AVANT-PROPOS
Les livres relatifs à l'instinct sexuel et à ses anomalies ont été souvent accusés de constituer un danger pour la morale publique. Il n'y a pas longtemps que l'éditeur de la traduction française d'un ouvrage allemand sur ce sujet s'est vu menacé de la sévérité des lois. Tout récemment M. Havelock Ellis a été réduit à publier d'abord son livre sur l'inversion sexuelle en langue étrangère, et depuis , son éditeur anglais a été poursuivi pour avoir vendu un livre « obscène et tendant à corrompre la morale des sujets de Sa Majesté Britannique* ».
La vérité et la science ne sont jamais immorales, mais l'on ne peut guère nier que le récit des faits relatifs à la physiologie et à la pathologie sexuelle soit capable d'éveiller, si on néglige de mettre en lumière leur signification, des perversions chez des sujets prédisposés. Le danger paraît plus grand à ceux qui pensent que les perversions peuvent se développer chez des individus normaux sous l'influence du milieu. Il semble plus menaçant encore lorsque l'instinct sexuel est représenté comme un instinct incoercible auquel tous sont réduits à obéir, si anormale que soit la forme sous laquelle il se manifeste.
(1) Havelock Ellis. A note on the Bedborouf/h trial, in-8°, 1898.
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Il AVANT-PROPOS
Mais l'évolution de l'instinct sexuel nous montre qu'il s'est soumis au contraire aux nécessités du milieu et qu'il a joué un rôle prédominant dans le développement de la morale. L'histoire des perversions sexuelles établit l'évidence qu'elles ne se développent que chez des individus qui diffèrent du type normal individuellement et dans leur descendance, ou qui se trouvent dans des conditions pathologiques. Le défaut de contrôle de l'instinct aussi bien que ses perversions, constituent des lares, tout aussi préjudiciables à l'individu qu'au milieu social. Le libre arbitre est nié par la science, mais la nécessité des actes de l'individu implique la nécessité des actes des sociétés. L'absence de libre arbitre ne peut pas avoir pour conséquences des faits d'un- tout autre ordre, tels que l'absence de la responsabilité, nécessité de la conservation sociale et Tabsence de la liberté individuelle, nécessité du progrès de l'humanité. La responsabilité devant la société est un des facteurs les pl»us utiles au développement du contrôle des instincts. En réalité il n'y a aucune raison pour que les actes sexuels échappent à la responsabilité et les faits montrent qu'ils n'y échappent pas ; la nature et la société éliminent les pervertis et favorisent les sobres.
Ce livre a pour but de niettre en lumière la nécessité du contrôle et de la responsabilité dans l'activité sexuelle tant au point de vue de l'hygiène qu'au point de vue de la morale. Il ne compte pas sur toutes les sympathies.