‹ L'instinctChapitre 35 sur 51 · I.A LIBERTE MORALE ET LES LOIS SOCIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

I.A LIBERTE MORALE ET LES LOIS SOCIOLOGIQUES

Les lois des phénomènes sociaux, telles que les constate aujourd'hui la statistique, supposent la liberté morale. — Ces lois tendent à devenir d'autant plus régulières et constantes que la volonté humaine. éclairée par la raison, réussit mieux k se diriger par ellemême et à neutraliser les effets des forces naturelles.

Le libre arbitre de l’homme s’accommode donc parfaitement de la loi du déterminisme et de la loi du progrès. Pour mieux dire, il les suppose l'une et l'autre ; car voici précisément les deux conditions de la liberté : 1° il faut que l’esprit se détermine en vue d’une fin qui ne peut être qu’une perfection petite ou grande, c’est-à-dire eu égard à l’état dont l’individu a actuellement conscience, un progrès au moins partiel; il faut que l’esprit organise luimême la série des moyens qui doivent le conduire à cette fin, et il mettra d’autant plus de rigueur dans l’ordonnance des moyens , que dans la poursuite de son bien il sera plus maître de lui-même ,

La liderté morale et les lois sociolooiques. 4ot moins troublé par des impulsions étrangères. Sans doute, l’esprit de l’honime ne réalise pas toujours complétementces deux conditions. Mais la vie même de l’esprit n’est que la suite des efforts qu'il fait pour y atteindre. Or, pouvoir lutter pour être libre, et pouvoir, si l’on veut, devenir de plus en plus libre, u’est-ce pas déjà être affranchi de la loi de l’instinct et soustrait à l’empire de la fatalité?

Une conséquence importante me semble devoir sortir de là : c’est qu'il n’y a nulle contradiction entre la liberté individuelle et les lois qui règlent le développement de I humanité, considérée dans son ensemble. Ce sont les efforts de chacun qui combinés forment la substance de l'histoire; et si l’on remarque dans l’histoire la loi de l’enchaînement des causes et des effets unie à celle d’une évolution ascendante tenue volontiers pour nécessaire, c’est que ces deux lois se trouvent déjà dans les libertés individuelles. Les actions que la raison n’a point inspirées, et que l’homme, oublieux de lui-même, accomplit au hasard, se neutralisent les unes les autres. Les actions vraiment libres, étant par cela même conformes aux lois universelles et constantes de la raison, produisent des effets qui persistent et augmentent la force acquise du genre humain ; car si la passion divise les hommes, la raison seule peut les unir d’une fa(,on durable. A la vérité, les horizons qui, dans un moment donné,

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