‹ L'instinct, ses rapports avec la vie et avec l'intelligenceChapitre 31 sur 50 · PHYSIQUE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

PHYSIQUE DE L'HOMME

mètre qui l’emploie. La comparaison enfin peut être poursuivie dans tout le reste de l’organisme. « On verra en résulter, » dit un physiologiste, « un ordre inverse du terme final du développement dans les appareils sensitifs et végétatifs, dans les systèmes de locomotion et de reproduction. » « Tout dans la forme du singe,» dit un autre, « a pour raison spéciale quelque accommodation matérielle au monde. Tout, au contraire, dans la forme de l’homme, révèle une accommodation supérieure aux fins de l’intelligence. »

L'organisme de l’homme n’a donc pas son but en lui-même. Rien n’indique que le corps du singe soit fait pour autre chose que pour se nourrir et se reproduire. Tout indique que celui de l’homme est un instrument destiné à un travail plus relevé. Tout confirme avec la dernière rigueur le mot célèbre de Pascal : « L’homme est visiblement fait pour penser. »

Bien plus, cet organisme, qui a aussi sa destinée propre, pourrait-il accomplir cette destinée sans le secours d’une force supérieure? Un philosophe de talent (1) prétend que l’homme privé de l’intelligence vivrait fort bien, comme les animaux, de la vie matérielle. Rien de plus douteux qu’une telle assertion. Il faudrait tout d’abord que l’ordre de

(1) Huet, la Science de l'esprit.

330 ce qu’annonce l’organisation physique de l’homme. développement et d'accommodation de ses organes fût non-seulement changé, mais renversé complètement. Et alors même ses organes ne détermineraient probablement aucun instinct précis et distinct, aucun genre de vie particulier. L’homme n’aurait ni les ressources des animaux les plus forts ni celles des animaux les plus faibles. En concurrence avec tous, il n’aurait donc pas la moindre chance de résister et de survivre dans la lutte. Ainsi, non-seulement l’organisme humain est visiblement fait pour être l’instrument de l'intelligence, mais lui-même, pour subsister, a besoin d’être dirigé par l’intelligence. Dès lors, nous sommes ici en présence d’un être qui ne peut plus s’étudier seulement par le dehors. Il faut nous replier en dedans de nous- mêmes et interroger notre conscience. Les phénomènes de l’intelligence sontils oui ou non du même ordre que ceux de l’instinct? peut-on en découvrir la loi, en préciser l’unité? Les phénomènes de l’ordre inférieur ne se trouvent-ils pas néanmoins représentés dans l’homme qui, par son corps , est animal? Mais alors dans quelle proportion s’y trouvent-ils? et quel rapport existe-t-il entre eux et les phénomènes de l’ordre supérieur ? C’est là ce que nous allons nous demander.

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