SCENE VII MARTHE, seule, puis D'ESPAR
Dès que le docteur est parti, Marthe, après avoir jeté un coup d'oeil dans la chambre à coucher, court à la petite porte de gauche, qu'elle ouvre. Elle tend l'oreille vers le couloir. Quelques secondes. Soupir de 'oic. Georges entre.)
Georges!... Enfin'.... Vous avez vu le signal?
GEORGES
Depuis quelques instants déjà, je l'attendais.., Qu'avezvous, Marthe, vous êtes toute pâle!
Àh! je n'en puis plus!... Que tout cesse de cette existence d'afTres, de retenues, de compositions et de luttes! que tout cesse!... Que je puisse respirer, crier ma joie, regarderies routes, les arbres, le ciel!... Que je n'aie plus devant les yeux ces murs devant lesquels j'élouffe, ces choses qui furent mon bagne!... Voyez-vous, l'air que je respire ici me semble vicié, je suffoque, j'ai des désirr furieux de tout anéantir!... Je n'en puis plus!... Je n'en puis plus!...
(Elle se laisse tomber sur la poitrine de d'Espar comme pour se réfugier en lui.)
GEORGES
Calmez-vous, Marthe! Une heure de courage encore. Et puis, vous serez heureuse. Je vous veux heureuse, et je sais vouloir!
MARTHE, comme hallucinée.
Oui!... dans une heure, enfin, nous serons libres! Je vais fuir ce passé !
GEORGES, doucement.
Fuir!... Dire que j'ai prononcé ce mot... jadis... le
désespoir au cœur, la rage aux dents!... Et qu'aujourd'hui, il semble contenir toute ma part de bonheur!
MARTUE
Ah! c'est que vous le prononciez seul! Aujourd'hui, nous sommes deux à le dire!
GEORGES, même jen.
Nous sommes deux ! C'est si beau que je n'ose y croire. . .
MARTUE
Et c'est pourtant vrai !... (EIIo tressaille et se sépare brusquement de lui pour aller entr'ouvrir la petite porte par laquelle il est entré. Elle écoute, puis revient à lui.) VoUS aVCZ fait Ce qUC je VOUS
demandais dans ma lettre?
GtORGES
Sans perdre une seconde, vous pensez bienl
MARTUE
Tout est prêt?
GEORGES
Tout, J'ai télégraphié à Tamaris qu'on ouvre ma villa pour qu'elle puisse être occupée dès demain. Vous y serez dans le calme. Pour moi, j'ai retenu une petite maisonnette, non loin de là. Nous aurons ainsi quelques jours de trêve, pourvoir venir les événements et prendre un parti définitif. Mais l'essentiel est que vous puissiez dépister toute poursuite au départ. Car il n'hésiterait pas, il vous ferait ramener de force, j'en ai la persuasion absolue !
Rien à redouter de ce côté-là, toutes mes mesures sont
prises!
GEORGES
La Berronnière ?
Il est là.
(Elle désigne le côté du hall.)