‹ L'instinct, ses rapports avec la vie et avec l'intelligenceChapitre 21 sur 50 · LE PRINCIPE DE I,’ INSTINCT · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE I,’ INSTINCT

souffrir de la façon dont ils opèrent, et les soumettre eux-mêmes instantanément à son action?

Dans l’homme donc, et par conséquent dans l'animal (puisque l’homme, par son corps, fait partie de l’animalité), nous pouvons dire en un sens, avec Muller, que la cause de l’instinct et de l'activité qui se manifeste au dehors « paraît être la même que celle qui fait naître l’animal et réalise son organisation d’après des lois éternelles. » En d’autres termes, cette force que la sensibilité détermine à agir sous la forme de l’instinct est aussi pour nous le principe même de la vie et le primwn movens de l’organisme.

Les phénomènes de la sensibilité pourraient encore nous attester que cette force est une et .simple, si la seule notion de force n’emportait pas nécessairement les deux autres. En effet, toute sensation peut se décomposer en un nombre souvent prodigieux d’impressions, et les récents travaux sur la physiologie de la musique nous ont donné de ce fait les plus curieux exemples. Le microscope a découvert récemment trois mille petites fibres qui sont les terminaisons des filaments du nerf acoustique. Or, les impressions résultant des vibrations de ces fibres viennent se fondre en une sensation susceptible d’être analysée, mais une cependant. Si la sensibilité introduit l'unité dans ces multiples impressions, c’est que l’être qui sent

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est un lui-même et par conséquent immatériel.

Toute obscurité sans cloute n’est pas levée pour nous. Comment, toute spontanée au début, cette force est-elle immédiatement liée à certaines conditions provenant du composé qu’elle a formé? Comment ces conditions s’imposent-elles à tous les phénomènes des corps vivants? Et tandis que tous ces phénomènes s’enchaînent mécaniquement les uns les autres, le premier moteur ne peut-il pas être conçu comme étant lui-même en dehors et au dessus du mécanisme? Ces questions ne sont pas de notre compétence: elles dépassent le cadre de cet ouvrage, et d’ailleurs il n’est pas necessaire de les avoir résolues pour que les inductions qui précèdent restent acquises. Nous sommes partis de certains faits, nous avons étendu peu à peu le cercle de nos affirmations, jusqu’à ce que l'inconnu se soit dressé devant nous. Les hypothèses que nous pourrions ajouter maintenant ne pourraient en rien modifier le résultat auquel nous sommes parvenus, à savoir, qu'il y a dans l’organisme proprement dit une activité rendue manifeste par le plaisir et la douleur; que cette activité, qui s’exerce en dedans sur les phénomènes de la vie, est la même que celle qui s’exerce au dehors par la locomotion et par l’action; en définitive, que le premier principe, soit de la volonté soit de l'instinct, se confond avec le principe de la vie. Nous

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n’avons qu'à revenir un peu sur nos pas et à nous rappeler comment l’organisme une fois formé, le jeu de ses différentes parties fait jouir et souffrir, puis détermine à tel ou tel mode d’activité extérieure la force qui l’anime.

Observons toutefois que si l’action instinctive et l’action vitale émanent en dernière analyse d’un principe unique, il faut bien se garder d’assimiler l’un à l’autre ces deux modes d’une même activité, ces deux manifestations d’une même force. Nous le verrons plus tard, l’activité volontaire se distingue de l’activité instinctive par l’intervention de la conscience, de la réflexion, du raisonnement, qui s’ajoutent à la pure tendance à jouir de soi, la gouvernent, la rectifient, la compriment au besoin. De même, la pure activité vitale ne devient instinctive que si l’organisme auquel elle préside est complet; alors ce sont de nouvelles destinées qui commencent pour elle, parce que de nouvelles conditions la déterminent Encore une fois, nous ne pouvons pas plus confondre l’activité instinctive et l’activité vitale, malgré l’identité du principe dont elles dépendent, que nous ne pourrons identifier la volonté libre à l’instinct, quoique la volonté libre puisse très-bien être conçue comme l’instinct éclairé par la conscience et par la science. Pour employer les termes de l’école, ontologiquement l’instinct et la vie sont même chose; mais

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psychologiquement ils diffèrent, et ils doivent être distingués. Les habiles défenseurs de l’anirnisme(1 ) n'ont peut-être pas évité cette confusion; car c’est jusqu’à présent l’un de leurs arguments familiers que de comparer à l’aveugle, mais infaillible instinct de l’abeille ou du castor, l’obscur travail exécuté par le principe de la vie. Mais le mode d’activité qui préside à la création de l’organisme est si peu l'instinct lui-même, que l’instinct suppose précisément l’organisme déjà formé, et que c’est du fonctionnement des organes que partent les impulsions auxquelles nous devons, comme on l’a vu, rattacher les actes instinctifs.

(1) M. Tissot, M. Bouillier.

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