‹ L'instinct (volume 2)Chapitre 18 sur 72 · LE PRINCIPE DE L’INSTINCT ET LE PRINCIPE DE LA VIE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE L’INSTINCT ET LE PRINCIPE DE LA VIE

C'est une chose bien démontrée, que dans la sensibilité dite intellectuelle ou morale, la vivacité et surtout (dans le sens où l’entendait Platon) la pureté du plaisir, sont en raison de l’activité que l’ilme déploie , soit que la vivacité de ses efforts triomphe de tout obstable, soit qu’une force exercée et doublée par l’habitude rende l’effort môme inutile et assure à toutes les facultés de l'individu un facile et libre développement. La loi n’est pas différente pour les plaisirs qu’on nomme les plaisirs physiques et que nous partageons dans une large mesure avec les bétes.

Les actions dans lesquelles nous nous sentons le plus heureux d’exister ne sont-elles pas celles où notre force physique peut, en se déployant, s’accroître et s’affermir, où elle s’atteste à ellemême sa propre énergie en se multipliant dans le temps et dans l’espace? Sans doute nous hésitons bien souvent à sortir de notre inaction. C’est qu’une suspension trop prolongée de notre activité nous a comme engourdis, et que l’effort destiné à recueillir et à rappeler à nous toutes nos forces nous est devenu trop pénible. Si nous trouvons dans le repos un vrai plaisir, c’est que notre force étant bornée, le moment est venu assez vite où nous avons senti que nous approchions de la limite. Nous nous sommes donc arrêtés à temps; jouissant encore du sentiment de notre énergie déployée ,

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heureux de pouvoir prévenir un épuisement pénible, nous acceptons ce repos réparateur, où nous sentons nos forces physiques se reconstituer. Bientôt le moment revient où, affermies, ces forces aspirent à s’exercer de nouveau. Alors le repos nous ferait souffrir; car une force non exercée s'affaiblit et tend à disparaître, en produisant dans Vôtre tout entier un vide , un affaissement de toutes les énergies et par là un malaise douloureux.

Le plaisir qu'on éprouve à satisfaire sa faim n'at-il pas la môme origine? L’action môme de la vie produisant dans toutes les parties du corps une déperdition incessante, les sources de notre activité se tarissent : bientôt nos organes épuisés refusent tout service. C’est alors que le travail de la digestion et de l'assimilation des aliments nous fait sentir partout le retour de la vie, mettant à notre disposition des organes plus vigoureux et plus dociles. De là une variété croissante de sensations agréables qui , éveillant tour à tour chacun de nos sens, provoquent et encouragent notre activité à se manifester sous toutes ses formes.

C’est qu’en effet cette activité plus apparente à laquelle nous nous livrons dans nos actions extérieures suppose un grand nombre d’activités élémentaires diffuses dans le corps tout entier et qui, à un moment donné, se trouvent résumées dans un acte unique où , fortifiées l’une par l'autre , el-

les reçoivent une direction commune. Parmi ces activités élémentaires , il en est qui se dérobent à nos yeux. 11 en est d'autres qu'il est facile de constater; or, on peut déjà aisément se convaincre que dans celles-ci nous ne voyons jamais aller l’une sans l'autre l’activité suspendue et l’insensibilité, l’activité contrariée et la douleur, l'activité libre et facile et la jouissance.

Quand est-ce que l'oreille est insensible? Quand aucune vibration sonore ne l’ébranle et que ces cordes intérieures, qui font d’elle un véritable instrument de musique, demeurent dans l’immobilité. Quand jouit-elle? Quand son activité, provoquée par un son, se continue sans obstacles, en étant frappée par des sons qui se suivent et s’appellent; car, on le sait, un son n'est musical qu'autant qu’il vient combler un désidéral um de l’oreille. Exciter el satisfaire tout d'un coup cette espèce d’avidité, ce n’est pas encore nous donner ce qu'on peut appeler les jouissances de la musique; car il faut que notre intelligence apprenne à retrouver ses propres lois dans la liaison de ces phénomènes cl à distinguer en eux l’expression des passions humaines; mais en attendant, c'est éveiller en nous une activité spéciale, c’est-à-dire une des mille formes de la vie : cela suflit pour nous procurer un plaisir. Enfin, quand est-ce que souffre notre oreille? C’est quand ce désidératum, loin

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d’étre satisfait , n'cst qu’irrité par des sons qui ne sont point d'accord : car alors l’activité de l’organe ne peut se mouvoir en liberté , pour ainsi dire, au milieu de sons qui s’écoulent malaisément, s’entrechoquant et se contrariant les uns les autres.

Nous pourrions prouver aisément que le goftt et l’odorat, l’œil lui-méme, sont placés dans des conditions identiques. Mais si nous voulons voir plus clairement encore comment cette activité physiologique, plus ou moins sollicitée, puis tourmentée ou satisfaite par les stimulations des agents physiques, engendre le plaisir et la douleur, examinons la nature des affections produites sur la sensibilité générale par l'action de la force calorifique. C’est cette force, disent les physiciens, qui, par une suite ininterrompue d’actions et de réactions, établit entre tous les corps une sorte de lien révélateur; et nous pouvons trouver en elle comme le type de ces mouvements qui , selon le degré de leur intensité et le mode d’activité physiologique qu’ils provoquent , font naître les sensations diverses qui nous affectent.

On sait que la sensation dite de chaleur n’a lieu qu’à la condition d’un conllit entre la température extérieure et la nôtre, et que les vibrations qui produisent la chaleur tendent à s’équilibrer d’un corps à l’autre. En d’autres termes, les mouvements

exécutés par nos organes dans l'accomplissement des fonctions vitales engendrent en nous un certain degré de chaleur. Quand nous ne sentons pas la température ambiante, c’est qu’elle est en équilibre avec la nôtre. Quand nous la sentons, c’est que cet équilibre est seulement en voie de se réaliser, soit à notre détriment, soit à notre profit ; et c’est ainsi que la prolongation d’un état de température qui nous a primitivement affectés peut nous habituer peu à peu, c’est-à-dire nous rendre peu à peu presque insensibles à cet état môme, une fois que l’équilibre est établi.

Les sensations du chaud et du froid supposent donc autre chose qu'une impression et qu’un état purement passif. Elles attestent une activité intime, animant toutes les parties de l’organisme, et dont les mouvements se rencontrent dans certaines conditions avec les mouvements qui émanent des forces étrangères. Or , si le chaud et le froid ne sont que des cas particuliers de ce conflit qui existe entre le jeu des fonctions de la vie et les conditions extérieures, qui ne voit que cette loi peut être étendue à toutes les sensations en général, et que la sensibilité n’est qu’un des états particuliers de l’activité ?

De plus, quand la sensation n’est pas encore ou quand elle a cessé d’être claire et distincte, ce n’est pas que cette activité elle-même ait cessé

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d'agir : c'est simplement que le rapport qui existe entre elle et les circonstances de son développement est changé. En un mot, la sensibilité marque un moment , une phase particulière dans l'expansion d’une activité, dans l’évolution d’une force; et cette forcqdoil être conçue comme agissant déjà lorsque l'action du dehors vient provoquer la sensation.

Allons maintenant plus avant. Quand la sensation accompagnée de conscience a disparu, faut-il croire que toute sensibilité ait cessé? Non. 11 reste encore ce que Maine de Biran appelait les modes affectifs, impressions qui, sans être senties chacune à part et distinctement, contribuent à produire par leur opposition ou leur accord une sensation claire et distincte- Ge sont ces différents modes que Leibnitz comparait si heureusement aux innombrables petits bruits imperceptibles dont se compose le bruit de la vague. Ce sont eux qui, sans lien encore, constituent l'obscure sensibilité de l’enfant quand il s'agite dans le sein de sa mère. Ce sont eux enfin, qu’unesublile analyse pourrait retrouver au fond de nos sympathies et de nos antipathies, de nos défaillances, de nos dégoûts, de nos indéfinissables malaises, toutes choses qui exercent une influence si connue sur le cours de nos idées et sur la nature de nos rêves. Quel que soit le nom qu'on donne à cet état, il est certain qu’il con-

court à produire l’état sensitif et qu’il n'existe entre les deux qu'une différence de proportion et de degré.

« Chaque jour, » dit Bichat, « l'inflammation, en exaltant dans une partie la sensibilité organique, la transforme en sensibilité animale. Les cartilages, les membranes séreuses qui, dans l’état ordinaire, n’ont que l'obscur sentiment nécessaire à leur nutrition, se pénètrent alors d’une sensibilité animale souvent plus vive que celle des organes auxquels elle est naturelle. Pourquoi? Parce que le propre de l’inflammation est d’accumuler les forces dans une partie, et que cette accumulation suffit pour changer le mode de la sensibilité organique, qui ne diffère de l’animale que par sa moindre proportion. » La sensation peut donc se décomposer, elle aussi, en un certain nombre de sensations élémentaires. Il y a dans les parties les plus intimes du corps humain, du corps animal, une sorte de sensibilité dont nous pouvons suivre jusqu'à un certain point l'affaiblissement graduel et l’insensible décroissance, mais de telle sorte qu'il suffit toujours d’un léger changement de conditions pour que son existence nous soit clairement révélée. S’il en est ainsi, et si d'autre part la sensibilité n’est qu’un mode de l'activité, ne devons-nous pas conclure que cette obscure sensibilité, partout diffuse, atteste l'action incessante d'une force

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également diffuse et agissant dans l'organisme tout entier?

L’existence de ces activités élémentaires u’estelle pas d'ailleurs une des vérités les mieux établies de la physiologie? Quand je meus mon bras, combien de forces cachées l'énergie que je déploie visiblement ne suppose-t-elle pas? Circulation du sang, respiration, innervation... voilà, outre le concours des sens proprement dits, autant de formes de la vie, autant de vies distinctes, quoique étroitement unies et associées, qui s’exercent dans tous mes tissus et par lesquelles l'exercice de mon activité locomotrice est possible. Leibnitz, comparant les corps vivants aux machines construites par les hommes, dit que la machine vivante est infiniment supérieure à toutes les autres, en ce que chacune de ses parties, la décompos;\t-ou à l'infini, constitue elle-même un mécanisme. La physiologie contemporaine complète et éclaircit cette belle conception, en nous montrant que la vie n’est pas en quelque sorte logée dans un point spécial du corps. Ainsi, chaque portion de nos tissus respire et exécute ce travail de combustion qui contribue à entretenir en elle et autour d’elle la chaleur et la vie. Accomplissons-nous avec effort une action qui mette toutes nos forces en mouvement? Une fatigue générale et la nécessité d’une réfection viendra bientôt nous montrer ce que nos forces ont donné.

Mais alors môme que nous garderions un repos apparent, assis, couchés, endormis, ces forces, toujours disponibles pour notre volonté, n’en agissent pas moins dans chacun de nos muscles; la dépense d’énergie, pour être moindre, sera toujours assez réelle et aura besoin d’être partout réparée. Maintenant, que toutes ces actions* particulières s’exercent dans des conditions normales, se soutenant et se pondérant les unes les autres, nous n’entendrons crier aucun des ressorts de la machine; nous n’éprouverons que cette sensation confuse, indice d’une vie qui travaille calme et silencieuse. Qu’une de ces forces partielles rencontre un obstacle; qu’elle soit obligée de lutter contre lui par un effort qui, de proche en proche, dérange l'équilibre de la machine, c’est alors qu’une sensation douloureuse vient attester l'énergie de cette activité partout présente. Dans les deux cas, qu’il y ait harmonie ou qu'il y ait trouble dans les fonctions vitales, du moment où notre Ame sent agréablement le premier état, désagréablement le second, c’est qu'elle est intéressée à ces fonctions, c’est qu’elle y participe, c’est qu’elle en assure, par sa participation môme, la solidarité, l’unité. Il n’y a donc point d’un côté un principe qui meuve et de l’autre un principe qui sente. La réalité du nisus formativus et par suite l'identité de l'âme et du principe de la vie, si elle n’est pas directement, immédiatement

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révélée par la conscience, n’en est pas moins, sur les données mêmes de la conscience, prouvée par l’induction et l'analyse.

Et, en effet, si la sensation claire et distincte est bien réellement nôtre, comment les affections qui concourent à la former ne seraient-elles pas nôtres aussi? Si cette activité complexe est nôtre, comment les activités élémentaires qu’elle résume ne seraient-elles pas nôtres également?... Et si nous jouissons ou souffrons, lorsque le mouvement de ces forces d’abord latentes s'accuse et atteint un certain degré, n'esl-ce point que ces forces nous appartiennent, et font partie des puissances diverses qui constituent, comme on l'a si bien dit, notre complexe individualité?

Ce n’est pas à dire assurément que tous les phénomènes physiques ou chimiques qui se passent en nous nous appartiennent : non. La vie n’est pas l’électricité; elle n’est pas l’endosmose et l’exosmose, elle n’est pas la combustion, elle n'est pas l’affinité moléculaire. Ces phénomènes ne sont que la matière de la vie, et la vie est, à proprement parler, l’ordre qui leur est imposé, pour la construction et la conservation d’un être à la fois mulple et un, destiné à s’entretenir à l’aide et aux dépens du monde extérieur.

11 n’en est pas moins vrai que c’est notre propre énergie, celle de notre âme, agissant dans des

conditions particulières, qui crée et entretient la vie, tout en laissant subsister avec tout ou partie de ses lois propres la matière qu’elle organise. Comment croire que nous puissions sentir quelque chose qui non-seulement ne soit pas nous, mais qui soit encore étranger à nous, au point où les mécanistes le prétendent (1)? Comment admettre, sans aggraver jusqu’à l’absurde le mystère de l’union de l’ânie et du corps, que cette force dont le plaisir et la douleur nous attestent clairement l’activité, mais qui, nous l’avons vu, préexiste à la sensation dont il est affecté, soit demeurée un seul instant inerte et stérile? Comment croire que cette force, unie si étroitement à l’organisme, ait fait une brusque apparition au sein d'un assemblage soumis à l’action exclusive d'autres forces ou se développant par la seule vertu des éléments inférieurs dont il est fait? Par où comprendrait- on alors qu’il pût tout d’un coup s’associer à des principes étrangers,

(1) Objectera-t-on que nous sentons la lumière et que pourtant nous ne sommes pour rien dans la production de la lumière ? Mais on sait très-bien que ce que nous sentons, ce n’est pas , à proprement parler, la lumière entendue comme agent physique, c’est la vibration produite sur notre nerf par cet agent. L’agent extérieur n'est qu’un stimulus, et ce qui produit vraiment la sensation lumineuse est l’activité de notre organe provoquée par ce stimulus. Il faut en dire autant de toutes les autres sensations.

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souffrir de la façon dont ils opèrent, et les soumettre eux-mêmes instantanément à son action?

Dans l’homme donc, et par conséquent dans l'animal (puisque l'homme, par son corps, fait partie de l’animalité), nous pouvons dire en un sens, avec Mïiller, que la cause de l'instinct et de l’activité qui se manifeste au dehors « paraît être la même que celle qui fait naître l'animal et réalise son organisation d'après des lois éternelles. » En d’autres termes, cette force que la sensibilité déterminé à agir sous la forme de l’instinct est aussi pour nous le principe même de la vie et le primum movens de l’organisme.

Les phénomènes de la sensibilité pourraient encore nous attester que cette force est une et simple, si la seule notion de force n’emportait pas nécessairement les deux autres. En effet, toute sensation peut se décomposer en un nombre souvent prodigieux d'impressions, et les récents travaux sur la physiologie de la musique nous ont donné de ce fait les plus curieux exemples. Le microscope a découvert récemment trois mille petites fibres qui sont les terminaisons des filaments du nerf acoustique. Or, les impressions résultant des vibrations de ces fibres viennent se fondre en une sensation susceptible d’être analysée, mais une cependant. Si la sensibilité introduit l’unité dans ces multiples impressions, c’est que l’être qui sent

est un lui-même et par conséquent immatériel.

Toute obscurité sans doute n’est pas levée pour nous. Comment, toute spontanée au début, cette force est-elle immédiatement liée à certaines conditions provenant du composé qu’elle a formé? Comment ces conditions s’imposent-elles à tous les phénomènes des corps vivants? Et tandis que tous ces phénomènes s’enchaînent mécaniquement les uns les autres, le premier moteur ne peut-il pas être conçu comme étant lui-même en dehors et au dessus du mécanisme? Ces questions ne sont pas de notre compétence; elles dépassent le cadre de cet ouvrage, et d’ailleurs il n'est pas necessaire de les avoir résolues pour que les inductions qui précèdent restent acquises. Nous sommes partis de certains faits, nous avons étendu peu à peu le cercle de nos affirmations, jusqu’à ce que l’inconnu se soit dressé devant nous. Les hypothèses que nous pourrions ajouter maintenant ne pourraient en rien modifier le résultat auquel nous sommes parvenus, à savoir, qu’il y a dans l'organisme proprement dit une activité rendue manifeste par le plaisir et la douleur; que cette activité, qui s'exerce en dedans sur les phénomènes de la vie, est la même que celle qui s'exerce au dehors par la locomotion et par l’action; en définitive, que le premier principe, soit de la volonté soit de l’instinct, se confond avec le principe de la vie. Nous

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n’avons qu'à revenir un peu sur nos pas et à nous rappeler comment l’organisme une fois formé, le jeu de ses différentes parties fait jouir et souffrir, puis détermine à tel ou tel mode d’activité extérieure la force qui l’anime.

Observons toutefois que si l’action instinctive et l’action vitale émanent en dernière analyse d’un principe unique, il faut bien se garder d'assimiler l’un à l’autre ces deux modes d’une même activité, ces deux manifestations d’une même force. Nous le verrons plus tard, l’activité volontaire se distingue de l’activité instinctive par l’intervention de la conscience, de la réflexion, du raisonnement, qui s’ajoutent à la pure tendance à jouir de soi, la gouvernent, la rectifient, la compriment au besoin. De même, la pure activité vitale ne devient instinctive que si l’organisme auquel elle préside est complet; alors ce sont de nouvelles destinées qui commencent pour elle, parce que de nouvelles conditions la déterminent Encore une fois, nous ne pouvons pas plus confondre l’activité instinctive et l’activité vitale, malgré l’identité du principe dont elles dépendent, que nous ne pourrons identifier la volonté libre à l’instinct, quoique la volonté libre puisse très-bien être conçue comme l’instinct éclairé par la conscience et par la science. Pour employer les termes de l’école, ontologiquement l’instinct et la vie sont même chose; mais

psychologiquement ils diffèrent, et ils doivent être distingués. Les habiles défenseurs de l'animisme(l) n’ont peut-être pas évité cette confusion; car c’est jusqu’à présent l’un de leurs arguments familiers que de comparer à l’aveugle, mais infaillible instinct de l'abeille ou du castor, l’obscur travail exécuté par le principe de la vie. Mais le mode d’activité qui préside à la création de l’organisme est si peu l’instinct lui-même, que l'instinct suppose précisément l’organisme déjà formé, et que c’est du fonctionnement des organes que partent les impulsions auxquelles nous devons, comme on l’a vu, rattacher les actes instinctifs.

(1) M. Tissot, M. Bouillier.

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