MUTILATION DE LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
d'une loi votée par une assemblée nationale, et comment par l'atteinte portée à la collation des grades, c'était l'enseignement libre lui-même qui était frappé.
Ils lui firent en outre remarquer qu'au point de vue purement politique, l'opinion ne manquerait pas de voir dans cette mesure un gage donné aux ennemis de la liberté religieuse et une marque de faiblesse d'un gouvernement impuissant à résister, dès ses débuts, aux mauvaises passions.
Le texte de leurs Observations était en même temps envoyé à tous les membres du Parlement.
Le projet ministériel ne tarda pas à venir en discussion. Voté parla Chambre des députés, il fut heureusement repoussé par le Sénat.
Vnc fois son projet écarté, M. Waddington sut faire preuve, envers l'enseignement libre, il faut le reconnaître à son honneur, de tous les égards que commandait une haute convenance.
La Faculté des sciences, en raison du petit nombre de ses élèves, n'eut pas recours au jury mixte. La Faculté des lettres le demanda, mais en usa très peu(l). Quant à la Faculté de droit, elle en réclama nettement le fonctionnement et y envoya de nombreux candidats.
Toutefois, il parait bien que la Faculté de droit n'obtint la constitution de ce jury qu'avec peine. Quand vint la fin de l'année scolaire, le moment des examens approchant, le ministre tardait beaucoup à le constituer. Trois des étudiants de la Faculté libre, MM. Etcheverry, de Bernon et d'Erceville, s'étant présentés au secrétariat de la Faculté d'État pour y faire les consignations nécessaires, le secrétaire, soit négligence, soit mauvais vouloir, refusa de les accepter. Les trois candidats ne se
1. Elle ne présenta que deux élèves, MM. Vie et Robineau. qui furent reçus tous deux dans la session de juillet 1877.
tinrent pas pour battus; ils s'adressèrent résolument au doyen et obtinrent que le registre resterait ouvert jusqu'à la solution de la question: puis ils mirent en mouvement et la Faculté libre et l'autorité des évoques, et finirent par triompher (1).
Le ministre de l'Instruction publique autorisa, par une concession spontanée, le doyen de la Faculté libre à désigner lui-même, parmi ses collègues, ceux qui devraient siéger au jury mixte, et il permit que les consignations fussent faites au secrétariat général de la Faculté libre (2). Grâce au roulement établi par le doyen, presque tous les professeurs titulaires de la Faculté de droit siégèrent à tour de rôle.
Le ministre accorda, en outre, pour les séances des examens, une salle spéciale en dehors de l'École de droit et choisit pour juges des professeurs qui témoignèrent autant de courtoisie envers leurs collègues de l'enseignement libre que de bienveillance envers les étudiants. S'il y eut quelque sévérité pour ces derniers, elle ne vint que du côté de leurs propres maîtres.
Les examens pendant les quatre premières années furent sérieux et de nature à affirmer et à relever la valeur de l'institution du jury mixte. La proportion des succès des étudiants libres, devant ce jury, fut chaque fois très satisfaisante; et, dans l'ensemble des épreuves devant les deux jurys, elle fut supérieure à celle des étudiants de l'État.
Chose remarquable! les étudiants les plus faibles de chaque promotion redoutaient le jury mixte et recherchaient de préférence le jury de l'État. Les plus forts, au contraire, optaient pour le jury spécial (3).