S7'ari(y du Conseil rectoral. 20 décembre
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nous assistons à la constitution de la triple Faculté si vivement désirée.
Cette nouvelle constitution sortit d'un travail de réforme des statuts, que Ton avait entrepris en vue de fixer défmivement les attributions respectives de la Faculté et des grands séminaires français dans la collation des grades d'auditeur et de lecteur.
Les statuts de la Faculté de théologie exigeaient, dès la fondation de l'Ecole, l'assiduité absolue aux cours pour être admis à recevoir le lectorat et la maîtrise; seul l'auditorat n'était soumis qu'à l'épreuve de l'examen.
Bien souvent des demandes de dispense d'assiduité avaient été adressées à la Faculté par des candidats studieux, retenus au loin par les besoins de leur ministère, ou par des supérieurs de séminaires, ou même par des évoques en faveur de clients auxquels ils s'intéressaient.
La Faculté n'avait cessé de résister à ce courant. Elle n'avait pas oublié que le principe qui avait présidé à son organisation lui imposait la mission de donner un enseignement cl non pas d'être un bureau d'examens pour des autodidactes ; elle avait fait remarquer aux intéressés que cette pratique, qui ne manquerait pas de se généraliser, viderait ses amphithéâtres déjà peu fréquentés, ferait baisser le niveau des épreuves, et déprécierait la valeur des diplômes ainsi obtenus. Enfin elle s'était toujours réfugiée derrière les statuts édictés par Home, qui exigeaient l'assiduité aux leçons sous peine de nullité des grades.
Dans le cours de 1894, M. Gaptier, supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, dans le but de favoriser le recrutement des élèves de la Faculté, demanda aux évèques une modification des statuts, consistant principalement à rendre la mai Irise plus accessible, el à faire des deux autres grades, le lectorat et l'auditorat, un
moyen d'émulation destiné à stimuler le zèle des séminaristes pour l'étude.
L'assemblée des évoques, du 28 novembre, entra d'abord dans ses Ames, et fit proposer au Saint-Siège un remaniement des statuts dans le sens proposé.
1° Tous les séminaires des diocèses agrégés à l'Université de Paris recevraient du Saint-Siège, à la demande et par l'entremise de la Faculté, le pouvoir de conférer le baccalauréat en théologie au cours des études ordinaires, et le baccalauréat de philosophie et en droit canon à la fin des études en philosophie et de droit canonique, conformément à un programme élaboré par la Faculté.
2° La Faculté recevrait le pouvoir de conférer la licence en théologie, comme condition d'accès à ses cours, et sur un programme dressé par elle et communiqué à tous les séminaires.
3° La Faculté conférerait le grade de docteur en théologie à ceux qui auraient suivi ses cours pendant deux ans. La matière de l'examen serait fournie par les deux années de cours, Le candidat devrait en outre soutenir une thèse de sa composition.
4° Enfin le doctorat ancien serait maintenu, comme grade supérieur, ou doctorat d'agrégation^ avec toutes ses exigences, et ne serait accessible qu'aux sujets d'élite, surtout à ceux qui se destineraient à l'enseignement. Il n'exigerait aucune condition de scolarité.
Telle était l'économie du projet.
En somme, le fond de ce nouveau plan d'études consistait à rendre plus abordables les deux grades supérieurs, et à reporter dans les séminaires la préparation h la licence, c'est-à-dire au grade académique proprement dit.
Ces propositions transmises à Home y furent sérieu-
sèment examinées par la Congrégation des Etudes, qui avait alors pour préfet le cardinal Mazella, et, de cet examen, sortit une refonte complète des statuts de la Faculté.
Un décret du o juillet 1895 en fixa le texte pour une période d'essai de dix ans avant de leur accorder l'approbation définitive.
Les études dont s'était jusque-là composé le programme de la Faculté de théologie seraient désormais réparties en trois Facultés distinctes, celle de théologie proprement dite, celle de droit canonique et celle de philosophie.
Chacune des Facultés jouirait de son autonomie; elle serait régie par un collège doctoral composé de huit docteurs au moins et de douze au plus, présidée par un doyen électif, et conférerait en son nom propre les grades académiques.
La Congrégation des Etudes accordait aux
'o^to
eve-
ques de la circonscription universitaire la permission de faire passer les examens pour le baccalauréat en philosophie, en théologie et en droit canonique dans leurs séminaires respectifs, suivant des programmes et des règlements dressés par les Facultés, auxquelles revenait le droit de contrôler la valeur des épreuves et de décerner les diplômes.
Elle se refusait à laisser passer les examens de licence après les études faites dans les séminaires, et continuait à exiger pour ce grade l'assiduité aux cours de la Faculté.
Toutefois elle modifiait assez gravement certains points des règlements antérieurs ; elle n'exigeait plus qu'un an d'assiduité pour la licence, et une seconde année pour le doctorat. Elle supposait même que la thèse, qui fait partie nécessaire de l'examen doctoral, pourrait être soutenue dans cet espace de temps. Mais la
pratique démontre qu'il est très difficile de mener de front avec succès la préparation sérieuse d'une thèse et les travaux qu'impose le programme de l'année. Enfin la Congrégation consacrait le doctorat ancien comme grade d'ordre supérieur, ou doctorat d'agrégation, sans condition de scolarité. L'examen requis se composait de la soutenance de quarante propositions et d'une thèse importante.
Les résultats qu'ont produits ces statuts jusqu'à ce jour donnent lieu de penser qu'ils seront maintenus dans leurs points essentiels après leur épreuve décennale.
Depuis que ces statuts sont la règle des Facultés, les séminaires de la circonscription se sont peu à peu affiliés à l'Institut et bénéficient de la permission de Rome relative au baccalauréat. Dès aujourd'hui, vingt-sept grands séminaires admettent chaque année à l'examen un groupe choisi de leurs élèves, et le jour est proche où plus un seul d'entre eux ne restera en dehors de ce concert.
L 'évoque de South warck, en Angleterre, Mgr Burne. qui entretient toujours quelques étudiants à l'Institut catholique, a lui-môme obtenu de Rome, en 1898, de faire participer son séminaire aux mêmes avantages que ceux de la circonscription universitaire de Paris.
Ces examens forment ainsi une première sélection qui fait espérer aux Facultés des recrues bien préparées et de plus en plus nombreuses.
Déjà le nombre total des étudiants s'est scnsiblemcnf relevé; il est actuellement de 35 pour les seuls cours de théologie, sans compter quelques auditeurs libres. Il continuera, selon toute apparence, à suivre une progression normale, un peu lente, il est vrai, mais ininterrompue.
Les grades qui peuvent être considérés comme Fctiagr du travail s'accroissent d'année en année. An moment où nous célébrions le vingt-cinquième anniversaire de
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l'Institut, la seule Faculté de théologie avait déjà conféré 20 diplômes de docteur, 114 de licencié et G20 de bachelier, tant dans son sein que dans les séminaires affiliés.
Pour répondre à des besoins toujours croissants, les évêques continuèrent après l'érection des trois Facultés à étendre peu à peu les cadres de l'enseignement.
La Faculté de théologie avait subi, durant cette année 1895, de rudes épreuves. L'abbé de Broglie était tombé, au sortir de l'église où il venait d'exercer son ministère, victime d'un lâche attentat. La chaire d'apologétique, où il avait déployé tant de science et de dialectique, fut reprise par le R. P. Largent, qui renonça, pour ce motif, à son enseignement historique. En même temps, M. l'abbé Duchesne était enlevé à la Faculté et porté par les suffrages de ses collègues de l'Institut de France au poste éminent de Directeur de l'Ecole française de Rome.
Pour combler d'aussi grands vides, on fit appel à plusieurs nouveaux maîtres qui se partagèrent les matières historiques. M. l'abbé Beurlier, docteur es lettres, fut chargé de renseignement des Premiers siècles de l'Eglise; M. l'abbé Glerval, docteur es lettres, supérieur de la maîtrise de Chartres, lauréat de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, prit le Moyen âge; le R. P. Baudrillart, prêtre de l'Oratoire, docteur es lettres et en théologie, et lauréat de l'Académie française, les Temps modernes; enfin, M. l'abbé Pisani, docteur es lettres et professeur de géographie à l'École des lettres, ouvrit un cours d'Histoire ecclésiastique contemporaine.
La théologie, déjà enseignée par les RR. PP. Auriault et de la Barre, s'adjoignit encore un troisième professeur dans la personne du R. P. Gaudeau, docteur es lettres, en philosophie et en théologie, ancien professeur au Collège romain. Grâce à cet accroissement de personnel,
les évoques purent créer, en 1898, la chaire depuis longtemps désirée de théologie morale. Depuis lors, l'enseignement théologique se partage en trois branches : la dogmatique générale, la dogmatique spéciale et la morale fondamentale.
Le R. P. Gaudeau, trop ATite enlevé à la Faculté, céda sa place au R. P. de la Broise, dont les forces trahirent bientôt le talent et la bonne volonté, et qui fut remplacé, à son tour, par le R. P. Bainvel.
M. le baron Carra de Vaux ouvrait, en 1893, un cours de langue et de philosophie arabes ; et enfin renaissait , en 1899, la chaire d'assyrien, confiée à M. l'abbé François Martin.
Ces efforts de la Faculté pour se compléter et pour étendre son action, avaient commencé à trouver de l'écho au dehors. Après plusieurs libéralités successives faites en vue de provoquer des études scientifiques en faveur de la défense religieuse, M. le vicomte et Mme la vicomtesse Hugues de Verdalles fondèrent, en 1895, un prix biennal de 2.000 francs, destiné à récompenser le meilleur mémoire qui se produirait sur un sujet de concours apologétique au choix de la Faculté. Le concours ouvert suivant les intentions des donateurs, a donné lieu, chaque fois, à des travaux importants et d'une vraie portée scientifique.
Le jury de l'Exposition universelle de 1900 rendit lui-même hommage à la Faculté en attribuant deux médailles d'argent, Tune à M. l'abbé Vigouroux pour ses travaux sur les saintes Ecritures, l'autre à Mgr Gralïin pour ses publications syriaques, les seules qu'il ait décernées dans cette catégorie d'études.
Ce serait ici le lieu, si nous voulions être complet, de présenter le tableau des travaux scientifiques publiés par les professeurs de nos Facultés dans toutes les branches des sciences sacrées, exégèse, patrologie, linguis-
tique, épigraphie, théologie, apologétique, histoire critique, éloquence sacrée, philosophie, droit canonique. Mais l'abondance des matières nous entraînerait dans des développements que ne comporte pas le cadre restreint de cette vue d'ensemble, et qui méritent de faire l'objet d'une étude spéciale.
Nous avons vu jusqu'ici nos trois Facultés canoniques si intimement unies et même si complètement fondues entre elles, qu'il serait superflu de consacrer de longs détails particuliers à celle de droit canonique et a celle de philosophie. Car c'est à peine si la date récente de leur constitution a permis à quelques événements particulièrement intéressants pour elles de se produire. Tout ce qui les concerne avant la date de 1895, se trouve relaté dans l'exposé que nous avons fait des développements successifs de l'Ecole de théologie. Nées dans un même berceau, les trois Facultés ont continué à coexister dans une étroite union, traitant de leurs affaires dans un conseil commun, présidé jusqu'ici par le recteur de l'Institut, qui remplit avec l'agrément de ses collègues et l'assentiment tacite de Rome, les fonctions de doyen des trois Facultés. Cette communauté d'intérêts et de vie peut se prolonger, au grand profit de l'unité de vues, tant que de plus grands développements n'amèneront pas chacune des Facultés h vivre de sa vie propre.
Il nous suffira donc, pour ne rien omettre et pour donner satisfaction aux lecteurs, de grouper en quelques pages les faits principaux qui forment la trame de la vie particulière des deux Facultés de droit canonique et de philosophie. Peut-être quelques-uns de ces faits ont-ils déjà été mentionnés dans le cours de notre récit : mais ils ne seront rappelés que pour la clarté de l'exposé, et seront présentés à un autre point de vue.
L'enseignement du droit canonique inauguré en 1880 par M. l'abbé Gaspard, s'était accru en 1882 d'un cours de droit romain et français, professé par M. le doyen Gonnelly. En 1884, une seconde chaire de texte avait été créée en faveur de M. l'abbé Boudinhon. Deux professeurs de la Faculté de droit, MM. Jamet et Gauvière, furent chargés, en 1893, après le décès de M. Gonnelly, de deux cours de droit civil et de droit administratif. Ces cours, auxquels on donna plus de publicité que par le passé, furent suivis par des auditeurs du dehors, civils et ecclésiastiques, qu'attirait le côté pratique et actuel des questions qui y étaient traitées. Ils continuent avec grand succès et leur auditoire va se développant d'année en année.
L'histoire fut aussi représentée dans cette Faculté. En 1895, M. Pisani, docteur es lettres, professeur de géographie à l'Ecole des lettres, y commença un cours d'histoire ecclésiastique contemporaine, destinée surtout à faire connaître la situation respective de l'Eglise catholique et des églises séparées dans les différentes parties du monde.
Un grand honneur, que l'on pouvait prévoir depuis quelque temps, vint enlever à la Faculté le professeur éminent qui y enseignait depuis dix-sept ans, et dont les savants écrits sur la matière sacramentaire avaient assis la réputation. Mgr Gaspard, que le Saint-Siège avait déjà choisi en 1895 comme membre de la commission relative aux ordinations anglicanes, fut nommé, en novembre 1897, archevêque titulaire de Gésarée, et délégué apostolique au Pérou, à l'Equateur et à la Bolivie; et naguère, il était rappelé à Rome, au posie éminent de secrétaire delà Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires.
Si l'honneur fait à sa personne rejaillissait sur Tins-
l'école DE théologie lia
titut catholique et en particulier sur la Faculté de droit canonique, le vide laissé par son départ menaçait d'être un péril pour l'enseignement du droit. Heureusement le choix des évoques appela h lui succéder un prêtre de Saint-Sulpice, M. l'abbé Many, docteur en théologie et en droit canonique, dont le haut mérite s'était fait connaître par de longues années d'enseignement au grand séminaire de Paris, et qui offrait à la Faculté, avec la même science, la même sûreté de doctrine que son éminent prédécesseur.
Sous des dehors modestes, la jeune Faculté se fortifie d'année en année et s'avance d'un pas ferme et assuré. La solidité de sa doctrine, soutenue par une méthode d'enseignement rigoureuse, prélude à la renaissance parmi nous de l'étude du droit ecclésiastique, et inspire peu à peu à la jeunesse le goût et l'amour de cette science si nécessaire, dont le déplorable abandon, aux siècles passés, a favorisé tous les empiétements du droit régalien, et causé une grande partie des malhenrs actuels de l'Eglise de France.
Le nombre des étudiants sérieux qui aspirent aux grades de cette Faculté s'accroît insensiblement. Il était, en 1900, de 23, non compris un petit groupe d'auditeurs libres. C'est peu encore, mais c'est une élite qui donne bon espoir.
La Faculté a conféré jusqu'à ce jour 296 diplômes de bachelier, 117 de licencié et 7 de docteur.
Nous ne nous étendrons pas davantage non plus sur la Faculté de philosophie. Nous l'avons Aaie naître et grandir peu à peu dans l'histoire de l'Ecole théologique, jusqu'au jour où, comme celle de droit canonique, elle conquit son autonomie.
Depuis la fondation de l'Université catholique, la phi-
losophie était enseignée aux étudiants, en vue du diplôme officiel de la licence es lettres.
Mais à la suite de l'Encyclique sEterni Patris, par laquelle Léon XIII signalait les dangers des systèmes philosophiques modernes et recommandait au clergé et au monde catholique le retour à la philosophie traditionnelle, étudiée d'après les principes et la méthode des grands docteurs du moyen âge, et surtout de saint Thomas d'Aquin, les évoques fondateurs de l'Université catholique ne cessèrent de faire effort pour entrer dans la voie tracée par le Souverain Pontife.
Dès l'année 1883, les cardinaux Guibert et de Bonnechose écrivaient, au nom de tous leurs collègues, au cardinal di Luca, préfet de la Congrégation des Études : « Nous nous proposons très prochainement de demander un induit pour conférer le baccalauréat en philosophie. Le programme de ce baccalauréat, répandu dans les séminaires, y fera pénétrer les principes et les méthodes de la philosophie scolastique, et l'espérance d'obtenir le grade provoquera également parmi les élèves une émulation faA'orablc au progrès des études philosophiques. Par là s'achèvera en peu de temps ce qui a été si heureusement commencé depuis quelques années dans la plupart des séminaires de France, pour obéir aux directions données par le Souverain Pontife et remettre en honneur la philosophie de saint Thomas d'Aquin (1). »
En raison de l'importance capitale qu'il attachait à cette question, le Saint-Siège ne cessa d'insister près des évoques pour rétablissement d'une chaire spéciale de philosophie scolastique, et il ne consentit à accorder aucune faveur tant que cette condition ne serait pas remplie.
1. Lettre de LL. EE. les cardinaux Guibert et de lîonnechose au cardinal Préfet de la S. Congrégation des Études. 10 février 1883. Archives de l'Institut catholique.