‹ L'instinct (volume 2)Chapitre 38 sur 72 · LA LIBERTÉ MORALE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ MORALE

s'ouvrent à un peuple ou à une race, sont toujours variés : les directions dans lesquelles peut s'engager une masse d’hommes sont multiples. Mais plus le champ des observations s’élargit, plus les causes accidentelles s’évanouissent ; les chances de déviation diminuent en conséquence, et les causes universelles , c’est-à-dire rationnelles , pèsent d’autant sur les destinées sociales. Les hommes qui ont véritablement agi sur leurs siècles (1) sont ceux qui pouvaient servir de types à leur époque et qui résumaient en eux les aspirations et la raison de leurs contemporains. Quant à la généralité des hommes, ne croyons pas qu’elle suive toujours comme un vil troupeau. Elle continue elle-même sa marche, indifférente pour ceux qui viennent trop tôt ou trop tard, et brisant un jour ou l’autre l’œuvre des grands hommes eux-mêmes, s'ils ont voulu placer leur égoïsme ou leur orgueil en travers de la raison commune et du progrès. Donc les progrès soutenus et nécessaires du genre humain sont le résultat de la raison et par conséquent de la liberté.

Mais lorsqu’on descend de ces hauteurs et qu’on

(1) Nous disons : Ceux qui ont agi sur leurs socles, mais non pas nécessairement tous les grands hommes. Il est des grands hommes qui, trop supérieurs à leur époque , n'ont agi que par la postérité et sur l’humanité en général.

BT LKS LOIS SOCIOLOGIQUES.

cherche quelques-unes des lois particulières du système social, il semble toujours que la croyance à la liberté humaine ne puisse tenir contre les révélations de la statistique. « Les naissances, dit-on, les mariages paraissent n’être soumis à aucune règle qui permette d’en calculer d’avance le nombre , et cependant les tables annuelles témoignent que tout cela obéit à des lois constantes. » Aux yeux de maint savant , de pareils arguments suffisent pour ébranler le libre arbitre. La faute en est sans doute à celle vieille et insoutenable conception de la liberté d'indifférence. On se figure toujours le libre arbitre comme une force essentiellement changeante. On croit qu’il se détruirait lui-mème, s'il s’astreignait à une suite logique et continue dans les actions. On n’est dispose à croire en lui que s'il réussit à briser en mille endroits la trame des lois régulières qui constituent l’ordre social. On ne s'aperçoit pas que ce dernier privilège ne saurait être que le plus bas degré de la liberté. On ne voit pas que, s’il y a en somme constance et régularité dans la nature humaine, c’est justement parce que l’homme étant raisonnable et libre, on peut être certain qu’il triomphera finalement des causes perturbatrices capable d'entraver un instant la marche du progrès. Les lois principales que la statistique a constatées sont donc plutôt l’expression de la liberté humaine ainsi comprise que le produit de

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