L'INSTINCT SEXUEL. — GÉNÉRALITÉS
L'instinct est caractérisé par une activité héréditaire définie, qui n'est pas acquise par l'expérience personnelle ; il diffère de l'habitude qui est le résultat d'une acquisition individuelle*.
Les activités instinctives peuvent se manifester sitôt après la naissance ou beaucoup plus tard : elles peuvent être congénitales ou retardées.
L'instinct n'est, en somme, qu'un réflexe complexe (H. Spencer) ; il est mis en jeu par des excitants extérieurs qui éveillent une potentialité héréditaire. On dit souvent que les activités naturelles des êtres vivants sont innées ; mais en tant que ces termes impliquent qu'elles se produisent sans excitation, c'est évidemment faux ^ Les nourrices savent que l'enfant ne cherche pas le sein sans une expérience préalable. En général, les activités instinctives se manifestent d'abord d'une manière plus ou moins maladroite, elles ont besoin d'être perfectionnées par l'habitude'.
(1) Lloyd Morgan. Habit and Instinct, 1896, p. 16.
(2) W.-K. Brooks. The fondation of zoology, 1889, p. 7.
(3) Lloyd Morgan. An introduction ^o comparative psychology^
FÉRÉ. — L'Instinct sexuel. 1
2 l'insïingï sexuel
L'imitalian joue un rôle important dans révolution de l'instinct, en provoquant la mise en train : quand un jeune oiseau imite le vol de sa mère et réussit à la première tentative, c'est qu'elle a stimulé son activité; mais il n'a pas pu apprendre individuellement tous les détails du mécanisme du vol. L'histoire du mimétisme, surtout chez les animaux dont le développement intellectuel est rudimentaire, nous montre que l'initiation est un phénomène biologique. La tendance à imiter est basée sur un penchant inné et constitutionnel à prendre plaisir à la reproduction de ce que font les autres. L'initiation est d'autant plus facile qu'il s'agit d'un acte auquel le sujet est préparé par une aptitude congénitale. L'imitation intentionnelle ne peut se manifester que s'il existe une expérience préliminaire ; mais la vue d'un mouvement peut déterminer sa reproduction, indépendamment de l'intention d'obtenir le résultat inconnu de cette activité ; C'est le phénomène de l'induction psycho-motrice % qui laisse des traces indélébiles.
11 n'y a pas de preuve évidente que l'automatisme secondaire de l'habitude soit transmis par hérédité, de manière à donner naissance à l'automatisme primitif de l'instinct. Cependant l'intelligence acquise d'une génération paraît s'obtenir avec une économie d'effort dans les suivantes, comme si une modification acquise préparait la voie à une variation congénitale, ou ^déterminait une plasticité congénitale, une aptitude à se modifier sous l'influence de . l'expérience.
Chez l'adulte, les impressions provoquent la représentation d'impressions semblables ou d'impressions asso-
1894, — Ch. Féré. Note sur l'instinct des poussins produits de Vincubalion artificielle (C. R. Soc. de Biol., 1895, p. 118). — Expéinences relatives à la peur instinctive chez les oiseaux [ibid,, 1896, p. 790).
(1) Gh, Féré. Sensation et mouvement, 1887, p. 13 (Paris, F. Alcan).
ciées perçues pendant la jeunesse; c'est ce qui constitue le souvenir. Chez le jeune, les impressions paraissent provoquer des représentations d'impressions remontant à l'enfance de la race et constituant des souvenirs héréditaires. Ces souvenirs héréditaires q.ue Platon croyait les (( réminiscences d'une vie antérieure », que Descartes appelait les « idées innées », bien qtie ne se manifestant qu'à propos d'excitations venues de l'extérieur, ne paraissent pourtant pas acquises par l'individu lui-même; il a hérité de potentialités qui n'ont pu être éveillées que par des excitations extérieures, mais que les excitations- extérieures n'éveillent pas à elles seules, en dehors des conditions constitutionnelles.
On peut considérer l'habitude comme une activité ayant une base instinctive congénitale, modifiée par l'expérience acquise. Une courte expérience est souvent suffisante pour établir une association. La répétition de l'activité déterminée par l'expérience individuelle, produit un ^ automatisme qui ne diffère pas de l'automatisme instinctif. L'habitude est une seconde nature ; et qu'il s'agisse d'automatisme instinctif ou d'automatisme d'habitude, les excitaiits appropriés déterminent un état d'instabilité qui ne cesse que par la réalisation de l'activité habituelle ^ L'impulsion est ainsi constituée.
C'est dans la période plastique de la jeunesse que lintelligence joue le plus grand rôle dans la genèse de l'automatisme d'habitude. Plus intense est la prédisposition congénitale, plus facilement se développe l'automatisme; plus ancienne est l'habitude, plus énergique est l'impulsion à lui obéir. La puissance de choix chez les jeunes est favorisée par la mobilité, le besoin de voir et de chercher, surtout marqués chez les jeunes vigoureux; l'expansion exubérante des jeunes est uuq condition favorable à la
(1) Lloyd Morgan. Habit and instinct^ p. 142.
variation, elle est liée à une plasticité propice à radaptation. Mais celte adaptation ne peut s'écarter de rinstinct que faiblement et lentement; elle ne peut pas contrecarrer les acquisitions ancestrales devenues instinctives, parce qu'elles étaient avantageuses pour la race.
L'habitude ne peut que difficilement prendre position contre l'instinct qui se transmet en même temps que la constitution somatique *, et qui, lié aux structures, fait agir, dans les mêmes conditions d'environnement, comme les ancêtres et comme tous les individus du même type organique.
Les instincts s'établissent suivant un ordre qui constitue une hiérarchie persistante : les premiers en date sont relatifs à la préservation de l'individu ; puis en apparaissent d'autres qui ont pour effet la préservation de l'espèce ; puis enfin d'autres qui ont pour effet la préservation des groupes sociaux.
L'instinct sexuel a pour effet la préservation de l'espèce ; il se développe chez l'homme, beaucoup plus tard que les instincts relatifs à la préservation personnelle. C'est un instinct secondaire; du reste nombre d'animaux inférieurs qui se reproduisent sans conjugaison, ne manifestent que des instincts individualistes. Les instincts individualistes sont plus persistants et l'instinct de la reproduction ne se montre que quand les instincts individualistes sont satisfaits. Un instinct utile à l'espèce ne peut s'établir que s'il est conciliable avec l'intérêt de l'individu dans les conditions du milieu. Si la reproduction sexuelle constitue une condition indispensable à la persistance de l'espèce, les instincts individualistes^ doivent se subordonner dans une certaine mesure. Un effet analogue doit se produire à mesure que les ins-^
(1) II. Rutgers Marshall. Instinct and reason, 1898, p. 70.
tincls sociaux se développent : l'instinct de la reproduction est nécessairement influencé.
L'instinct sexuel est un instinct secondaire qui présente, dans la série animale et chez les individus, une évolution progressive ; se confondant tout d'abord avec les instincts individualistes, il se rapproche progressivement des instincts sociaux dans le développement desquels il joue un rôle prédominant. Dans l'enfance, les instincts relatifs à la demande d'aliments et de protection, dominent l'instinct sexuel et l'instinct social. Au début de Tâge adulte, l'instinct sexuel tient la première place. Chez rhomme complètement développé, les instincts sociaux prennent le pas sur les autres. Quand les conditions de la vie deviennent anormales, quand la nutrition s'affaiblit comme dans la vieillesse, la hiérarchie des instincts se trouble, les instincts relatifs au groupe social et à l'espèce tendent à se subordonner aux instincts individualistes,, il se produit involution qu'on a interprétée comme une tendance à la régression, au retour à un état ancestral ou à un état infantile.
L'instinct sexuel a d'abord pour effet l'acte de la conjugaison; peu à peu il se complique : 1° d'instincts relatifs à la poursuite et à l'attraction sexuelle ; puis 2*" d'instincts relatifs à l'union permanente et à la protection des jeunes. Ce qui est fécondé dans l'échange mutuel des infusoires, c'est en somme l'animal tout entier, car le tout ne forme qu'une agglomération de matière vivante*. Historiquement la génération a pu être comparée à une digestion mutuelle, née d'un besoin de nutrition, d'une faim ^. La génération n'est qu'une croissance plus ou moins discontinuée (Geddes et Thompson), le résultat d'un excès de
(i) P. Geddes et A. Thompson. Lévolulion du sexe, trad. II. de Yarigny, 1892, p. 78.
(2) S.-V. Gievenger. Comparative physiolorpj and psychology, 1885, p. 13.
6 l'instiî^gt sëxue^
nutrition. Les organismes inférieurs, en absorbant dans leur milieu plus d'éléments qu'il n'en faut pour réparer leurs pertes, augmentent de volume; quand cette augmentation dépasse une certaine limite, l'individu se fragmente pour former des êtres nouveaux. Le procédé est plus complexe chez les animaux supérieurs, mais il est au fond le même, et Jlœckel a pu appeler la reproduction une excroissance de l'individu.
Les meilleures conditions de la génération sont les meilleures conditions de la nutrition. L'observation aussi bien que l'expérimentation nous montrent que tous les troubles de Ja nutrition des générateurs influent sur la valeur du produite Les conditions physiques favorables a la génération s'accompagnent d'états de conscience caractérisés par un sentiment général de bien-être, par un besoin d'expansion dont l'appétit sexuel' n'est qu'une manifestation. L'appétit sexuel est tout d'abord un besoin général de l'organisme ; il a à sa base une sensation de plénitude, une sorte de besoin d'évacuation. Chez les animaux la saison des amours provoque une dépense inaccoutumée d'énergie sous forme de chants, de danses, etc., qui a pour effet de provoquer chez leurs congénères une émotion concordante.
Gomme la faim qui peut être provoquée par la vue des aliments mais se manifeste souvent en dehors de toute suggestion produite parles aliments, le besoin sexuel peut apparaître chez l'homme en dehors de toute provocation objective ^. Mais de même que la faim, qu'elle soit provoquée ou non par une présentation, s'accompagne de phénomènes objectifs et en particulier par des manifestations d'excitation locale des organes qui entrent les premiers
(1) Ch. Féré. La famille névropalli'ujue, théorie tératologique de la prédisposition et de V/iérédité morbides et de la dégéfiérescence, 2«éd., 1898, p. 324 (Paris, F. Alcan).
(2) H. Rutgers Marshall. Instinct and reason, p. 347.
(ÎENERALITES. — EVOLUTION 7
en jeu dans la satisfaction du besoin, la congestion des glandes de la bouche et la salivation ; de même le besoin sexuel s'accompagne de phénomènes périphériques caractéristiques qui ont pour siège les organes génitaux.
Il y a une corrélation intime entre le fonctionnement des glandes séminales et le besoin sexuel. La distension des réservoirs des glandes sexuelles a paru Texcitant par excellence de l'appétit, « L'amour, dit Montaigne, n'est autre chose que la soif de cette persistance en un subiect désiré, n'y Vénus autre chose que le plaisir de décharger ses vases. » Les physiologistes admettent que le besoin sexuel est lié à la présence des éléments séminaux mâles ou femelles, spermatozoïde ou ovule, et que toutes les conditions qui entraînent le défaut de la production de ces deux éléments abolissent le besoin sexuel *. Les expériences de Tarchanoff sont particulièrement aptes à mettre en lumière le rôle de la distension des vésicules séminales chez la grenouille.
On peut, comme l'avait déjà vu Spallanzani, mutiler un mâle au moment de l'accouplement, sans le faire cesser. Tarchanoff a extirpé le cœur, les poumons, le testicule même avec le même résultat négatif, tandis que l'extirpation ou la simple section des vésicules séminales qui les vidait de leur contenu faisait immédiatement cesser l'accouplement ou l'empêchait de se produire quand il n'avait pas été commencé. La dilatation des vésicules séminales par un liquide comme le lait, suffisait, au contraire, pour produire un besoin sexuel artificiel.
On est tenté, en considérant ces faits, d'admettre avec Delbœuf que dans tous les actes relatifs, à linstinct sexuel, la. direction appartient au spermatozoïde ou à
(1) Beaunis. Les sensations internes, p. 49 (Paris, F. Alcan).
8 l'instingt sexuel
Tovule K Venturi a vu que dans la folie, où Tinstinct sexuel est généralement aboli, il existe souvent de Tazoospermie ou de Tatrophie ovarique ^; Mantegazza avait déjà vu aussi Tazoospermie chez un aliéné ^
Cependant la corrélation de l'évolution de l'appareil génital et de l'instinct sexuel peut paraître en défaut dans un certain nombre de circonstances. Il est vrai qu'on observe assez souvent un développement précoce de la puberté dans les deux sexes * ; on n'en peut pas douter; on en a même pu observer des signes non douteux dès la naissance ^ On a observé des ovules bien
(1) Delbœuf. Pourquoi mourons-nous? (Hev» philosophique, 1891, t. XXXI, p. 225). (Paris, F. Alcan.)
(2) Venturi. Corrélations psycho-sexuelles, 1899, p. 137, 144.
(3) Mantegazza. V hygiène de Vamour, p. 61.
(4) Nicolas du Saulçay. DescHption d'un enfant de près de trois ans d'une force externe ordinaire et qui a les marques extérieures de la virilité {Recueil périod. d'anat. de méd. de chir. et phann., 1757, VII, p. 221). — J.-L. Moreau. Fragment d'une notice sur un jeune homme de onze ans chez lequel on a observé tous les signes extérieurs de la virilité, accompagnés d'accroissement extraordinaire d'un état pathologique du testicule (Journ. de med. chir. etpharm.^ 1806, XII, p. 274). — G.Breschet. Description d'un enfant de trois ans offrant tous les signes de la puberté {Bull. Fac. de Méd, de Paris, 1820-21, VU, p'. 302). — Presle Duplessis. Notice sur un enfant qui a donné des signes de puberté à dix-huit mois [Journ, compl. du dict. des se. méd., 1821, VUI, p. 277). — J.-F. South. History of a case of prématuré puberty [Med. chir. trans , 1822, XII, p. 76).' — A. Cooper. Case of prématuré puberty in the female {Med. chir. trans., 1813, IV, p. 204). — A. Lopez. A case of remarkable precocity in a maie (Am. journ. of. med. se, 1843, V, p. 500). — J.-F. Dieffenbach. Frilhzeitige Entwicklung eines neunzehnmonatliehen Màdchens [Arch. f. Anat. u. Phys., 1827, p. 367). — A.-E. Ames. Case of menstruation by a child of fives years old {Chicago med. journ., 1866, XXIII, p. 387). — Lendesdorf. Abbildung eines frûhreifen Knaben {Verhandl d. Berl. Geselsch. f. Anthrop., 1876, p. 86). — W.-B. Clarke. A case of early puberty (Trans. of path. Soc. of London, 18^6, XXXVII, p. 358).
(5) J. Lidseau. Congénital puberty {London med. Gaz,, 1832, XI, p. 9). — J. Le Beau. Case of prématuré puberty [Am. journ. of med, se, 1832, XI, p. 42).
formés chez des petites filles avant deux ans et même à la naissance (Raciborski, Liégeois, etc.) ; mais on n'a guère étudié la précocité de la spermatogénèse, qui ne paraît guère être établie que vers treize ans et demi en généraP. Mais les manifestations anormalement précoces de l'instinct sexuel s'éveillent assez souvent avant que la maturité des éléments s.exuels sont bien établie ; on les a observées à cinq ou six ans, et même plus tôt, en dehors de tout signe extérieur de puberté, c'està-dire dans des conditions où il n'est pas permis de supposer que la spermatogénèse et l'ovulation peuvent permettre la fécondation. Il existe donc alors un défaut de corrélation entre le développement sexuel et celui des organes spéciaux ; ce défaut de corrélation constitue une anomalie. Il est bon de remarquer d'ailleurs que bien que les observateurs se soient peu occupés de l'étude d'ensemble des cas de puberté précoce, on y trouve assez souvent des anomalies qui méritent d'être rapprochées des stigmates tératologiques des dégénérescences : chez le petit garçon cité par Lopez et dont le pubis était couvert de poils après la première année, les testicules n'étaient pas descendus ; dans un cas de Woods ^ il y avait des anomalies des dents : c'était d'ailleurs un mauvais sujet placé dans un asile spécial et fils d'un aliéné ; dans un autre cas il existait des troubles de la parole et une grande tendance aux colères violentes ^
Du reste la précocité instinctive se montre surtout chez des anormaux, chez des névropathes. Cette précocité
(1) M. Leprince. Le début de la spermatogénèse dans l'espèce humaine, th., 1899, p. 49. * •
(2) T. Woods. An extraordinary case of early puherty in a boy (The Lancet, 1882, t. II, p. 377).
(3) R.-K, Stone. Extraordinary precocity in the development of the maie sexual organs and muscular System of a child four year old [Am. journ, of med. se, 1852, XXIV, p. 561).
KPP**^"^'^^^
10 l'instinct SBXpEf.
d'ajUeurs ne prouve pas du tout l'absence d'une irritation locale qui peut être proyoquée non seulement à la surface des organes génitaux mais aussi à la surface des organes voisins ayant une innervation connexe, par des oxyures, piar des inflamnaations rectales, etc., et encore par de3 anomalies de structure, un sait, par exemple, que dans Tectopie testiculaire, et même chez les toul; jeunes enfants, les éléinents épithéfiaux spécifiques qui font défaut, spnt remplacés par des éléments fibreux (Griffith, Féiizeit et Br^nca) qui peuvent exercer une compression sur les filets nerveux. La précocité prouve seulement qu'une irritation provoquée par une sécrétion spécifique n'est pas indispensable pour éveiller l'appétit sexuel.
La castration intentionnelle comme la castration parasitaire (Giard), comme la castration pathologique *, qui modifie les caractères sexuels secondaires- aussi bien que l'instinct sexuel, agit avec d'autant plus d'efficacité qu'elle agit plus tôt.
La castration aussi bien chez les animaux que chez l'homme n'abolit pas complètement les désirs sexuels ; on les voit persister dans bon nombre de cas, aussi bien chez
(1) Lereboullet. Atrophies lesticulaires et hypertrophies mammaires à la suite de certaines orchifes {Gaz. hebd. de méd.y 1877, p. 033, 0i9).
(2) La restauration de la nutrition du testicule peut coïncider avec la restauration des caractères sexuels secondaires. Vidal de Cassis raconte qu'un jeune homme porteur d'un varicocèle congénital double perdit sa voix de castrat et recouvra les attributs de son sexe après la double opération du varicocèle [De la cure radicale du varicocèle par V enroulement des veines du cordon, 2^ éd., 1850. p. 23, 81). — La réimplantation d'un testicule n'a eu que des clîets négatifs chez |e poulet (Manau, Versuche uber den Einfluss der Geschlechtsdrûsen aaf die secunddren Sexualcharactere inArcli. /*. die gesam. Physiologie, 1897, Bd. 65, p. 5 16); il y a résorption rapide de l'organe greffé en raison d'une activité phagocytaire particwlière chez ces animaux (Ch. Féré. Note sur la réaction des poulets aux greffes d'embryons, C. R. Soc. de Biol., 1897, p, 988). — Note sur la persistance des téralomes expérimentaux, etc., ibid., 1898, p. 1059).
GÉNÉB ALITES. — ÉVOLUTION 11
la femme * que chez l'homme qui est sujet à s'en affecter à tel point qu'on n'a pas hésiter à recourir à la prothèse^. Les manifestations de l'instinct sexuel survivent à la ménopause chez nombre de femmes ; et quelquefois même elle les exaspère, tout comme la castration d'ailleurs. Si après la castration, tout continue à se passer comme s'il partait encore des excitations périphériques de l'organe amputé; on peut l'attribuer à ce que les nerfs de cet organe peuvent encore être excités dans le tissu de la cicatrice et donner lieu à des sensations spéciales analogues à celles qu'on signale chez les amputés qui sont quelquefois pour leur vie sujets à des illusions bien connues 3.
On a donné comme preuve de l'indépendance des besoins sexuels de l'état des organes génitaux, la possibilité de la persistance du désir sexuel après que les organes génitaux ont été satisfaits, et sont même dans l'impossibilité de renouveler l'acte sexuel *. Cette persistance peut s'expliquer encore par la persistance de l'irritation locale provoquée par la congestion liée au fonctionnement récent de l'organe aussi bien que par la persistance de l'irritation centrale.
P'autre part, on sait bien que lorsqu'un organe est de-
(1) Jayle. Effets physiologiques de la castration chez la fetnme [Rev. de gynécologie et de chirurgie abdominale^ 1897, p. 403). — A. Pfister. Die Wirkung der Castration auf den weiblichen Organismus {Arch. f. Gynœk., 1898, LVI, p. 483). — R. Abrant, Etude comparative des troubles physiologiques consécutifs à Chystérectomie simple et à Voophoro-hystérectomie, tli. 1899.
(2) F. Vouillac. Etude sur la prothèse testiculaire, th. 1899. Ces appareils qu'ils soient en verre, en argent, en marbre, en ivoire, en aluminium, en celluloïde, en soie, peuvent jouer strictement le rôle de faux témoins; c'est un fait qui n'a peut-être pas suffisamment frappé l'attention des chirurgiens.
(3) A. Pitres, Étude sur les sensations illusoires des amputés {An7i. méd. psych., 1897, 8« série, t. V, p. 5 et 177).
(i) J. ^ovLX. Psychologie de l'instinct sexuel^ 1899, p. 21.
venu le siège d'une activité normale ou anormale, sous l'influence d'une excitation externe ou interne, cette activité liée à la mise enjeu d'éléments nerveux ne disparaît pas toujours par le seul fait de la disparition de la cause d'irritation : dans les folies dites sympathiques, par exemple, quand la cause excitatrice a disparu, le cerveau est devenu le siège d'une affection tellement propre, comme disaient les anciens, qu'elle est devenue indépendante et permanente.
Les recherches de Duplay * en grande partie confirmées par celles de Dieu% ont montré que si les désirs sexuels manquent chez le vieillard, ce n'est pas que les spermatozoïdes fassent toujours défaut dans le liquide séminal; on en trouve souvent à un âge très avancé. La disparition de la virilité n'a du reste pas d'époque fixe ; on peut la voir à 40 ans, mais des vieillards de 70 et 80 ans peuvent conserver des désirs sexuels et la puissance.
Chez la femme, la ménopause qui entraîne l'atrophie de tout le système génital marque souvent la fin des manifestations de l'instinct sexuel ; et s'il y a des exceptions fréquentes, il s'en faut qu'on puisse les considérer comme des manifestations normales^.
Brantôme a laissé un chapitre « sur aucunes dames vieilles qui aimaient autant à faire l'amour comme les jeunes *» ; mais il ne faut pas y voir la preuve d'exceptions fréquentes. La menstruation peut persister très longtemps après l'âge habituel de 45 à 50 ans. J'ai connu une femme qui n'a cessé d'être réglée qu'à 70 ans; elle est morte à 72 : jusqu'à la fin, chaque menstruation a été pré-
(1) Duplay. Rech. sur le sperme des vieillards {Arch. gén. de méd., 1852, XXX, 4« série, p. 385).
(2) Dieu. Rech. sur le sperme des vieillards (Journ. de Vanat. et de la phys., 4867, IV, p. 449).
(3) Brantôme, Vie des dames galantes, dise. V.
(4) N, Guéneau de Mussy. Clinique médicale, 1875, t. II, p. 343.
cédée d'une période d'excitation sexuelle avec pollutions nocturnes. Elle était devenue épileptique à 66 ans, mais ses crises n'avaient aucun rapport avec la menstruation ni avec l'excitation sexuelle. Haller et d'autres ont cité des femmes qui ont conçu après la soixantaine .
Il faut remarquer d'ailleurs que les désirs sexuels qui se manifestent en dehors de la corrélation, se présentent souvent sous une forme assez anormale pour qu'on puisse reconnaître que leur point de départ n'est pas un processus physiologique régulier.
L'activité normale de l'instinct sexuel reste liée à des conditions générales de l'organisme et à des conditions spéciales des organes adaptés.
Toutes les excitations périphériques, toutes les représentations, toutes les émotions qui sont susceptibles d'agir sur la tonalité de l'organisme, sont aussi capables d'agir sur la sexualité. Chacun présente à cet égard une susceptibilité individuelle. Tous ne réagissent pas de la même manière à la même excitation : les excitations tactiles, odorantes, visuelles, acoustiques, gustatives peuvent avoir sur un individu une action prépondérante, tellement qu'il peut arriver qu'elle égale ou qu'elle surpasse celles des excitations qui portent directement sur les organes génitaux. La sensibilité individuelle constitue la base physique du choix qui devient exclusif chez les individus doués d'une idiosyncrasie bien marquée.
Tout aussi bien que les excitations physiques, les émotions peuvent agir sur la tonalité et s'accompagner d'états affectifs très analogues à ceux qui résultent des excitations physiques, elles agissent aussi sur la sexualité à des degrés variables suivant les individus. Comme les excitations des sens spéciaux, les représentations des qualités morales et intellectuelles peuvent agir chez certains individus d'une manière efflcace et même prépondérante sur la sexualité ; ces qualités constituent des éléments de
14 l'instinct sexubi.
choix qui jouent un rôle important chez les sujets cultivés. L*amour peut se présenter sous deux faces : Tune organique, un besoin, l'autre psychologique, un sentiment, qui sont en corrélation variable * ; Tune ou l'autre peut même faire défaut.
Aimer, dit Stendhal, c'est avoir du plaisir, k voir, toucher, sentir par tous les sens et d'aussi près que possible un objet aimable et qui nous aime. Si on reconnaît que les excitations de toute nature peuvent agir sur les manifestations de la sexualité, on est amené h admettre que les formes les plus étranges de l'amour ne s'éloignent pas du mécanisme normal, ou du moins ne s'en éloignent qu'en raison des conditions physiques spéciales.
La sélection sexuelle est subordonnée au àéveloppement des instincts relatifs aux moyens de poursuite et d'attraction. Si on y regarde de près, on voit qu'ils ne sont pas moins automatiques que les instincts relatifs à la conjugaison. On les voit obéir aux lois de la concurrence. Chez les sauvages, l'homme court plus de chances de rester seul ; il fait le possible pour augmenter ses moyens d'attraction en soignant sa parure ; c'est le contraire chez les peuples civilisés, où la femme déploie plus d'activité dans le même but^. Les femmes des sociétés les plus avancées conservent une tendance trèà marquée à mettre en évidence les caractères sexuels : le corset qui fait saillir les seins et les hanches, marque bien cette tendance. Le changement de mode auquel les hommes ont à peu près renoncé est basé sur ce fait que la tendance ►
à réagir à une excitation, diminue avec la durée de son )
action. Son attachement à la parure montre que la femme compte encore plus sur ses moyens physiques que sur ses moyens intellectuels et moraux d'attraction.
(1) T. Ribot. La philosophie de Schopenhauer, \^9^, p. 132. (Paris, F. Alcan.)
(2) A|\^esteruiark. fîuifory Qf the hmnan marriage, 1891, p. 185. .
GÉNÉ^AMTÉS. — ÉVOLUTION 15
On a reconnu que le choix est inconscient (Chanifort, Schopenhauer, Hartmann, Pelbœuf, etc.) et plusieurs admettent encore, avec Scjiopenhauer, qu'il faut considérer l'amour comme un instinct qui pousse à l'union sexuelle deux êtres, dont, cq raison d'une convenance spépiale, la conjugaison donnerait le produit le plus conforme à l'intérêt de l'espèce. La conformité du choix à l'intérêt de l'espèce peut être la caractéristique de l'amour physiologique, mais elle n'est pas consciente. Cette conformité du choix n'est pas limitée systématiquement à une seule combinaison ; des produits conformes à l'intérêt de l'espèce peuvent être obtenus par un même individu dans des accouplements divprs. Si, pour quelques-uns, l'amour nécessite la systémaf-isation*, elle n'est pas indispensable à l'intérêt de l'espèce^. Si une seule femme convenait à un seul homme et inversement, il y aurait bien des chances pour que le but de la nature, livré au hasard, ne fût jamais rempli et l'espèce serait déjà éteinte. Il serait même facile de donner des preuves que les unions qui résultent des tendances les plus instinctives, les plus impulsives, les plus systématiques aboutissent le plus souvent à une dissolution, ou ne produisent qu'une descendance défectueuse. Les dégénérés se cherchent et se trouvent, ce n'est qu'indirectement que leur attraction systématique est conforme à rintérêt de l'espèce : elle précipite leur élimination.
La systén^atisation exclusive de l'excitabilité sexuelle caractérise une tare de l'instinct. Si les diverses expitations sensorielles peuvent, chez- des individus normaux, éveiller l'instinct sexuel, il n'est pas moins vrai que la puissance exclusive de l'excitation de l'odorat ou du goût à éveiller Tappétit sexuel, coïncide souvent avec des anomalies de la fonction et caractérise une tendance à la dis-
(1) Danville. La psychologie de l'amour, 189i. (Paris, F. Alcan.)
(2) Geotfrey Mortimer, Chapters on human Zoi'e, 1898, p. 83.
solution. Il n*est pas douteux que Timportance que les qualités intellectuelles acquièrent dans la détermination du choix, produit une forme supérieure de l'amour qui tend à se rapprocher du but, l'intérêt de l'espèce. Cette forme, qui tend à atténuer progressivement le rôle du besoin sexuel, permet aux individus du type le plus élevé, d'aimer jusqu'à l'extrême vieillesse, alors que la fonction sexuelle est définitivement éteinte depuis longtemps. Il n'y a point de vieille femme, dit Michelet ^ Ce ne sont pas seulement les hygiénistes qui considèrent comme immoral l'instinct sexuel considéré comme motif isolé de s'unir^ : les sociologistes concordent avec eux.
Dans les sociétés civilisées l'élément intellectuel prend une telle prépondérance dans l'union sexuelle que Starcke^ déclare que parmi les différentes manières d'offenser le mariage, les offenses intellectuelles sont les plus graves.
Cependant il faut bien convenir que la systématisation du choix, basé exclusivement sur les qualités intellectuelles et morales, courrait grandes chances d'aboutir à l'élimination. D'ailleurs les unions qui ont leur origine dans des sentiments qu'on peut considérer comme très moraux, mais qui sont étrangers à l'instinct spécial manquent ordinairement leur but. Mantegazza n'a pas tort de ranger parmi les mauvaises sources de l'amour, à côté de la vanité, de la vengeance et de la luxure, la reconnaissance et la compassion. Plus les éléments intellectuels ont été isolés dans le choix, plus sont grandes les chances de dissolution; la moindre antithèse psychologique peut mettre en échec les sympathies physiques. Ce n'est pas sans raison qu'on entend dire que les êtres les plus aimés sont les plus brutaux ou les plus grossiers ; leurs moyens d'attraction sont les plus matériels et les plus fixes. Ce ne
(1) J. Michelet. V amour, 4" édil., 1859.
(2) Starcke. La famille dans les différentes sociétés, p. 13, 21.
(3) Loc. cit., p. 64.
GÉNÉllALITÉS. — ÉVOLUTION 17
sont pas quelques qualités spéciales qui peuvent donner la mesure de la valeur d'une union, c'est plutôt l'harmonie, qui peut exister entre des individus imparfaits. L'union harmonique d'individus médiocres donne souvent des produits supérieurs à ceux de l'union discordante d'individus doués de qualités supérieures.
L'instinct sexuel ne fonctionne normalement que lorsqu'il est éveillé par les excitants normaux. Mais les excitations sensorielles extra-génitales ne peuvent être considérées comme jouant un rôle anormal, que lorsqu'elles agissent avec une prédominance marquée ou exclusivement. L'évolution du sexe nous montre en effet que certains phénomènes qui accompagnent l'excitation sexuelle, sont susceptibles de se traduire à la vue, à l'ouïe, à l'odorat ; on sait bien par exemple que les glandes odorantes de beaucoup de mammifères, plus développées chez le mâle, fonctionnent spécialement pendant la saison de l'accouplement; les boucs, les cerfs, les musareignes, les éléphants, etc., en fournissent des exemples. Les sentiments associés suscités par les qualités intellectuelles ou morales, constituent aussi des excitants normaux, tant qu'ils ne sont pas exclusifs tout comme les sentiments relatifs à l'amour de l'approbation, au plaisir de la possession, de la conquête, etc.
L'éducation dans la famille est en quelque sorte la continuation de la gestation. L'évolution de l'instinct sexuel chez l'homme, tend non seulement à la production des individus les plus conformes à l'intérêt de l'espèce, mais aussi à assurer à ces produits l'éducation la plus propre à l'évolution sociale. Elle ne nécessite pas seulement une sélection relative aux caractères physiques les plus importants au point de vue de l'individu, mais aussi une sélection relative aux caractères intellectuels et moraux les plus importants au point de vue social. Cette évolution tend à augmenter la part des parents dans l'éduca-
18 jl'in.stinct sexuel
lion qui est la base de la puissance à lutter pour l'adaptation au milieu. Sous l'influence de l'habitude, les défauts d'éducatioïx entraînent des perversions qui deviennent tout aussi constitutionnelles que les perversions congénitales; ils peuvent réaliser un « second péché originel », suivant l'expression de Fénelon K
L'amour des enfants, qui est souvent plus développé qu'on ne pourrait le croire^ chez les animaux^, est le priacipal agent de la survivance et. du succès du type ie plus intelligent. Chaque fois qu'une espèce cesse de lutter par sa fertilité, on lui voit donner naissance à des produits plus développés et leur donner des soins plus prolongés. Chaque perfectionnement dans l'éducation diminue la nécessité du nombre. C'est un fait qu'on peut observer chez les poissons, chez les reptiles et chez les animaux inférieurs en organisation ; les oiseaux dont le nid est le plus soigneusement fait, donnent moins d'œufs. On observe la même progression chez les mammifères. La période de g£station s^accroît avec le développement du système nerveux et le nombre des petits diminue. Chaque augmentation de volume du cerveau et de la complexité des nerfs implique une plus longue période de développement. Chaque animal, dans la période embryonnaire, résume l'histoire de l'évolution de sa race, et à mesure que cette histoire s'allonge, la période de développement augmente aussi. A mesure que l'intelligence se développe, la maturité est plus tardive, la lenteur du développement se manifeste tout de suite par la durée de la gestation, qui, en tenant compte du volume, est proportionnelle au développement intellectuel. Il n'en est pas autrement dans l'espèce humaine. Les filles des races sauvages se
(1) Fénelon. Educafiou des filles, ch. m.
(2) J. Wcir. The dawn of reason^ or mental traits in the lower animais^ 1899, p. 134.
GÉNÉB ALITÉS. — ÉVOLUTION 19
marient très tôt ; à mesure que la civilisation avance, le mariage se fait plus tard, bien que l'instinct sexuel soit souvent éveillé plus tôt, le nombre des produits dijwinue, mais l'éducation y gagne d'autant. Chez les peuples les plus civilisés, les filles des classes les plus cultivées sont celles qui se marient le plus tard ; on suit le mouvement dans toutes les classes et en même temps on voit progresser les soins donnés aux enfants. L'amour des enfants est le ferment du développement intellectuel qui influe à son tour sur Tamour parental. Le besoin de sympathie croît avec l'évolution intellectuelle. Les animaux les plus capables de sympathies sont ceux qui ont le plus de moyens d'exprimer les émotions (singes, perroqujets).' A mesure que l'amour parental et la prudence s'accroissent dans les générations successives, il y a une tendance à diminuer la famille et à prolonger la période d'éducation. La contrainte intelligente n'apparaît, chez l'homme, que comme le résultat d'un progrès intellectuel; les sauvages et les barbares ont des moyens plus radicaux. C'est l'instinct paternel, le dernier développé, qui cède le premier. Le sauvage n'exerce pas la contrainte sur lui-même, il l'exerce sur la femme et plus facilement encore sur l'enfant. La faim est plus forte que l'amour. Quand elle commence à exercer sa puissance, c'est l'enfant qui en souffre. Le moyen de contrainte de l'instinct reproducteur chez le sauvage, c'est l'infanticide. A mesure que l'intelligence se développe et avec elle la prévoyance, on voit l'avortement prendre progressivement la place de l'infanticide. L'infanticide chez les sauvages errants n'est pas le résultat d'un défaut absolu d'amour paternel, c'est une question de nécessité ; il faut vivre et il faut marcher vite quand le danger est pressant. L'amour des enfants se manifeste même chez les sauvages qui pratiquent l'infanticide, par ce fait que lorsque l'enfant a été épargné pendant quelques jours, la sympathie s'est assez développée pour qu'il ne
courre plus aucun risque, ou au moins pour que ses risques diminuent fortement. A mesure que la civilisation fait des progrès, l'infanticide et l'avortement déclinent pour devenir une exception chez les peuples plus civilisés. Tandis que chez les peuples errants l'infanticide est fréquent, il commence à diminuer quand l'homme a une demeure.
A une évolution intellectuelle plus avancée correspondent des moyens de contrainte moins violents. C'est d'abord le retard du mariage qui diminue le nombre des enfants et tend à allonger la période d'éducation. Le perfectionnement de l'éducation réalise une supériorité dans la lutte pour l'existence. L'évolution de l'amour parental réalise un agent de sélection puisqu'elle tend à l'élimination des types chez lesquels l'amour parental est le moins développé : la mortalité comparée des enfants élevés par leurs parents et des enfants élevés en nourrice suffit à donner une preuve de cette sélection.
La sympathie et l'intelligence, qui sont liées dans l'évolution, dépendent du développement du système nerveux ; or le développement d'un système nerveux très complexe implique une période prolongée d'immaturité qui exige une sympathie parentale croissante.
La sympathie parentale est la base de toutes les autres formes de sympathie, c'est la base de tout sentiment moral*: elle est à l'origine de l'amour conjugal, de l'amour fraternel, de l'amitié, etc.
Gomme le fait remarquer Starcke, l'insouciance avec laquelle dans les sociétés primitives le mari tolère l'infidélité de sa femme tient au peu d'intérêt qu'éveille en lui la véritable origine de ses enfants ^ Si l'amour des enfants développe l'amour conjugal, réciproquement la sympa-
(1) Alex. Satherland. The origin and growth of the moral instinct, 1898.
(2) C.-N. Starcke. La famille primitive, ses origines et son développement. Trad. fr., 1891, p. 165. (Paris, F. Alcan.)
iliie conjugale apporte un- appoint considérable à l'éducation des enfants. Mais cette sympathie concourt à la restriction de la progéniture ; à mesure que la sympathie et Tintelligence se développent, l'amour du bien-être collectif dans le présent et dans l'avenir s'accentue, les besoins augmentent et aussi la nécessité des restrictions sexuelles. La population ne s'accroît pas toujours et partout avec la même intensité, elle tend même à cesser de s'accroître dans les démocraties les plus éclairées * où tous peuvent prétendre à tout.
L'organisation sociale n'est pas seule en jeu dans les variations de la fécondité ; la question de race n'y est pas étrangère. Starcke fait remarquer que tandis que les races latines sont portées à sacrifier les époux à la famille, les Germains ont pour principal but leur bonheur personnel.
La tendance à la culture intensive, à l'éducation intégrale ne peut que diminuer la reproduction avec un déchet d'autant plus considérable que l'évolution artificielle est plus rapide. La civilisation est un phénomène spontané qui doit rester spontané : lorsque la loi intervient pour rendre obligatoire une culture prématurée elle fait courir des risques aux réserves de la race. Mais si les dégénérés, et les dystrophiques en général,* recherchent les aliments et les stimulants les plus propres à hâter leur déchéance ^ les peuples qui dégénèrent manifestent la même tendance.
Dans chaque milieu, il y a une tendance à l'union des pluS/ sympathiques parmi les mâles et les femelles les mieux pourvus de caractères attractifs ; cette action rela-. tive se montre parmi les plus cultivés malgré les obsta-
(1) Arsène Duniont. Natalité et Démocratie, 1898. — K. Gonnard. La dépopulation de la France, th. Lyon, 1898.
(2) Ch. Férc. Dégénérescence et criminalité^ 1888, p. 92. (Paris, F. Alcan.)
êtes sociaux : c'est un agent de progrès potir l'éducation qui tend à se prolonger de plus en plus.
A l'époque de ses premières manifestations, l'instincl sexuel n'est pas exclusif, c'est le sentiment qui le devient. L'adolescent aime l'autre sexe tout entier : c'est que les jeunes se souviennent des différentes périodes de l'évolution de l'espèce, ils se souviennent de la promiscuité sexuelle des premiers âges de l'humanité.
C'est à tort qu'on s'autoriserait de Rousseau pour considérer la vie sauvage comme la plus innocente ; les sauvages n'ont rien à apprendre au point de vue de la perversion sexuelle, et la chasteté est un produit de la civilisation.
La chasteté de la femme s'est manifestée la première, elle n'était à l'origine qu'une exigence du mâle, du propriétaire qui punissait l'adultère comme un vol mais cédait sa femme par intérêt ou par plaisir; elle a évolué avec la sympathie conjugale.
Chaque progrès de la sympathie coïncide avec un progrès de l'intelligence et chaque' progrès de l'intelligence coïncide avec un progrès de la prévoyance qui est la base del'éduca* tion. La victoire est aux plus chastes. La conquête de la* femme par lacapture a peut-être été moins générale qu'on fa affirmé (Mac Lennan) ^ elle a été remplacée par l'achat. La notion de possession tendait à rendre le mariage indissoluble, en même temps qu'elle inspirait à la femme la chasteté autant par crainte que par sympathie. L'évolution de la chasteté a été plus tardive chez l'homme, en raison de l'intensité de la passion sexuelle, de la moindre intervention des parents moins intéressés, de l'absence de la notion d'appartenir à une femme plus forte que lui (Sutherland). A mesure que s'accroît la sympathie conjugale la distinction tirée de la force s'effaee et la femme
(1) Sutherland. LoCi ciL, t. 1, p* 196.
gagne en dignité sinon en bonheur. Elle acquiert d'autant plus de droit aux égards que la chasteté s'impose plus à elle.
L'évolution de la femme comme propriétaire a précédé son évolution morale.
Quand la femme au Heu d'être vendue peut posséder, sa dignité progresse et la chasteté a plus de prix pour elle. La sympathie conjugale préside à l'évolution de la chasteté chez l'homme; c'est elle qui est la base de la stabilité de l'union ; son évolution coïncide avec celle de l'amour parental qui est l'origine de la famille et de la société.
L'évolution de l'union sexuelle permanente se fait dans le sens d'une liberté individuelle toujours croissante surtout pour la femme*; mais la dissolution des liens légaux qui s'objective par l'augmentation de fréquence du divorce ne fait que mettre en relief l'importance du consentement mutuel.
C'est l'amour réciproque qui établit la morale et Thygiène de la vie commune. Cet amour réciproque ne peut survivre que dans l'union permanente, dans le mariage. On peut craindre que l'amélioration du sort de la femme favorise la dissolution de cette union : plus un individu a le sentiment de sa force, moins il sent le besoin de chercher un appui dans un lien indissoluble. « L'amour libre ne peut être réalisé que dans le communisme, grâce à l'indépeiidance économique des époux ^ » et à l'abandon des enfants à l'État, doit-on ajouter. Mais la capacité de se suffire n'implique pas qu'il y ait bénéfice à se suffire, ni que la femme ait intérêt à établir l'égalité des sexes. L'union libre a au moins le tort d'offrir une occasion favorable à ceux qui ne sont pas sincères, et d'inspirer le doute.
(J) Ch. Letourneau. L'évolullon du mariafje et de la famille, 1888, p. 44o.
(2) Ch. Albert. L'amour libre, 2- éd., 1899, p. 213.
L'idéal des religions qui poursuivent la répression absolue de tous les instincts sexuels a sa base dans l'évolution spontanée qui aboutit à une restriction des manifestations brutales. La soumission de l'instinct sexuel à la volonté est une acquisition des générations successives qui a son fondement dans la sympathie ; mais elle n'est pas la négation de l'instinct sexuel. La civilisation a pour effet général de soumettre les instincts à la volonté; rhomme acquiert progressivement le pouvoir d'ajourner ses besoins •, et c'est à son grand profit, « sache seulement retenir ta langue un jour, dit Herr Teufelsdrœckh : combien le matin suivant tes projeta et ton devoir t'apparaîtront plus clairement * ». L'ajournement d'un besoin est d'autant plus nécessaire que sa satisfaction est plus subordonnée à l'environnement. La satisfaction du besoin sexuel, comprise dans le sens le plus étendu, est la plus subordonnée, elle a dû subir l'ajournement le plus prolongé, mais cet ajournement ne peut pas toujours être indéfini. S'il n'est pas douteux que beaucoup d'individus peuvent le rendre définitif, il s'en faut que ce soit la règle ; un petit nombre est capable de tenir à vie un vœu de chasteté. Les défaillances ont suggéré que la continence est contraire aux lois physiologiques, et on en a cru trouver la preuve dans les troubles pathologiques qui ont pu se développer en conséquence de la lutte. L'histoire racontée par Buffon du malheureux curé de LaRéole dont la raison a succombé à un effort prolongé, a paru tout à fait péremptoire. Elle prouve seulement que tous ne sont pas capables d'ajourner indéfiniment la satisfaction de l'instinct sexuel, qu'on commet une imprudence en s'engageant àun ajournement définitif; mais elle ne prouve pas qu'elle ne puisse pas être ajournée du tout, ni que l'ajournement ne puisse pas être assez prolongé pour assurer une adaptation à l'intérêt social.
(i) Th. Carlyle. Sartor resartus^ ch. m.
L'état morbide que les ancieas désignaient sous le nom de « mal d'amour », la chlorose S est liée à de tout autres causes.
Des sophistes ignorants de l'évolution, soutiennent qu'un besoin instinctif ne peut qu'être obéi sitôt qu'il se, fait sentir et que l'obéissance s'impose d'autant plus, quand il s'agit de l'instinct sexuel, que la nutrition des organes est subordonnée à leur fonction et que la résistance, c'est la destruction de l'espèce.
La subordination de la nutrition à la fonction en ce qui concerne les organes sexuels résulte d'une généralisation tout à fait gratuite. Les auteurs les plus autorisés qui ont traité de l'impuissance ne citent pas l'abstinence parmi ses causes % ou ne réussissent pas à démontrer son rôle isolé®.
Les'organes sexuels sont autant les organes de l'espèce que les organes de l'individu ; ils conservent leur potentialité indépendamment de l'exercice ; personne n'a vu l'atrophie du testicule chez les continents. De la puberté jusqu'à la vieillesse les testicules continuent à sécréter le sperme sans stimulation, et ne perdent pas plus leur fonction que l'ovaire de la puberté à la ménopause, que Tutérus, que les mamelles qui peuvent rester au repos pendant de longues années sans perdre la faculté de répondre à l'appel. Ceux qui sont capables de chasteté psychique peuvent garder la continence sans avoir rien à craindre pour leurs testicules et pour leur fécondité et ils n'ont rien à craindre non plus pour leur santé qui ne
(1) Grasset. Le médecin de l'amour au temps de. Marivaujc, Élude sur Boissier de Sauvages d'après des documents inédits^ 1896. — H. Meige. Le mal d'amour {Nouv. Jconogr. de la Salpê trière, 1899, |). 57, 227, etc.).
(2) S.-W. Gross. A praclical treatise on impotence, sterility and allied disorders of Ihe maie sexual organs, 2» éd., 1887.
(3) F. Roubaud. Traité de l'impuissance et de la stérilité, 3» éd., 1876, p. 309.
FÉRÉ. — L'Instinct sexuel. t
dépend pas de la satisfaction de l'instinct sexuel. Et le sentiment ne court pas plus de risques que les organes ; l'amour ne meurt jamais de besoin, il meurt souvent d'indigestion : c'est une remarque qu'on attribue à un juge éclairé par l'expérience, Ninon de l'Enclos. La nécessité de l'obéissance immédiate à l'instinct sexuel ne s'impose qu'aux animaux soumis au rut périodique, mais non à l'homme auquell'évolution a donné le choix du temps. Et les animaux eux-mêmes sont souvent indépendants des impulsions sexuelles. Les animaux domestiques qui n'ont à lutter ni pour leur défense ni pour les nécessités de la vie, sont remarquables par leur précocité sexuelle. Cependant, bien qu'en général la précocité sexuelle coïncide avec une certaine hyperesthésie, on peut souvent priver les animaux domestiques de tout rapport sexuel pendant toute leur existence sans aucun dommage pour leur santé ; il suffit de quelques précautions d'hygiène portant sur le régime et sur l'exercice.
Les médecins compétents qui se sont occupés d'hygiène sexuelle ne mettent pas en doute l'innocuité de la continence *. Beale, professeur au collège royal de Londres, dit qu' «on ne saurait trop répéter que l'abstinence et la pureté la plus absolues sont parfaitement compatibles avec les lois physiologiques et morales^».
Les habitudes conjugales elles-mêmes n'imposent pas la nécessité des rapports sexuels qui subissent des interruptions naturelles. Sans doute, il y a des maris qui trouvent leur femme trop faible pour allaiter, sans hésiter à leur infliger une nouvelle grossesse quelques semaines après l'accouchement ; mais il n'en manque pas qui sont capables de respecter la grossesse et l'allaitement, et ne
(1) Seved Ribbing. Vhyqiène sexuelle et ses conséquences morales, 1895, p. 88. (Paris, F. Alc'an.)
(2) L.-S. Beale. Our morality and the moral question, chiefly from the médical side, 2" éd., 1893, p. 64.
sont ni malades, ni infidèles. Il n'y a pas de pathologie de la continence, et Acton et Ribbing sont bien autorisés à affirmer que le médecin n'a pas à prescrire de rapports sexuels extraTConjugaux.
Hammond* émet à propos de l'hystérie une opinion qui peut s'appliquer à d'autres conditions : « A mon avis, dit-il, la disposition plus marquée des filles à l'hystérie ne tient ni à ce que leur instinct génital n'est pas satisfait, ni à l'inactivité des organes génitaux ; cette névrose doit être plutôt attribuée à ce qu'il manqije un véritable but à ces femmes et à ce qu'elles rapportent constamment toutes leurs réflexions, toutes leurs pensées, toutes leurs sensations à leur « moi»... Les femmes non mariées qui doivent subvenir elles-mêmes à leur entretien, ne sont pas plus prédisposées à l'hystérie que les femmes mariées.
Chez les dégénérés les préoccupations sexuelles sont souvent en raison inverse de la puissance sexuelle ; les nations qui succombent à l'infécondité sont remarquables par la licence de leurs mœurs. H en est de même chez les individus ; on attribue à la préoccupation sexuelle les maux hystériques 2, mais cette préoccupation constitue déjà un symptôme. Du reste l'hystérie, pas plus que la chlorose qui a été attribuée à la diète d'amour, ne manque de stigmates anatomiques qui montrent bien qu il s'agit d'une maladie somatique^ et non point d'une maladie mentale essentielle.
L'évolution de l'instinct sexuel aboutit à la chasteté et ceux qui l'ont observée sont les meilleurs époux et les
(1) W. Hammond. A treatise on the diseases of the nervous System^ 1882, 7« éd., p. 750.
(2) Gh. Wittmaack. Die Hystérie (Hyperaesthesia psychica sexualls, etc.), 8» Leipzig, 1857. — Breuer and Freud. Studien ûber Hyslerie,
(3) Ch. Féré. Hysteria (Twentieth century praclice of medicine, t. X, 1897, p. 551).
meilleurs parents : ils ont évité les maladies liées à la promiscuité et ils laissent une progéniture exempte de prédispositions au vice et à la dégénérescence. Ils se sont d'ailleurs conformés à leur propre intérêt physique et moral, en évitant les chances des maladies contagieuses transmissibles au conjoint et aux enfants, les chances de stérilité liées à ct^s maladies et en évitant aussi les risques de la procréation d'enfants illégitimes, d'abandon de la mère, etc. Ceux qui , trompés par leur éducation , ont subi ces déboires reconnaissent bien qu'ils auraient pu ajourner plus longtemps une satisfaction qu'ils ont cherchée plutôt par un amour-propre mal éclairé que par besoin urgent.
L'éducation a pour but la capacité da maîtriser les instincts : c*est elle qui élève l'homme au-dessus des animaux. Que la chasteté soit le couronnement de l'évolution, personne ne le met en doute en ce qui concerne la femme qui perd tout droit à l'estime en perdant sa chasteté. L'histoire de l'évolution nous montre que la chasteté s'impose plus péniblement à l'homme, mais ce n'est pas en niant ses avantages biologiques et sociaux et moins encore en lui attribuant des inconvénients qui ne lui appartiennent point qu'on peut espérer la développer. On déplore les progrès de la prostitution et des maladies vénériennes qui déciment la population et jouent le rôle le plus important dans la dégénérescence ; mais toutes les mesures restrictives qui ont été proposées s'adressent à la femme. L'iniquité n'a pas passé inaperçue. Martineau, qui définit la prostitution le commerce du plaisir sexuel, admet qu'il faut appliquer les mêmes mesures aux hommes et aux femmes qui y prennent part *, c'est-àdire aux prostituées et aux proxénètes des deux sexes.
On ne peut guère se flatter de faire disparaître des maladies contagieuses qu'on n'a osé attaquer que sur une
(1) L. Martineau. La prostitution clandestine^ p. 207.
catégorie mal caractérisée, quand tous les hommes peuvent semer sans être inquiétés. Les mesures prises contre les maladies contagieuses qui n*ont rien à faire ayec le sexe sont moins limitées. Les hommes qui font les lois ne peuvent pas être moins tolérants pour leur sexe au point de vue de l'hygiène qu'au point de vue de la morale.
Le respect de la liberté individuelle empêche d'intervenir légalement dans la satisfaction de l'instinct sexuel autant au point de vue moral qu'au point de vue hygiénique. L'éducation qui a pour but de restreindre les instincts ne doit pas encourager l'homme au « no-restraint )> aux dépens de la femme. Aussi bien dans les sociétés modernes que dans les sociétés primitives l'homme a conservé son rôle aggressif dans la fonction sexuelle, c'est bien lui l'agent provocateur de la prostitution et des maux qui en résultent.
Cependant la nécessité de la chasteté de la femme qui s'impose autant au point de vue biologique qu'au point de vue moral, entraîne la nécessité de la chasteté de l'homme.
Si la sympathie de l'homme a favorisé l'évolution intellectuelle et morale de la femme en tendant à l'égalité des sexes devant les lois^ on peut s'étonner qu'elle ne proclame pas la nécessité de l'égalité des sexes devant les risques sexuels. Cette égalité serait la plus légitime et la plus féconde au point dé vue de l'hygiène et de la morale.
Schopenhauer est un de ceux qui ont le plus contribué à répandre l'opinion que la nature a fait l'homme polygame et la femme monogame ; d'après lui : « L'amour de l'homme décline sensiblement à partir du moment où il a reçu satisfaction ; presque toutes les femmes l'attirent plus que celle qu'il possède déjà ; il aspire au changement. L'amour de la femme au contraire augmente à partir de ce moments » Cette disposition, si elle était réelle,
(1) Schopenhauer. Le monde comm^ volonté et comme représentation^ trad. Burdeau, 1890, t. III, p. 3o'2. (Paris, F. Alcan.)
30 L*INSTINGT SEXUEL
ne pourrait caractériser une adaptation à la conservation de Tespèce que si les hommes étaient beaucoup plus nombreux, ce qui n'est pas.
On ne peut guère espérer de changer les mœurs en racontant l'histoire de l'évolution; mais on peut bien dire que c'est au nom de la psychologie de bêtes soumises à la folie du rut périodique et non pas au nom de la psychologie de l'homme civilisé qu'on affirme l'irrésistibilité des impulsions sexuelles et qu'on laisse croire aux jeunes gens qu'ils ne peuvent prouver leur virilité que par l'incontinence et que plutôt ils ont jeté leur gourme, plutôt ils ont démontré leur maturité intellectuelle. L'ignorance est la mère du vice. Gomme le dit justement Poster Scott, des milliers d'hommes seraient restés purs s'ils avaient compris la responsabilité et les dangers de l'impureté* et si on leur avait appris que si l'instinct sexuel convenablement restreint est capable d'élever l'homme au plus haut degré de sa puissance, lorsqu'il est abandonné à luimême il peut le précipiter dans la dégradation physique et morale où il entraîne ses proches et ses descendants.
Ce n'est pas en enseignant que les instincts sont irrésistibles, et que tous sont égaux devant l'instinct, que l'on peut espérer obtenir les restrictions indispensables à l'hygiène aussi bien qu'à la morale. Il n'y a que les êtres incapables d'éducation qui sont inévitablement soumis à l'instinct. Le premier effort de la pensée, dit Emerson * est d'écarter le despotisme des sens. La virginité parfaite, la condition angélique(Debreyne) est rare ; il y a des tempéraments qui résistent plus mal aux impulsions sexuelles ; mais si naturelles qu'elles soient, les défaillances doivent être considérées comme des accidents défavorables tant
(1) J. Foster Scott. The se^ual instinct, its use and dangers as affecting heredity and morals^ 1899, p. 26.
au point de vue de Tindividu qu'au point de vue de l'espèce : on ne doit pas les laisser s'installer à l'état d'habitude ni échapper à la responsabilité.
Ce serait à tort que l'on pourrait croire que la moralité sexuelle est indépendante de la moralité générale. On ne conteste pas que la chasteté de la femme soit la condition de la civilisation, mais il n'en est pas autrement de celle de l'homme si on considère que ses défauts entraînent l'adultère, la production d'enfants illégitimes, la dégradation de leurs mères, la propagation des maladies infectieuses. D'ailleurs il y a une connexion remarquable entre les conséquences physiques et morales des abus sexuels et la nécessité delà dissimulation et du mensonge, le défaut de compassion et de sentiments altruistes qui dominent Tétiologie de la criminalité.