‹ L'instinct [Texte imprimé]Chapitre 4 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE LA MÉTHODE DANS L’ÉTUDE DE L’iNSTINCT.

C’est dans l’animal qu’il faut d'abord étudier l’instinct, de même que c’est dans l’homme qu’il faut étudier l’intelligence. — Des caractères géné’ râlement reconnus à l’instinct. — Uniformité, infaillibilité, etc. — Comment ils s’opposent aux caractères généralement reconnus à l’intelligence.

Une fois entrés dans le monde de l’instinct, comment allons-nous le parcourir et quelle voie suivrons-nous pour arriver à le bien connaître? Nous avons devant nous l’animal et l’homme; appartiennent-ils à des règnes différents? Nous ne le savons pas encore, et en toute hypothèse, quel est celui des deux qui doit nous donner le type des actes instinctifs ? quel est celui des deux, par conséquent % que nous devons étudier le premier?

On pourrait trouver, sans doute, quelques raisons de commencer par l’homme. Nous avons un moyen direct pour arriver à nous connaître , c’est la conscience. Pourquoi ne pas débuter par l’interroger ? pourquoi ne pas lui demander tout d’abord si nous subissons des impulsions qui déterminent en nous certains actes, et quelle est la nature des unes et des autres ? Pourquoi choisir des moyens d’investigations indirects, ou tout au moins pourquoi les placer en première ligne ?

2S DE LA. MÉTHODE DANS L’ÉTUDE DE L'iNSTINCT.

Interroger d’abord la conscience, c’est là, en effet , le principe fondamental de la méthode psychologique , quand il s’agit des phénomènes de la vie intellectuelle de l’homme en général. Mais c’est précisément l’un des caractères généralement reconnus à l’instinct d’échapper aux regards de la conscience. La méthode serait donc ici peu praticable ; et il n’y aurait plus aucun avantage à commencer par nous-mêmes : puisque nous ne pourrions plus nous examiner que du dehors, comme nous examinons les animaux. De plus, c’est déjà une question au moins controversahle que de savoir si l'instinct existe dans l’homme. Dans tous les cas, de l’aveu du plus grand * nombre, il n’y existe qu’à titre d’exception ; ou il est, pour ainsi dire , enveloppé dans l’intelligence qui le domine et qui le dépasse. Ceux qui croient l’y trouver ne l’y dégagent que par une véritable abstraction , le démêlant, disent-ils, dans la complexité des phénomènes où il se trouve appartenant plus en propre à la nature humaine. A la vérité, on prétend que l’instinct, et ce sera une question considérable à examiner , est aussi mélangé d’intelligence chez l’animal. Mais s’il faut comparer ces deux natures et chercher ce qu’elles ont de semblable et de différent , il est évident que nous devons surtout d’abord examiner chaque phénomène aussi isolé, aussi réduit à lui-même, aussi dominant qu’il est possible. C’est donc surtout dans l’animal qu’il faut étudier l’instinct et dans l’homme l’intelligence.

• Ainsi, laissons provisoirement les transitions qui peuvent avoir été' ménagées entre l’une et l’autre nature ; ajournons également les exceptions réelles ou apparentes. Que sont les actes instinctifs tels qu’ils se manifestent dans l’animal , opposés aux actes intelligents que l’homme accomplit?

Page 1