‹ L'instinctChapitre 20 sur 51 · CONTRADICTIONS APPARENTES · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS APPARENTES

minutieux les éleveurs choisissent leurs étalons , suivant les qualités qu'ils veulent retrouver, maintenues ou augmentées, dans leurs produits. Les poulains provenant de pères et mères bien dressés naissent souvent avec une aptitude marquée aux services dû manège. Des éc\iycrs ont même proposé de n’admettre à la reproduction , pour entretenir leurs écuries, que des sujets déjà exercés dans les cirques. Ce qui semble acquis , c'est que dans chaque race il faut s’attacher à prendre pour étalons ceux qui ont donné, des preuves de leur aptitude aux différents travaux que leur conformation permet d’exiger d eux. L’art de traîner avec sûreté la charrue sur les crêtes des rochers, au bord des précipices, est aussi un caractère héréditaire (1).

Les instincts du chien courant et ceux du chien d’arrêt, qui s’excluent les uns les autres, ne peuvent évidemment avoir été les uns et les autres les instincts originaires de l’espèce. On sait que le chien, tel que nous l’avons auprès de nous, est tout entier notre oeuvre, alïermie par l’hérédité. C’est avec nous qu’il a appris à arrêter, à aboyer. Nous créons des races où, non-seulement le sauvetage, mais tel mode particulier de sauvetage est héréditaire (2).

(1) P. Luc.ns, 1. .VJ7 ; II, m.

(i) Tous ti's auteurs qui se sont ocoujiés de ces questions

RAMENÉES A LA MÊME LOI

Si enfin l’appétit pour tel ou tel gibier se transmet par la génération, la crainte de certains ennemis, la crainte de l'homme, par exemple, se transmet également (1).

Mais jamais ces faits ne sont aussi curieux que dans les croisements. Tantôt l'un des petits a les caractères du père ; un autre , de la môme portée , a ceux de la mère. Tantôt le môme individu présente en lui les caractères bien distincts et bien tranchés des deux races (2).

citent Kniffht qui, p.ir toute une vie rlV'tufles, .n seientifiqiiement justiliÊ jusque dans les moimli'es diM.ails le proverbe si connu : bon chien chasse de r.ice. Il prenait si‘s précautions pour que les jeunes chiens menés pour la première fois à la chasse ne pussent être en rien dirigés ou entraînés par leurs aînés. Ci-pendant . dès le premier jour, de ces débutants que nul n’avait pu instruire , l’un demeurait tremblant d’anxiété , les yeux fixes, les muscles tendus , devant les perdrix (|ue ses pières avaient été élevés A arrêter ; un autre, conduit à la recherche des bécasses , ne si' mettait en quête que sur des terrains non gelés, comme eût pu le faire le vieux chien le plus habitué à cette chasse spéciale ; un troisième, dont les ancêtres avaient été dix'ssés à faire la chasse aux putois, donnait les signes d’une violente coli're A la seule odeur de cet animal , qu’il ne voyait même ]ias, tandis que ses compagnons , de races diflérentes , ne manifestaient aucune émotion *.

(1) Darwin, De la variation, 1, p. 22.

(2) Le porc a un goût très-prononcé pour l’orge ; le sanglier le dédaigne et se nourrit d’herbes et de feuilles : on a vu des

•Darwin. — Lucas. — De Qnalrelsgea , Rapport. — Cf. Itoalin, Mémoire, p Oi.

CONTRAUICTIU.VS APPAREXTES

(( Du reste, » dit M. Darwin, « les instincts domestiques, ainsi altérés par le croisement, ressemblent eu cela aux instincts sauvages qui se mélangent de la même manière; de sorte que pendant une longue suite de générations, la variété croisée montre les traces héréditaires des instincts différents qu’elle tient des deux souches dont elle provient (1). »

Il est donc impossible de ne pas accepter que la plupart des pencliauts et des aptitudes caractéristiques des différentes races n’ont d'autre origine que l’hérédité des habitudes acquises par les premiers |)arents, et que les facultés et a|)tiludes reçues de l'éducation sont héréditaires comme les aptitudes et les facultés originelles elles-mêmes (2).

Enfin , il faut bien acquiescer à cette déclaration (le M. Darwin : « On ne saurait trouver aucune différence entre ces divers actes héréditaires et

croisonu-nts ilo la tniio (lomPsti(|UP ot du sanglipr naître des i>otiLs qui avaient tes uns l’aversion de l’orge eoinmc te sanglier , les autres le goût do forge eoniuie le poi-c. Un seul eroiseiiieiit avec un lévrier adonné A toute une famille de chiens de hergi'r une disposition marquée A chasser tes lièvi-es (Lucas , 1. 388. 5'J7. II. m. 480).

(1) ü.tnvin, Df l'oriijiiir d:s eqp'rr.ï, j). ‘265.

(•2) Il ne s’agit sans doute que des aptitud(‘s durables engendré-es par des modifications organiques, non des actions fortuites eldestours d'adresse que le hasard ou ta ruse dcriiomiiie fait accomi>lir aux animaux en trompant leurs instincts.

RAMENÉES A LA MÊME LOI

ceux qu’accomplit le pur instinct à l’état sauvage. Chacun d’eux est accompli sans le secours de l’expérience, par les jeunes individus comme par les vieux , à peu près par tous de la môme manière , et par tous avec passion. Bien plus, tous paraissent les accomplir sans avoir l’intelligence de leur fin; car le jeune chien ne sait pas plus qu’il arrête pour aider son maître que le papillon blanc ne sait pourquoi il dépose ses oeufs sur les feuilles de chou. De tels actes sont donc bien évidemment instinctifs (1). »

A notre tour, que concluons-nous de tous ces faits? 11 existe , il est vrai , de nombreuses modifications dans les instincts d’une môme espèce. Tantôt un attrait particulier, momentanément senti par l’animal , qu’une circonstance quelconque a placé dans un milieu accidentel, détermine chez lui des actions fortuites, mais qui ont d’ailleurs tous les caractères de ses actions accoutumées. Tantôt ces actions, accidentelles d’abord, sont souvent répétées, elles plient peu à peu les organes à ce mode nouveau d’aciivité : c’est l’instinct primitif qui s’étend, s’altère, se perfectionne ou diminue; mais nous ne sortons pas en définitive du domaine propre de l’instinct. D’autres fois enfin, ce sont des organes que des causes extérieures inconnues de

(1) Darwin, De l'origine des espèces, p. 205,

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