‹ L'instinctChapitre 19 sur 51 · IK‘2 CUNTRADICTIO.NS APPARENTES · texte numérisé non relu

IK‘2 CUNTRADICTIO.NS APPARENTES

instincts qui s’affaiblissent ou se perdent par une suite de générations inactives se développent et se renforcent par une suite de générations actives ( I). )) M. Charles Martins a reconnu, à Montpellier, qu'il fallait trois générations d’élevage en plein air pour que le ver à soie reprît la faculté de voler.

Ce pouvoir de riiérédité suffit bien souvent à conserver dans certaines espèces des tendances et des mouvements dont nous ne comprenons plus rutilité. Les circonstances nouvelles n’excitent plus le même besoin ni le même attrait que les circonstances d’autrefois ; mais si le besoin primitif n’existe plus, il en est un autre qui s’est peu à peu dévelo|)pé et fortifié ; c’est le besoin des actes eux-mémes dont l’organisme a pris l’habitude. Si donc rien dans l'état nouveau de l'animal n'y met un obstacle positif, chaque génération se transmet la même a|)titude et le même penchant. Dans ce cas, les instincts paraissent au |)remier abord inexj)licables ; ni l’organisme ni le milieu ne les commandent, pourrait-on dire. Cela est vrai, en un certain sens, des repré.sentants actuels de l’espèce. C’est pourtant sous l’action des causes ordinaires que ces instincts se sont primitivement développés et que l’organisme s’y est plié; l’hérédité seule a fait le reste.

(t) Kloiirons.

HAMEXÉKS A LA Mf.JlE LOI.

(I Nous avons des raisons, » dit M. Darwin, « pour admettre une conservation assez durable d'habitudes primitives, môme après une domestication prolongée. Ainsi, nous voyons comme trace de la vie originelle de l'àne dans le désert, la forte répugnance qu’il éprouve à traverser le plus petit courant d’eau et le plaisir avec lequel il se roule dans la poussière. Le chameau, qui est cependant domestiqué depuis longtemps, éprouve la même répugnance à traverser des ruisseaux. Les jeunes porcs , quoique bien apprivoisés , se tapissent lorsqu’ils sont effrayés, et cherchent ainsi ii se dissimuler même sur une jilace nue et découverte. Les Jeunes dindons et môme les poulets, lorsque la poule donne le signal du danger, se sauvent et cherchent à se cacher, comme font les jeunes perdrix et faisans, pour que la mère puisse prendre son vol, ce qu’à l’état domestique elle n’est pas capable de faire. Le canard musqué , dans son pays, perche souvent et niche sur les arbres, et DOS canards musqués domestiques, quoique trèsindolents, aiment à se percher sur les murs, les granges, etc.; et si on les laisse libres de passer la nuit dans les poulaillers, les canes vont volontiers percher à côté des poules ; mais le canard mâle est trop lourd pour y monter facilement. Nous savons que quoique abondamment et régulièrement nourri, le chien enfouit souvent, comme le renard,

CONTRADICTIONS API'ARBNTElv

la nourriture dont il n’a pas besoin; nous le voyons encore tourner longtemps sur Iui-m6me sur un tapis , comme pour fouler l'herbe à la place où il veut se coucher; enfin, il gratte avec les pieds de derrière le pavé, comme pour recouvrir et cacher ses excréments... etc. (1). »

Ainsi échappe à notre science une quantité considérable d’instincts perpétués par l’hérédité à travers des circonstances nouvelles qui nous les font paraître inutiles et par conséquent inexplicables. Si nous pouvions remonter de génération en génération, nous retrouverions, n’en doutons pas, les causes que nous avens analysées.

Mais il est des faits particuliers d'hérédité qui méritent d’ètrc examinés à part et en eux-mèmes. Car si l’on peut affirmer comme indiscutable que tout ce qui se transmet par I hérédité a une cause matérielle et organique, ces faits devront nécessairement jeter sur la question qui nous occupe un jour nouveau et plus éclatant.

On sait combien d’observations signalent dans l’espèce humaine l’hérédité des gestes, de l’attitude et de la démarche. La pureté, l’éclat, l’étendue de la voix, les qualités et les défauts de l’intonation,

(t) Uarwin, De la variation dri animaux et des plantes, I, IV, M. Uoulin doiiiiu une exjilication tout à fait idontique du certains instincts du babiroussa.

RAMENÉES A LA MÊME LUI. 1R5

le antipathies les plus bizarres pour des saveurs ou des odeurs, tous ces détails peuvent se transmettre des pères et mères aux enfants , et il n’est pour ainsi dire aucune qualité, aucun défaut de nos sens qui ne puissent être héréditaires. Les mêmes faits se retrouvent chez l’animal , mais sur une plus large échelle et bien plus significatifs encore. Grâce aux mutuelles appropriations de toutes les parties de l’organisme, la moindre modification qu’elles reçoivent agit directement sur les habitudes et les instincts. De plus, nous ne trouvons pas chez lui toutes ces causes dont les effets font souvent croire dans l’espèce humaine à une transmission héréditaire au moins douteuse ; influence de l’éducation et des souvenirs, milieu moral analogue, contagion de l’exemple, affection et admiration mutuelles portant à limitation, etc. Voilà autant de faits qui ont disparu dans les animaux, et dont l’absence rend plus décisifs les faits d'hérédité que nous pouvons observer sur eux.

Comme les qualités, les moindres vices du mouvement se transmettent dans les produits d’un animal. Les tics sont héréditaires tout aussi bien que l'aptitude au trait ou à la course. Aussi les hommes compétents recommandent-ils de choisir avec discernement le mâle et la femelle, et de ne point accoupler, par exemple, une jument de selle avec un cheval de charrette; et l’on sait avec quels soins

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