I. ECOLE DE THÉOLOGIE
Elle le fut, en 1888, quand la nouvelle chaire de philosophie scolastique fut créée et confiée, comme nous l'avons dit, au R. P. Bulliot.
Deux ans après, l'examen du baccalauréat en philosophie scolastique fut passé pour la première fois à l'Institut.
Le grade, brigué par quinze candidats venus du séminaire d'Issy, fut conquis par douze d'entre eux.
Après huit années de labeur opiniâtre, trop peu reconnu et trop peu encouragé par l'insuffisance du nombre d'auditeurs, le R. P. Bulliot fut aidé dans sa tache parmi second professeur, le R. P. Peillaube, de la même Société de Marie (1896). Unissant leurs vues et leurs efforts, ils entreprirent d'appuyer la spéculation philosophique sur l'expérience. A l'imitation de l'Institut philosophique de Loiwain, ils essayèrent de procurer à leurs élèves, à côté de leurs cours de métaphysique et de psychologie, un ensemble d'enseignements sur les mathématiques, la physique, la chimie et la biologie. Enfin ils fondèrent, sur la fin de 1900, une Bévue de Philosophie y destinée à favoriser le mouvement du réveil de la philosophie scolastique.
Pour soutenir d'aussi généreux efforts, les évoques fondateurs n'hésitèrent pas à créer une troisième chaire de philosophie, celle d'éthique naturelle, et ils la confièrent, en la personne du R. P. Sertillanges, à l'Ordre des Frères Prêcheurs, dont la représentation s'imposait dans une Faculté de philosophie thomiste.
Bien que cette Faculté ne compte encore qu'un trop petit nombre d'élèves régulièrement inscrits, elle commence à faire sentir son action au dehors, surtout dans les séminaires de la circonscription, et, dès maintenant, elle a déjà reçu 9 docteurs, 20 licenciés et 370 bacheliers.
Si l'on rapproche les effectifs actuels d'étudiants de
nos trois Facultés canoniques de ce qu'ils étaient il y a quinze ou vingt ans, on pourra peut-être s'étonner, à première vue, qu'ils ne soient pas sensiblement supérieurs. On aurait tort pourtant d'en conclure que leur importance numérique ne s'est pas accrue. Dans les premières années de l'Ecole, les élèves qui suivaient les cours de théologie ou les cours de droit canonique étaient, pour la presque totalité, des séminaristes en cours d'études, envoyés de Saint-Sulpice ou des Missions étrangères, ou des noAdces clos Pères Marianites et Oratoriens. Ils ne suivaient guère les cours de l'Ecole qu'une année, ne prenaient pas de grade, et, en réalité, appartenaient a peine à l'Université. C'était donc une population scolaire un peu factice.
Aujourd'hui, les élèves présents ont déjà terminé leurs études dans les séminaires. S'ils viennent à l'Institut, c'est dans le but avoué de recevoir un complément de formation intellectuelle, et ils lui appartiennent Aéritablement. Prêtres pour la plupart, ils suivent les cours deux ou même trois ans, et aspirent aux grades canoniques. Il est vrai que les diocèses de la circonscription continuent à fournir peu d'élèves envoyés à titre officiel par leurs Ordinaires; mais il en vient d'autres de partout , de la France et de l'étranger, des Ordres religieux et du clergé séculier ; et il est incontestable que la situation de nos Facultés, au point de vue numérique, n'a cessé de s'améliorer d'année en année.
Si l'accroissement est lent, il est réel, normal el ininterrompu. À ses débuts, l'Ecole naît d'abord, petite cl ignorée, puis elle évolue peu à peu ; le principe de vie qui l'anime s'assimile d'année en année quelque élément nouveau ; clic <M end son cnscigncmenl. multiplie ses chaires, accroît sa population scolaire : elle devient d'abord une Faculté, puis celle-ci en enfante deux autres,
l'école de théologie 1 L9
qui forment h leur tour de nouveaux centres de vie et d'opération active et féconde.
Rome a les yeux siir celte Éeole, elle l'a consacrée par l'institution canonique et elle place en elle de grandes espérances, comme le prouvent les paroles suivantes :
De Instituto enim agitur saluberrimo, ac temporibus, in ([a;c incidimuSj maxime opportano, in quu et errores circa fidem et prœjudicatse opiniones et quidquid bouts moribus adrersalur a prœclarissimis Doctoribits refellitur^adeo ut idem Aihœneum antiqum illi Sarbonicae Universitati, unde toi viri omni doctrinse vitœque laude insignes prodierant, quodammodo successerit magna cum spe eorumdem colligendorum fructuum. Quamobrem facere non possumus quin cariarum disciplinarum Doctoribits gratulemur ex animo quorum ingenii virtutisque fuma latissime pervagatur (1).
Home invite, chaque fois que l'occasion se présente, les évèques-fondateurs à y envoyer le plus d'élèves qu'ils pourront.
Parisios mittere alumnorum majorent quavn potuerint numerum pênes Universitatem haud Episcopos pigeât 3 ut per studia profundius et majore amplitudine sub excellentiorum professorum ductu siée biennio sire quadriennio peracta, strenuus pro unaquaque diœeesi rirorum numerus efformetur, qui scientia non quidem sufficienti et ordinaria sed exquisita et varia prœditi, Episcopis ipsis pr<esto sint, ut in sedificationem populi christiani et errores efficacius profligent, et /idem fortins contra liostes défendant (2).
L'appel de Rome est formel. Le jour où cet appel sera
1. Lettre de S. Ém. le cardinal Satolli, Préfet de la Congrégation des Études, à Mgr Péehenard, recteur de l'Institut catholique, "2°2 janvier 1902. Archives de l'Institut.
2. Lettre de la S. Congrégation des Études à Mgr d'ilulsl. 14 juin 1895. Archives de l'Institut.
mieux entendu et mieux suivi par le clergé de France, les Facultés canoniques de Paris pourront enfin rendre à la religion les précieux services qu'elle a le droit d'en attendre.
Nées du mouvement provoqué par le besoin de liberté dans l'enseignement supérieur, ces Facultés se sont appliquées à réaliser cet idéal d'indépendance qui est la condition sine qua non du vrai progrès.
Pleinement catholiques, toutes dévouées à l'Eglise, elles n'ont d'autre passion que le culte du vrai et du bien. Affranchies du joug officiel dans leurs programmes, elles ne connaissent pas cette servitude intellectuelle qui retient la vérité captive. Elles peuvent, à leur gré. se porter partout où le besoin les appelle, étudier la vérité sous tous ses aspects, suivre l'attaque sur tous les terrains et réfuter l'erreur dans toutes ses manifestations. Pleines d'ardeur et de confiance, elles s'aA^ancent au milieu de l'indifférence ou de l'hostilité, elles groupent peu à peu autour d'elles tous ceux qui sont de la race par laquelle Dieu veut sauver son peuple, et elles impriment une direction intellectuelle aussi sûre qu'éclairée à toutes les âmes sacerdotales éprises de l'amour du savoir, soucieuses de l'honneur de l'Eglise, et désireuses de soutenir victorieusement la cause de Jésus-Christ et les intérêts sacrés de la religion et des âmes.