RARE VUS
rapproché des sources, encore toutes pures, de la vérité révélée, aura été plus que balancé par certains désavantages tenant à l’époque, aux circonstances, à l'éducation, au milieu, que sais-je? et que ce qu'ils n’ont pas su faire, d’autres mieux placés l’auront pu. Eh bien ! voicile monde chrétien tout entier ouvert pour vous; le voici, comblé de tous les dons de l'esprit et du cœur, réunissant toutes les ressources de la science à toutes celles de la piété, ayant eu dix-huit cents années pour méditer, pour prier, et pour interroger les Écritures*elles-mêmes : cherchez-y un auteur, un seul, qui ait égalé les Écritures, ou qui en ait seulement approché.
Le trouverez-vous, cet auteur, parmi les Apocryphes du Nouveau Testament? Ces Évangiles apocryphes, dont la philosophie incrédule du siècle dernier a fait un usage ou si ignorant, ou si perfide, si ce n’est l’un et l’autre à la fois, savez-vous ce que c’est? Ne comptez pas sur moi pour vous l’apprendre ici. Malgré l’intention chrétienne de ces romans étranges dont les plus anciens remontent au deuxième siècle, malgré . quelques pages édifiantes et quelques belles 1maginations, Je ne pourrais vous les faire connaître en détail sans provoquer tantôt votre pitié par leur mauvais goût, tantôt votre hilarité par leur bizarrerie, tantôt même votre indignation ou votre dégoût par leur immoralité. Si, en passant des apôtres aux Pères apostoliques on se sent tombé de la vérité et de la
sainteté divines, disais-je, dans la faillibilité et l’infirmité humaines, il faut avouer qu’en passant des Évangiles canoniques aux Évangiles apocryphes, on se sent tombé du terrain de l’histoire la plus sainte qui fut jamais, sur celui de je ne sais quelle mythologie chrétienne, vaporeuse, ridicule, parfois impie; et en voyant ce que les romanciers de Jésus-Christ ont fait de sa personne, tout en pensant la relever, vous apprécierez ce qu’il a fallu de grâce à ses historiens, pour reproduire, sans l’embellir ni le gâter, ce qu’ils avaient « vu, entendu, touché, de la Parole de vie. »
Vous ne le trouverez pas non plus, cet auteur, parmi les Péres de l'Église, qui, du second siècle au quatrième, ont jeté un si bienfaisant éclat sur leur génération par leurs travaux apostoliques, et sur les générations subséquentes par leurs pieux écrits. Les Irénée, les Justin, les Origène, les Tertullien, les Jérôme, les Chrysostôme, ont été sans contredit autant de lumières que l'Esprit de Dieu a suscitées pour éclairer la terre et pour conduire des milliers d’âmes à Jésus- Christ. Mais leur génie, leur piété même, n’a pu ni les préserver d'erreur, tantôt de doctrine, tantôt de morale; ni apprendre aux meilleurs cette mesure et cet équilibre que les auteurs du Nouveau Testament ont sl constamment gardés; ni faire autre chose de leurs livres que des témoignages savants, éloquents, fidèles, qui nous instruisent et nous édifient, mais à la condition, plus nécessaire ici qu'ailleurs, de les contrôler toujours
ns ee par les Écritures divines, seule école sûre, et toujours égale à elle-même, de la vérité divine.
Vous le trouverez moins encore chez les Péres du moyen âge, qui ont brillé, au sein des ténèbres séculaires de leur époque, comme des astres servant de lumière dans la nuit. Les Hilaire de Poitiers, les Bernard de Clairvaux, les Anselme de Cantorbéry, les Thomas À Kempis, ont rendu à l'humanité et à l’Église des services immenses, inappréciables. Mais ils ont subi leur siècle, tandis que les apôtres domimaient le leur; et ils n’ont pas su se séparer tellement des erreurs et des superstitions au milieu desquelles ils vivaient qu'elles n’aient, en quelque mesure, parfois même en grande mesure, entraîné leur doctrine, et aussi faussé leur obéissance ; témoin saint Bernard, dans ses rapports avec la persécution des prétendus hérétiques, et avec les commencements des croisades. Il n’y a pas jusqu’à ce beau livre de l’Imitation de Jésus-Christ, pur et sant héritage d’un temps si obscur et si mélangé, qui ne présente dans cette intelligence profonde et spirituelle de la vie chrétienne dont il est pénétré, de graves lacunes, pour dire le moins, et les marques sensibles d’une dogmatique au moins effacée, dont l’Éeriture seule sait se tenir toujours exempte.
Vous ne le trouverez pas même parmi les Réformateurs. Rien, jusqu’à Luther, Mélanchthon, Calvin, Cranmer, non, rien n'avait approché d'aussi près des auteurs sacrés pour la netteté des doctrines, pour Îa