‹ L'instinct; Marthe; Dent pour Dent; Le premier client; Oedipe ... voit!Chapitre 84 sur 190 · ACTE TROT^II'ME · texte numérisé non relu

ACTE TROT^II'ME

VALDON

« Pour finir, faites-moi la grâce de vous charger d'une commission auprès de la marquise. Dites-lui qu'afin d'éviter les commentaires de la domesticité, je passerai tout à l'heure, pour entrer chez elle, par l'escalier privé de ses appartements. »

MADAME VALDON

Délicatesses qui n'appartiennent qu'à un gentilhomme !

Est-ce tout?

VALDON

C'est tout.

Bien. Au moins j'aurai fait l'impossible! Et, mainlenmt !

(Geste au vague.) MADAME VALDON

J'espère que tu es satisfaite de cette solution.

MARTHE, les yeux pleins d'ombre.

Très satisfaite.

MADAME VALDON

Pour moi, je savais que tout s'arrangerait, et qu'à la longue, on ferait un mari de ce garçon-là! Enfin, tu es heureuse !

Très heureuse! Un mot encore, cependant. Vous ne voyez, mon père, vous ne voyez, ma mère, aucun moyen de me soustraire à cet homme?

MADAME VALDON, effarée.

Que dis-tu?

Vous ne pouvez pas m'indiquer par quelle voie nor-

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maie, par quelle voie... bourgeoise, je puis arriver à me débarrasser d'un mari qui est un misérable, et que je hais, et d'un nom que j'exècre, pour épouser l'homme que mon cœur et ma conscience ont choisi?

MADAME VALDON

Mais c'est de la furie !

MARTUE

Répondez!

VALDON

Il n'y a rien.

, MARTUE

C'est cela. Vous avez versé, à moi de boire, — et jusqu'à la lie! Vous m'avez, de propos délibéré, jetée à la mortification, à la négation de moi-même, à l'esclavage, au moment où j'étais incapable de discerner le bien du mal, de comprendre l'avenir, de juger les hommes, et de trouver un conseil en ma personnalité. Vous m'avez condamnée à celte chose monstrueuse : ne pas même être une femme! Et maintenant que je suis à bout, lasse d'être un mensonge à la vie, maintenant que je veux vivre à mon tour, comme vous avez aimé, comme vous avez vécu, maintenant que je vous demande ce qu'il faut faire pour réparer le mal dont vous portez la faute, que trouvezvous à me répondre? Vous, mon père : « Il n'y arien!... » Vous, ma mère : « Tu dois être heureuse! » De quoi? De

SOulTrir? (Au docteur.) VoUS...

LE DOCTEUR

Permettez!

MARTHE, nettement.

Vous, mon bon ami : « Patientez! » Ah! vraiment, c'est superbe! Eh bien, sachez-le donc, tout ceci n'était qu'une épreuve pour vous démontrer voire impuissance et vous interdire la discussion de mes actes. De-mes-ac-tesl Car ce que vous ne pouvez faire, je le puis, moi. Et si je le puis,

ACTi'] TROISIÈME li.i

c'est précisément parce que vous m'avez mise à la dure école des lois, des dehors, des conventions sociales, parce que j'ai acquis la juste mesure de ce qu'elles valent, les unes et les autres, el parce que je suis devenue assez forte pour les considérer comme des hochets inventés par les petites âmes, que les autres dédaignent et foulent aux pieds! Pour m'avoir mise à même de m'élever de la

sorte, merci! (Elle remonte vers la chambre, y entre, sonne et appelle.)

Claire!

LE DOCTEUR, à Vaidon anéanti.

Voilà! Du sang de révoltée. Ton père était sur les barricades de 48. Ça s'est transmis!

MADAME VALDON, terrifiée.

Taisez-vous donc I . . . Les barricades. . . Les barricades I . . . Quand il était sur les barricades, il n'avait pas encore trouvé les capitaux pour monter son usine!... Ne rappelez donc pas ces Worreurs-là !

VALDON

Ah! mon vieux, je suis bien malheureux 1

MARTHE, après quelques mots à Claire, qui attenù dans la chambre.

Et maintenant, mes chers parents, ne m'en veuillez pas si je désire être seule. Vous ne pouvez rentrer à Rueil à cette heure, j'ai fait préparer vos chambres. Bonsoir.

VALDON, désignant la hall.

Mais... lu as du monde...

MARIUE

Deux ou trois amis, accoutumés d'agir ici comme chez eux et qui ne s'inquiètent pas de moi. Libre à vous, en passant, de rester parmi eux si le cœur vous en dit. Moi, je n'irai les rejoindre que tout à l'heure. Je vous le répète, j'ai besoin d'être seule.

I4G MAllïliE

MADAME VALDOX

Pardon! Je veux savoir...

MARTHE, la poussant donceraenl vers la porte.

Tout à l'heure!... Bonsoir, maman! {a claire.) Les appartexnents de Monsieur et Madame Valdon sont prêts?

CLAIRE

Oui, Madame.

(Les Valdon sortent m se disputant.) MARTHE, à Claire, pins bas.

Mets la grande lampe de la chambre à coucher bien en évidence devant la fenêtre, après avoir dressé tous les stores.

CLAIRE

J'y vais, Madame.

(Elle sort par la chambre.) MARTHE, au docteur.

Bon ami, vous m'attendrez là-bas... J'ai encore besoin de vous!

LE DOCTEUR

Une chose reste nette dans cette diable d'affaire I

M.ARTME

C'est...?

LE DOCTEUR, émn.

C'est queje ne suis qu'une vieille ganache, bien inutile, mais que, quoi qu'il arrive, ma pauvre Marthe, vous pouvez compter sur moi!

(Il sort.)

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