‹ L'instinct, ses rapports avec la vie et avec l'intelligenceChapitre 30 sur 50 · PHYSIQUE DE L’HOMME · texte numérisé non relu

PHYSIQUE DE L’HOMME

faut-il pas un, en effet, pour ordonner toutes ces images et pour orienter l’homme placé en face de cette variété, de cette multiplicité indéfinie des choses qui sollicitent de toutes parts sa libre activité?

Ces contradictions qui existent entre l’homme et l’animal, loin de s’évanouir quand on arrive aux animaux supérieurs , s’accusent peut-être encore davantage. Comparons donc l’homme au singe anthropomorphe, pour qu’il ne nous reste aucun doute. En laissant de côté les hypothèses enfantées par l'ardeur de la discussion , voici des faits admis par tous et qui semblent décisifs.

Qu'on jette les yeux sur un singe, fût-ce un gorille, tout indique qu’il est fait pour vivre sur les arbres. Sa colonne vertébrale, au lieu d’être infléchie en sens divers, ne forme qu’un seul ressort, et ne permet pas à l’animal d’adopter aisément la station verticale. Les extrémités sont semblables entre elles, et on est au premier abord tenté de s’écrier qu’il a quatre mains ; mais c’est la diversité plutôt que le nombre qui fait la perfection des organes. Or, les membres postérieurs nepouvant soutenir à eux seuls le poids du corps , ne laissent pas aux membres antérieurs la liberté d’agir comme de véritables bras : d’ailleurs , par une sorte de paradoxe, ce sont les extrémités postérieures qui diffèrent le moins des mains de l’homme, mais elles sont occupées à soutenir le corps, et tout autre

ce qu’annonce l’organisation

emploi leur est à peu près interdit. Les quatre membres du singe ne lui permettent donc que ces deux choses : se maintenir et grimper. Il est vrai, la structure de son bras et surtout la disposition de l’articulation de l’épaule lui permet comme à nous d’opérer un mouvement de circumduction, et d’embrasser les troncs des arbres; mais c’est là un caractère qui n’intéresse que la vie matérielle. De même le bras s’allonge démesurément (1) : les os de l’avant-bras sont séparés et très-mobiles, ceux du poignet très-étendus. Par contre, ceux des doigts sont en partie arrêtés dans leur développement ; et quant aux muscles destinés à faire mouvoir les mains de devant, ils sont comme atrophiés. De là, pour parler rigoureusement, point de main, c’est-à-dire point d’organe de toucher, mais un vigoureux crochet admirablement adapté aux besoins d’une vie arboricole.

Dans l’homme, la station verticale, résultat de la conformation générale du squelette , affranchit les bras et les mains de tout rapport avec les membres postérieurs. La main n’a donc plus de relations qu’avec les autres organes sensoriels dont elle complète et rectifie les données. Le crochet, comme nous l’avons vu, se change en un compas, dont les mouvements rendent un clair témoignage du géo-

(1) Brehm, les Mammifères, p. 3.

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