Séance solennelle de rentrée du 21 janvier
selot, Bertrin, le P. Sertillanges ; et parmi les amis du dehors MM. Henri Joly, Arnaud, Reverdy, Max Turman, An. Lcroy-Beaulieu, Auffray, Brunetière, Mugnier, P. Chauvin, de Bcsse, César Caire, Mithouard, comte de Marottes, et combien d'autres, qui mériteraient aussi d'être cités, et qui ont, chacun dans sa spécialité, attiré, instruit, charmé des auditeurs de plus en plus fidèles, de plus en plus nombreux.
Après les conférences, dont le sujet s'épuise d'ordinaire en une seule fois, et qui n'ont qu'un caractère transitoire, vinrent les cours proprement dits, qui forment un ensemble plus suivi et plus prolongé. L'Institut en organisa successivement plusieurs, et le public, admis librement, s'y porta aA~ec entrain.
L'abbé de Broglie en avait ouvert la série par un cours d'apologétique, qui dura jusqu'à sa mort, et dont les savantes leçons ont été publiées depuis par les soins de M. l'abbé Piat.
Tandis que le P. Largent lui succédait sur le terrain de l'apologétique, le P. de la Barre entreprenait une savante exposition du dogme catholique.
Un cours d'enseignement supérieur de la religion, destiné d'abord aux étudiants et aux jeunes gens du monde, et bientôt envahi par le public, fut inauguré avec éclat par le P. Gaudeau avec l'année 1899 et continué depuis aA*ec succès par les PP. de la Barre, de la Broise et Bainvel.
Pendant dix ans, M. Paul Antonini sut intéresser son auditoire en lui exposant les mystères de la langue et de la philosophie chinoises.
La conquête de Madagascar par les armes françaises donna quelque opportunité au cours de langue malgache que professèrent successivement, dans les années 1898 et 1899, le P. Camboué et le P. Piolet.
La musique trouva une brillante expression dans les cours d'histoire et d'esthétique musicales de M. Arthur Coquard, dans les études d'art comparé de maîtres tels que MM. Guilmant, Vincent d'Indy, Pierre Aubry, de la Tombelle, Charles Bordes, et dans les auditions de chant grégorien données parla ScJiola Cantorum, qui s'était agrégée à l'Institut à titre d'enseignement libre, et qui fut ensuite amenée, par la distance de sa nouvelle installation, à renfermer ses leçons dans ses propres bàtimen I s .
La philosophie fut représentée par M. Gardair, qui traita avec une grande élévation de pensée, de la Nature, de Y Homme, de Dieu; par le P. Peillaube, qui discourut sur Y Imagination ; et par le P. Bulliot, qui étudia les Forces physiques; l'histoire ecclésiastique, parle P. Baudrillart; l'histoire profane, par M. Joseph Denais ; le mysticisme contemporain, par le P. Pacheu, qui en fit une critique serrée et pénétrante.
L'Agriculture, cette nourricière des peuples et cette grande délaissée, réussit aussi à faire entendre ses justes revendications. Une heureuse alliance entre l'Institut catholique et la puissante Société des Agriculteurs de France permit de combiner un cours de législation et d'économie rurales et agricoles, fait par un professeur de droit de la Faculté, et une série de conférences sur des sujets plus pratiques, faites par des membres de la Société des Agriculteurs. Le cours fut professé successivement par M. Lepelletier et M. de Lamarzelle, et les conférences, données par un grand nombre d'hommes distingués, parmi lesquels nous citerons, un peu au hasard, MM. le baron de la Bouillerie, Pierre Le Marrois, de Fontgalland, Lavollée, Delalande, de Gailhard-Bancel, Bave ton, Blanchemain, Urbain Guérin, de Segogne, Imbart de la Tour, le baron de Bernon et le vicomte
d'Artois. Le public, d'abord un peu rebelle, finit par s'ébranler et prendre goût à cet enseignement qui peut exercer la plus salutaire influence.
Les questions sociales se firent aussi leur part, d'abord dans plusieurs séries de conférences données à la jeunesse par M. Claudio Jannet, et plus tard par M. Jules Michel; puis dans les réunions périodiques du Groupe d'Études religieuses et sociales, qui porte ses recherches, sous la savante direction de M. l'abbé Ackermann, sur toutes les questions économiques qui passionnent la société contemporaine.
Il n'y eut pas jusqu'au Comité central des Patronages, qui ne voulût choisir l'Institut catholique pour théâtre de ses études et qui, dans une série de « Journées », n'y ait travaillé avec méthode et persévérance à fonder une doctrine et à poser des règles sur la manière de former l'esprit, le cœur et d'assouplir le corps des jeunes garçons sur lesquels s'exerce l'action bienfaisante de cette œuvre éminemment sociale.
Le mouvement très caractérisé qui, sous le nom de féminisme, entraîna nos contemporains, à la fin du xixe siècle, vers un relèvement du niveau de l'instruction de la femme, eut aussi son contre-coup à l'Institut catholique. Le désir d'une plus haute culture intellectuelle, louable en lui-même, franchit rapidement, comme il arrive dans la plupart des nouveautés, les bornes de la modération, pour prendre une allure exagérée et presque révolutionnaire; et, de toutes parts, on ne rêva plus, pour la femme, qu'émancipation du cœur et de la volonté, plus encore que culture de l'esprit. Entretenue par les excitations des journaux, des reAiies et des cours publics, celle fièvre dangereuse poussa nombre de femmes et de jeunes filles dans une voie de scepticisme et d'irréligion qui devait les mener à des catastrophes.
A Paris eu particulier, beaucoup de jeunes filles étaient conduites aux cours supérieurs établis à la Sorbonne, où elles recevaient un enseignement tout imprégné de naturalisme, dans lequel il n'y avait plus de place ni pour Dieu, ni pour Jésus-Christ, ni pour la morale du christianisme.
Le moyen d'opposer une digue solide à ce torrent t Un silence dédaigneux ou de simples protestations dans la presse seraient restés sans effet. Le seul moyen efficace était de s'emparer de l'idée, de la cultiver dans ce qu'elle avait de sensé et de bon, et d'en écarter ainsi les périls. Beaucoup d'esprits élevés, notamment Mgr Dupanloup, estimaient qu'il devenait indispensable, dans l'état actuel de notre société, d'appeler les femmes au travail de l'esprit. Ils y voyaient, pour elles, le principe d'une heureuse influence sur l'àmc de leurs maris, sur les études et la formation de leurs enfants.
L'Institut catholique crut donc qu'il avait un rôle à remplir dans cette circonstance, et qu'il lui appartenait d'offrir aux jeunes filles une culture intellectuelle capable tout ensemble de satisfaire les aspirations de leur esprit et de sauvegarder les principes de leur foi.
Ce fut en 1896 que Mgr d'Hulst, toujours à l'affût des moyens d'exercer, par l'enseignement, un apostolat salutaire sur les esprits de ses contemporains, prit l'initiative de convoquer une réunion de dames, pour les saisir de ce projet. Dans cette assemblée, tenue le 20 mars, il fut décidé qu'un cours d'enseignement supérieur en faveur des jeunes filles serait ouvert, par les soins de l'Institut, à la rentrée de novembre. Le conseil rectoral ratifia le projet et encouragea môme l'idée, qui d'ailleurs n'eut pas de suite, d'une revue spéciale pour les jeunes filles.
Dès le 1er juillet, le recteur faisait paraître le tableau
des cours qui devaient s'ouvrir au commencement de l'hiver suivant.
La mort, qui le frappa dans les premiers jours de novembre, ne lui permit pas de réaliser lui-même la grande pensée qu'il avait conçue. Mais son successeur, recueillant cette pensée comme le legs pieux d'un mourant, n'eut rien de plus pressé que de la mettre à exécution. Les cours s'ouvrirent donc, après quelque retard, au mois de janvier 1897.
Le point de vue auquel on se plaça était d'occuper utilement les quelques aimées qui s'écoulent d'ordinaire entre la fin des études de la jeune fille et son mariage, période que les arts d'agrément ou les relations du monde ne suffisent pas à Lien remplir.
L'enseignement fut divisé en douze cours, composés chacun de six leçons. Dans ce cadre fort vaste, on fit entrer la religion, sous la forme de l'exposé dogmatique, de l'apologétique et de l'histoire de l'Église ; la philosophie dans ses grandes lignes ; l'histoire, surtout la période contemporaine ; les principes de l'économie politique et de la sociologie, quelques éléments du droit civil et du droit politique, la littérature française, les littératures étrangères et les littératures anciennes; les principales découvertes modernes dans l'ordre des sciences physiques et naturelles ; enfin l'esthétique et l'histoire de l'art.
Ces cours devant être un enseignement véritable et non un simple passe-temps, l'Institut crut que le meilleur moyen d'écarter les auditrices de fantaisie et d'assurer une clientèle sérieuse et stable, était de demander une rémunération.
Les professeurs de l'Institut ne reculèrent pas devant ce surcroît de travail ; assistés de quelques auxiliaires d'élite, choisis en dehors de leur sein, ils se partagèrent
ce nouvel enseignement. Les séances d'ouverture, présidées, dans les années suivantes, par des hommes de haute valeur, MM. Henry Cochin, le marquis de Beauregard, René Doumic, de Lamarzelle, qui y apportèrent le concours de leur brillante parole, en augmentèrent encore l'attrait. Aussi les cours furent-ils, dès le début, suivis par un public féminin aussi nombreux que choisi. Le mouvement une fois imprimé provoqua des imitations à la ville et à la province ; les programmes furent demandés de divers côtés, de Limoges, de Lille, d'Angers et d'Anvers, et reproduits avec des variantes. Tout autour de l'Institut, les cours similaires se multiplièrent dans les maisons d'éducation, et cette noble émulation ne fit que mieux démontrer l'opportunité d'une telle création. On s'aperçut à la pratique, et grâce aux judicieuses observations d'un comité de dames dévouées à cette entreprise, que le programme primitif était peutêtre trop ATtste, et qu'en gagnant en étendue renseignement perdait en profondeur. On y porta remède : on restreignit le nombre des matières et l'on fit la place plus large aux plus importantes d'entre elles (1).
A côté de tous ces cours, ajoutés peu à peu à son enseignement intérieur pour le service du public, l'Institut catholique peut encore revendiquer l'honneur d'avoir eu la principale initiative et la part prépondérante dans l'organisation des Congrès scientifiques internationaux des Catholiques.
1. Les cours d'enseignement supérieur pour les jeunes filles ont été faits par les professeurs suivants : 1° Professeurs de l'Institut : MM. Alix, Joseph Chobert, Jules Jainet, abbé Klein, Jacquet, abbé Bertrin, de Lapparent, abbé Raynaud, abbé Muller, Rubat du Mérac, abbé Flynn.
2° Savants ou professeurs pris hors de l'Institut : MM. Henri Joly. R. P. Clair. Welschinger, docteur Meslay, abbé Batiffol, Condell, abbé Margival, Henry Cochin. Emile Eude, Henry Bidou, A. de Margerie, abbé Hemmer. René Pinon, Gabriel Audiat.
Nombreux étaient les catholiques qui, à toutes les époques et dans tous les domaines, avaient fait œuvre de savants. Mais leurs noms se trouvant trop souvent confondus avec ceux des ennemis de la foi, leur science était aussi mise à l'actif de l'incrédulité. Il était donc bien naturel qu'ils songeassent enfin à sortir du rang, à se grouper entre eux, à produire au grand jour les résultats de leurs recherches et à faire honneur de leur science à la religion qu'ils professaient. Ce serait une façon de passer en revue les forces intellectuelles de leur armée, de vaincre de regrettables timidités et de relever la confiance des masses populaires souvent attristées des blasphèmes lancés à la face de la religion au nom de la science.
Ce fut dans un Congrès régional de catholiques de Normandie, tenu à Rouen en 1885, que l'idée se fit jour, et ce fut l'Institut catholique de Paris qui en assura l'exécution, grâce surtout à Mgr d'Hulst, son éminenî recteur.
M. le chanoine Duilhié de Saint-Projet, doyen de la Faculté des lettres à l'Institut de Toulouse, connu dans le monde savant par son Apologie scientifique du Christianisme, persuadé qu'il était urgent de tenter un grand effort pour rajeunir l'apologétique chrétienne en l'adaptant à l'état actuel de la science, avait conçu le projet de réunir en congrès spécial les apologistes de la religion catholique. La motion qu'il présenta dans ce sens au congrès en reçut un accueil favorable. Mais le congrès élargissant l'idée, modifia la formule proposée et adopta le titre de Congrès scientifiques internationaux des Catholiques, indiquant assez que, dans sa pensée, l'objet de ces réunions serait scientifique, et le personnel des membres, catholique.
Après avoir décidé l'entreprise, le congrès de Rouen
nomma une commission d'organisation. La commission, présidée par Mgr d'Hulst, prit séance à Paris, tantôt à l'Institut catholique, tantôt au siège de la Société bibliographique. Elle s'assura le concours de membres distingués de France et de Belgique, et dressa le plan de travail. Elle arrêta d'abord les programmes, en vue de bien caractériser la pensée inspiratrice du Congrès et de provoquer des travaux.
Elle adopta la division des sciences en trois classes : sciences philosophiques et sociales, sciences exactes, physiques et naturelles, sciences historiques, et subdivisa ces trois classes en quinze sections.
Les sciences sacrées ne formaient pas une classe distincte., parce qu'il ne s'agissait pas de traiter les points précis qui leur sont propres, bien que cependant, à considérer leurs relations avec les autres sciences, c'est d'elles qu'il devait être question partout (1).
Les intérêts de la religion étaient trop engagés dans l'entreprise pour qu'on ne songeât pas d'abord à s'assurer l'assentiment de l'autorité ecclésiastique. La commission sollicita donc le patronage de Mgr Richard, archeA^eque de Paris, et le pria de mettre S. S. Léon XIII au courant du projet : « Le but de ces réunions, écrivait au Souverain Pontife Mgr d'Hulst au nom de la commission, est de mettre les savants catholiques en rapport entre eux et de les amener à s'aider ainsi les uns les autres et à aider ultérieurement les théologiens, qui ont besoin d'être renseignés sur les mouvements des sciences d'observation et sur celui de la critique historique (2). »
1. Mgr d'Hulst, Rapport du 15 juin 18SG, à la première réunion de la Commission d'organisation.
2. Mgr d'Hulst, Mémoire sur le projet d'un Congrès scientifique international des CaUioliques, du 22 janvier 1887.
Le Pape soumit le projeta un sérieux examen et, sur le rapport favorable qui lui en fut fait, il l'autorisa par un bref important du 20 mai 1887, adressée Mgrd'Hulst. Dans ce bref le caractère de l'entreprise est admirablement défini, la voie à suivre nettement tracée, et les plus paternels encouragements prodigués aux promoteurs du Congrès. Res quidern suscepta vobis est honesta per se et adnomen vestrum décora ; eaderhque esse potest ad germanam scientiarum dignitatem non minus quam ad catholicœ fidei praesidium f rugi fer a.
Il insiste en particulier sur la réserve dans laquelle les congressistes devront se tenir vis-à-vis de toutes les questions qui sont étroitement liées à la théologie, et sur le soin qu'ils devront apporter à rester dans leur rôle de physiciens, d'historiens, de mathématiciens on de critiques, sans jamais prendre celui de théologiens : Verumtamen interest magnopere quam vos rationem, queni sitis adhibituri modum.Ac nominatim, cum rerum divinarum major sit et altitudo et gravitas quam ut digne queànt pro concione tractari, in pluribusque vestrum ea ipsa desideretur auctoritas quse a sacris ordinibus proficiscitur, ideirco in rébus ipsis quse habeant cum intima theologia cognationem, sic unusquisque agat phgsicum, sic historicum, vel matJionaticum, rel criticum, ut nunquam sibi sumat eam, quse propria est theologi, personam. Omnino operam vestram contineri iis finibus judicamus oport<>rr, quos cidemus prœsertim in Utteris tuis, dilecte fili, opportune descriptos . ita quidern ut vestri officii hoc utique putetis esse, adjumenta disciplinarum vestrarum, velut arma quœdam ad se tu end a m, theologise min ist rare : quod perinde est ac testimonium debitum impertire veritati (1) .
1. Bref de S. S. Léon XIII à Mgr d*Hulst, du 20 mai 1887. Archives de l'Institut catholique.
Le Sacré-Collège et l'Épiscopat se montrèrent très favorables à l'idée. Le premier Congrès, indiqué pour le 13 mars 1888, à Paris, réunit les adhésions de dix-huit cardinaux et de quatre-vingt-quatorze archevêques et évèques de France et de l'étranger.
Le jour de l'ouverture de la première assemblée, sous la présidence de Mgr Perraud, évêque d'Autun, membre de l'Académie française, Mgr Richard, archevêque de Paris, qui occupait la présidence d'honneur, donna lecture d'une seconde lettre de Léon XIII, dans laquelle le Pape relevait de nouveau, en ces termes, l'importance de l'œuvre : « C'est une chose excellente, en effet, et particulièrement adaptée aux besoins et à l'esprit de notre temps, que des hommes, à la fois savants et religieux, se concertent ensemble pour mériter un double éloge en mettant le génie et le savoir au service de la vérité diATine (1). »
Le nombre total des adhérents s'éleva à 1630, dont 1028 français et 602 étrangers. Le nombre des membres actifs effectivement présents au Congrès fut de 500 (2).
Depuis lors, un deuxième Congrès s'est tenu, en 1891, à Paris, comme le premier, sous la présidence de Mgr Freppel, évoque d'Angers ; un troisième, à Bruxelles, en 1894, sous la présidence d'honneur de Mgr Abbeloos, recteur magnifique de l'Université de Louvain, et sous la présidence effective de M. le docteur Lefebvre, membre et ancien président de l'Académie belge de médecine, professeur à Louvain ; un quatrième, à Fribourg, en Suisse, en 1897, sous la présidence du baron de Hertling; un cinquième, à Munich, en 1900, sous la
1. Lettre de S. S. Léon XIII à Mgr l'archevêque de Paris, du 13 mars