CT LES LUIS SOCIOLOGIQUES
traire , dans ce sens qu’il resserre les limites entre lesquelles se manifestent les variations de nos différents penchants.
» L’énergie avec laquelle notre libre arbitre tend à paralyser les effets des causes accidentelles est en quelque sorte en rapport avec l’énergie de notre raison. Quelles que soient les circonstances dans lesquelles il se trouve, le sage ne s’écarte que peu de lelat moyen dans le lequel il croit devoir se resserrer. Ce n’est que chez les hommes entièrement abandonnés à la fougue de leurs passions qu'on voit ces transitions brusques , fidèles reflets de toutes les causes extérieures qui agissent sur eux.
» Ainsi donc, le libre arbitre, bien loin de porter obstacle à la production régulière des phénomènes sociaux , la favorise au contraire. Un peuple qui ne serait formé que de sages offrirait annuellement le retour le plus constant des mêmes faits. Ceci peut expliquer ce qui semblerait d’abord un paradoxe, c’est-à-dire que les phénomènes sociaux influencés par le libre arbitre de l'homme, procèdent, d'année en année, avec plus de régularité que les phénomènes purement influencés par des causes matérielles et fortuites (1). »
Un autre savant des plus compétents, rendant compte de l’ouvrage de Quételet, remarquait, à l’ap-
(l) Quételet, Ou système social, p. 95, 9'.).
450 LA L1HERTÈ MORALE
pui de cetle théorie , que cette constance augmente d'autant plus que la civilisation travaille davantage à affranchir l’homme des fatalités naturelles. « En voyant les calculs de M. Quételet , » disait-il , « nous sommes toujours plus convaincus d’une vérité; c’est que, pour toutes les choses où la volonté de l’homme a de linfluence, les variations sont d’autant plus faibles que le pays est plus civilisé, en sorte que la grandeur des variations est un moyen d’apprécier la véritable civilisation d’un peuple. En voici quelques exemples :
•.) L’uniformité dans le prix des denrées suppose un état de choses assez perfectionné pour que les produits de l’agriculture ne varient pas beaucoup d’une année à l'autre. Dans une ferme bien dirigée, les cultures sont assez nombreuses et assez bien choisies pour que l’abondance de l’un des produits supplée à la rareté de l'autre. 11 faut aussi pour que les prix s’égalisent, que les moyens de transports soient faciles et que les cultivateurs ou les spéculateurs aient assez d’aisance, de liberté, de sécurité, pour garder en magasin, lorsque les prix sont bas, afin de vendre lorsque la cherté se fait sentir. L’uniformité dans le taux des salaires suppose une certaine stabilité dans les entreprises commerciales, peu de faillites, peu de spéculations aventureuses. Cela suppose aussi que les maîtres et les ouvriers ont assez de prévoyance pour s’étre préparé des