CHAPITRE VI
DES CAUSES DÉTERMINANTES DES INSTINCTS. l’oRGANI- SATION GÉNÉRALE ET INTÉRIEURE.
L'organisation generale et intérieure. — Moile d'alimentation . de respiration; nature du milieu constant. — impulsion triple et une qui résulte du concours et de l'Iiarmonie des différentes parties de l'organisme, de l’organisme et du milieu. — Loi de la périodicité. — Exemple fourni par les phénomènes des migrations.
C’est une vérité devenue banale que dans l’organisme tout concourt et tout conspire. Que l’on donne à cette vérité le nom que l'on voudra ; qu’on l’appelle principe de corrélation des organes ou principe des conditions d’existence, il est évident qu’un animal ne vit que si toutes les parties de son corps s’accordent les unes avec les autres et se prêtent un mutuel appui. Mais la vie de l’animal ne peut être envisagée d’une manière abstraite, pour ainsi dire, indépendamment des actes qui l’enlre-
l’instinct et L’onOAMSATION Gf:.NKHALK.
tiennent, qui la protègent, la manifestent au dehors et la reproduisent. Pour le lion , vivre c’est poursuivre sa proie, l'atteindre et la dévorer; pour la taupe, qui ne peut se mouvoir à la surface du sol, c’est creu.ser des galeries souterraines où elle trouvera sa pùture; pour l’oiseau, c’est voler, c’est s’accoupler, c’est couver ses œufs; et ainsi du reste. Si donc nous avons déjà constaté que les organes de locomotion et de préhension destinent l’animal à un genre de vie particulier, facilité par la structure et les fonctions de ses organes sensoriels , nous pouvons être aussi certains par avance que toutes les parties de son organisation le pousseront au même but et lui donneront pour y parvenir des moyens nouveaux.
Voyons l’animal du dehors ; de même qu’une attitude passagère peut révéler la pensée intérieure et annoncer l'acte qui est sur le point de s’accomplir, de mémo l’ensemble des formes extérieures permanentes indiquent à un œil exercé les principaux instincts d’un animal. La raison d’ailleurs en est simple ; c’est le squelette qui réunit, qui soutient tous les appareils du mouvement et qui détermine la forme générale de l’étre. Dans un poisson, le nombre, la structure et la disposition des nageoires sont déjà autant d'indices qui révèlent une partie de son industrie et de ses mœurs. Mais la coupe tout entière de ce vaisseau vivant, telle que
l’instinct et L’onO.VMS.VTION CiÉNÉBALE. 91
nous la voyons sc dessiner, complétera celle révélalion. Il en esl de même de l'oiseau. Plus son aile sera longue, plus il pourra voler vile el longlemps là où son œil le guidera ; mais, de plus, mille détails de sa charpenle assureront la force et la rapidité de son vol ; les ailes , atlaclices à l’épaule , s’y appuient sur une double paire de clavicules, ressort puissant et souple qui cède quand il esl frappé par le bras, mais réagit aussitôt el maintient l’écarternent des ailes. La pointe de ce ressort repo.se elle-même sur un sternum qui , servant d'attache aux principaux muscles du vol, se développe d'autant plus largement que l’oi.seau esl meilleur voilier. Concave au dedans, convexe au dehors, dessinant une ligne longitudinale el saillante, c’est une vraie quille de navire destinée à fendre l'air, et où les muscles du vol, insérés dans la partie inférieure, constituent comme un lest qui maintient l’équilibre. Voilà les lignes principales : maintenant, faites-les varier el faites varier en même temps toutes les pièces qui les complètent, vous faites varier par là même les organes extérieurs , el vous imposez à l’oiseau, dont vous augmentez ou diminuez la puissance de vol , une existence el des habitudes nouvelles. C’est là ce qu’a fait la nature.
Mais pénétrons dans l'intérieur de l’animal. Sans doute, nous concevons déjà que du jour où il s’est senti des armes, il a dû s’en servir, el que ses im-
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pressions sensorielles lui en ont facilité singulièrement l’usage. Nous voyons de plus comment tout dans la structure de son corps en général tend au môme but. Les fonctions de la vie nutritive doivent compléter l’harmonie.
Tel animal a des dents qui lui permettent de déchirer sa victime. Mais pourquoi sera-t-il carnivore? Ce n’est pas seulement parce qu’il a de pareilles dents , c’est aussi parce que son système digestif réclame pour nourriture une proie vivante. Le mode d’alimentation est donc aussi inscrit dans la nature du tube intestinal : et le besoin, qui se traduit par la douleur, est lui-môme assez spécial pour augmenter et préciser à la fois l'impulsion que l’animal subit.
Mais les phénomènes de la digestion proprement dite terminés, les produits de ce premier travail doivent circuler sous forme de sang dans toutes les parties du corps, pour y porter la chaleur et la vie.
Ce qui active le plus ce feu de la vie, dont la circulation donne les matériaux, on le sait, c’est la respiration. Comme le vol, par exemple, exige une somme de mouvement, et, par suite, une somme de chaleur considérable, le mode de respiration prend chez l’oiseau un caractère particulier. Qui n'a vu la description mille fois faite de cet ingénieux appareil ? L’oiseau a ce qu’on appelle une respiration double, c’est-à dire que l’air contenu dans les
l’instinct et l'oroamsation générale.
poumons s’en échappe par un certain nombre de conduits pour aller remplir des cellules qui font l'office de réservoir et qui , logées dans différentes parties du corps, lui distribuent l’air de toutes parts. Ainsi gonflé, ballonné, l’oiseau s’élève léger, comme un aérostat vivant. Plus son vol est rapide, plus il a besoin de chaleur intérieure pour suffire à sa dépense de forces. Mais le besoin est satisfait, grâce à la cause même qui l’a provoqué. Iæ rapidité du vol est précisément ce qui règle l’arrivée de l’air dans les poumons ; et alors le va-et-vient des côtes augmente la pression des muscles sur les cellules aériennes ; ce sont comme autant de soufflets qui activent le foyer de la respiration. L’air pénètre ainsi jusque dans les os et sous les plumes, et le sang, calorifié , vaporisé par l’oxygène de l’air, imprime aux mouvements de l’oiseau cette richesse d’action, cette Joyeuse impétuosité, cette légèreté qui nous charment (1). De là aussi
(I) Je trouve dans une publication récente que le.s sacs pulmonaires des oiseaux contribuent fort peu à diminuer la densité du corjjs de ranimai. Mais à [icino a-t-on mis en doute ce rùlo de l’orsano ipi’on trouve immédiatement d’autres appropriations. Par l'alternance des mouvements, les sacs entretiennent constamment dans les poumons un courant d’air non épuisii [>endant rinsjiiration comme pendant l’expiration. De plus, comme ils se vident au moment de l’inspiration, ils mêlent à l’air venu du dehors celui qu’ils contenaient. Ce mélange établit un certain équilibre de température qui permet à
94 l’instinct et t’onOANISAlION OÉNÉRALE.
l’étendue et les vibrations de la voix. De là enfin la merveille de l’incubation môme.
En effet, outre l’ensemble des vaisseaux qui font circuler le sang dans le corps entier , on a découvert chez l’oiseau un certain nombre de plexus ou de réseaux vasculaires particuliers. 11 en est un surtout qui mérite bien notre admiration. Placé sous la peau de l’abdomen, dans un endroit le plus souvent dégarni de plumes, il a reçu le nom de plexus incubateur ; « Formé par une multitude d’artères et de veines flexueuses fréquemment anastomosées entre elles, il fournit en abondance du sang aux parties qui , appliquées immédiatement sur les œufs, doivent leur communiquer la chaleur (1). « Vienne le moment où, sous l’empire d’un grand nombre de causes physiques et physiologiques, la respiration et la circulation du sang seront activées ; la vie prendra dans ces organes une intensité particulière; l’oiseau ira chercher sur les œufs une sensation rafraîchissante qui lui sera devenue nécessaire.
Toutes les parties de l’organisation, toutes les phases variées des fonctions qui s’y accomplissent sont donc agencées pour imprimer à l’animal une
l’oiseau do parcourir sans danger les dilKrontes couclics de ratuiosplière. (P. Hei-t, .\otes d'anatomie cl de phyaiologie).
(l) Dict. de d’Orbigny.
l’iNSTI.VCT KT l'oROAMSATION QÉ.\KnAI.E.
impulsion puissante et lui faire réaliser une fin déterminée (1).
Cette coordination, d'ou résultent les instincts, la nature a pris soin de nous la montrer plus clairement encore en multipliant et en variant pour nous les expériences. Nous voulons parler des métamorphoses où l’instinct et l’organisation d’un animal changent aussi complément et du même coup. Yoici un hydrophile ; il a pour larve une vraie bête féroce qui massacre et qui dévore. En se métamorphosant, l’animal perd ses puissantes mandibules, son tube digestif s’allonge, il lui vient des yeux et des antennes, c’est maintenant un herbivore aquatique et parfaitement inoffensif.
Tout n’est pas lù néanmoins; cette organisation n’est pas indépendante : elle subit l’action du dehors. La nature du milieu n’aurait-ellc donc aucun pouvoir sur l’animal? ne serait-elle pour rien dans ses instincts?
(t) a Coininciil se sont perfectionnées ces admirables adaptiUions des orfîanes entre eux et aux conditions de vie? Ces inerveillcuses adaptations nous frappent d’étonnement dans te pic et le ;çui : cites existent, bien (pie moins appaivntes, dans le plus blimblc parasite (pii s’attaclie aux imils d’un (jUadrupède ou aux plumes d’un ois(.'au , dans la structure d’un cob'-optèi'c (pii plonge sous l’eau . dans la graine ailée ipie le moindre vent emjiorte. En un mot . dans le monde organiipie tout entier, comme en chacun de ses détails, nous voyons d’admirables barinonies » (Cli. Darwin).
l’instinct et le milieu.
H faut distinguer deux sortes de milieu, le milieu accidentel et le milieu constant , et comme nous ne recherchons pour le moment que ce qu’il y a de général dans l'instinct, l'étude des milieux accidentels viendra plus tard avec l’étude des exceptions, des modifications réelles ou apparentes des actes instinctifs. Ici demandons-nous quelle est sur l'animal, sur son genre de vie, l’action du milieu constant.
Aucune existence évidemment n’est possible qu’à la condition d’un accord entre la nature de l’animal et la nature du milieu où il doit vivre. Cet accord, à la vérité, peut se réaliser par mille moyens divers. Mais pour que tous les phénomènes vitaux s’accomplissent avec régularité, pour que la vie persiste, en un mot, il faut que l’organisme tout entier soit accommodé à ce milieu , qu’il soit comme on dit, en équilibre avec lui. Cet équilibre est-il établi lentement, ou a-t-il existé dès l’origine? Et cette origine elle-même, quelle est-elle? Ce sont autant de questions que nous devons ajourner. Mais si nous prenons les animaux tels que l’histoire connue du globe terrestre et l’examen des choses actuelles nous les présentent, nous voyons qu'ils sont faits pour vivre dans un certain milieu , non dans un autre. « Les animaux comme les plantes sont faits pour vivre dans un milieu déterminé, et les traits même secondaires de l’or-
l’instinct et le milieu. 97
ganisme sont en rapport avec cette adaptation. Il faudrait admettre des changements radicaux dans ces machines admirables pour quelles pussent vivre dans des milieux différents des milieux originaires ; une pareille supposition n'est point admissible. •>) Laissons donc provisoirement de côté toute question métaphysique. Que résulte-t-il de là? Du moment qu’une espèce se perpétue, du moment qu’un être existe, le fait seul de son existence atteste un équilibre réalisé. L’action du milieu constant ne peut donc plus rien changer dans l’animal; elle n’est point modificatrice, elle est simplement excitante. Elle vient encore préciser et fortifier les impulsions organiques.
Cuvier dit quelque part : Chez les animaux même, où l’existence paraît extrêmement variée, cette existence se réduit à une seule action, mais compliquée à l’infini , dont rien d’extérieur ne peut détourner l’animal et où il tend invinciblement. Je dirai plus : non-seulement rien d’extérieur ne l’en détourne, tout l’y pousse ou l’y attire; et pourquoi? Parce que s’il est vrai que l’organisation s'adapte au milieu, il est au moins aussi juste de dire que le milieu n’est souvent pour l'animal que ce que le fait l’organisme même. Le monde d’extérieur, en effet, ce n’est pour lui que l’ensemble des impressions qu’il reçoit des choses environnantes, avec lesquelles il est en contact et en conflit sans les connaître. Or, ces
l’i.NSTI.NCT BT LE MILIEU.
impressions dépendent en majeure partie des dispositions et des aptitudes innées des organes.
L’oiseau en général est fait pour vivre dans l’air, le poisson dans l’eau ; mais les phénomènes innombrables qui se passent dans ces milieux affectent diversement chaque espèce en vertu de scs aptitudes. C’est donc à celles-ci qu’il faut en dernière analyse rapporter l’instinct de l’animal ; seulement les phénomènes environnants les provoquent ou les excitent, et ici encore nous apparaît une nouvelle harmonie.
A intervalles périodiques , au retour des saisons par exemple, certains phénomènes atmosphériques produisent sur nous des impressions dont nous avons à peine conscience. Les organisations les plus délicates, celle de l’enfant, celle de la femme, celle des gens nerveux ou malades, en reçoivent comme des secousses qui les troublent, qui les exaltent, et qui apportent dans leur activité une sorte de langueur ou un accroissement momentané d'énergie. Mais ces sensations, qui sont le contre-coup des changements de température ou de la marche des saisons, n’ont rien que de très-vague, et si elles augmentent ou diminuent notre activité en en changeant les conditions, elles ne la dirigent point vers un but précis.
Au contraire, si ces actions n’influent en nous que sur les phénomènes de la vie végétative, il est
LOI DE LA l'ÉniODIClTÉ.
clair qu’elles doivent régler et diriger toute la vie des plantes.
Mais entre la vie des plantes et la nôtre se place la vie des animaux, et le propre de leur instinct est précisément de sentir à travers l'organisation cette influencedu dehors et d’y céder. Telle époque venue, nous sentons comme un vague malaise provenant d’une surabondance de vie qui demande à s’épancher au dehors; mais cette surabondance de vie, c’est librement que nous la faisons servir à un usage plus ou moins noble et dans la mesure où nous le voulons. Chez la plante, cette exaltation de la vie n’a besoin d’être suivie d'aucun mouvement; elle suffit à elle seule , à elle seule elle produit le résultat voulu par la nature. Si don^ dans un être intermédiaire nous trouvons une sensibilité qui soit plus que la vie végétative de l’organisme et moins que l’intelligence, nous comprenons que de semblables phénomènes communiquent à un moment donné une impulsion vigoureuse et précise d’où résultent des instincts.
Les naturalistes modernes ne démentent point les poétiques peintures de Lucrèce et de Virgile; ils nous décrivent aussi pour leur propre compte les effets étonnants de cette énergie qui s’allume tout à coup dans l'un des foyers de la vie, et qui détermine dans l'animal des mouvements violents vers un but spécial et marqué.
l’i.nsti.nct et le milieu.
A l’époque de la reproduction , des mouvements insolites se manifestent dans la plante. Les organes floraux s’agitent, les fleurs femelles, les fleurs mâles se dressent en s’inclinant pour se rapprocher les unes des autres. Souvent les anthères s’ouvrent avec une sorte d’explosion du côté du pistil pour lancer sur lui la poussière fécondante. Le parfum, l’éclat des couleurs, enfin l’élévation souvent extraordinaire de la température de la plante, tout annonce un travail qui a doublé l’intensité de la vie. Or , qui ne sait qu’un pareil travail s’opère aussi à époque fixe dans l’organisation de l’animal (1)? Cette périodicité des influences extérieures coïncidant avec la périodicité des besoins se manifeste chez lui par l’un des faits les plus admirables de la nature : je veux parler des migrations.
On sait comment toutes les parties du globe sont en communication l’une avec l'autre, et comment des courants atmosphériques, les uns accidentels et fortuits, les autres périodiques, d’autres enfin permanents et constants, entretiennent une sorte d’échange et réalisent un équilibre nécessaire entre les différentes températures qui régnent sur les divers points de notre planète. Chacun connaît l’ex-
(I) Chez un grand iiombi'C d’animaux (oi.seaux, batraciens...), tes testicule.s s’atrophient pendant la saison froide, puis au printemps se développent de nouveau , comme les bourgeons et les feuilles des arbres.
LES MIUHATIOVS.
périence de Franklin. Mettez en communication deux chambres inégalement chaudes; deux courants s’établiront ; un courant inférieur, allant de la chambre froide à la chambre chaude, un courant supérieur allant de la chambre chaude à la chambre froide. La loi des courants aériens n’est pas autre chose. Prenons en effet la terre entière pour le théâtre du phénomène; comme elle est constamment échauffée sous les tropiques et refroidie aux pôles, il en résulte deux grands courants atmosphériques permanents, l’un d’air chaud, dirigé de l’équateur vers le pôle et occupant les hautes régions de l’atmosphère, l’autre d’air froid et occupant les régions inférieures, à cause de sa plus grande densité. Toutefois, ces deux courants ne vont pas du nord au sud et du sud au nord en droite ligne. En vertu du mouvement de rotation que la terre exécute d’occident en orient, le premier incline de plus en plus à l’est; le second, au contraire, s’infléchit d’autant plus vers l’ouest qu’il se rapproche davantage de l’équateur. Par une conséquence de celle loi fondamentale, si le sol s’échauffe sur un point donné, l’air qui est en contact avec lui se dilate et s’élève, puis s'écoule vers les régions plus froides. Enfin , de semblables différences de température et par conséquent de densité se produisant dans les eaux de la mer, il en résulte ainsi des courants marins, obéissant à la môme loi.
l’instinct et le milieu
Ces phénomènes peuvent-ils n’êlre pour rien dans les migrations des animaux ? Cherchons-le. On sait que ces migrations sont de plusieurs espèces, et que, pour ces actes admirables, comme pour toutes les fonctions physiologiques, la nature nous offre une série d'insensibles gradations. Bien des fois on a remarqué, dans les hauteurs de l’air ou dans les profondeurs de l’Océan, des milliers, soit d'infusoires, soit de papillons, soit d’autres animalcules, que les courants promènent çà et là et qui s’en vont porter avec eux la vie dans cent régions différentes (1). Ici, c’est le seul mécanisme physique qui continue son action , et l’instinct de l’animal n’est pour rien dans ces déplacements accidentels. Mais faites que l’animal soit doué d’une sensibilité assez délicate pour que des changements de température (que souvent nous connaissons à peine en en constatant les effets dans nos instruments de précision) lui fassent éprouver des impressions vives et soudaines, vous le verrez, baromètre ailé, suivre comme des routes tracées dans l’air, et il nous annoncera , par la nature de scs mouvements, les phénomènes qui se préparent ou qui déjà s’accomplissent hors de la portée de nos sens et de nos moyens d’investigation.
Que ces phénomènes soient persistants, l’animal
(1) A. de Humboldt, Cosmos, I, p. 365.
LES UIGIUTI0N8
sera chassé par la rigueur du climat ; il s’en ira peu à peu du nord au sud, restant quelque temps dans une région, descendant au fur et à mesure que le froid le chasse et que la chaleur pressentie l’attire. C’est là ce qu’on appelle les migrations erratiques (1).
Arrivons maintenant au dernier mode de migrations, à celles, par exemple, qu’accomplissent chaque année les oiseaux d’un vol puissant qui vont d’un continent dans un autre. Assurément, nous ne pouvons présenter ici que des hypothèses, mais il en est une qui s’offre d’elle-môrae : c’est que les oiseaux doués d’une sensibilité si exquise , pénétrés jusque dans les cavités des os par l’air qu’ils respirent, et guidés par des sensations de nous inconnues, pressentent les variations atmosphéri-
(1) Kilos se produisent aussi chez les poissons : « Depuis réi|ualeur jusqu’aux parallèles du 48” de latitude horù.alc et australe, » dit M. de nuiuboldt, « la température moyenne de la surface des mers est un peu supérieure A celle île l’atmosphère. Mais la tempiTnturc décroissant ^ jiartir de la surface, i\ mesure que la profondeur augmente , les poissons et les autres habitants de la nier qui aiment les eaux profondes ([leut-étre à cause de leur respiration hrancliiide et cutanée) peuvent trouver, jusque sous les tropiques, les basses températures et les frais climats des eaux tempérées ou même des régions froides. Cette cii'constance influe puissamment sur les migrations et sur la distribution géographique d’un grand nombre d’animaux marins » (Cavnos. I, 305 ).
l’|X8T1>'CT et le MILIEU'.
ques et ont comme une route tracée dans les airs, grâce aux courants qui s'y produisent. « Ces roules mobiles, » comme dit ingénieusement M. Flourens, « sont les climats prolongés des espèces qui les parcourent. » Tout à l'heure les physiciens nous disaient qu'il y a deux grands courants permanents dans l’atmosphère, l’un venant du sud et allant dans la direction du nord-est, l’autre venant du nord et allant dans la direction du sud-ouest. Or, interrogeons maintenant les naturalistes ; ils nous diront que dans notre continent les oiseaux gagnent le sud-ouest en automne et le nord-est au printemps. N’y a-t-il pas là une coïncidence frappante, et ne peul-on pas affirmer qu’elle doit avoir une grande part dans ce phénomène si curieux des migrations ?
Ce qui tendrait à le prouver, c’est que bien des perturbations atmosphériques peuvent , dit-on , faire dévier les voyageurs, et que le cours des rivières ou la direction des montagnes, en changeant les conditions atmosphériques elles-mêmes , peuvent aussi modifier leur route primitive.
Cette explication a déjà été donnée et beaucoup d'autres avec elle; car on est naturellement tenté d'en chercher une dans les circonstances où l'animal se trouve placé à l'époque des migrations. Or, ces circonstances varient avec l’organisation et les besoins des différentes espèces. Les uns sont obli-
LES HIORATIOXS.
gés d’aller chercher dans des climats nouveaux une nourriture conforme à leurs appétits et à leurs goûts , car il arrive que la rigueur du froid, faisant disparaître les insectes, prive un grand nombre d’oiseaux de leur chasse habituelle. Suivant l’illustre inventeur de la vaccine, Jenner, ce qui détermine le départ du plus grand nombre , ce sont les changements périodiques qui s’accomplissent dans leurs organes génitaux ; et il est encore certain que beaucoup d’espèces trouvent, en émigrant, un climat plus favorable à l’accouplement et à la propagation de leurs petits, ainsi qu’à leur nutrition. Ces explications, est-il nécessaire de le dire, sont aisément trouvées en défaut dès qu'on cherche à les appliquer à toutes les migrations. Mais on a trèsbien observé que si ces raisons ne peuvent , prises isolément, s’appliquer à tous les cas, il faut néanmoins tenir compte des unes et des autres. Aussi , un savant ornithologiste conclut-il : l’explication par les phénomènes atmosphériques que pressent la sensibilité exquise des oiseaux est certainement la plus vraisemblable. Ajoutons que ce fait coïncide, tantôt avec les circonstances de la génération , du rut , etc. , tantôt avec la rareté de la nourriture , tantôt avec l’un et l’autre des deux cas (1).
Concluons à notre tour qu’ici comme ailleurs.
(I) Gorlx*. — Dict. de d’Orbigny
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