ET LES LOIS SOCIOLOGIQUES
ressources , en cas d’interruption de profit ou de cherté de vivres. L’uniforrnité du nombre des décès montre qu’il n’y a pas de cause de misère imprévue et de ces fléaux dévastateurs que l’hygiène publique et particulière doivent atténuer. L’uniformilédes mariages et des naissances se lie à celle des décès. La régularité dans la répression des crimes est la preuve d’une bonne justice, celle des recettes du trésor d’une bonne administration et d’une prospérité publique bien établie. La statistique peut donc nous fournir des données précises sur la civilisation relative des peuples (1). »
On voit quelles sont ces données et quelles ins ductions nous pouvons légitimement en tirer. A l’état d’ignorance et de barbarie, l’homme est esclave des influences de toute nature qui agissent sur ses facultés physiques , mentales ou affectives. Son organisation ne le contraint pas , comme l’animal, à un genre de vie bien arrêté. S’il n’avait reçu en partage que des sens plus nombreux , une imagination plus vive et une mémoire plus étendue, ces dons ne feraient que le rendre plus accessible à des tentations multipliées et plus facile à égarer. Que de changements dans la conduite d’un enfant ou d’un adolescent livré à lui-même! Que de con-
(t) Alph. de Candolte, Bibliothèque universelle de Genève, cité par Quételet.
LA L1UKHTÙ MORAL!-.
tradictions dans la vie des peuples sauvages! Que de brusques revirements, que de stériles agitations, soit dans la littérature soit dans les institutions politiques d’une nation, quand celle-ci n’a pas encore conscience de son génie propre, quand elle ne voit pas clairement ce que, dans le cas présent tout au moins , exigent ses besoins et permettent ses aptitudes ! D’autre part , cependant , il est certain que ces fluctuations seraient en nous, comme dans tous les êtres de l'univers, soumises à des phases et à des limites déterminées. Mais elle ne subiraient point de variations ; car tout est réglé dans la nature , et rien ne prouve que depuis l’origine du monde ses lois aient jamais varié. L’homme resterait donc stationnaire comme les animaux et les plantes, et nous trouverions en lui ce double phénomène : 1° il subirait sans cesse des oscillations considérables; 2° il tournerait toujours dans le même cercle , et ne ferait probablement aucun progrès. Or, dans l’homme civilisé ou qui travaille à se civiliser de plus en plus, c’est-à-dire dans l'homme vrai, nous trouvons deux tendances tout opposées : 1° tendance à diminuer le nombre et l’intensité de ces fluctuations; 2° tendance à l’amélioration et au progrès. Au fur et à mesure que l’homme, prenant conscience de lui-même, résiste aux influences du dehors, il se développe plus librement; alors se fixe et se détermine le type de ce qu’on peut appe-