‹ L'instinctChapitre 32 sur 51 · I.’t.NBTIXCT KT l’iXTELLIOENCB HUMAINE · texte numérisé non relu

I.’t.NBTIXCT KT l’iXTELLIOENCB HUMAINE

bissant l’action des phénomènes extérieurs. Qui dit idée dit effort de l’esprit pour distinguer l’objet qui l’a frappé. Nous n’avons l’idée d’un objet qu’à la condition de le distinguer au moins d’un second objet. Je sais que l’usage est de reconnaître des idées confuses et des idées distinctes. Mais le sens de ces mots est ici tout relatif. Comme nos idées sont susceptibles d’une analyse indéfinie, chacune d'elles en contient virtuellement un grand nombre d'autres que nous découvrons peu à peu. Mais celles-ci ne parviennent vraiment à l’état d’idées que lorsqu’elles sont assez distinctes pour se séparer de la notion complexe dont nous réussissons à les tirer. Elles se distinguent alors de l’idée qui les contenait, comme cette dernière se distinguait déjà d’autres idées plus ou moins complexes elles-mêmes. Si donc toute idée suppose nécessairement distinction, l’acte de l'esprit qui connaît les choses ne peut jamais acquérir une idée unique et isolée. Il eu acquiert toujours au moins deux à la fois, qui lui sont intelligibles l’une par l'autre, et entre lesquelles il perçoit nécessairement certains rapports. Voilà pourquoi il est reconnu que l’opération fondamentale de l’intelligence est le jugement, et pourquoi le jugement suppose toujours en action ces deux opérations de l’esprit qu’on aurait tort de regarder comme indépendantes l'une de l’autre : l'analyse et la synthèse.

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L’esprit peut-il distinguer deux choses sans trouver entre elles certains rapports? Evidemment non. Peut-il embrasser deux termes dans un acte unique sans les distinguer au moins par quelque côté? Pas davantage; car s’il les réunit, s'il les perçoit (perdpit), c’est précisément en vertu du rapport qu’il a trouvé entre eux. Toute analyse se résume donc on une synthèse : toute synthèse suppose une analyse. Si superficielle et si sommaire que puisse être cette dernière, elle se fait nécessairement par l’esprit; elle est l’esprit lui-même agissant et opérant. Cette double opération porte d’abord sur un petit nombre d’objets. Elle s’étend et se complique de plus en plus; mais, dès le début, dans les moindres jugements que porte l'homme sur les couleurs, les dimensions, les distances et sur les simples propriétés des choses, elle est visible. Par elle, le principe spirituel se place en dehors et au-dessus des sensations, à propos desquelles il construit, par sa propre vertu, des jugements et des idées.

C’est répéter exactement la même vérité sous une autre forme que de faire remarquer, avec M. Chevreul , le rôle de l’abstraction dans la formation de nos connaissances. Par quoi connaissons-nous les choses? Par leurs propriétés, c’est à-dire par les actions qu’elles exercent sur les organes extérieurs de nos sens, le toucher, la vue, l’ouïe, le goût et l’odorat , sur nos organes internes et enfin sur eux-

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mêmes, à dislance de noire corps, dans les impulsions, allraclions, elc. Ne connaissanl les choses que par leurs propriétés , nous ne pouvons les définir que par elles. « Mais qu’esl-ce qu’une propriété relalivemenl à un corps, à une chose, à un objet, à un être? C’est une abstraction, puisqu’elle coexiste à d’autres propriétés dans ce corps, dans celle chose, dans cet objet, dans cet être, et que pour le bien connaître , il faut l'isoler en la considérant par un acte de l’espi it à l'exclusion de toutes les autres et qu’ainsi isolée elle est devenue une abstraction. En ce sens, on dira avec assurance que nous ne connaissons que par des abstractions ce qui est concret , comme un corps, une chose, un être. En résumé, nous ne connaissons donc la matière, les corps que par des propriétés. Ces propriétés sont des faits. Et chaque propriété étant une partie d'un ensemble de propriétés possédées par la matière ou par le corps, une propriété est un fait, et un fait précis ou une abstraction précise bien définie. En un mol , les faits sont des abstractions (1). » Le savant chimiste réfute donc trèspcrtinemmenl cette opinion vulgaire qui croit que la connaissance du concret dérive immédiatement de la sensation. Non. Le concret ne nous est donné

(I) Histoire des coiinais'^anres chimiques, torao 1. p, 13. 14. lü; 23:,-24ü.

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que par l'abstrait, c’est-à-dire par des propriétés que la pensée en sépare : et la part de la pensée est immense dans le premier acte de l’esprit pour connaître un objet concret quelconque.

Et maintenant, reportons-nous pour un instant à l’animal. Est-ce que tous ces phénomènes du monde extérieur n’aboutissent pas à lui ou ne se passent pas devant lui? Est-ce que plusieurs espèces tout au moins n'ont pas les mômes sens que nous? Matériellement, cela peut être. Mais cela même nous prouve que la différence qui sépare l’homme de l’animal ne gît pas dans les organes. L’animal n’a pas d’abstractions à faire, parce que la nature l’intéresse à un petit nombre de choses qui agissent sur lui d'une façon sfiéciale et auxquelles son mécanisme physiologique est tout entier préadapté. Dans l’homme , l’équilibre plus parfait des sens , l’universalité de leurs aptitudes et leur indifférence native pour telle ou telle impression prise à part, tout cela suflirait pour nous expliquer comment est si grande, dans le premier acte de l’esprit, la part de l’analyse , du Jugement, et par conséquent de l’attention, c’est-à-dire de la libre activité de l’intelligence.

Un être qui n’a point décomposé en abstractions les objets qui s’offrent à lui peut- il instituer entre ces objets une vraie comparaison? Non. Chacun de ceux qui affectent sa sensibilité la déterminent

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