CHAPITRE IV
DES CAUSES DÉTERMINANTES DES INSTINCTS. LES ORGA- NES d’action.
Les organes de préhension et de locomotion, les armes et les outils de l'animal sont toujours appropriés au genre de vie spécial à son espèce.
Si nous prenons dans leur ensemble et dans leur complexité les actions d‘un animal , nous verrons qu’il y a tout d’abord trois ordres de faits qui concourent à les produire. Quand un animal agit soit pour chercher sa nourriture, soit pour attaquer, soit pour se défendre , soit pour se construire une habitation, soit pour exécuter un travail quelconque, il se sert, bien entendu, des organes qui sont à sa disposition , les dents et les griffes , les pattes, le bec et les ongles, la queue même, les ailes ou les nageoires , enfin les armes et les outils si variés que lui a donnés la nature. En second lieu, il est aidé dans l’emploi de ces organes par
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les sens et les impressions qu’il en reçoit. Enfin son organisation générale le dispose à s’en servir, puisqu’elle lui en fait un besoin, et que tout en elle concourt à lui en faciliter l’usage par la corrélation et l’harmonie de toutes les parties qui la composent. Ce sont là les trois conditions premières sans lesquelles leurs actes seraient évidemment impossibles. Nous devons donc les analyser, et nous demander quelle est la nature du rapport qui existe entre ces conditions et ces actes.
Recueillons , parmi les observations les moins contestées des naturalistes, un nombre de faits suffisant pour appuyer des inductions légitimes , et attachons-nous à prendre nos exemples dans tous les groupes principaux de la classification naturelle.
Il est d’abord un premier fait que le sens commun, la plus vulgaire observation peuvent établir : c’est que les animaux, ne se fabriquant pas comme nous des engins et des outils artificiels , se servent uniquement des engins et des outils naturels qu’ils trouvent dans leurs organes. L’oiseau vole parce qu’il a des ailes, le poisson se meut dans l’eau parce qu’il a des nageoires , le taureau se défend avec ses cornes. Tel animal déchire une proie parce qu’il a des griffes et des dents, sinon il se passera de manger de la chair crue; et s’il n’est pas assez vigoureux pour se défendre contre ceux qui voudraient faire de lui leur nourriture , il ne s’en pré-
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servera qu’à une condition , c’est qu’il ait des organes de locomotion assez rapides pour échapper à la poursuite de scs ennemis. Réduit ainsi à des organes d’une nature déterminée, l’animal est bien contraint de s’en servir, et il s’en sert.
Sentit enim vint quisque sua,m quant possit abuli.
Entrons maintenant dans le détail. Le singe est, dit-on, si semblable à nous, qu'il doit être l’un de nos ancêtres ou tout au moins de nos cousins germains. Avouons que de tous les animaux c’est celui qui semble le moins astreint à un genre de vie spécial ; c’est celui qui possède l’organisation la plus libre. Et cependant on ne saurait nier qu'il est voué tout d’abord à une vie toute matérielle, et de plus qu’il est destiné à vivre sur les arbres et à se nourrir de fruits. Tout est fait pour lui assurer des mouvements plus étendus et plus rapides : l'allongement démesuré de ses membres, surtout de ses membres antérieurs, la longueur de ses clavicules, la vigueur de son poignet, renforcé souvent par un neuvième os , la forme de sa main , véritable crochet préhenseur, comme disait Gratiolet, aussi mal organisé que possible pour le toucher, mais admirablement adapté aux besoins d'une vie arboricole, enfin une queue capable d’entourer les corps et de les saisir comme une main.
Quand on passe aux carnassiers, la vie matérielle prend une direction de plus en plus précise.
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Ainsi les membies se ramassent, le pouce libre et opposable disparaît; les ongles et les dents prennent des caractères particuliers, suivant que l’animal se nourrit de chairs crues, d’insectes, d’herbes ou de fruits.
L animal a-t-il une industrie plus spéciale, comme la taupe? voyons ce que ses organes lui permettent de laire. Le corps est trapu, les yeux excessivement petits, les pattes de derrière très-faibles; point d'oreilles externes ; la bête marche péniblement à terre et n est point faite évidemment pour vivre à ciel découvert. En revanche, destinée à une plus rude besogne que tout mammifère de la catégorie des mineurs, elle a été douée de qualités en conséquence.
« Un corps cylindrique, une fourrure douce et soyeuse, dont les poils perpendiculaires à la peau se îeplient facilement en avant et en arrière, une force prodigieuse et une disposition particulière des bras et des mains , celles-ci conformées pour servir à la fois de pelle et de pic, un crâne allongé, un os spécial pour renforcer le boutoir, qui est une tarière vivante, le développement extraordinaire des muscles du cou, fortifié par un autre os spécial dans le ligament cervical, la paume des mains large et tournée en dehors, tous ces détails d’or, ganisation rendent la taupe admirablement constituée pour l’ouvrage qu’elle doit accomplir. »
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La forme des ongles et des dents détermine, avons-nous dit, d’une manière générale, une bonne partie des instincts des animaux carnassiers. Que de différences pourtant dans les mœurs et les habitudes particulières des animaux d’un même ordre ou d’une même famille ! D’où viennent ces habitudes singulières de l’hyène , et cette façon bizarre de chercher une nourriture ignoble mais facile, quand le lion et le tigre vont droit à leur proie et la déchirent à belles dents? La réponse est toute faite : « L’hyène a ses doigts armés d'ongles épais, courts, forts et tronqués, qui ne sont propres qu'à fouir et ne peuvent servir comme de griffes capables de retenir une proie et de la dépecer. Ses dents sont solides et fortes, mais peu tranchantes et peu propres à déchirer une proie vivante. Enfin l’allure traînante de ces animaux, qui provient de la disposition de leur train de derrière plus bas que celui de devant, achève de les distinguer et d’expliquer leur manière de vivre (1). » Au contraire, une mâchoire moins allongée, munie d'articulations plus vigoureuses, des ongles crochus et rétractiles, d’énormes canines, voilà ce qui, entre autres caractères, doit donner au tigre et au lion leur force terrible et leurs instincts sanguinaires (2).
(1) Dictionnaire de d’Orbigny.
(2) Quand les instincts deviennent bizarres, comme chez les
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Point de dents canines, mais des molaires à large couronne plate et traversée par des lignes saillantes, qui rendent leur surface semblable à une meule, des incisives opposées deux à deux , fortes et tranchantes, longues et arquées, profondément enracinées dans l’os de la mâchoire, couvertes d'une épaisse bande d’émail , mais en avant seulement, de sorte que leur bord postérieur s’usant plus que l'antérieur, elles sont toujours naturellement taillées en biseau, repoussant continuellement de la racine à mesure qu’elles s’usent du tranchant, et rendant ainsi le frottement nécessaire pour que la bouche ne soit pas close par l’extension démesurée de l’une d’entre elles; enfin une mâchoire inférieure s’articulant de telle sorte avec le crâne qu’elle ne peut se mouvoir que d’avant et arrière et que par conséquent elle ne peut que limer ou ronger, voilà les caractères principaux de l’ani-
marsupiaux, soyez sûrs que les organes le sont aussi : « Des pieds disposés en forme de main, » ditM. Roulin, « une queue écailleuse et qui s’enroule autour des arbres comme un serpent, sont des traits d’organisation étranges, mais dont on comprend l’utilité , quand on les rencontre chez les animaux assujétis à chercher leur nourriture sur les arbres et doués cependant de peu d’agilité. » Le genre de locomotion d’un animal, ajoute le même auteur, influe tellement sur son genre de vie, que les organes qui servent à cette formation fournissent souvent de trèsbons caractères pour l’établissement des groupes secondaires (Roulin, Mélanges d’hist. nat., p. 170-204).
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mal si bien désigné par le nom de rongeur (1). On voit aisément les instincts que suppose un tel organisme, et comment des bêtes ainsi bâties doivent se nourrir de substances végétales souvent trèsdures , comme le bois et l’écorce. Ajoutez qu’elles ont généralement les pieds de derrière plus hauts que ceux de devant, elles sautent donc plus qu’elles ne marchent. Mais ces dispositions organiques, sans compter les autres, peuvent varier à l'infini. Comme un simple ressort ajouté ou modifié par un constructeur de génie double les effets d’une machine et en métamorphose le travail, ainsi un simple changement dans les formes des pattes ou de la queue annoncera une existence arboricole ou aquatique. Le nombre et la nature des dents, leur mode d’apparition, de groupement, d’insertion, l’épaisseur de l’émail qui les recouvre, l’absence ou la présence des racines, la forme d’un os, tout cela déterminera dans la vie des rongeurs des besoins distincts et des industries différentes. Les uns n’auront que des clavicules rudimentaires, les autres en auront d’assez fortes pour se servir de leurs pieds de devant comme d'un outil. Tels sont les castors, dont les pieds sont de plus munis d'ongles robustes et dont la queue, élargie en palette ovalaire , aplatie et écailleuse sur ses deux faces ,
(1) Delafosse. — C. Gervais, Les mammifères, p. 267.
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sert avec une égale perfection de nageoire et de
truelle.
Si la forme des dents joue un si grand rôle dans les instincts d’un animal, il va sans dire que l’absence de dents n’est pas un caractère de moindre importance , et que si vous trouvez chez un édenté une langue gluante, facile à allonger et à lancer au dehors, vous pouvez deviner par avance l’instinct du fourmilier, qui , grâce à ce dernier organe collé dans un nid de fourmis, dévaste sans peine la tribu tout entière : c’est son unique ressource, et c’est aussi son unique industrie.
Prenons des animaux plus rapprochés de nous , qui ne paraissent destinés par la nature à aucun art bien particulier, mais qui sont doués soit d’une vigueur soit d’une agilité peu commune, et que, pour cette double raison, l’homme dresse et assouplit à son usage. La nature de leurs dents annonce des herbivores, mais la distribution de leurs membres et leurs proportions suffiraient pour faire apercevoir du premier coup le genre de service que nous pouvons attendre ou provoquer de la part des uns et des autres. Chez les uns, la défense est confiée aux membres de derrière; la tête est libre et dégagée de toute végétation osseuse; tout est fait pour enhardir l’animal et pour favoriser la légèreté de sa course. Chez les autres, le corps est trapu, les jambes massives et la tête esclave, for-
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cée d’accomplir elle-même une double fonction, d’aller chercher la nourriture et de pourvoir à la défense. Voilà du moins ce que le premier venu peut constater aisément. Mais mettez un connaisseur, un Arabe, je suppose, en face d’un cheval : il l’examine aussi minutieusement qu'un ingénieur fait une machine, et il y trouve autant de pièces, autant de ressorts à critiquer : ceci doit être long, ceci doit être court, ceci doit être large. Une ondulation, une saillie, une échancrure, un allongement, un rétrécissement, que sais-je, la moindre modification d’un muscle ou d’un os est la cause et le signe extérieur d’une qualité ou d'un défaut. Le cheval, dit l’un des hommes de France les plus compétents dans cette matière (1), c’est une locomotive animée ; et il poursuit sa comparaison trait pour trait, dans tout un volume. Prenons un détail entre vingt autres : « L’encolure ne sert pas seulement à supporter le cou du cheval. C'est un puissant balancier qui concourt à l'exécution de tous les mouvements. Suivant qu’elle se déplace, l’encolure allège telle partie du corps pour charger telle autre, d’où résulte plus de facilité pour l'action, de quelque nature qu’elle soit... Que l’on observe un cheval monté par un écuyer habile, on peut voir,
(1) Richard (du Cantal), Études du cheva ' de service et de guérir, p. 137.
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aux mouvements de la tête et de l’encolure, de quelle importance est ce long balancier. Son déplacement précède toujours le mouvement commandé; c’est à le provoquer d’abord que l’écuyer s’attache , quand, au moyen de la bride, il communique sa volonté à l’animal. » Il est difficile de rien ajouter à cette savante démonstration , mais il est assurément permis de dire combien il est aisé de vérifier le fait eu renversant l’expérience. Un excellent cheval entre les mains d’un cavalier maladroit, n'est-ce pas comme une machine dont on remuerait les ressorts au hasard ou à contre-sens, et qui ne produirait plus nul effet? Mais livrons le cheval à lui-même : voyons, mise en action par le feu même de la vie, cette locomotive où chaque muscle est un moteur et représente un véritable piston, où tout organe facilite un mouvement, où la nature de l’organe produit la nature du mouvement; est-ce qu’une connaissance parfaite de toutes les parties du corps ne nous apprendrait pas par avance les services que l’animal peut nous rendre? Elle nous dirait même, à point nommé, ce qu’il aura de force et d’agilité, par conséquent de confiance et de hardiesse, de ressources enfin contre un obstacle et un danger déterminé. Un seul exemple encore : examinez cette chaussure artificielle qu’on met au pied des danseurs; supposez-la susceptible de recevoir des modifications variées, composez-la
L’iNSTINCÏ BT LliS 0BGANI2S Ij’aCTION.
de pièces multiples. Toutes choses égales d'ailleurs, la nature des différentes pièces, leur disposition, leur qualité, nous annonceraient les mouvements et les pas spéciaux du danseur. Eh bien! le sabot du cheval est plus compliqué et plus parfait que cette chaussure élastique (1). La description du sabot et de ses modifications possibles n’est cependant que l’une des plus minces parties de la description du cheval, et à toutes ces modifications correspondent autant de ressources, de qualités et d’aptitudes particulières.
Ces vérités paraissent encore plus évidentes quand on s’éloigne davantage des animaux qui se rapprochent de l'homme, et qu’on descend des mammifères aux oiseaux. Ce n’est pas seulement la longueur et la brièveté des ailes qui modifient les allures de ces derniers en leur permettant ou non les lointains voyages : la forme de leurs pattes indique leur séjour; la forme de leur bec indique leur nourriture. Becs et pattes nous révèlent à peu près toutes leurs habitudes et nous fournissent l’explication de leurs industries (2).
(1) 'Ouvrage cité, p. 201, 202.
(2) « Si la longueur ou la brièveté des ailes annonce déjà des différences notables dans les instincts de deux oiseaux, on doit faire la même observation pour les pattes , qui indiquent le séjour et le lieu d’habitation : tantôt elles sont grêles et longues comme chez les échassiers qui vivent sur le bord des eaux, mar-
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En effet, le bec et les pattes, et le corps tout entier de l’oiseau , tels sont les outils qui lui ser-
chent à gué dans les ruisseaux et les marais pour y chercher leur nourriture ; tantôt elles sont palmées, c’est-à-dire transformées en nageoires , comme chez les oiseaux aquatiques. Chez les grimpeurs , elles se composent de quatre doigts , deux portés en avant, deux en arrière, ce qui ne leur permet guère de marcher sur un terrain uni, mais leur donne la plus grande facilité pour s’accrocher aux branches d’arbres. Enfin, nous trouvons ces organes robustes et courts , armés de grands ongles crochus et aigus, devenus, en un mot, des armes terribles chez les rapaces.
» Plus que tous les autres organes encore , le bec offre des différences considérables qui toutes s’accordent avec la conformation des autres membres et qui déterminent aussi les habitudes de l’oiseau. S’il a le bec long, grêle et faible, il- ne pourra que fouiller la vase pour y chercher des vers et des insectes ; s’il l’a plus long que la tête et des jambes situées très en arrière du corps , ce sera le plongeur ; mais souvent ce bec aura la forme d’une cuiller ; il lui permettra de prendre une certaine quantité de vase , puis de la tamiser en retenant la proie qui s’y trouvait ; s’il l’a court , épais , droit , courbé en dessus et conique , il sera granivore ; s’il l’a vigoureux et crochu et terminé par une pointe aiguë , il déchirera la chair des autres animaux ; ou si enfin ce bec s’allonge et devient par conséquent moins puissant et ressemble à une pince à longues branches , il se contentera de poissons ou de reptiles assez petits pour être saisis avec facilité. S’il doit creuser les arbres comme les pics, tout encore s’accordera dans ses organes extérieurs pour le contraindre à ce genre d’exercice : un bec fort et pointu pour percer le bois, des pieds et une queue admirablement disposés pour retenir l’oiseau fortement attaché au tronc qu’il attaque , un sternum concave qui lui permet d’ap-
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vent à construire son nid. Prenons le plus poli et le plus régulier de tous : le nid du chardonneret. « En général, » dit M. Moquin-Tandon (1), « les nids des passereaux présentent à l'intérieur un cercle parfait, même ceux qui sont composés le plus négligemment; car ce sont les parties extérieures qui, dans ces derniers, sont disposées souvent sans aucun art. Le nid du chardonneret est admirablement tissé soit au dehors, soit au dedans. Comment ce petit oiseau arrive-t-il à la régularité constante, j’allais dire mathématique, de sa couchette? Des auteurs ont avancé que le cercle dont il s’agit a pour rayon la distance qui se trouve entre les pattes rapprochées l’une de l'autre et le bec de l’oiseau, celui-ci étant accroupi, la tête fort inclinée. L’animal, dans cette position, tourne sur lui-même et décrit une circonférence ; il dépose et arrange en même temps les matériaux suspendus à son bec. J’ai surpris une fauvette des jardins pendant la construction de son nid , et j’ai remarqué, en effet, ses mouvements rotatoires complets et ses rapides évolutions sans tâtonnements et sans erreur. Au fur et à mesure que les parois s’élèvent,
puyer le corps contre l’écorce et diminue d’autant la difficulté de grimper , tels sont les traits caractéristiques du pic » ( Milne-Edwards).
(1) Revue de zoologie.
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les pieds restant au fond de la couchette, le bec s’en écarte de plus en plus , le rayon s’allonge et le cercle s’agrandit. Voilà d'où vient la forme évasée du nid. »
Un autre naturaliste (1) nous dit de môme de l’hirondelle de rivage, qu’elle se sert toujours de son corps pour déterminer les proportions des trous circulaires qu’elle construit dans les sables. La partie qui s’étend des cuisses à la tête forme le rayon du cercle. L’oiseau creuse de son bec et de ses ongles en travaillant du centre aux extrémités. Un poétique écrivain a donc pu, en généralisant, dire avec une élégante exactitude que la maison , c’est la personne même de l’oiseau (2).
Quoique la même concordance puisse être aisément établie pour les autres vertébrés, c’est-à-dire les reptiles et les poissons , nous en dirons peu de chose, parce qu’on ne cite guère d’habitude les instincts de ces animaux. Disons pourtant que chez le poisson, par exemple, le nombre des dents, leur forme, leur substance, leur structure, leur situation , leur système d’attache contraignent l’animal à employer tel moyen d’existence et non tel autre,
(1) Dr J. Franklin, La vie des animaux. — Oiseaux.
(2) Ce n’est pas qu’on puisse expliquer par cette seule cause tous les nids des oiseaux. Nous avons seulement voulu montrer par un exemple l’une des causes qui concourent à la construction de ces nids si parfaits.