‹ L'instinct, ses rapports avec la vie et avec l'intelligenceChapitre 20 sur 50 · LE PRINCIPE DE L’INSTINCT · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE L’INSTINCT

également diffuse et agissant dans l’organisme tout entier?

L’existence de ces activités élémentaires n’estelle pas d’ailleurs une des vérités les mieux établies de la physiologie? Quand je meus mon bras, combien de forces cachées l’énergie que je déploie visiblement no suppose-t-elle pas? Circulation du sang, respiration, innervation... voilà, outre le concours des sens proprement dits, autant de formes de la vie, autant de vies distinctes, quoique étroitement unies et associées, qui s’exercent dans tous mes tissus et par lesquelles l'exercice de mon activité locomotrice est possible. Leibnitz, comparant les corps vivants aux machines construites par les hommes, dit que la machine vivante est infiniment supérieure à toutes les autres, en ce que chacune de ses parties, la décomposât-on à l'infini, constitue elle-même un mécanisme. La physiologie contemporaine complète et éclaircit cette belle conception, en nous montrant que la vie n'est pas en quelque sorte logée dans un point spécial du corps. Ainsi, chaque portion de nos tissus respire et exécute ce travail de combustion qui contribue à entretenir en elle et autour d’elle la chaleur et la vie. Accomplissons-nous aArec effort une action qui mette toutes nos forces en mouvement? l’ne fatigue générale et la nécessité d’une réfection viendra bientôt nous montrer ce que nos forces ont donné.

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Mais alors même que nous garderions un repos apparent, assis, couchés, endormis, ces forces, toujours disponibles pour notre volonté, n’en agissent pas moins dans chacun de nos muscles; la , dépense d’énergie, pour être moindre, sera toujours assez réelle et aura besoin d’être partout réparée. Maintenant, que toutes ces actions particulières s’exercent dans des conditions normales, se soutenant et se pondérant les unes les autres, nous n’entendrons crier aucun des ressorts de la machine; nous n’éprouverons que cette sensation confuse, indice d’une vie qui travaille calme et silencieuse. Qu’une de ces forces partielles rencontre un obstacle; quelle soit obligée de lutter contre lui par un effort qui, de proche en proche, dérange l’équilibre de la machine, c’est alors qu’une sensation douloureuse vient attester l’énergie de cette activité partout présente. Dans les deux cas, qu’il y ait harmonie ou qu’il y ait trouble dans les fonctions vitales, du moment où notre âme sent agréablement le premier état, désagréablement le second, c’est qu’elle est intéressée à ces fonctions, c’est qu’elle y participe, c’est qu’elle en assure, par sa participation même, la solidarité, l’unité. Il n’y a donc point d’un côté un principe qui meuve et de l’autre un principe qui sente. La réalité du nisus formativus et par suite l’identité de lame et du principe de la vie, si elle n’est pas directement, immédiatement

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révélée par la conscience, n’en est pas moins, sur les données mômes de la conscience, prouvée par l’induction et l’analyse.

Et, en effet, si la sensation claire et distincte est bien réellement nôtre, comment les affections qui concourent à la former ne seraient-elles pas nôtres aussi? Si cette activité complexe est nôtre, comment les activités élémentaires qu’elle résume ne seraient- elles pas nôtres également?... Et si nous jouissons ou souffrons, lorsque le mouvement de ces forces d’abord latentes s’accuse et atteint un certain degré, n’est-ce point que ces forces nous appartiennent, et font partie des puissances diverses qui constituent, comme on l’a si bien dit, notre complexe individualité?

Ce n’est pas à dire assurément que tous les phénomènes physiques ou chimiques qui se passent en nous nous appartiennent : non. La vie n’est pas l’électricité; elle n’est pas l’endosmose et l’exosmose, elle n’est pas la combustion, elle n'est pas l’affinité moléculaire. Ces phénomènes ne sont que la matière de la vie, et la vie est, à proprement parler, l’ordre qui leur est imposé, pour la construction et la conservation d’un être à la fois mulple et un, destiné à s’entretenir à l'aide et aux dépens du monde extérieur.

Il n’en est pas moins vrai que c’est notre propre énergie, celle de notre Ame, agissant dans des

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conditions particulières, qui crée et entretient la vie, tout en laissant subsister avec tout ou partie de ses lois propres la matière qu’elle organise. Comment croire que nous puissions sentir quelque chose qui non-seulement ne soit pas nous, mais qui soit encore étranger à nous, au point où les mécanistes le prétendent ('!)? Comment admettre, sans aggraver jusqu’à l’absurde le mystère de l’union de l’âme et du corps, que cette force dont le plaisir et la douleur nous attestent clairement l’activité, mais qui, nous l’avons vu, préexiste à la sensation dont il est.affecté, soit demeurée un seul instant inerte et stérile? Comment croire que cette force, unie si étroitement à l’organisme, ait fait une brusque apparition au sein d’un assemblage soumis à l’action exclusive d’autres forces ou se développant par la seule vertu des éléments inférieurs dont il est fait? Par où comprendrait- on alors qu’il pût tout d’un coup s’associer à des principes étrangers,

(1) Objectcra-t-on que nous sentons la lumière et que pourtant nous ne sommes pour rien dans la production de la lumière ? Mais on sait très-bien que ce que nous sentons, ce n’est pas, à proprement parler , la lumière entendue comme agent physique, c’est la vibration produite sur notre nerf par cet agent. L’agent extérieur n’est qu’un stimulus, et ce qui produit vraiment la sensation lumineuse est l’activité de notre organe provoquée par ce stimulus. Il faut en dire autant de toutes les autres sensations.

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