rien n’est expliqué; car cette connaissance, devenant, après que les apôtres avaient parlé,.le partage de quiconque les avait entendus, devait rendre le premier venu d’entre eux capable de parler et d’écrire comme les apôtres ; ce qui est, nous l’avons vu, en opposition manifeste avec les faits. Que s’il s’agit d’une influence surnaturelle du même Esprit qui se révélait à eux, la supériorité de leurs écrits est expliquée, je le reconnais; mais cette influence spéciale que les révélations surnaturelles reçues par les apôtres exercent sur leurs - écrits, qu'est-ce autre chose que ce que nous appelons, avec saint Paul, l'inspiration? De telle sorte que de deux choses l’une : ou l’on n’explique pas, ou l’on explique comme nous, au nom près, que l’on fera aussi bien d’accepter comme nous des mains de l’Apôtre, d'autant qu’il éxprime fort bien l’une des conséquences, ou, si vous l’aimez mieux, l’une des espèces de la révélation du Saint-Esprit aux apôtres, ses organes. Quoi qu’il en soit, les apôtres, mis à part par le Saint- Esprit, ont agi comme des hommes à part, parlé comme des hommes à part, écrit comme des hommes à part. La révélation surnaturelle qui était en eux a exercé sur, leurs écrits, comme sur tout le reste, une influence spéciale, qui a traduit, en écrivant, leur révélation en inspiration. Les auteurs sacrés n’ont pas joui seule-

À à 1 — 76 LAS

ment d’une plus grande mesure du secours que nous

partageons tous avec eux; ; ils ont joui d’un genre de

secours auquel nous: ne participons pas tous, et dont ne nous mettraient en possession n] la position historique la plus: favorable, ni la piété personnelle la plus haute, ni les lumières | les plus abondantes de la vérité révélée. Mais, au fond, pourquoi s’est-on jeté dans la théorie qui nie l’inspiration ? C’est, je n’hésite pas à l’affirmer, pour échapper à certaines difficultés rationnelles dont on trouvait la doctrine de l’inspiration embarrassée. Par difficultés rationnelles, je n’entends pas ces dif

ficultés critiques, que J'ai écartées dès le début de ce:

discours. La difficulté critique, celle qui s’attache à la

rs

question de savoir ce qui est Écriture, outre qu’elle co, N

vient médiocrement à la chaire chrétienne, ne touche

pas d’ailleurs au fond de Pinspiration. Si Je suis en +

doute sur l'interprétation d’un texte, sur l’authenticité

d’un livre, sur l'intégrité d’un passage, jen serai

quitte pour suspendre mon jugement sur ce point, attendant que mon incertitude se dissipe, si elle ‘doit se dissiper. La vraie difficulté est la difficulté dogmatique, qui porte sur la question de savoir ce qu’est l'Écriture. La difficulté critique n’existant pas, un endroit étant donné dont ni interprétation, ni l'authenticité, n1 l’in-

atégrité ne soit douteuse, qu'est-ce qui caractérise une

telle Écriture, et qui la distingue d’avec un endroit d’un

autre livre? Eh bien ! même réduite à cette expression * dogmatique et essentielle, l'inspiration offre de grandes

"à L d ON, sn MERS 0 ni? g.

difficultés, peut-être des difficultés insolubles, dans

notre condition actuelle. Je le reconnais sans détours ;

et je suis rprét à en dire autant de la doctrine à Pins carnation. C’est avec intention, et #" suivant “un

exemple qui m "est donné

ce rapprochement entre l'inspiration et l° incarnation à

un rapport profond les rattache l’une ar autre. Cat: Pispiration, où nous trouyons la parole de Dieu dans

la parole de l’homme, est une sorte d’incarnation du langage, comme Jésus-Christ, en qui nous trouvons Dieu dans l’homme, est l’incarnation de la vie. Dès lors, que, l’on ne puisse concevoir comment, dans l’inspiration, la parole de Dieu reste toute divine et la Fe de l’homme toute humaine; comment c’est

de 4 aussi certainement Dieu qui parle dans un Moïse ou

. ! dansun saint Paul que si sa voix sortait. du ciel sans

ki.

sntermédiaire humain, et comment tout ensemble c’est aussi véritablement et aussi naturellement Moïse et Ésaie que c’est moi qui vous parle dans ce moment, Moïse et Ésaie avec leur tempérament individuel de COrPS, d’ esprit et d'âme, dirai-je avec leurs infirmités personnelles ? — j’admets la difficulté tout entière, et ne me flatte pas de la résoudre, même pour moi-même, — à peu près comme je me reconnais incapable d'expliquer comment, en Jésus-Christ, Fils de Dieu, c’est-

: par l'Écriture, ‘que J’'é établis.

à-dire Dieu, Fils de l’homme, c’est-à-dire home

le Christ, vrai Dieu, qui a créé le monde, qui est élevé au-dessus des cieux, qui commande à la nature en-

à sms deu | die, ct uni à Jésus, vrai homme, aussi i réellement et aussi siicèrement homme que. je le suis moi qui VOUS

parle en ce moment. * "

Je ne me dissimule donc pas les difficultés, dison: mieux, car il n dy en a qu’ tag: la difficulté de l'inspi- ‘ration. Mais voici ce que je dis, ce que j'ai le droit ‘ de dire, en terminant un discours où j'ai montré, B.; des faits, l’utilité des Écritures, leur utilité spéciale, leur utilité unique, leur utilité divine : difficulté n’est

. pas doute. Cette difficulté, fût-elle plus grande qu’elle n’est, ne saurait ébranler un fait établi et démontré. J’existe, composé d’un corps et d’un esprit; vous avez beau ne pouvoir expliquer de quelle façon mon corps S “unit à mon esprit, je n’en suis pas moins là, Corps pet esprit; vous voyez mon corps, et vous entendez mon esprit, dont l’un ne pourrait ici vous parler”sans l’autre ; si vous ne pouvez rendre compte de moi, votre impossibilité est votre infirmité, elle ne supprime pas

mon étre, ni ne compromet mon existence. Jésu US= * Christ est là aussi, dans le tableau que les franges nous ont peint de sa vie; il est là « saint, innocent, sé- . paré des pécheurs, élevé au-dessus des cieux; » 1l est là Fils de l'homme, et pourtant Fils de Dieu, Fils F de Dieu, et pourtant Fils de l’homme, se révélant et se Fe ie par lui-même ; et toutes les difficultés, toutes ” les impossibilités, physiques ou morales, de l’incarna- # tion, viennent se heurter et se briser contre le fait ‘évangélique, historique, palpable à la fois pour l'homme

LE | | Li

extérieur et pour l'homme intérieure | Eh in il en ! us est de même pouril'Ébritures Elle cest là aussi, OUR de ‘inexplicable que vous la juger, elle est à :

là, no par”

quelques b hommes, luë par tous, et démontrant sas di- + k | vine inspiration “comme à l'œil par e bien qu’ell À # à au monde "et dans le cours, de F ‘histoi re, et sous. . & ur et dans 1 nos CŒUrS ; utile entre les livres utiles. # Ne: sainte entre les saints, au reste, se vañtant d’ une 7 #

# gine divine, et ne vous laissant de choix qu tube cette P origine, et une imposture, trop impossible # à concilier L '

< avec tant de sainteté; livre à part, et qui fait sentir ’ combien 1l est à part en effet, non-seulement dans les hommages qui lui sont rendus par ceux qui se rangent FT à. lawérité de mon texte, mais encore Hi les efforts L' # ‘inouïs auxquels sont réduitséceux qui s en éloignént, forcés. qu'ils sont d’avouer qu'ils ne doivent: pourtant

qu'à Jui latconnaissance de Jésus-Christ ( qu’ils confes- “ __ Sent avec nous et rassemblant autour de ce petit livre, * # |«& n me en un siége contre une ville imprenable,s tot » .- ce que 1 l'univers peut fournir d’ intelligence, de lumière, d: de piété,» pour constater que ce n’est pas un: livre à : part. Eh bien ! cette utilité des ARUE cette utilité .

M anuire; entendez-vous , suc the qui “" de,

comme un fait avéré et ou présent, qu'aucune difficulté ne saurait diminuer, saint Paul l'explique : LA : ds sg: une inspiration divine ; où plutôt, car c’est à peine

une explication, il y reconnait, il y confesse une in, “à

spiration divine; Confession à laquelle 1l Rut vous joins» €

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Mod 42. | | ht * dre, sous peme de vous jeta ans s une we culté plus | |

#" PE LE ar fs 20 . grande que. celle à quelle ‘4 tâchez St :

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” fn “traire, x “HE s +. à À v à ".& pourquoi ty soustraire, salé le? Estäil ve GE se ‘< il y ait du ny re “com- * ; . munications d lu Dieu saint et de ee d'hoôfhme PES

“faillible et pécheur?. Est-il done si étrange pue ous. + # ayonsià marcher par loi et on par la vue ! ne |

Le y garde! on PA “beducoup de piété personie À # s'éleyant contre linspiration des Écritures; et sp

permis de demander si la piété personnelle est gardée «

à dans, des attaques où l'Écriture est. traitée souvent

avec peu de respect, que dis-je ? où la personnëmême -

. « de Jésus-Christ n'est pas toujours à Pabri, |

is - doutes poreux du moins d'imprudentstar AN,

sements.….. Disciple fidèle, reçois instruction. Sache

” dire: Je ne sais pas, là où tu ne Sais pas: Ris | ps la part de réserve qui lui est due; mais quan

usfond, — l'inspiration divine des Ecritures : À:

A te. + point troubler par « une science fau sen

1 « RE née! lsQue cette inspiration S6it mise. ‘ de cause, eomme un fait patent et incontestable, et +

le peuple de Dieu Puisse retourner en paix à cat ain a)

be à dr et à cetté eau pure, pour apaiser c #4 im 4

# « sa”soif ! :

à L' dé s. re + à | see ‘M LA » % é:: né : % je 4 é sud de + À +# F É8 à L | ji te

BS480 .M75 L'inspiration prouvee par ses oeuvres

Princeton Theological Seminary-Speer Library

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